Après Bordeaux, les services d’urgences des CHU de Rennes, Toulouse et Grenoble sont eux aussi confrontés à des situations très tendues. 

Crise aux urgences : des fermetures, des grèves et le regret du « temps perdu » A Bordeaux 600 lits fermés cet été et appel à la grève illimitée

Après Bordeaux, les services d’urgences des CHU de Rennes, Toulouse et Grenoble sont eux aussi confrontés à des situations très tendues. Tous attendent la remise des conclusions de la « mission flash » commandée en mai par Emmanuel Macron, dont la restitution pourrait être retardée. 

Par Camille StromboniPublié aujourd’hui à 05h59, mis à jour à 10h21  

https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/06/27/crise-aux-urgences-des-fermetures-des-greves-et-une-reponse-du-gouvernement-jugee-trop-tardive_6132135_3224.html

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A l'accueil du centre hépato-digestif du CHU de Rennes, le 15 juin 2022.
A l’accueil du centre hépato-digestif du CHU de Rennes, le 15 juin 2022.  LOUISE QUIGNON / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

La situation semble partie pour se répéter. Après l’hôpital Pellegrin au CHU de Bordeaux, en mai, un autre mastodonte hospitalier doit se résoudre à emprunter un mode de fonctionnement dégradé : le CHU Grenoble-Alpes, à compter du lundi 27 juin.

Cette fois-ci, c’est le principal service d’urgences du territoire qui est touché. Il se trouve ainsi contraint de fermer à son tour la nuit, de 20 heures à 8 heures. Des horaires durant lesquels les urgences seront réservées aux interventions vitales régulées par le SAMU. La population est appelée à passer systématiquement par le 15, tandis que des secouristes à l’entrée doivent trier et accompagner ceux qui se présenteraient malgré tout.

Lire l’enquête :  Crise de l’hôpital : face à la catastrophe annoncée, comment sauver les urgences ?

Voilà donc un symptôme supplémentaire de la crise que traversent l’hôpital et de nombreux services d’urgences – à ce jour, 120 au moins sont en grande difficulté, obligés de fermer la nuit, le week-end ou de réduire leur activité, selon une enquête du syndicat SAMU-Urgences de France menée à la fin mai. En face, l’absence de réponse gouvernementale se fait toujours davantage ressentir.

Quand la « mission flash » sur les urgences et les soins non programmés, confiée au docteur François Braun, qui devait donner lieu à des décisions pour tenir l’été, va-t-elle aboutir ? Son lancement par le président de la République, Emmanuel Macron, en mai, paraissait déjà bien tardif aux acteurs qui appelaient à des mesures immédiates.

Rendra-t-elle ses conclusions le 28 juin, comme le prévoit sa lettre de mission ? C’est le silence radio du côté du ministère de la santé, dont la locataire, Brigitte Bourguignon, défaite aux élections législatives, va devoir quitter les lieux lors du futur remaniement. « Le gouvernement a fait de ce sujet l’une de ses priorités et s’exprimera prochainement sur les réponses immédiates à y apporter, ainsi que sur les mesures de long terme à mettre en œuvre », indique-t-on à Matignon, sans s’avancer sur un calendrier.

Flottement politique

Il fait désormais peu de doute que l’échéance devrait être repoussée, au moins de quelques jours, alors que le nouveau gouvernement ne sera pas nommé avant début juillet, selon la dernière prise de parole d’Emmanuel Macron. Cette période de flottement politique inquiète dans les rangs médicaux, alors que l’été est désormais entamé.

« Que de temps perdu », s’énerve-t-on au sein de plusieurs syndicats hospitaliers, dont Action praticiens hôpital, dans un communiqué du 22 juin. « L’hôpital public attend un ministre de toute urgence », défendent-ils. Depuis le début du nouveau quinquennat, les « premières mesures » annoncées par Brigitte Bourguignon, le 8 juin, sont restées limitées, avec principalement la réactivation du doublement de la rémunération des heures supplémentaires des soignants

Lire aussi :  La vie sans urgences de nuit depuis sept mois à Draguignan : « C’est ça, un système hospitalier qui craque »

En attendant, sur le terrain, il faut s’organiser pour tenir. « Nous devons nous concentrer autour des urgences les plus graves pour ne pas les rater », explique Marc Blancher, chef des urgences grenobloises, à propos de ce filtrage de nuit. Son service a déjà dû faire face à de nombreux départs de médecins au printemps – 29 postes restent vacants, sur 70. Avec l’été et les congés qui débutent, les gardes de nuit vont compter deux urgentistes, au lieu de trois : « Nous devons réduire le flux d’entrée d’un tiers, sinon les médecins ne tiendront jamais le choc », dit Marc Blancher, ajoutant que depuis plusieurs semaines, la fréquentation « explose » le soir, « sans explication ».

Discussion autour des plannings et de la réorganisation des services dans le cadre de la fermeture prochaine d'une unité, au CHU de Rennes, le 15 Juin 2022.
Discussion autour des plannings et de la réorganisation des services dans le cadre de la fermeture prochaine d’une unité, au CHU de Rennes, le 15 Juin 2022.  LOUISE QUIGNON / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Dans son établissement comme dans de nombreux hôpitaux, les passages aux urgences augmentent depuis le début de l’année. Encore plus avec le report d’activité venant des autres services du sud de l’Isère, dont plusieurs ferment régulièrement le soir ou la nuit. A l’autre bout de la chaîne, les « sorties » se trouvent bloquées comme jamais : c’est cette problématique de « l’aval », soit des places impossibles à trouver pour hospitaliser les patients « dans les étages », alors que les fermetures de lits se multiplient. Tous les matins, il reste ici 60 à 80 patients.

« Il y a toujours un train de retard »

Avec ce nouveau fonctionnement de nuit, les « recalés » seront rebasculés vers la médecine ambulatoire, grâce à des plages supplémentaires que vont ouvrir les médecins de ville. Ce qui permet au chef de service d’assurer que « tous ceux qui en ont besoin auront une réponse ». Il n’empêche, ce fonctionnement « est contre-nature pour nous, reconnaît-il. Ce n’est absolument pas la vocation des équipes médicales de refuser des gens à l’entrée ».

« Nous avons tout fait pour ne pas en arriver là, la situation est connue depuis très longtemps, on alerte depuis des mois, reprend Marc Blancher. Nous aurions aimé que les conclusions de la mission Braun arrivent vraiment plus tôt, ce qui aurait permis des mesures et peut-être des effets… il y a toujours un train de retard. » Pour lui, l’envoi d’un signal fort, avec des mesures d’attractivité, en direction des personnels soignants, était indispensable pour limiter les fermetures de lits, même si l’été allait, de toute façon, être compliqué.

Lire aussi :  Comment les hôpitaux se préparent à passer l’été

D’autres grands hôpitaux voient eux aussi les tensions monter. Au CHU de Rennes, un conflit social se prépare aux urgences, avec un préavis de grève déposé pour l’ensemble des personnels médicaux et soignants à compter de mardi 28 juin. Les revendications portent sur les ressources humaines : la création de postes d’infirmiers, d’aides-soignants, d’assistants de régulation médicale… pour suivre enfin la progression de l’activité (+ 30 % en 2022, selon les urgentistes). « Nous sommes arrivés à un point de rupture, dit le docteur Jérémie Bonenfant. Avant même l’été, il nous manque un quart de l’effectif nécessaire pour tenir. »

Comme à Grenoble, les services des alentours, à Redon, Vitré, Fougères (Ille-et-Vilaine), au centre hospitalier privé Saint-Grégoire de Rennes, ferment leurs portes de plus en plus souvent. « Nous sommes bien conscients que tous les postes ne seraient pas pourvus dès maintenant si on en ouvrait, mais on trouverait forcément quelques personnes de plus et, surtout, cela permettrait de donner une perspective aux équipes », défend l’urgentiste.

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A Toulouse, un mouvement « massif et dur »

L’appel à la grève s’étend jusqu’aux personnels du SAMU. « Nous sommes confrontés à un afflux massif d’appels, sans renfort, depuis des mois, pointe une assistante de régulation médicale, qui souhaite rester anonyme. Nous sommes noyés, avec un temps pour répondre aux appels qui s’allonge. »

A cela s’ajoute un conflit avec la direction de l’établissement, qui s’est envenimé. Après avoir refusé de répondre aux demandes de postes, la « goutte d’eau » a été l’envoi d’une personne en « appui managérial », vécu comme une « mise sous tutelle du chef de service », entend-on dans les rangs médicaux. « L’administration ne peut plus continuer à prendre des décisions sur l’organisation des soins sans concertation », étrille M. Bonenfant. Le chef de service, Louis Soulat, a posé sa démission, jusqu’à ce jour refusée. A la direction, on indique que « les discussions sont en cours avec les professionnels des urgences ».

Lire aussi :  Au SAMU de Bordeaux, répondre aux appels quand les urgences fonctionnent au ralenti

Au CHU de Toulouse, le conflit dure déjà depuis plusieurs semaines. Avec un quatrième lundi de grève ce 27 juin dans les rangs des personnels paramédicaux (infirmiers, aides-soignants…). Le mouvement est « massif et dur », avec plus de 50 % de grévistes au pôle urgences, selon la direction. A compter du dimanche soir, les urgences ferment leurs portes, avec un accès réservé uniquement aux urgences vitales régulées par le 15, tandis que la population est appelée à faire appel pour le reste au médecin traitant, aux établissements privés ou au médecin généraliste de garde.

Face à la revendication du mouvement, portée notamment par la CGT, de 90 « équivalents temps plein » supplémentaires pour répondre à l’accroissement d’activité depuis plusieurs années, la direction s’est pour l’instant avancée sur 16 postes pour le site de Purpan, qu’elle considère répondre à cette évolution. Les négociations doivent se poursuivre.

Casse-tête pour assurer le service minimum

« Ça a été un dilemme, on sait que ça peut mettre en danger des patients, dit Gilles Poulalion, infirmier aux urgences, qui fait grève pour la première fois. Mais la situation se dégrade depuis trop longtemps, on met déjà en danger les patients et nous-mêmes, j’en arrive à devoir suivre 15, 20, 25 personnes en même temps. »

Le conflit est source de tensions en interne, la direction et les médecins se trouvant confrontés au casse-tête d’assurer le service minimum avec de grandes difficultés à assigner les soignants, comme cela est pourtant prévu en période de grève. Trois infirmiers ont ainsi pu être assignés – les autres ne répondant pas à l’appel –, le dernier lundi d’arrêt à Purpan, au lieu des 14 nécessaires ; 2 au lieu de 10 à Rangueil, selon la cheffe de service, Sandrine Charpentier. « On se mobilise tous pour passer ces moments extrêmement difficiles, dit-elle. Il y a des tensions post-Covid très importantes qui se répercutent sur les urgences, même dans un service comme le mien où l’effectif médical et paramédical est complet. »

Lire aussi :  « En l’absence d’offre minimale de soins, un système hospitalier à deux vitesses va émerger »

Jusqu’ici, le recours aux soignants d’autres services, à l’intérim et à des retraités a permis de prendre en charge les urgences vitales. Ce qui n’empêche pas les difficultés : « J’ai été obligée, en régulation la nuit, de temporiser en maintenant des patients à domicile jusqu’au matin, rapporte une urgentiste. En temps normal, on les aurait fait transporter aux urgences, même s’ils ne présentaient pas de détresse vitale, mais tous les services étaient engorgés. »

« Les soignants sont à genoux, reprend-elle. Après le Covid, qu’on voit doucement revenir, et surtout des années à travailler dans des conditions qui se dégradent, vous voyez l’été qui arrive en vous disant que ça va être l’enfer… Donc forcément, ça craque. »

Un tiers de centres hospitaliers touchés par des fermetures des urgences « par à-coup »

Des services d’urgence fermés « par à-coup » dans un tiers des 111 hôpitaux répondants, des fermetures partielles la nuit de « lignes de garde » – soit une réduction du nombre de médecins en service – dans près d’un quart d’entre eux, un peu plus de la moitié des responsables qui estiment que la « situation actuelle des services d’urgence va se dégrader dans les prochaines semaines »…

Les résultats de plusieurs enquêtes menées par la Conférence nationale des présidents de commissions médicales d’établissements de centres hospitaliers, entre le 27 mai et le 14 juin, et rendus publics vendredi 24 juin, viennent confirmer l’ampleur de la crise qui bouleverse les urgences mais aussi la « dégradation majeure de tous les secteurs de l’hôpital public ». Ce dernier « menace de s’effondrer dans les prochains mois si des mesures d’urgence et structurelles ne sont pas prises à très courte échéance », alertent les représentants médicaux de ces centres hospitaliers.

« Nous ne sommes pas face à une crise des urgences mais bien de l’ensemble de l’hôpital et au-delà, de tout le système de santé », précisent-ils. Les fermetures de lits se multiplient en soins critiques (32 % des répondants en signalent), en périnatalité (20,7 %), en chirurgie (44 %) ou encore en médecine (74,1 %). Ils appellent, dans ce « contexte politique incertain », à « une union nationale pour donner au système de santé les moyens de répondre aux besoins de santé des Français ».

Camille Stromboni

Urgences : au CHU de Bordeaux, une restriction de l’accès à l’entrée au résultat jugé « positif ». MAIS 600 lits fermés cet été et appel à la grève illimitée

A l’hôpital Pellegrin, le bilan après un mois de recours systématique au 15 la nuit pour accéder aux urgences, a permis une réduction du flux d’entrées. Une piste qui pourrait être appliquée au niveau national. 

Par Camille StromboniPublié aujourd’hui à 10h28, mis à jour à 10h38  

https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/06/27/urgences-au-chu-de-bordeaux-une-restriction-de-l-acces-a-l-entree-au-resultat-juge-positif_6132170_3224.html

Temps de Lecture 2 min. 

L’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, le 20 mai 2022.
L’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, le 20 mai 2022.  ROMAIN PERROCHEAU / AFP

Il est fort probable que la solution figure dans la boîte à outils qui va être préconisée par la « mission flash » pour soulager les services d’urgence sous tension durant l’été. La fermeture des portes de ces services, voués à être ouverts à tous 24 heures sur 24, avec un accès désormais régulé systématiquement par le SAMU, s’est d’ores et déjà imposée dans certains hôpitaux qui souffrent du manque de médecins. Le CHU de Bordeaux a ainsi provoqué un coup de tonnerre en instaurant ce fonctionnement la nuit à l’hôpital Pellegrin dès le 18 mai. Une première. Le CHU de Grenoble s’y est résolu à compter du lundi 27 juin.

Avec 35 % de postes vacants dans l’équipe de médecins bordelais, il fallait « tenter quelque chose avant l’été », explique le chef de service, Philippe Revel : « On n’avait pas le choix, si on ne faisait rien, les départs de médecins allaient continuer. » Après plus d’un mois dans cette configuration, l’urgentiste en tire globalement un « bilan positif »« Nous avons pu réduire l’activité de 25 % à 30 %, explique Philippe Revel. Nous avons moins de patients qui attendent, moins de malades dans les couloirs et de meilleures conditions de travail pour les soignants. » Pour le chef de service, cette nouvelle règle a permis « de ne sélectionner aux urgences que les patients qui en ont vraiment besoin ».

Lire aussi : Crise aux urgences : des fermetures, des grèves et le regret du « temps perdu »

Cette régulation à l’entrée systématique par un appel au 15 est défendue notamment par le syndicat SAMU-Urgences de France, auquel appartient le professeur François Braun, qui a été missionné pour rendre un rapport sur les « urgences et les soins non programmés » par le président de la République, attendu dans les jours qui viennent. Elle est loin cependant de faire l’unanimité dans la communauté soignante, certains dénonçant la restriction de l’accès aux soins qui en découle.

« On ne reviendra plus en arrière »

Quid des autres patients à Bordeaux, qui ne souffraient peut-être pas d’une détresse vitale mais étaient à la recherche de soins et n’ont pu accéder aux urgences ? La crise a eu comme conséquence positive l’installation d’un cabinet de médecine libérale juste à côté des urgences, avec une permanence de 14 heures à minuit. Philippe Revel écarte pour sa part la crainte de « rater » des urgences vitales : « Il y a toujours un risque, mais il est très faible, nos médecins régulateurs ont l’habitude d’interroger les patients, et nous n’avons eu aucun problème majeur à signaler. »

Si toutes les demandes de soins non programmés doivent trouver une réponse, il n’est plus possible, selon lui, de continuer à les faire toutes atterrir « par principe » aux urgences ; « on n’en a plus les moyens », dit-il. La prochaine étape dans son service sera sans doute d’étendre ce fonctionnement en journée. « En tout cas, on ne reviendra pas en arrière », assure-t-il.

Changer d’échelle, en déployant plus largement cet accès régulé, peut-être même au niveau national, ne manquerait pas de soulever plusieurs difficultés. Au premier rang celle du renforcement des personnels de SAMU, pour répondre à la masse d’appels qui en découlerait. A Bordeaux, l’augmentation n’a représenté qu’un petit volume d’appels supplémentaires à prendre en charge, alors qu’un seul site hospitalier est concerné et seulement la nuit. Ce qui a pu être absorbé grâce à l’aide d’une « cellule miroir » composée d’étudiants en santé. La réaction de la population et son adhésion à ces nouveaux réflexes font aussi partie des inconnues.

Un tiers de centres hospitaliers touchés par des fermetures des urgences « par à-coup »

Des services d’urgence fermés « par à-coup » dans un tiers des 111 hôpitaux répondants, des fermetures partielles la nuit de « lignes de garde » – soit une réduction du nombre de médecins en service – dans près d’un quart d’entre eux, un peu plus de la moitié des responsables qui estiment que la « situation actuelle des services d’urgence va se dégrader dans les prochaines semaines »…

Les résultats de plusieurs enquêtes menées par la Conférence nationale des présidents de commissions médicales d’établissements de centres hospitaliers, entre le 27 mai et le 14 juin, et rendus publics vendredi 24 juin, viennent confirmer l’ampleur de la crise qui bouleverse les urgences mais aussi la « dégradation majeure de tous les secteurs de l’hôpital public ». Ce dernier « menace de s’effondrer dans les prochains mois si des mesures d’urgence et structurelles ne sont pas prises à très courte échéance », alertent les représentants médicaux de ces centres hospitaliers.

« Nous ne sommes pas face à une crise des urgences mais bien de l’ensemble de l’hôpital et au-delà, de tout le système de santé », précisent-ils. Les fermetures de lits se multiplient en soins critiques (32 % des répondants en signalent), en périnatalité (20,7 %), en chirurgie (44 %) ou encore en médecine (74,1 %). Ils appellent, dans ce « contexte politique incertain », à « une union nationale pour donner au système de santé les moyens de répondre aux besoins de santé des Français ».

Camille Stromboni

Bordeaux : les soignants du CHU appelés à une grève illimitée à partir de mardi

A la veille d’un été qui s’annonce tendu, les syndicats demandent des hausses de salaire pour attirer de nouvelles recrues. Pour soulager les personnels, la direction a déjà annoncé la semaine dernière que 600 lits seraient fermés cet été. 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 22h17  https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/06/27/bordeaux-les-soignants-du-chu-appeles-a-une-greve-illimitee-a-partir-de-mardi_6132259_3224.html

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Les urgences de nuit de l’hôpital Pellegrin sont régulées la nuit depuis la fin mai 2022, faute de personnel en nombre suffisant.
Les urgences de nuit de l’hôpital Pellegrin sont régulées la nuit depuis la fin mai 2022, faute de personnel en nombre suffisant.  ROMAIN PERROCHEAU / AFP

Ils réclament des embauches et des augmentations de salaire, avant un été qui s’annonce « très compliqué ». Les soignants du CHU de Bordeaux, l’un des plus gros de France, sont appelés à une grève illimitée par leurs syndicats à partir du mardi 28 juin.

Citant en vrac « le point d’indice gelé », les « primes aléatoires », le « manque de recrutement », la « fermeture des services et des lits »« l’externalisation galopante », le « rappel illégal sur repos et congés », les syndicats FO, CGT et SUD-Santé demandent des embauches, alors que le manque de bras a déjà poussé la direction à filtrer l’accès aux urgences à partir de 17 heures, depuis la fin du mois de mai.

Lire aussi :  Urgences : au CHU de Bordeaux, une restriction de l’accès à l’entrée au résultat jugé « positif »

Pour attirer de nouvelles recrues, les syndicats réclament ainsi une hausse des salaires « de 300 euros minimum » pour les personnels soignants, administratifs et techniciens.

« C’est la première fois qu’une grève illimitée est organisée l’été. On est au point de non-retour », a expliqué Alain Es Sebbar, secrétaire de la CGT de l’hôpital Pellegrin, l’un des trois établissements du CHU.

Selon Jacques Ollivier, délégué SUD-Santé pour le CHU, cet appel s’adresse à tout le personnel soignant, soit quelque 11 000 personnes, « infirmières et aides-soignantes, mais aussi 180 autres métiers, comme techniciens de laboratoire, secrétaires médicales, manipulateurs radiologistes, kinés, assistantes sociales, blanchisseurs ». Avec plus de 14 000 employés, le CHU est le premier employeur de Nouvelle-Aquitaine.

Lire aussi :  Crise aux urgences : des fermetures, des grèves et le regret du « temps perdu »

« A ce stade, nous comptabilisons cinq préavis sur les 8 222 agents prévus au planning [mardi] matin », a précisé, lundi soir, le service de communication de l’hôpital. Même en grève, le personnel hospitalier est tenu d’assurer un service minimum.

Selon Pascal Gaubert, représentant FO au CHU, « cette grève est plutôt politique et symbolique, pour faire pression sur la direction cet été, pour voir s’ils tiennent leur promesse d’embaucher ».

600 lits fermés cet été

Pour soulager les personnels, la direction a déjà annoncé la semaine dernière que 600 lits seraient fermés cet été. « Il faut pouvoir donner des congés, trois semaines, entre juin et septembre, car on veut protéger les équipes, les professionnels qui aiment leur travail, pour ne pas qu’ils fuient l’hôpital », expliquait Stéphanie Fazi-Leblanc, directrice générale adjointe du CHU. Mais pour Alain Es Sebbar, « ce n’est pas nouveau, [les 600 lits] sont déjà fermés ».

Il faut absolument embaucher, « sinon, c’est le crash », insiste Pascal Gaubert, de FO. « Il nous manque 200 postes vacants sur le CHU, surtout chez les infirmières et les aides-soignants, et nous avons un absentéisme de 12 % en moyenne, avec aujourd’hui près de 250 personnes en arrêt. Cela fait quasiment 500 agents en moins. »

« Tout le monde est touché, pas seulement les soignants. Rien que sur les préparateurs en pharmacie, cinq partent cet été », alerte aussi Alain Es Sebbar.

Selon ces élus syndicaux, la direction a promis l’arrivée de 250 agents sortis d’école de la fin août à octobre. « Mais encore faut-il (…) qu’on arrive à les garder et pérenniser sur les postes », tempère M. Gaubert.

Le Monde avec AFP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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