Affaires : pourquoi les élites se pensent au-dessus des règles
15 juillet 2022 | Par Fabien Escalona et Antton Rouget
Entretien avec Pierre Lascoumes, chercheur émérite et auteur de « L’Économie morale des élites dirigeantes ». Il montre comment la classe politique et les milieux d’affaires se pensent au-dessus du droit commun, et s’en protègent grâce à des procédures de justice dérogatoires.
Même lorsque la classe politique se renouvelle, ses pratiques les plus contraires à l’éthique et au droit ne cessent pas. La succession des affaires et le durcissement de l’arsenal législatif ne semblent pas encore produire d’effet dissuasif significatif.
Dans son dernier livre, L’Économie morale des élites dirigeantes (Presses de Sciences Po), notre invité Pierre Lascoumes offre une clé d’explication à cette reproduction décourageante de comportements répréhensibles. Pour le directeur de recherche émérite au CNRS, des mécanismes structurels semblables sont repérables dans le champ politique comme dans celui des milieux d’affaires – deux espaces d’ailleurs poreux entre eux.
Dans les deux cas, il observe que les élites concernées développent une conscience d’elles-mêmes, et de leur mission, qui les placerait au-dessus de la règle réservée au commun des mortels. Elles cherchent d’ailleurs à préserver ou augmenter l’étendue des procédures dérogatoires qui leur sont appliquées en cas de poursuites.
À travers plusieurs exemples, comme l’accord conclu par LVMH avec la justice concernant l’espionnage de François Ruffin, notre entretien est consacré à cet état de fait, et aux pistes pour le dépasser. À cet égard, Pierre Lascoumes insiste sur l’intérêt de la rotation des tâches à des postes de haut niveau, comme frein efficace à la routinisation de mauvaises pratiques.