Martin Hirsch va quitter la direction de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris
Nommé en 2013, le patron de l’institution francilienne a annoncé son départ, vendredi matin lors d’une réunion du directoire, dans un contexte de crise sans précédent à l’hôpital.
Par Camille Stromboni
Aujourd’hui à 09h38, mis à jour à 10h37.Lecture 3 min.
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Depuis plusieurs jours, la rumeur courait. Selon nos informations, Martin Hirsch l’a annoncé devant le directoire de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), vendredi 17 juin : il quittera la direction du mastodonte hospitalier francilien, fin juin. Arrivé en 2013, le conseiller d’Etat de 58 ans a passé un temps record à la tête de la puissante institution parisienne, qui compte 39 hôpitaux.
Martin Hirsch abandonne ses fonctions dans une période où l’hôpital rencontre une crise inédite, avec une pénurie de soignants conduisant de nombreux établissements à fermer des lits depuis des mois. Depuis la sortie de la crise épidémique liée au Covid-19, l’hémorragie de soignants s’est accentuée, obligeant les services hospitaliers à réduire leurs capacités – 18 % des lits étaient fermés faute de personnels à l’automne 2021, annonçait la direction de l’AP-HP en octobre. Malgré les tentatives de recrutement, la situation ne s’est pas améliorée depuis, avec ce point noir de la région francilienne où le coût de la vie est particulièrement élevé.
Pour expliquer son départ, le directeur cite les trois engagements qu’il avait pris au cœur de la crise due au Covid-19, le 15 mars 2020. A l’époque, il avait promis de « sauver le plus de patients », d’« être solidaire avec les soignants », et de « s’assurer que l’hôpital “d’après” ne soit pas celui “d’avant”», dit-il au Monde. « Je ne suis plus sûr de pouvoir réunir les conditions pour ce dernier engagement », indique-t-il, d’où cette décision de « remettre son poste de directeur général de l’AP-HP à la disposition du gouvernement ». Une façon, sans aucun doute, de critiquer la politique de santé du gouvernement qui intervient en plein entre-deux-tours des élections législatives.
« Corriger nos propres défauts »
Dans un message transmis à l’ensemble de la communauté de l’AP-HP, à la sortie de la réunion de direction, Martin Hirsch tire le bilan de ses années à la tête de la puissante institution. « Nous avons montré, dans la tempête d’une pandémie, que nous savions travailler autrement, tirer le meilleur parti de nos qualités, mettre de côté nos défauts, faire preuve d’une solidarité sans faille », écrit-il. Touchée de plein fouet par les premières vagues du Covid-19, l’AP-HP a résisté. En mars 2020, des lits de « réa » sont ouverts à la hâte, des renforts viennent de tout le pays… Le point de rupture a été touché, pas dépassé.
« Il faut maintenant définir un nouveau cadre, fondé sur la confiance et la responsabilité, qui permette d’agir de même, mais par tous temps, estime le responsable. (…) Je suis convaincu que beaucoup de maux dont nous souffrons appellent des changements de même ampleur que ceux qui avaient réalisés en 1958, quand l’hôpital universitaire avait été repensé pour lui redonner force, noblesse et attractivité. » Martin Hirsch rappelle qu’il avait partagé il y a quelques semaines « ce qui [lui] semblait le plus fondamental pour repartir sur de nouvelles bases ». Manifestement, le gouvernement ne l’a pas entendu.
Il ajoute dans le même temps qu’il « continue à penser que pour demander plus et mieux, il faut corriger nos propres défauts et nos propres faiblesses : il est vain de ne penser qu’en termes de moyens sans accepter de prendre des responsabilités aussi dans les transformations, les remises en causes et le changement ».
Lire le portrait : « Un paradoxe à lui tout seul » : Martin Hirsch, patron de l’AP-HP, de la crise de l’hôpital à l’épidémie de Covid-19
Point de rupture
Nommé il y a une décennie dans un contexte de crise, pour succéder à Mireille Faugère, qui veut alors fermer les urgences de l’Hôtel-Dieu, près de Notre-Dame, le nouvel arrivant, au profil plus politique, avait réussi à déminer le dossier. Normalien, énarque, diplômé en neurobiologie, Martin Hirsch a d’abord roulé à gauche. Pendant l’ère Jospin à Matignon (1997-2002), il pousse à l’ombre de Bernard Kouchner, dont il est directeur du cabinet au secrétariat d’Etat à la santé. Il n’est pas médecin, faute d’avoir validé sa dernière année, mais il parle leur langage et devient une étoile montante.
En 1999, il prend la tête de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, où il gère notamment la crise de la vache folle. Quelques années plus tard, il succède à l’abbé Pierre à la présidence d’Emmaüs, avant de partir voguer en Sarkozie, en promouvant l’idée du revenu de solidarité active (RSA), un revenu minimum destiné à remplacer le RMI, conçu pour pousser ses bénéficiaires à chercher un emploi. Le nouveau locataire de l’Elysée effectue ainsi « une prise de guerre » à gauche, en le faisant entrer au gouvernement. Martin Hirsch a été successivement haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et haut-commissaire à la jeunesse.
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Lors de sa décennie à la tête de l’AP-HP, il fait face à plusieurs contestations. La première a été provoquée par sa réforme du temps de travail, qui a donné lieu à une mobilisation de plusieurs milliers d’infirmiers et d’aides-soignants. A la veille de la crise sanitaire, l’AP-HP a également été secouée par la mobilisation inédite dans les rangs des soignants, qui a duré près d’une année, pour dénoncer le manque de moyens et d’effectifs, et la mise en danger des patients. Le mouvement était parti des services d’urgences, notamment parisiens, avant de s’étendre à l’ensemble de l’hôpital.
Plus récemment, un collectif de 1 376 professeurs et médecins de l’AP-HP, a, dans une lettre adressée au chef de l’Etat, dénoncé le fait que « la culture du chiffre, du “bla-bla” et des “process” sape le moral des personnels hospitaliers », dans une tribune publiée dans Le Monde.
Lire l’enquête :
Crise de l’hôpital : face à la catastrophe annoncée, comment sauver les urgences ?
Camille Stromboni
Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP, quitte son poste fin juin
En fonction depuis novembre 2013, le haut fonctionnaire prendra le large à la fin du mois, en pleine crise dans les hôpitaux.
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par LIBERATION et AFP
publié le 17 juin 2022 à 10h23
La fin d’une histoire. Martin Hirsch, patron de l’Assistance publique Hôpitaux de Paris(AP-HP), annonce ce vendredi quitter ses fonctions, dans une lettre adressée aux personnels. Sur fond de crise sans précédent de l’hôpital public, le haut fonctionnaire à la tête depuis 2013 de ce mastodonte du système de santé, qui emploie plus de 100 000 personnes et fait fonctionner 38 hôpitaux, quittera son poste de directeur général à la fin du mois.
Dans son courrier, Martin Hirsch salue le courage et l’abnégation des personnels de l’AP-HP face à la pandémie de Covid-19 mais regrette de ne pas avoir pu mettre en œuvre «un modèle hospitalier différent de ce qu’il a été avant, plus proche de nos attentes et de nos ambitions à tous», un engagement qu’il avait tenu à l’aube de la pandémie.
«Des changements d’ampleur»
«C’est parce que j’ai pensé ne pas pouvoir réunir toutes les conditions pour que cet engagement soit respecté que j’ai décidé, il y a un mois, de remettre mon poste de directeur général de l’AP-HP à la disposition du gouvernement», écrit-il. «Je suis convaincu que beaucoup de maux dont nous souffrons appellent des changements de même ampleur que ceux qui avaient été réalisés en 1958, quand l’hôpital universitaire avait été repensé pour lui redonner force, noblesse et attractivité», complète le futur ex-directeur alors que le système de santé, et l’hôpital public en particulier, est l’un des deux grands chantiers du deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron.
Martin Hirsch quitte l’AP-HP, Nicolas Revel pressenti pour le remplacer
Par A.M. le 17-06-2022

Le navire AP-HP va changer de capitaine. Martin Hirsch, qui dirige les hôpitaux publics parisiens depuis 2013, a annoncé ce vendredi 17 juin aux personnels qu’il quitterait ses fonctions à la fin du mois. L’ancien directeur de la Cnam Nicolas Revel serait pressenti pour lui succéder.
D’après Le Monde, qui a révélé l’information, la rumeur courait depuis plusieurs jours. La nouvelle a été officialisée ce vendredi matin par l’intéressé devant le directoire de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris puis dans une lettre aux quelques 100 000 personnels de l’institution. Directeur des 38 hôpitaux publics parisiens depuis 2013 -il avait alors succédé à Mireille Faugères, Martin Hirsch quittera ses fonctions à la fin du mois.
Ce haut-fonctionnaire de 58 ans a regretté dans sa lettre n’avoir pu mettre en œuvre « un modèle hospitalier différent de ce qu’il a été avant, plus proche de nos attentes et de nos ambitions à tous« . « C’est parce que j’ai pensé ne pas pouvoir réunir toutes les conditions pour que cet engagement soit respecté que j’ai décidé, il y a un mois, de remettre mon poste de directeur général de l’AP-HP à la disposition du Gouvernement », a-t-il écrit.
« Convaincu que beaucoup de maux dont nous souffrons appellent des changements de même ampleur que ceux qui avaient été réalisés en 1958, quand l’hôpital universitaire avait été repensé pour lui redonner force, noblesse et attractivité », l’ancien directeur d’Emmaüs France et Haut Commissaire aux Solidarités actives du gouvernement Fillon, créateur du RSA, avait formulé des propositions choc début mai, plaidant notamment pour une rémunération différenciée des médecins en fonction de la spécialité ou de la fonction et d’une nomination régionale des PH avec une affectation dans un établissement pour une période de 5 ans renouvelable.
A l’aube d’un été qui s’annonce difficile, Martin Hirsch quitte une Assistance publique minée par une pénurie de personnels après près d’une décennie marquée par la grève des soignants en 2019 et deux ans de Covid.
Qui pour lui succéder? D’après le magazine Challenges, c’est l’ancien directeur de la Cnam, Nicolas Revel, qui pourrait bien être nommé par le Gouvernement. Le Haut fonctionnaire est en effet sur le marché depuis le départ de Jean Castex, dont il a été le directeur de cabinet à Matignon.
[avec LeMonde.fr, AFP et Challenges]