L’élection record de 89 députés du RN serait une conséquence du manque de consignes claires à faire « barrage au second tour ». Qu’en est-t-il ?

Jérôme Fourquet : « Le front républicain s’était un peu effiloché pendant la présidentielle. Il a aujourd’hui explosé »

Le directeur du département « opinion et stratégies d’entreprise » de l’IFOP explique la victoire sans précédent du Rassemblement national aux élections législatives par la quasi-disparition du barrage républicain et un vote anti-Macron. 

Propos recueillis par Franck JohannèsPublié hier à 10h45, mis à jour hier à 17h11  

Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/06/21/face-a-l-extreme-droite-l-erosion-toujours-plus-forte-du-front-republicain_6131305_823448.html

Olivia Grégoire et Clémentine Autain à la soirée électorale du second tour des législatives 2022, sur le plateau de France Télévisions, le 19 juin 2022.
Olivia Grégoire et Clémentine Autain à la soirée électorale du second tour des législatives 2022, sur le plateau de France Télévisions, le 19 juin 2022.  BRUNO LEVY / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Jérôme Fourquet, directeur du département « opinion et stratégies d’entreprise » de l’IFOP, analyse les chiffres des reports de voix et d’abstention par parti au second tour des élections législatives.

Les élus du Rassemblement national (RN) ont été les premiers surpris par l’ampleur de leur victoire. Comment expliquer ces résultats ?

Ces résultats viennent de loin, ils s’inscrivent dans une dynamique de fond du Rassemblement national, qui a bénéficié aux législatives d’une sorte de rampe de lancement. Marine Le Pen a obtenu 23,15 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle, en dépit de la concurrence d’Eric Zemmour, avec ses 7,07 %, et ce grand espace de la droite nationale, à 30 %, est totalement inédit. Et, au second tour, son score de 41,45 % face à Emmanuel Macron est un événement majeur. Cela signifie à la fois que des électeurs ont voté pour elle au deuxième tour sans l’avoir fait au premier et qu’une partie de l’électorat ne fait plus barrage.

Lire aussi :  Face à l’extrême droite, l’érosion toujours plus forte du front républicain

Ensuite, au premier tour des législatives, le RN obtient quasiment 19 % des voix, en progression de 5,5 points par rapport à 2017. Il a pu ainsi aligner 208 candidats au second tour, contre 123 cinq ans plus tôt, et augmenter mécaniquement ses chances de victoire. Les lepénistes étaient en tête cette année dans 108 circonscriptions, contre à peine une dizaine en 2017 : le parti a augmenté à la fois son nombre de candidats présents et le nombre de candidats en pole position, ce qui laissait présager un résultat assez favorable. Mais ses scores ont été encore plus élevés que ce qu’on pouvait attendre.

Comment l’expliquer ?

Parce que le mécanisme du front républicain fonctionne beaucoup moins bien, ou de manière très marginale. Les tirs de barrage, systématiquement contre tout candidat RN bien placé au premier tour, ont énormément perdu en efficacité – c’est l’un des enseignements majeurs de ce scrutin. Qu’il s’agisse des duels avec Ensemble ! ou avec la gauche, le RN l’emporte une fois sur deux, et c’est ce qui explique sa victoire spectaculaire. Ses candidats ont désormais des chances de victoire comparables à celles des partis classiques. Dans 107 circonscriptions, le RN était opposé au second tour à un candidat d’Ensemble !. Il en a gagné 53, soit la moitié. En 2017, avec à peu près le même nombre de duels, 104, le RN n’avait gagné que 7 sièges.

L’érosion du barrage républicain en est-elle la raison ?

Effectivement. Beaucoup d’électeurs de candidats éliminés ne se sont pas reportés sur le candidat qui faisait face au RN. Dans le cas de figure le plus fréquent, les duels entre Ensemble et le RN, les candidats de l’ancienne majorité, en moyenne, n’ont pu compter sur les votes que de 31 % – un tiers – des électeurs de la Nupes. 11 % ont voté pour le RN et le reste, 58 % s’est abstenu, a voté blanc ou nul. 58 %, c’est énorme

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Les mêmes calculs lors des régionales de 2021 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, où le candidat soutenu par le RN avait une bonne chance de l’emporter, montrent que les électeurs de gauche s’étaient alors reportés à plus de 60 % sur le candidat de la droite et du centre. La proportion était comparable dans les Hauts-de-France, quand la gauche s’était retirée lors des duels de la droite et du RN : à peu près deux tiers de l’électorat de gauche faisaient barrage. Ensuite, lors de l’élection présidentielle, seulement 45 % de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon s’est reporté sur Emmanuel Macron. Aujourd’hui, il n’y en a plus qu’un tiers.

Marine Le Pen à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 19 juin 2022.
Marine Le Pen à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 19 juin 2022.  CYRIL BITTON/ DIVERGENCE POUR «LE MONDE »
A l’arrivée de Marine Le Pen au bureau de vote à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 19 juin 2022.
A l’arrivée de Marine Le Pen au bureau de vote à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 19 juin 2022.  CYRIL BITTON / CYRIL BITTON

Par détestation d’Emmanuel Macron ?

Il y a sans doute chez ces électeurs un sentiment anti-Macron très virulent, c’est le premier élément. Ensuite, il y a moins d’enjeux dans une législative que dans une présidentielle, ou une élection régionale, ce n’est pas un mandat exécutif. Ces électeurs Nupes se disent : « On ne va quand même pas voter pour un “marcheur”, c’est juste un député de plus ou de moins. » Troisième élément, plus tactique, ils se disent qu’en votant contre le RN ils envoient un « marcheur » à l’Assemblée et se tirent une balle dans le pied s’il s’agit de permettre à Mélenchon d’aller à Matignon. La volonté de priver Macron d’une majorité l’a manifestement emporté sur la logique du front républicain.

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A droite, il y a d’autres électeurs orphelins. Dans ces duels RN-Ensemble !, ils se sont reportés à 41 % sur la majorité, ce qui n’est pas négligeable, et à 26 % sur le RN. Le reste, 33 %, s’est abstenu. L’électorat de droite a ainsi fait un peu plus barrage au RN que celui de gauche, mais une part substantielle a voté RN. Là encore, les reports ont été très inférieurs à ce qui était espéré.

Et en cas de duel RN-Nupes ?

C’est aussi un bel alignement de planètes pour le RN. Dans ces 65 circonscriptions où le RN était face à la gauche, les électorats orphelins étaient encore à droite, mais aussi à Ensemble !. La République en marche [LRM] a très peu voté RN – 1 %, c’est résiduel. Mais si 41 % ont voté à gauche, 58 % se sont abstenus : quasiment six électeurs de LRM sur dix, dans un duel Nupes-RN, se disent qu’il est hors de question de voter pour un mélenchoniste. Quand le RN affronte un communiste, un socialiste ou un Vert, il ne gagne que dans 38 % des cas. Mais quand c’est un « insoumis », il l’emporte dans 63 % des cas, signe que l’électorat modéré ne s’est pas déplacé.

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Les « marcheurs » se sont dit : « La Nupes et le RN sont tous les deux en dehors du cercle républicain, pour reprendre le terme présidentiel, donc on ne vote pas. » Pour la majorité présidentielle, voter contre le RN, c’est envoyer un soldat mélenchoniste de plus à l’Assemblée. Le tir de barrage, historiquement concentré sur un candidat RN, a été ainsi considérablement amoindri, ce qui explique le taux de victoire, d’une circonscription sur deux, impensable dans le monde d’avant.

Du côté de la droite, dans ces duels, 47 % des électeurs ont voté RN, 18 % ont voté contre, et le reste, 35 %, s’est abstenu. La droite a toujours eu plus de mal à se faire au front républicain. Elle pouvait voter pour un candidat socialiste bon teint face au RN. Mais voter pour un « insoumis », un communiste, un écolo tendance Rousseau, ce n’était pas possible. Avec des configurations différentes, ces élections législatives ont donc permis au RN de se faufiler à l’Assemblée. Le front républicain n’est plus du tout automatique. Il avait fonctionné jusqu’aux régionales, s’était un peu effiloché, pendant la présidentielle. Il a aujourd’hui explosé.

Franck Johannès

Législatives 2022 : la coalition présidentielle accusée d’avoir « facilité » les résultats historiques du RN

La coalition présidentielle est critiquée pour n’avoir pas appelé au front républicain pour le second tour. Et les déclarations de certains responsables sur la possibilité de chercher les voix des députés du RN sèment le trouble. 

Par Alexandre Lemarié Publié aujourd’hui à 04h41, mis à jour à 11h30  

Temps de Lecture 6 min. https://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2022/article/2022/06/22/percee-du-rn-aux-legislatives-le-camp-macron-sur-le-banc-des-accuses_6131456_6104324.html

Olivia Grégoire, la porte-parole du gouvernement, participe à la soirée électorale du second tour des législatives, sur le plateau de France Télévisions, le 19 juin 2022.
Olivia Grégoire, la porte-parole du gouvernement, participe à la soirée électorale du second tour des législatives, sur le plateau de France Télévisions, le 19 juin 2022.  BRUNO LEVY / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Comment expliquer les résultats historiques du Rassemblement national (RN) aux élections législatives ? A peine les résultats connus, le procès a démarré, avec, dans le rôle des accusés, les macronistes. Le soir du second tour, dimanche 19 juin, les représentants de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ont imputé au camp présidentiel la percée du parti de Marine Le Pen, qui va pouvoir former un groupe à l’Assemblée nationale, en passant de huit députés à 89.

Lire aussi :  Législatives 2022 en direct : Aurore Bergé élue présidente des députés LRM à l’Assemblée nationale, Olivier Marleix à la tête du groupe LR

Emmanuel Macron et son parti « se sont fait les marchepieds de l’entrée en masse de l’extrême droite à l’Assemblée nationale », a ainsi accusé le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, Julien Bayou – élu député à Paris. Les macronistes « sont les promoteurs de l’élection » des députés du RN au Palais-Bourbon, a abondé son collègue de La France insoumise (LFI, Seine-Saint-Denis) Alexis Corbière.

En cause, selon eux : l’absence de consigne de vote claire de la coalition présidentielle, au soir du premier tour, dans les soixante-deux duels Nupes-RN qui se profilaient. D’après la gauche, en n’appelant pas systématiquement au « front républicain », et en renvoyant dos à dos l’ « extrême gauche » et « l’extrême droite », Emmanuel Macron et ses troupes ont fait le jeu de l’extrême droite. « Par leur abstention, par leur refus de choisir au second tour, les macronistes ont facilité l’élection du RN », a accusé le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon, lundi 20 juin, en désignant le chef de l’Etat comme le principal « responsable ». Lui qui avait pourtant fait du combat contre l’extrême droite sa priorité en 2017.

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, au soir du second tour des législatives, à l’Elysée-Montmartre, à Paris, le 19 juin 2022.
Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, au soir du second tour des législatives, à l’Elysée-Montmartre, à Paris, le 19 juin 2022.  YANN CASTANIER POUR « LE MONDE »
Julien Bayou, secrétaire national d’EELV et candidat dans la 5e circonscription de Paris, arrive, le 19 juin 2022, à la soirée du 2e tour des élections législatives organisée par la NUPES dans la salle de spectacle de l’Élysée Montmartre à Paris.
Julien Bayou, secrétaire national d’EELV et candidat dans la 5e circonscription de Paris, arrive, le 19 juin 2022, à la soirée du 2e tour des élections législatives organisée par la NUPES dans la salle de spectacle de l’Élysée Montmartre à Paris.  OLIVIER LABAN MATTEI / MYOP POUR « LE MONDE »

L’analyse de l’attitude des électeurs de la majorité, réunie sous la bannière Ensemble ! – La République en marche (LRM), le MoDem et Horizons – montre que le RN a effectivement profité de l’absence de « front républicain ».

Lors des duels entre la Nupes et le RN, les électeurs pro-Macron se sont abstenus à 72 %, 16 % ont voté pour la gauche et 12 % pour la formation lepéniste, selon l’institut Ipsos. D’après l’IFOP, 58 % se sont abstenus, 41 % ont voté à gauche, et 1 % pour le RN.

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« Part de responsabilité »

Dans certaines circonscriptions, c’est l’absence de désistement des candidats pro-Macron qui est pointée du doigt. Ainsi, dans la 2e du Lot-et-Garonne, le candidat macroniste Alexandre Freschi, arrivé troisième au premier tour, a maintenu sa candidature au second. Ce qui a engendré une triangulaire, avec la Nupes, dans laquelle la candidate du RN Hélène Laporte l’a emporté. Une attitude revenant à « faire la courte échelle au RN », et à « préférer faire élire des fachos plutôt que des écolos ou des Nupes », s’est indignée la candidate de la gauche, Marine Tondelier, qui était opposée à Marine Le Pen, dans le Pas-de-Calais.

Autre cas de figure : dans la 4e circonscription du Loiret, où l’ex-ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, avait déclaré que « l’extrême gauche est un danger aussi important que l’extrême droite aujourd’hui », au soir du premier tour, après son élimination, le candidat du RN a terrassé son adversaire de la Nupes au second, avec 63 % des voix. De quoi accréditer l’idée d’une banalisation du RN, à force de le mettre sur un pied d’égalité avec la gauche.

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En réponse aux accusations contre son camp, la députée (LRM) des Yvelines Aurore Bergé a assumé l’absence de consignes de vote dans les duels RN-Nupes. « On avait des cas où c’était compliqué de définir qui était le candidat le plus républicain », a-t-elle déclaré, lundi, sur Franceinfo, en citant le cas du duel entre l’élu de LFI François Ruffin et le RN dans la Somme.

D’autres macronistes ont choisi une autre stratégie de défense, en renvoyant la responsabilité sur la gauche radicale. « Notre consigne de vote était 10 000 fois moins ambiguë que celle de Mélenchon en 2017, quand il n’avait pas choisi entre Macron et Le Pen ! », s’insurge ainsi un conseiller de l’exécutif. Certes, la majorité prend sa « part de responsabilité » dans la percée historique du parti de Marine Le Pen, a encore déclaré la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, lundi, sur France Inter. Mais « il va falloir que tout le monde se questionne sur la sienne », a-t-elle ajouté, en ciblant en particulier M. Mélenchon. « A aller dans les extrêmes, notamment dans ses expressions, il peut parfois être un escabeau, un porte-pied pour que les radicaux extrêmes rentrent au Parlement », a-t-elle accusé.

« Cynisme le plus total »

Mais au-delà du sujet précis des consignes de vote, d’autres prises de position ont troublé depuis le second tour, et alimenté la polémique entre le camp Macron et la gauche.

Dimanche, sur BFM-TV, le ministre de la justice Eric Dupond-Moretti s’est dit prêt à « avancer ensemble » avec le RN. Le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, a dénoncé un « appel du pied » au RN, qui « marque une dérive dans le cynisme le plus total ». Deux jours plus tôt, le chef de file du MoDem, François Bayrou, avait également tenu des propos ambigus. « Je ne sais pas si ça s’appelle “extrême droite” », avait-il dit lors d’un débat sur France 2, en parlant du RN. Ce qui lui avait valu un recadrage en règle de l’élu du parti Les Républicains (LR) Jean-François Copé, lui reprochant de « faire une concession à l’extrême droite ».

Eric Dupont Moretti, LRM, Soirée électorale du premier  tour des legislatives 2022 sur les plateaux de France Television, le 12 juin 2022.
Eric Dupont Moretti, LRM, Soirée électorale du premier tour des legislatives 2022 sur les plateaux de France Television, le 12 juin 2022. 

Autre intervention pointée du doigt par la Nupes : celle du ministre de l’agriculture (et ex-ministre des relations avec le Parlement), Marc Fesneau, lundi, sur Franceinfo, assurant que « la présidence de la commission des finances à l’Assemblée nationale revient au groupe le plus important de l’opposition » – soit le RN – et pas à la coalition la plus importante. En affirmant au passage que c’est une règle constitutionnelle, alors que cela dépend en réalité du règlement de l’Assemblée nationale.

Enfin, lundi soir, à la question de savoir si le camp présidentiel ira chercher un appui des députés du RN pour faire voter des textes à l’Assemblée nationale, la députée (LRM) des Hauts-de-Seine, Céline Calvez, a déclaré sur France 5 : « Quand on a besoin d’avoir une majorité et si c’est bon pour les Français, on va aller chercher ces voix-là. » « Après le “ni-ni”, le RN ! », s’est indignée Céline Malaisé, candidate de la Nupes à Paris, en dénonçant, comme d’autres élus de gauche, le jeu trouble du camp Macron avec le parti lepéniste.

Un faux procès, selon l’entourage de M. Macron, qui dénonce des propos sortis de leur contexte. En particulier concernant M. Dupond-Moretti, qui « a fondé son engagement politique sur la lutte contre le Front national [devenu RN] », et dont les propos auraient été mal compris. Des déclarations qu’il ne faudrait donc pas prendre « pour argent comptant » car « ce n’est pas du tout la ligne », abonde un responsable de la majorité, en évoquant « des maladresses ». Pas question d’un éventuel rapprochement avec le groupe lepéniste à l’Assemblée nationale. « Les députés RN votent ce qu’ils veulent. Mais on ne les cherche pas. On les combat », affirme le député (LRM) des Français de l’étranger, Roland Lescure. « Nous n’avons pas vocation à faire une sorte de contrat de gouvernement avec le RN ou avec quiconque », a encore rectifié le chef de file de LRM, Stanislas Guerini, lundi, sur RMC.

« Pas de leçons à recevoir de LFI »

Face à des accusations qu’ils jugent « scandaleuses », les macronistes estiment que la Nupes a sa part de responsabilité dans la percée du RN. Et n’a rien à dire sur la question des reports de voix, étant donné que dans le cas des seconds tours entre Ensemble ! et le RN, 45 % des électeurs de la Nupes se sont abstenus, 37 % ont voté pour le candidat pro-Macron et 18 % pour celui du RN, selon l’Ipsos. D’après l’IFOP, 58 % se sont abstenus, 31 % ont voté pour Ensemble ! et 11 % pour le RN.

Dans l’électorat de gauche, « la volonté de priver Macron d’une majorité l’a manifestement emporté sur la logique du front républicain », constate le directeur du département « opinion » de l’IFOP, Jérôme Fourquet, dans un entretien au Monde. La volonté de sanctionner le chef de l’Etat étant parfois plus forte que le souci de faire barrage à l’extrême droite.

Autres chiffres : d’après les calculs des Décodeurs du Mondedans les 108 circonscriptions où un candidat d’Ensemble ! affrontait un candidat du RN, au second tour, seuls quatorze candidats de la Nupes avaient appelé à voter pour le représentant de la majorité. Un positionnement dénoncé par l’exécutif. « Il y a eu des appels au front républicain qui n’ont pas forcément été entendus, ou qui n’ont pas été très clairs, notamment dans les duels Ensemble !-RN », a déploré la ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, dimanche, sur France Inter.

« On n’a pas de leçons à recevoir de la part des représentants de LFI qui ont été incapables d’appeler à voter Emmanuel Macron face à Marine Le Pen et des mêmes qui aujourd’hui se retrouvent à l’Assemblée nationale parfois grâce aux voix du RN », contre-attaque à son tour le député (LRM) Pieyre-Alexandre Anglade. Avant d’assurer : « Le combat contre l’extrême droite, c’est nous qui le menons. Nous sommes ceux qui ont affronté et combattu le RN avec la plus grande force par deux fois à la présidentielle. » Sans parvenir, toutefois, à enrayer la progression continue de l’extrême droite dans les urnes.

Législatives 2022 : les exagérations des « insoumis » sur les consignes de vote des candidats macronistes

L’élection record de 89 députés du RN serait une conséquence du manque de consignes claires à faire « barrage au second tour ».

Par 

Publié le 20 juin 2022 à 11h59 – Mis à jour le 20 juin 2022 à 13h03 

Temps de Lecture 2 min.

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/06/20/legislatives-2022-les-exagerations-des-insoumis-sur-les-consignes-de-vote-des-candidats-macronistes_6131225_4355770.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1655753557

Discours du second tour des élections législatives de Jean-Luc Mélenchon (Nupes) à l’Elysée-Montmartre, à Paris, dimanche 19 juin 2022.
Discours du second tour des élections législatives de Jean-Luc Mélenchon (Nupes) à l’Elysée-Montmartre, à Paris, dimanche 19 juin 2022.  YANN CASTANIER POUR « LE MONDE »

Outre l’échec de la coalition présidentielle à obtenir une majorité absolue (246 sur 577 sièges), et la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) qui devient la première force d’opposition (142 sièges), la percée du Rassemblement national (RN) est l’autre enseignement du second tour des élections législatives, dimanche 19 juin.

Avec 89 députés élus à l’Assemblée nationale, le parti d’extrême droite dirigé par Marine Le Pen réalise, en effet, un score historique, depuis les 36 élus du Front national entrés à l’Assemblée nationale en 1986 à la faveur du seul scrutin à la proportionnelle intégrale.

C’est la conséquence, selon La France insoumise, de l’absence d’un véritable « front républicain » chez les macronistes. Dès dimanche soir, le leaderdes « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, a, en effet, dénoncé la « diabolisation » de la Nupes par le camp présidentiel, qui a eu pour effet de renvoyer « ceux qui ont des valeurs humanistes » à l’extrême droite. Pour preuve, il a affirmé que sur la soixantaine de duels qui ont opposé la Nupes au RN, la grande majorité des candidats macronistes auraient été « incapables de donner une consigne claire ». Une affirmation largement exagérée.

Lire aussi : Carte des résultats des élections législatives 2022 : les députés élus, circonscription par circonscription

Ce qu’ils disent

Lundi matin, le message était encore martelé chez les « insoumis ». Sur France Inter, le député de la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis, réélu dès le premier tour, Alexis Corbière, affirmait que « les responsables » de cette percée du RN, « c’est l’équipe qui dirige aujourd’hui la Macronie ». Et d’argumenter :

« Dans 61 duels où nous étions face au Front national [l’ancien nom du Rassemblement national], dans 57 cas, il n’y a pas eu de prise de position claire qui disait qu’il ne fallait pas une voix pour le Front national. »

Sa collègue « insoumise », Danielle Simonnet, élue pour la première fois députée de la 15e circonscription de Paris, a tenu le même discours sur Europe 1 :

« Je vous rappelle que sur 52 circonscriptions, ils n’ont pas été capables, la Macronie, de donner une consigne claire aux électrices et aux électeurs – “Pas une voix pour le RN” –, alors qu’il y avait des candidats de la Nupes en face. »

Sur LCI, le député réélu dans la 1re circonscription du Nord, Adrien Quattenens, a également déclaré que les responsables macronistes « n’ont pas été clairs du tout », car « sur 62 duels entre la Nupes et le RN, il y a seulement 7 d’entre eux pour lesquels des responsables de la Macronie ont appelé clairement à battre le RN ».

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POURQUOI C’EST EXAGÉRÉ

Selon notre décompte, il y avait pour ce second tour des législatives, 61 circonscriptions un candidat d’extrême droite (RN, Debout la France ou autre) s’est retrouvé en duel avec la Nupes. Nous avons recensé les consignes et réactions des candidats d’Ensemble ! défaits dans ces 61 circonscriptions. Avant dimanche soir :

  • 16 candidats de la majorité présidentielle avaient clairement appelé à voter pour leur ex-rival de gauche ;
  • 16 avaient appelé à ne pas voter pour le RN ;
  • 12 étaient sur une ligne « ni ni » ou souhaitaient voter blanc ;
  • 15 ne donnaient pas de consigne de vote ;
  • 2 ne s’étaient pas exprimés.

Ainsi, au moins 32 candidats d’Ensemble !avaient donné une consigne claire pour ce second tour, contrairement à ce qu’ont dit MM. Mélenchon, Quattenens, Corbière, et Mme Simonnet.

Lire aussi : Législatives 2022 : quelles consignes de vote donnent les candidats d’Ensemble ! dans les duels Nupes-RN ?

A noter que nous avons procédé au même décompte dans les 108 circonscriptions où un candidat d’Ensemble ! affrontait un candidat du RN, et où la Nupes faisait figure d’arbitre. Avant dimanche soir, 86 candidats avaient donné une consigne claire :

  • 14 avaient appelé à voter Ensemble ! ;
  • 72 avaient appelé à ne pas donner « une voix pour le RN » ;
  • 2 étaient sur une ligne « ni ni » ou vote blanc ;
  • 13 n’avaient pas donné pas de consigne de vote ;
  • 7 ne s’étaient pas exprimés.

Lire aussi :  Législatives 2022 : quelles consignes de vote donnent les candidats de la Nupes en cas de duel Ensemble !-RN ?

Les Décodeurs

Face à l’extrême droite, l’érosion toujours plus forte du front républicain

Dans les cas où le Rassemblement national était présent au second tour des élections législatives, dimanche 19 juin, les reports de voix n’ont pas toujours profité à l’autre candidat

Par Abel Mestre Publié hier à 03h46, mis à jour hier à 10h46  

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https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/06/21/face-a-l-extreme-droite-l-erosion-toujours-plus-forte-du-front-republicain_6131305_823448.html

Marine Le Pen, après l’annonce des résultats du second tour des législatives, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 19 juin 2022.
Marine Le Pen, après l’annonce des résultats du second tour des législatives, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 19 juin 2022.  CYRIL BITTON / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Les résultats des élections législatives marquent la fin d’un cycle : celui de la normalisation du Rassemblement national (RN). Entamé il y a plus de dix ans avec l’accession, en 2011, de Marine Le Pen à la tête du Front national (ancêtre du RN), le parachèvement de la stratégie dite de « dédiabolisation » s’accompagne de la quasi-disparition du « front républicain », cette tradition voulant que les formations républicaines – ainsi que leurs électeurs – se coalisent contre les candidats d’extrême droite présents lors des seconds tours des élections. Le RN semble ne plus être, aux yeux d’une partie des Français, l’épouvantail de la vie politique française.

Ce phénomène n’est pas nouveau. A chaque scrutin, les indices pointant l’obsolescence du front républicain ont été de plus en plus nombreux. Mais les législatives l’ont montré de la plus claire des manières. Dans les cas où le RN était présent, les reports de voix n’ont pas toujours profité à l’autre candidat. Beaucoup de Français se sont réfugiés dans l’abstention, ou ont opté pour un vote en faveur du parti d’extrême droite

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Ainsi, selon les calculs de l’institut Ipsos, lors de duel entre la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), alliance des principales formations de la gauche parlementaire) et le RN, les électeurs d’Ensemble ! (coalition présidentielle rassemblant La République en marche, le MoDem et Horizons) se sont abstenus (ou ont voté blanc ou nuls) à 72 %. Ils sont 16 % à voter pour la gauche et 12 % pour la formation lepéniste.

« Une tendance de fond »

Dans ce cas de figure, les électeurs du parti Les Républicains s’abstiennent également majoritairement (53 %). Mais ils sont plus perméables à un vote pour un candidat d’extrême droite : 35 % d’entre eux ont fait ce choix, contre 12 % pour le candidat Nupes. En revanche, en cas de duel opposant Ensemble ! et le RN, seuls 15 % des électeurs de droite s’abstiennent mais ils sont 34 % à choisir le candidat lepéniste et 51 % à se rabattre sur celui de la majorité présidentielle. Clairement, dans ce segment de l’électorat, le front républicain a fait son temps quand la gauche est présente.

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A gauche, justement, le front républicain résiste mieux mais s’étiole. Lorsque les électeurs Nupes doivent choisir entre Ensemble ! et le RN, ils s’abstiennent à 45 %, votent Ensemble ! à 37 % et 18 % d’entre eux choisissent même le RN. Pour rappel, entre les deux tours de l’élection présidentielle opposant Emmanuel Macron et Marine Le Pen, l’enquête électorale d’Ipsos-Sopra Steria (vague du 22 avril) montrait que 41 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon votaient pour le président sortant, 21 % pour la leader nationaliste et 38 % s’abstenaient. Quant aux électeurs de Valérie Pécresse, ils déclaraient vouloir voter à 50 % pour Emmanuel Macron, à 22 % pour Marine Le Pen et 28 % boudaient les urnes

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Comment expliquer cette rapide évolution ? « Le fait d’avoir diabolisé le Rassemblement national et la Nupes a contribué à banaliser le RN, avance Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos. Il y a aussi une tendance de fond que l’on voyait déjà lors de la présidentielle, où le front républicain s’était déjà amenuisé. »

M. Teinturier fait également remarquer que si le vote de barrage à l’extrême droite a mieux tenu lors de la présidentielle, c’est aussi parce que cette élection est très incarnée. C’est ainsi plus simple d’appeler à barrer la route à une candidate connue que pour des députés que l’on n’identifie pas forcément et dont on est persuadé, par ailleurs, qu’ils n’auront pas la majorité. La prise de risque est donc minimale.

« Dédiabolisation par procuration »

D’autres facteurs expliquent également l’affaiblissement du front républicain en l’espace de quelques semaines. La campagne législative, où tout était polarisé entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, a laissé le champ libre à Marine Le Pen et son parti pour avancer en silence. Ce que l’on percevait comme une campagne laborieuse et floue était en fait une volonté d’apaisement, de campagne de proximité. Un peu comme pour la présidentielle, où la candidate du RN avait fait le dos rond lors de l’émergence d’Eric Zemmour : elle a fait de même pour le duel annoncé entre la Nupes et Ensemble !

Comme souvent, Marine Le Pen et son parti ont profité des erreurs tactiques de leurs adversaires. Sans avoir eu besoin de modifier le fond de ses propositions, notamment concernant l’immigration ou la question de l’islam, la leader nationaliste a bénéficié d’une sorte de « dédiabolisation par procuration ». Cela s’était déjà produit durant le quinquennat : comme lorsque le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin lui avait reproché d’être « trop molle » face à l’Islam.

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De son côté, une partie de la gauche a longtemps défini Emmanuel Macron et Marine Le Pen comme un « duo » ; les deux faces d’une même médaille, des adversaires d’un danger équivalent, effaçant ainsi la spécificité du RN. Par ailleurs, la gauche a également concentré pendant cinq ans ses attaques contre le chef de l’Etat, ignorant la progression continue du parti lepéniste, persuadée qu’une victoire de l’extrême droite était de l’ordre de l’improbable.

Les choses se sont accélérées dans l’entre-deux-tours des législatives. Cette fois, c’était au tour des ténors de la majorité présidentielle de renvoyer dos à dos la Nupes et le RN en parlant de la notion floue des « extrêmes » et en ne donnant pas de consigne systématique de vote contre la formation d’extrême droite. En faisant cela, ils ont, de fait, banalisé à leur tour le RN, en le mettant sur un pied d’égalité avec la gauche.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnésLa Nupes et le RN, deux fronts anti-Macron totalement opposés

En face, la gauche n’a pas su, quant à elle, prendre la mesure du risque de la poussée lepéniste. En se cantonnant à la ligne « pas une voix pour l’extrême droite », la Nupes, notamment dans sa composante mélenchoniste, n’allait pas au bout du raisonnement, laissant penser que l’abstention pouvait être une solution face au RN. Quant aux partenaires de La France insoumise qui ont toujours respecté la tradition d’appeler à voter contre l’extrême droite, ils n’ont pas su – ou voulu – faire entendre leur différence.

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Abel Mestre

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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