« L’intérim est un cancer pour l’hôpital », estime Frédéric Valletoux

Alors que la crise des urgences et de l’hôpital prend chaque jour de l’ampleur, la question de l’intérim médical et paramédical ressurgit. Après Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, c’est au tour de Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, de dénoncer un mode d’exercice qui « fragilise » l’hôpital.
« Il faut bien dire les mots : l’intérim c’est un cancer pour l’hôpital, puisque ça le déstabilise, à la fois financièrement mais aussi au-delà, dans ses organisations et dans la qualité de la prise en charge », a lancé ce mardi matin sur RTL Frédéric Valletoux, président de la FHF. Si l’on ne dispose pas de chiffres récents et précis sur le nombre de médecins intérimaires, le représentant de l’hôpital public estime qu’il a sans doute doublé en dix ans, représentant aujourd’hui 10.000 médecins. Un statut rendu plus attractif encore depuis la crise du Covid et qui « a gagné aussi les professions paramédicales ». Infirmières, aides-soignantes… « beaucoup de personnels utilisent cette drogue douce de l’intérim, qui nous met dans une situation absolument terrible », avait dénoncé Martin Hirsch le 30 mai dernier sur France Inter.
« Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui il n’y a plus de plus-value à être fonctionnaire hospitalier, a fait valoir Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) sur RTL. Vous êtes moins bien payé que si vous êtes fonctionnaire et vous êtes des pions transposables d’un service à l’autre, d’un horaire à l’autre. » « A la fin d’une journée de 8h, on peut nous demander d’enchainer parce qu’il manque quelqu’un », a-t-il ajouté, dénonçant les multiples « rappels sur repos » ou encore le fractionnement des congés, qui constituent pour lui « une maltraitance institutionnelle très grave ».
S’il reconnaît que l’intérim n’est que le symptôme des « difficultés » profondes du système de santé, Frédéric Valletoux juge que ce mode d’exercice aggrave encore la situation. « Ce n’est pas mieux de voir un intérimaire qui ne connaît pas l’hôpital, qui ne connaît pas le service, qui ne connaît pas les patients, débarquer et gagner 2 à 3 fois plus. En termes de qualité de service et de qualité de prise en charge, l’intérim n’est pas un bon statut », souligne le président de la FHF.
Reste à savoir si la « mission flash » sur la crise des urgences confiée au Pr François Braun s’attaquera à la problématique de l’intérim, et notamment de l’intérim médical, que la loi n’a pas su réguler.
[avec RTL.fr]
DÉBAT – « L’intérim est un cancer pour l’hôpital », dénonce le président de la Fédération hospitalière de France
Frédéric Valletoux est revenu ce mardi, aux côtés de Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat professionnel des infirmiers, sur le recours aux intérimaires dans les hôpitaux français.

Une infirmière soigne un patient Covid-19 au service de réanimation de l’hôpital Delafontaine AP-HP à Saint-Denis, en région parisienne, le 29 décembre 2021.
Crédit : ALAIN JOCARD / AFP
DÉBAT – « L’intérim est un cancer pour l’hôpital », dénonce le président de la Fédération hospitalière de France
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Yves Calvi & Théo Putavy publié le 07/06/2022 à 10:11
Alors que les soignants des hôpitaux vont se mobiliser ce mardi un peu partout en France, le recours à des professionnels de santé en intérim est largement critiqué au sein de la profession. « On estimait qu’il y avait à peu près 5.000 médecins il y a une petite dizaine d’années. Je pense qu’on peut doubler le chiffre aujourd’hui« , affirme Frédéric Valletoux, président de la fédération hospitalière de France.
Plus coûteux, les intérimaires sont de plus en plus nombreux dans les hôpitaux. Pour Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat professionnel des infirmiers, « il n’y a plus de plus-value à être fonctionnaire hospitalier parce que vous êtes moins bien payé que si vous êtes intérimaire. Si vous êtes fonctionnaires, vous êtes des pions transposables d’un horaire à l’autre ».
Ce recours à des intérimaires participe à « une fragilisation de l’hôpital qui est liée à une crise structurelle plus profonde du système de santé », ajoute Thierry Amouroux. « L’intérim est un cancer pour l’hôpital puisque cela déstabilise à la fois financièrement et dans les organisations », déplore alors Frédéric Valletoux.
Mais cette pratique pourrait donc illustrer un problème plus général. Il y a 60.000 postes infirmiers vacants en France au sein des structures hospitalières. « Les soignants ont été dégoutés, broyés car il y a une vraie perte de sens. On est le seul pays du monde à avoir fermé des lits en 2020 – 5.700 – pour des raisons économiques », conclut Thierry Amouroux.La rédaction vous recommande
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