Thouars : une extrême urgence chez un enfant, refusée par plusieurs hôpitaux


​Deux-Sèvres : un enfant grièvement blessé attend trois heures qu’un CHU l’accepte

Publié le 14/06/2022 à 12:45|Mis à jour le 15/06/2022 à 11:57

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L'enfant de 4 ans rapidement secouru sur place a ensuite attendu plus de 3 h qu'un hôpital adapté, un CHU, veuille bien le recevoir pour être opéré en urgence. Il a fini par être accepté à Angers où il est parti sous escorte des gendarmes qui ont ouvert l

L’enfant de 4 ans rapidement secouru sur place a ensuite attendu plus de 3 h qu’un hôpital adapté, un CHU, veuille bien le recevoir pour être opéré en urgence. Il a fini par être accepté à Angers où il est parti sous escorte des gendarmes qui ont ouvert la voie. 
© Photo d’illustration NR, Éric Pollet

Un enfant grièvement blessé au pied par une tondeuse, samedi à Thouars, a attendu plus de trois heures qu’un hôpital l’accepte pour l’opérer en urgence. Les hôpitaux d’Angers, Tours, Poitiers, Nantes et même Necker à Paris ont été sollicités.

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« Je suis outré. Il s’est passé quelque chose de grave, c’est le symptôme d’un système de santé en panne. Je dénonce ces dysfonctionnements. C’est inacceptable, il va falloir mettre des moyens puissants sur la santé. » Le maire de Thouars, Bernard Paineau, réagit à un accident qui s’est produit le samedi 11 juin 2022 à Mauzé-Thouarsais, commune déléguée de Thouars, où un enfant grièvement blessé a dû attendre plus de trois heures qu’un CHU veuille bien le recevoir.

« J’ai entendu des cris, il était 11 h 40 samedi quand j’ai appelé les pompiers », raconte l’habitante du petit hameau du Buisson, dans le village de Rigné, à Mauzé-Thouarsais. Cette maman venait de découvrir son petit garçon de 4 ans grièvement blessé au pied par une tondeuse : « Du gros orteil jusqu’au talon et tout le long du pied, c’était déchiqueté ».

Sans perdre son sang-froid, elle appelle les secours. « Ce n’est pas facile quand vous devez faire un point de compression et que vous avez votre petit garçon qui hurle, les deux autres aussi, et que vous devez essayer de rester calme. »

Mais elle y parvient et les secours arrivent : « Les pompiers, le Samu et les gendarmes, ils sont tous intervenus très rapidement. Vraiment, il faut le dire, ils ont fait un boulot extra ! »

Angers, Tours, Nantes, Poitiers, Necker à Paris… 

C’est ensuite que les choses se corsent. Quand le médecin du Samu appelle les hôpitaux, des CHU aptes à prendre en charge ce très jeune patient pour l’opérer au plus vite, les réponses négatives se succèdent. « Angers a d’abord refusé parce que les urgences chirurgicales pédiatriques étaient fermées, Tours a refusé aussi comme Nantes et Poitiers. » Un appel sera même passé à l’hôpital Necker à Paris pour l’y transporter par hélicoptère…

Pendant trois heures, les réponses négatives se succèdent et l’enfant reste bloqué sur place.

« On a attendu plus de trois heures parce qu’on est parti vers 16 h. » Direction le CHU d’Angers qui trouvera finalement une solution pour accueillir l’enfant et l’opérer au plus vite. « Il a été pris au bloc opératoire adultes qui a été obligé de déprogrammer des gens pour pouvoir opérer mon fils à 19h30. C’est toute une équipe médicale qui s’est démenée pour se réorganiser », raconte la maman.

Et une fois le point de chute trouvé, après ces heures d’attente interminables, c’est à toute allure que l’enfant a été conduit à Angers : « Les gendarmes qui étaient sur place ont escorté l’ambulance jusqu’à la limite des Deux-Sèvres et, en Maine-et-Loire, une deuxième escorte motorisée a pris le relais plus loin. »

« On a eu de la chance, il n’a pas fait d’hémorragie »

Finalement, le petit garçon a perdu son orteil et va subir plusieurs opérations. « Je le savais quand j’ai vu l’état du pied », indique la maman qui ne sait pas s’il en serait allé autrement si la prise en charge avait été plus rapide. « On a eu de la chance, il n’a jamais perdu connaissance, il n’a pas fait d’hémorragie mais s’il y avait eu une hémorragie, on le perdait. Heureusement, Louka, mon bout’chou, il est fort, il est costaud », souligne-t-elle.

Pour le reste, « il aura une prothèse et de la rééducation, la médecine fait beaucoup de choses aujourd’hui », rassurée désormais de le savoir entre de bonnes mains. 

« Il faut que ça bouge, on a besoin des soignants, du personnel hospitalier »

Si elle accepte de témoigner, c’est parce qu’elle estime qu' »il faut que ça bouge. On a besoin des soignants, de personnel hospitalier, du brancardier au chirurgien. On a besoin de toutes ces personnes-là ».

Si elle en veut à quelqu’un, « c’est au gouvernement. On ne peut pas fermer des urgences pédiatriques chirurgicales le week-end ! ». Elle poursuit : « Même les secours, ils sont fatigués de tout ça. Il faut le dire, il faut l’écrire. Nous ne sommes pas à Paris mais il ne faut pas oublier nos petites villes. » 

La voix de la maman est un instant couverte par son fils qui se fait entendre à ses côtés, dans sa chambre d’hôpital. Rien de grave cette fois, explique la maman qui va retourner s’occuper de lui : « Là, c’est parce qu’il a faim, c’est signe qu’il va bien ! »

Nous avons tenté de joindre le médecin urgentiste de permanence au moment des faits pour connaître les raisons invoquées par les hôpitaux sollicités pour expliquer le refus du jeune patient, sans succès.

Réaction du CHU d’Angers

La direction générale du CHU d’Angers a réagi par courriel, tenant à apporter les précisions suivantes : 

« Les urgences pédiatriques (dont les urgences chirurgicales) sont assurées 24 h sur 24 au CHU d’Angers. Le week-end, le bloc pédiatrique est simplement mutualisé avec le bloc des urgences adultes (d’où une opération au bloc des urgences adultes).

Le CHU d’Angers, comme tous les établissements de santé, prend en charge les urgences en priorisant les urgences vitales. »

« C’était une extrême urgence, c’est révoltant ! », s’insurge le maire de Thouars

« Ce qui est incroyable, c’est que tous ces hôpitaux disent qu’ils ne prennent pas. C’était une extrême urgence », souligne le maire de Thouars, Bernard Paineau, qui sait que « pour ne pas perdre un membre quand il est sectionné, il faut intervenir très rapidement. C’est révoltant ! » 

Comme le veut la procédure, le maire avait été informé à 11 h 42 par un texto des pompiers d’une intervention sur le territoire communal. Des messages dans un langage technique non détaillé, en sachant que « nous recevons un appel lorsqu’il y a une personne décédée, un accident mortel… » 
Là, « à 15 h 15 ou 15 h 20, l’élu d’astreinte m’a appelé pour me dire qu’il venait d’être contacté pour se rendre sur place ».

« Tout le monde était choqué par la situation »

Le maire décide alors d’y aller avec lui. « Nous sommes arrivés vers 15 h 30. Tout le monde était choqué par la situation. La solution venait d’être trouvée donc je n’ai pas eu à intervenir mais sinon, j’aurais activé mes contacts, appelé la préfète. La sous-préfète m’a d’ailleurs appelé dans la soirée. C’est scandaleux, j’espère qu’il n’y aura pas de conséquences pour l’enfant liées au temps trop long », souhaite Bernard Paineau qui a laissé son téléphone à la famille pour avoir des nouvelles.

D’où il ressort que, si le CHU d’Angers n’avait pas rappelé, la réponse à un problème médical urgent bloqué finissait par reposer sur le seul espoir d’une solution politique au pied de l’ambulance.

« Il y a un problème grave de disponibilité de places »

« Moi, je suis outré par l’incapacité des politiques depuis trente ans à prévoir des cas comme celui-là, à penser à la capacité hospitalière. Il y a un problème grave de disponibilité de places. Quand il y a un événement comme celui-là, tout le monde se scandalise mais ça fait plus de vingt-cinq ans qu’on alerte. Cet événement, ce n’est pas le hasard au milieu d’un ciel bleu », souligne le docteur Frédéric Pain, président de la commission médicale d’établissement du Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres.

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2022/06/17/les-urgences-de-montauban-et-de-moissac-en-grande-difficulte/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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