Direct du « Monde » consacré à la journée de mobilisation dans les hôpitaux pour réclamer des hausses de salaire et d’effectifs: la parole aux soignants

Live terminé

Le 07/06 à 09:00

Bonjour à toutes et à tous,

Bienvenue dans ce direct consacré à la journée de mobilisation dans les hôpitaux pour réclamer des hausses de salaire et d’effectifs.

Chat à lire de bas en haut

LIVE TERMINÉ 

Mobilisation pour les hôpitaux : des soignants, inquiets et lassés, manifestent avant des vacances d’été qui s’annoncent compliquées

De petits rassemblements ont eu lieu dans cinquante villes. Nos envoyés spéciaux ont raconté cette première journée d’action du second quinquennat Macron.

Le 07/06 à 17:40

  • Partage

Ce live est désormais terminé. Merci à toutes et à tous de l’avoir suivi !

Le 07/06 à 17:24  POUR APPROFONDIR 

  • Partage

Alors que soignants et salariés des hôpitaux étaient appelés à une journée de mobilisation, mardi 7 juin, Frédéric Pierru, spécialiste de la sociologie de l’action publique et du champ médical a répondu à vos questions sur la crise à l’hôpital lors d’un tchat.

Lire aussi : Mobilisation dans les hôpitaux : « La crise hospitalière est devant nous, et les mesures budgétaires ne résoudront certainement pas tout » 

Le 07/06 à 17:09  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

A Marseille, 170 entrées aux urgences à 16 heures : « Ça va encore s’accélérer avant 18 heures » 

Eric Botticelli, 49 ans, aide-soignant aux urgences de l'hôpital de la Timone, à Marseille, le 7 juin 2022.
Eric Botticelli, 49 ans, aide-soignant aux urgences de l’hôpital de la Timone, à Marseille, le 7 juin 2022. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »

Aux urgences de la Timone, à Marseille, le flux des passages grimpe inexorablement. A 16 heures, il dépasse les 170 entrées. « Ça va encore s’accélérer avant 18 heures », prédit Eric Botticelli, aide-soignant de 49 ans, arrivé dans le service après avoir passé deux décennies en pneumologie et s’être usé sur les vagues de Covid-19. Pour lui, l’heure n’est pas encore à aller chercher des brancards supplémentaires dans les réserves du plan blanc. « Ça devrait passer », pronostique-t-il alors que le ballet des véhicules de marins-pompiers s’intensifie.

Pour l’aide-soignant, la carence principale du service reste le manque de médecins. « On fait tous bloc autour d’eux, mais c’est compliqué, surtout pour les moins expérimentés », estime-t-il. « La fermeture de l’unité d’hospitalisation de courte durée fait que les patients restent plus longtemps en boxes », dit-il. Un passage prolongé qui, selon lui, explique en partie la saturation régulière du service.

Gilles Rof (Marseille, correspondant)

Le 07/06 à 16:36

  • Partage

« Les patients peuvent attendre quarante-huit heures sur un brancard » 

A l’hôpital Paul-Guiraud, spécialisé en psychiatrie (Villejuif), où travaille Julien Garnier, aide-soignant, cent postes d’infirmier restent vacants. « On trouve très peu de personnes qui postulent », regrette-t-il. Du côté des médecins, la situation est tout aussi alarmante, selon lui, avec beaucoup de départs à la retraite. « Actuellement, on a soixante-dix lits fermés. Les patients peuvent attendre quarante-huit heures sur un brancard. Parfois [sous contention] »

Julien Garnier, aide-soignant en psychiatrie à l’hôpital Paul-Guiraud de Villejuif, lors de la manifestation à Paris, le 7 juin 2022.
Julien Garnier, aide-soignant en psychiatrie à l’hôpital Paul-Guiraud de Villejuif, lors de la manifestation à Paris, le 7 juin 2022. JULIEN DANIEL / MYOP POUR « LE MONDE »

Julien Garnier est en poste à Paul-Guiraud depuis 2011. Il a constaté une dégradation de ses conditions de travail depuis 2014 : « Maintenant, on travaille dix jours de plus dans l’année, sans que la masse salariale ait changé ». L’hôpital Paul-Guiraud accueille les urgences de plusieurs établissements du 92 et du 94, notamment les hôpitaux Bicêtre (Kremlin-Bicêtre), Ambroise-Paré (Boulogne), Béclère (Clamart) et Henri-Mondor (Créteil).

A la fin de mai, Brigitte Macron a inauguré au sein de l’hôpital Paul-Guiraud un espace dit « 3 R », destiné à « respirer, relativiser, se relaxer ». « Nous, les R qu’on attendait, c’était plutôt “recrutement” et “reconnaissance” », ironise l’aide-soignant.

Sabrina El Mosselli et Pierre Kron

Le 07/06 à 16:34  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« On vous double pendant une semaine, puis on vous lâche en tant que chef » 

Chloé Olivier, 29 ans, fait partie de ces « médecins juniors », dont le destin angoisse tous les responsables de services des urgences dans le pays, inquiets de voir ces nouvelles générations s’échapper vers des secteurs moins exigeants ou dans le privé. « Moi, en tout cas, je compte rester aux urgences », assure cette petite blonde tonique, qui dégaine, tour à tour, ses deux téléphones.

Chloé Olivier, 29 ans, médecin urgentiste à l'hopital de la Timone à Marseille, le 7 juin 2022.
Chloé Olivier, 29 ans, médecin urgentiste à l’hopital de la Timone à Marseille, le 7 juin 2022. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »

Pour la dernière de ses quatre années d’internat, Chloé Olivier a intégré les urgences de la Timone, à Marseille. Avec le statut de médecin junior, mais avec les responsabilités d’une ligne de consultation. « On vous double pendant une semaine, puis on vous lâche en tant que chef. Ça vous met d’entrée dans le bain, se remémore-t-elle. Il y a eu une petite panique quand j’ai compris que nous n’étions que quatre médecins urgentistes et que le flux était monstrueux. Mais on apprend à gérer tout ça. »

Sur son portable, elle montre une photo prise vendredi. Celle de sa liste active qui s’allonge jusqu’à 25 patients. « Je suis un peu plus lente que des médecins plus expérimentés et j’ai encore du mal à déléguer à mon équipe », avance-t-elle. Le sous-effectif médical dans le service est aussi pour beaucoup dans ce phénomène de saturation. Si elle comprend que des camarades de promotion fassent le choix de « mieux profiter de la vie après dix ans d’études », Chloé Olivier, elle, se sent de s’investir pour l’hôpital public au moins pendant quelques années. « Mais quand je vois que les médecins sont trois fois mieux payés dans le privé, je me dis qu’il y aurait quand même un effort à faire sur le salaire », conclut-elle.

Gilles Rof (Marseille, correspondant)

Le 07/06 à 16:26  SUR LE TERRAIN 

  • Partage
Plusieurs centaines de soignants défilent à Bordeaux entre la place de la République et la préfecture, le 7 juin 2022.
Plusieurs centaines de soignants défilent à Bordeaux entre la place de la République et la préfecture, le 7 juin 2022. UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

Le 07/06 à 15:56  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Quand on maltraite les soignants, on maltraite les patients » 

Chantal Leis est infirmière au centre hospitalier Sainte-Anne, à Paris. Aujourd’hui, elle est venue manifester par solidarité avec ses « collègues » soignants, notamment ceux des urgences. « Ça fait quarante ans que je manifeste. Je suis très déçue par la mobilisation d’aujourd’hui », lance l’infirmière, qui s’attendait à voir l’esplanade à quelques mètres du ministère de la santé « noire de monde », comme lors des manifestations précédentes en 2019 et 2020. Elle espérait notamment voir des usagers présents en soutien :

Au moment où les choses se délitent au niveau du soin, les soignants ont plus que jamais besoin de solidarité. L’hôpital, ça concerne tout le monde. Quand on maltraite les soignants, on maltraite les patients. On l’a bien vu avec la situation dans les Ehpad.

Sabrina El Mosselli

Le 07/06 à 15:45  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

Neila Adjali, chirurgienne orthopédiste diplômée en Algérie, payée 1 400 euros net par mois 

Neila Adjali vient de réduire une fracture du radius. A 33 ans, cette chirurgienne orthopédiste est l’une des quatre médecins étrangers qui complètent l’effectif des urgences de la Timone, à Marseille. Depuis avril, elle prend son tour dans la ligne de traumatologie, créée pour alléger les autres secteurs. Une des « trouvailles » de la réorganisation du service.

Neila Adjali, chirurgienne orthopédiste, est l’une des quatre médecins étrangers qui complètent l’effectif des urgences de la Timone, le 7 juin 2022.
Neila Adjali, chirurgienne orthopédiste, est l’une des quatre médecins étrangers qui complètent l’effectif des urgences de la Timone, le 7 juin 2022. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »

Si elle possède la double nationalité française et algérienne, la médecin a passé son diplôme en Algérie et ne peut pas encore être habilitée en tant que chirurgienne. « Il y a des examens à passer et il faut justifier d’années d’expérience en France », détaille-t-elle. En attendant, elle est employée comme « FFI », « faisant fonction d’interne », dans ce service où la traumatologie représente environ 30 % des passages quotidiens. Le tout pour 1 400 euros net par mois. « Soit moins qu’un interne », précise-t-elle.

La journée d’action nationale, Neila Adjali n’en était « pas au courant ». Mais elle connaissait la situation des urgences en France, bien avant d’arriver, en octobre 2021. « Tous mes copains de promotion sont disséminés un peu partout en France. Et mon frère est FFI à Nancy… Ici, vous avez plus de moyens et moins de médecins. En Algérie, c’est l’inverse », résume-t-elle.

Gilles Rof (Marseille, correspondant)

Le 07/06 à 15:34  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Ça fait cinq ans que je suis infirmière, mais j’ai l’impression que ça en fait cinquante » 

Clarisse, infirmière en service de soins de suite et de réadaptation (SSR) Alzheimer à l'hôpital Paul-Brousse, le 7 juin 2022.
Clarisse, infirmière en service de soins de suite et de réadaptation (SSR) Alzheimer à l’hôpital Paul-Brousse, le 7 juin 2022. JULIEN DANIEL / MYOP POUR « LE MONDE »

Blouse blanche immaculée, sneakers colorées, Clarisse a un rictus quand on la questionne sur sa présence au rassemblement organisé à Paris. « Ça fait cinq ans que je suis infirmière, mais j’ai l’impression que ça en fait cinquante », lâche-t-elle. Malgré sa courte carrière, l’infirmière en service de soins de suite et de réadaptation (SSR) Alzheimer pense de plus en plus à une reconversion.

Epuisée par deux années de pandémie de Covid-19 et par un manque de moyens humains et matériels, la jeune femme, soignante à l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif, éprouve un manque profond : l’absence de perspectives d’évolution de carrière. « Contrairement à plein d’autres pays européens, on ne nous propose rien comme formations internes, pas de liens avec d’autres disciplines », dénonce-t-elle. « C’est pour ça que nos carrières sont de plus en plus courtes. »

Pierre Kron

Le 07/06 à 15:17  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Il nous arrive de gérer entre douze et quinze patients en même temps » 

Aux urgences de la Timone à Marseille depuis un an, l’infirmière Deborah Forgeot, 38 ans, occupe ce mardi le poste de « flying ». « Je renforce les secteurs qui en ont besoin », explicite-t-elle. Cette mission peut, en cas d’absences dans le service, se transformer en affectation fixe sur l’une des quatre lignes de consultation ouvertes.

La mobilisation nationale du jour, Deborah Forgeot « la comprend parfaitement »« Hier, à cette heure-ci, le service était très chargé. Il y avait des patients en zone de saturation », témoigne-t-elle. Manque de médecins, afflux de personnes qui pourraient être orientées vers les maisons médicales de garde ou la médecine de ville, l’infirmière voit des causes multiples aux maux des urgences qui pèsent quotidiennement sur son travail.

Volontaire pour intégrer ce service « parce que le travail y est très formateur », elle reconnaît que les débuts ont été difficiles pour elle. « J’étais parfois submergée par la charge de travail. Il nous arrive de gérer entre douze et quinze patients en même temps », note-t-elle. Si ses horaires ne débordent pas – « ce qui est souvent le cas dans d’autres services de l’hôpital » –, l’infirmière comptabilise près de deux cents heures de récupération à poser alors que les vacances d’été se profilent. « Et c’est une petite balance horaire par rapport à d’autres », lance-t-elle.

Deborah Forgeot, 38 ans, infirmière aux urgences de la Timone, à Marseille, depuis un an, le 7 juin 2022.
Deborah Forgeot, 38 ans, infirmière aux urgences de la Timone, à Marseille, depuis un an, le 7 juin 2022. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »

Gilles Rof (Marseille, correspondant)

Le 07/06 à 15:08  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Ça ne peut plus continuer comme ça », dit le maire de Bordeaux 

Le maire de Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic, fait une déclaration dans la cour de l’hôtel de ville, avant le début du conseil municipal, le 7 juin 2022.
Le maire de Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic, fait une déclaration dans la cour de l’hôtel de ville, avant le début du conseil municipal, le 7 juin 2022. UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

La manifestation bordelaise achevée, le maire de Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic, a fait une déclaration dans la cour de l’hôtel de ville, avant le début du conseil municipal. Il s’est rendu dimanche aux urgences de l’hôpital Pellegrin pour discuter avec le personnel soignant.

« Il y a, dans ce qui m’a été exposé par les professionnels de santé, une problématique nationale d’organisation de notre système de soins qui est en crise. Alors que les professionnels de santé alertent depuis des années, on se rend compte que ça ne peut plus continuer comme ça », a déclaré l’élu.

Pierre Hurmic a cependant souligné que « le système des urgences fonctionne, même s’il faut passer d’abord par le SAMU (15), la nuit »« Tout le monde est très mobilisé à Bordeaux pour que ça fonctionne, mais dans un contexte de pénurie. Les postes sont prévus, mais il y a un problème de recrutement », a-t-il ajouté, insistant sur le fait que « les conditions de travail sont telles (…) que le système est peu attractif ».

L’élu a décidé « d’écrire à la ministre de la santé, Brigitte Bourguignon, pour insister sur les spécificités bordelaises, pour lui dire que les maires sont en première ligne »« Quand les professionnels de santé me disent qu’ils ne savent pas comment ils pourront assurer les urgences cet été, ça m’inquiète », dit-il.

Claire Mayer (Bordeaux, correspondante)

Le 07/06 à 14:58  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Au bloc opératoire, on a de plus en plus d’interventions, mais on n’est pas plus nombreux » 

« Nous sommes là pour nous faire entendre et pour représenter nos collègues qui ont été réquisitionnés », expliquent d’une seule voix Charlène (28 ans), Lise (32 ans), Berengère (42 ans) et Cécile (41 ans), toutes infirmières au bloc opératoire de l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux. « C’est une accumulation face au système qui se dégrade. Il faut absolument rendre attractif le métier pour que les gens viennent », déplorent-elles.

« Il n’y aurait pas eu le Covid, Emmanuel Macron ne nous aurait jamais augmentées. C’est à ce moment-là que les gens ont également constaté l’état de leur système de santé qui se dégrade depuis des années », poursuivent les quatre infirmières.

« Dans le public, on [est] moins bien payés que dans le privé. D’ailleurs, nous sommes l’un des trois premiers hôpitaux de France, mais nous sommes les moins bien payés. Nous avons appris qu’il y avait 200 à 300 euros d’écart de salaire par rapport à d’autres hôpitaux, comme à Toulouse ou Dijon », dénoncent-elles.

Les soignantes ajoutent que la situation risque d’être plus difficile en septembre, date butoir pour ceux qui veulent changer de service :

Nos mutations sont gelées : on est tellement peu nombreux qu’on nous empêche de muter au sein des services. Un fonctionnaire qui est très mal dans son service devra attendre fin septembre pour bouger, à cause des problèmes de personnel. Sauf que nous avons des collègues en burn-out, d’autres se font arrêter… Au bloc opératoire, on a de plus en plus d’interventions, mais on n’est pas plus nombreux. Si on ne va pas assez vite, on peut dire au dernier patient qu’il ne sera pas opéré… Au final, les patients pâtissent aussi beaucoup de la situation.

Lise, 32 ans, Bérangère, 42 ans et Cécile, 41 ans, infirmières au bloc opératoire de l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, participent à la manifestation, le 7 juin 2022.
Lise, 32 ans, Bérangère, 42 ans et Cécile, 41 ans, infirmières au bloc opératoire de l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, participent à la manifestation, le 7 juin 2022. UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

Claire Mayer (Bordeaux, correspondante)

Le 07/06 à 14:49  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Chaque été, on ferme des services pour que les gens puissent partir parce qu’on n’est pas assez nombreux » 

Nicolas Kazolias, aide-soignant depuis douze ans aux urgences de l’hôpital Tenon de Paris, a vu la situation se dégrader au fil des années au sein de son établissement. « Aujourd’hui, quand je transfère un patient dans un service, je me rends compte qu’il y a très peu de soignants disponibles. Chaque été, on ferme des services pour que les gens puissent partir parce qu’on n’est pas assez nombreux. Là, on en a fermé beaucoup plus tôt en raison du manque de professionnels », explique-t-il, ajoutant qu’une quarantaine de lits ont déjà été fermés à Tenon en amont de la période estivale.

Hormis une augmentation salariale, il souhaite un recrutement massif au sein de l’hôpital public :

Le ratio patients-soignants doit être revu à la hausse. Et il faut des plannings plus attractifs. Les soignants ne peuvent plus être tous les jours à l’hôpital, travailler de jour comme de nuit, faire des heures supplémentaires quotidiennes… On veut avoir une vie en dehors de l’hôpital et des plannings qui permettent de récupérer. Il faut redonner du sens à la journée du soignant.

Nicolas Kazolias, aide-soignant depuis douze ans aux urgences de l’hôpital Tenon de Paris, le 7 juin 2022.
Nicolas Kazolias, aide-soignant depuis douze ans aux urgences de l’hôpital Tenon de Paris, le 7 juin 2022. JULIEN DANIEL / MYOP POUR « LE MONDE »

Sabrina El Mosselli

Le 07/06 à 14:32  SUR LE TERRAIN 

  • Partage
A Rennes, devant le CHU, un membre du personnel hospitalier a inscrit « Hôpital malade » au dos de sa blouse, le 7 juin 2022.
A Rennes, devant le CHU, un membre du personnel hospitalier a inscrit « Hôpital malade » au dos de sa blouse, le 7 juin 2022. LOUISE QUIGNON / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Le 07/06 à 14:24  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

A Marseille, « on plie, on encaisse, mais là on est face au mur » 

« Si on me demande ce que je veux tout de suite, je réponds : des médecins ! »Cheffe du service des urgences de la Timone, à Marseille, depuis février dernier, la docteure Céline Meguerditchian jongle, comme tous les jours, avec ses tableaux de service. Aujourd’hui, quatre médecins urgentistes sont présents, auxquels s’ajoute un médecin orthopédiste qui pilote la ligne de traumatologie.

« Nous devrions être neuf, mais nous nous sommes réorganisés pour assurer la continuité et respecter les temps de travail », assure cette Marseillaise de 42 ans. Depuis minuit, quatre-vingts patients se sont présentés dans le service. « A 11 heures, trente-cinq sont dans les urgences. Après le long week-end, j’avais peur que ce soit plus compliqué, mais pour l’instant, c’est calme », note-t-elle. Le seuil de saturation est fixé à soixante patients. Ici, avec une moyenne de 250 passages par jour, il est régulièrement atteint.

« Les urgences sont la vitrine du système de santé. Nous sommes au croisement de la médecine de ville et de l’hôpital. Nous subissons les carences des deux secteurs. Et ici, les symptômes se voient plus que dans un service au sixième étage ou que dans un cabinet de généraliste », reconnaît Céline Meguerditchian.

Lors du week-end de Pentecôte, un patient est arrivé en ambulance de Seine-et-Marne. « Un dysfonctionnement qu’il a fallu gérer », souffle-t-elle, désemparée devant de tels cas de figure.

Céline Meguerditchian, chef de service de la Timone, à Marseille, le 7 juin 2022.
Céline Meguerditchian, chef de service de la Timone, à Marseille, le 7 juin 2022. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »

Chef adjoint du service, Gilles Gambini, 51 ans, qui a pratiqué la médecine d’urgence durant vingt-trois ans déjà, estime, de son côté, que la crise que l’hôpital traverse « est inédite »« On a connu des problèmes d’effectifs, on a vu la fréquentation augmenter, mais jamais comme ça », souligne-t-il. « On a commencé à demander des intérimaires… qui nous disent après quelques jours qu’ils ne veulent pas revenir. »

Comme d’autres médecins du service, il a fait une croix sur ses vacances de Noël et réduit ses congés d’été de trois semaines à quinze jours. « On plie, on encaisse, mais là on est face au mur. Et ce qui est nouveau, c’est que c’est pareil partout », constate-t-il.

Pour cet urgentiste, la fermeture partielle et temporaire des services d’urgence de Bordeaux a été un « choc »« Voir un CHU être touché était brutal. Ici, on fait tout pour que le service ne ferme pas. » Petite barbe poivre et sel derrière son masque, il prend quelques minutes dans son bureau pour répondre aux questions et échapper un instant aux sollicitations incessantes. « En réduisant le nombre de médecins, chacun d’entre nous doit forcément s’occuper de plus de patients. En avoir douze, treize, quatorze en file active, ce n’est pas l’idéal. Il y a le risque d’un moins bon suivi. »

« Aujourd’hui, le problème c’est comment on passe l’été, mais surtout que fait-on pour l’avenir ? » conclut-il, inquiet de voir la charge qui pèse déjà sur les médecins juniors du service. « Auront-ils l’envie de continuer avec nous ? »

Gilles Rof (Marseille, correspondant)

Le 07/06 à 14:22  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

Obligation vaccinale : « Le gouvernement avait annoncé la suspension de 15 000 soignants, pourquoi ne les réintègre-t-on pas ? » 

Marina est venue au rassemblement organisé devant l’hôpital de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) pour « rendre visible » les « soignants suspendus », ceux qui ne peuvent plus exercer leur profession car ils refusent d’être vaccinés contre le Covid-19. Cette aide-soignante de 34 ans, qui travaille à l’hôpital de Pertuis (Vaucluse), a été de ceux-là en septembre, au moment de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les soignants.

Une infection au SARS-CoV-2 lui a, depuis, permis d’obtenir temporairement un passe valide, mais elle ne décolère pas d’entendre que des lits, voire des services d’urgences, sont obligés de fermer faute de personnel.

« Le gouvernement avait annoncé la suspension de 15 000 soignants, pourquoi ne les réintègre-t-on pas ? », interroge-t-elle. Le chiffre de 15 000 personnels suspendus était une estimation datant du mois de septembre comprenant les personnels des établissements et services sanitaires et médico‑sociaux, et pas seulement des soignants. Les chiffres actuels de soignants suspendus ne sont pas connus.

Marina est toujours dans l’incompréhension lorsqu’elle évoque ses « collègues vaccinés qui ont été rappelés pour travailler même s’ils étaient positifs » alors qu’elle, malgré ses tests négatifs, n’avait plus le droit d’enfiler sa blouse. « Nos collègues toujours en poste sont épuisés par la surcharge de travail et nous ne pouvons pas aider alors que nous voulons travailler. Ça ne sauverait pas l’hôpital, mais 15 000 soignants de plus, ça aiderait quand même… »

En tant que mère de famille, elle manifeste aussi son inquiétude de voir des services d’urgences fermer dans des territoires où trouver un médecin généraliste demande de la patience :

Mon médecin de famille est parti l’an dernier. Il m’a fallu plusieurs mois pour en retrouver une, et elle est à 20 kilomètres de chez moi. Si je ne peux pas la joindre, ou qu’elle est trop loin et que mes enfants ont un gros problème, c’est vers les urgences que je me tourne. Nous avons besoin qu’elles restent ouvertes.

Lire aussi : Réintégrer les soignants non vaccinés : combien et comment ? 

Eléa Pommiers

Le 07/06 à 14:07

  • Partage

Moyens accordés à la santé publique : « On ne va pas baisser les bras, on y travaille », dit Elisabeth Borne 

La première ministre, Elisabeth Borne, discute avec des auditeurs de France Bleu, mardi midi. Une soignante, Sandrine, commence par dire qu’elle soutient le mouvement de mobilisation en cours pour demander plus de moyens pour la santé publique en France. Infirmière en soins palliatifs à Pau, Sandrine salue l’initiative du Ségur de la santé, tout en le qualifiant de « rustine »… Il reste plein de « trous dans la raquette ».

« On ne va pas baisser les bras, on y travaille », assure Elisabeth Borne, en soutenant l’initiative de « mission flash », confiée au médecin François Braun, pour faire un état des lieux des conditions de travail et des effectifs dans les centres hospitaliers avant l’été – « l’objectif n’est pas de refaire un énième audit sur la situation de l’hôpital », affirme-t-elle.

Mme Borne défend, ensuite, le dispositif de référent santé pour que chacun puisse avoir, si ce n’est aux urgences ou auprès de la médecine de ville, un contact avec un soignant (un pharmacien, par exemple) sur chaque territoire. « On a un travail hôpital par hôpital et territoire par territoire », dit-elle.

Le 07/06 à 14:03  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Les usagers doivent se mobiliser pour défendre notre système de santé » 

Mardi midi, Dorothée Degruson marche en queue de cortège de la manifestation partie du CHU de Rennes en direction du centre-ville. Infirmière à la retraite, elle représente le Collectif inter-hôpitaux (CIH) qui fait entendre la voix des usagers. « Ceux-ci doivent se mobiliser pour défendre notre système de santé. Aujourd’hui, seuls les soignants se battent pour leur hôpital alors qu’il s’agit de notre hôpital à tous », insiste-t-elle. Dans le cortège rassemblant seulement quelque 200 personnes, peu de non professionnels de la santé. Dorothée Degruson s’alarme : « Les gens ne mesurent pas l’urgence. Lorsqu’ils viennent à l’hôpital, ils sont bien soignés et pris en charge par un personnel pressé mais souriant malgré tous les dysfonctionnements. »

Dans la manifestation, tous espèrent que les élections législatives des 12 et 19 juin permettront de faire entendre la cause des hôpitaux. Ce mardi, un seul candidat à la députation était présent. Il s’agit de Frédéric Mathieu, candidat de La France insoumise (LFI) investi par la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) dans la première circonscription d’Ille-et-Vilaine.

Benjamin Keltz (Rennes, correspondance)

Le 07/06 à 13:58  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Nous voulons dire que nous sommes en souffrance » 

Julien Dulou, 35 ans, est aide-soignant aux urgences de l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, et membre du bureau du syndicat SUD-Santé. « Nous sommes là pour montrer notre colère et notre désaccord total sur la façon dont ça se passe aujourd’hui. Nous voulons dire que nous sommes en souffrance. Nous n’avons que 20 médecins sur 40 aux urgences, 20 % d’absentéisme sur l’année. La fermeture partielle des urgences a été faite en catastrophe, ça fait des années que c’est demandé. »

Si Julien Dulou déplore que peu de soignants se soient déplacés pour rejoindre la mobilisation bordelaise, il comprend aussi qu’entre ceux en repos, et ceux assignés aux urgences, c’est compliqué d’être présent. « Nous sommes une quinzaine des urgences sur 150. Je comprends, mais dans une telle crise, il faut se bouger un peu. » Il salue toutefois la présence des cadres hospitaliers, une première :

C’est un ras-le-bol général. Ils sont un peu comme nous, ils font ce qu’on leur dit de faire et ils font avec du personnel fatigué. On n’a plus envie d’être payés une misère pour travailler de nuit, pour remplacer des gens. A Bordeaux, la politique de recrutement ne fonctionne pas, il faut qu’il y ait de l’attractivité. Le directeur ne fait que des discours pour enjoliver, il ne répond pas aux questions qui fâchent et n’a donné aucune solution une fois de plus.

Julien Dulou, aide-soignant aux urgences de l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, et membre du bureau du syndicat Sud-Santé, le 7 juin 2022.
Julien Dulou, aide-soignant aux urgences de l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, et membre du bureau du syndicat Sud-Santé, le 7 juin 2022. UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

Claire Mayer (Bordeaux, correspondante)

Le 07/06 à 13:36  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Certains patients se retrouvent à devoir aller à Aix, à presque 60 km, pour pouvoir être soignés » 

Ils étaient plusieurs dizaines à s’être rassemblés mardi matin devant l’hôpital de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) pour alerter sur la situation de l’hôpital public, et notamment des urgences. Vêtus de leur blouse, Rémy Lazzari et Emmanuelle Pierre, infirmier et infirmière de bloc, disent être venus comme soignants mais aussi comme « citoyens ».

« On en a ras-le-bol de regarder le système s’écrouler à l’hôpital, explique Rémy Lazzari, 56 ans. Maintenant on est même obligés de fermer les urgences la nuit ! »L’hôpital figure sur la liste des 120 établissements qui connaissent des tensions dans leur service d’urgences. Celles de Manosque ont dû garder portes closes plus de 40 nuits depuis le mois de février faute de personnel, et prévoit au moins cinq nuits de fermeture pour le mois de juin. Une aberration pour ces soignants, et un énième signal d’alerte.

« Certains patients se retrouvent à devoir aller à Aix, à presque 60 km, pour pouvoir être soignés. Et la saison n’a pas commencé : comment va-t-on faire, cet été, avec les congés des soignants et l’afflux de touristes ? », s’inquiète l’infirmier, qui affirme qu’il n’avait « jamais vu ça » avant le Covid-19.

Avec sa collègue Emmanuelle Pierre, ils décrivent la pandémie comme une « bascule » qui a « exacerbé des problèmes déjà anciens »« Les questions de conditions de travail et de salaires trop bas sont connues depuis longtemps mais, depuis la crise, avec le rythme qu’on a eu, les soignants n’en peuvent vraiment plus », assure Emmanuelle Pierre. Depuis le Covid, elle dit avoir constaté une hausse des burn-out et des démissions parmi ses collègues. A côté d’elle, Rémy Lazzari acquiesce et admet que si la reconversion ne lui paraissait pas si difficile à son âge il « changerait de métier ».

Pour cette infirmière de 51 ans, il n’y aura pas de « solution baguette magique »« Le problème est profond et global, il nous faut des solutions nationales et, surtout, un projet pour l’hôpital public qui ne se pense pas à l’échelle de cinq ans, mais de vingt ans », conclut Emmanuelle Pierre.

Eléa Pommiers

Le 07/06 à 13:17  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« L’hôpital public n’est plus malade. Il est mourant » 

Mardi matin, Nathalie Loinsard, infirmière au CHU de Rennes et secrétaire départementale de l’antenne santé de la CGT, se dresse face à une foule de 200 manifestants. Des trémolos pincent la voix éraillée de la quinquagénaire lorsqu’elle lance : « L’hôpital public n’est plus malade. Il est mourant. » L’infirmière fouille ses notes pour dresser l’état des urgences du CHU. A la fin de mai, le service a observé un pic quotidien de 254 admissions. Ce week-end, 224.

« Les urgences sont désormais fermées la nuit à Vitré, Fougères, Laval… La semaine passée, la clinique voisine de Saint-Grégoire n’a pas ouvert. Que se passe-t-il ? Les gens affluent chez nous », constate Nathalie Loinsard, avant d’évoquer un courrier « alarmiste » des permanenciers du SAMU envoyé à la direction de l’établissement. La syndicaliste clame : « L’agence régionale de santé demande aux gens de ne plus venir aux urgences avant d’avoir appelé le 15. Le SAMU reçoit donc davantage d’appels. Avant, un agent gérait sept à huit appels par heure. Aujourd’hui, c’est douze. Il existe une véritable perte de chances pour les patients. Ça suffit ! »

Benjamin Keltz (Rennes, correspondance)

Le 07/06 à 12:50  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Il faut arrêter les “primes pansements” et revoir les rémunérations correctement partout » 

A Bordeaux, le cortège s’organise avant le départ de la manifestation. De nombreux cadres des trois sites du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux – l’hôpital Pellegrin, Haut-Lévêque et Saint-André – se sont cette fois mobilisés, tous services confondus. Beaucoup préfèrent cependant garder l’anonymat « pour que des têtes ne viennent pas à tomber », confie une cadre infirmière du pôle cardio-thoracique. Il était important pour ces cadres de participer à cette mobilisation et de soutenir les urgences. Le 18 mai, le service du CHU de Pellegrin a en effet fermé ses portes au tout-venant de 17 heures à 8 heures. Pour y entrer à ces horaires, il faut désormais passer par le SAMU qui décide qui peut être admis ou non.

« Les urgences, c’est le premier point de cette mobilisation », explique une cadre de l’hôpital Pellegrin. « Nous venons aujourd’hui car nous ne sommes pas entendus, poursuit-elle. Notre coordonnateur nous a tendu la main, mais ça n’avance pas. »Parmi les mesures avancées pour tenter d’endiguer la crise de l’hôpital, « remettre à bon niveau l’attractivité et la fidélisation des soignants », explique-t-elle, avant d’ajouter :

Les conditions de travail sont déplorables. On n’arrive pas à recruter car plus personne n’a envie de travailler à l’hôpital public. Il faut arrêter les « primes pansements » et revoir les rémunérations correctement partout. Certains services touchent des primes et d’autres pas, on ne sait pas pourquoi.

La « mission flash » annoncée par Emmanuel Macron à Cherbourg est, pour les infirmières mobilisées, « un nouveau pansement »« Qu’est-ce qui va se régler en un mois ?, s’interroge une autre cadre infirmière. Il faut absolument laisser les lits ouverts de façon à être réactifs quelles que soient les conditions. »

À Bordeaux, les Cadres de santé sont particulièrement mobilisés, le 7 juin 2022.
À Bordeaux, les Cadres de santé sont particulièrement mobilisés, le 7 juin 2022. UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

Claire Mayer (Bordeaux, correspondante)

Le 07/06 à 12:14  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

« Je n’attends clairement rien de la mobilisation d’aujourd’hui » 

Julien Djiane, infirmier de 31 ans, travaille aux urgences de la Timone, à Marseille, depuis leur ouverture en 2014. Auparavant, il était à la Conception, de l’autre côté du boulevard. « Des grèves, on en a fait. Cela prend énormément d’énergie et on n’arrive pas à en trouver le bienfait », souffle ce grand gaillard à la voix qui porte. Comme les autres membres du service, il a reçu son e-mail de réquisition. En dix années d’urgences, il dit constater tous les jours la dégradation de ses conditions de travail. « Une carence de médecins, un encadrement forcément moins expérimenté, énormément de nouvelles recrues chez les infirmiers, des médecins étrangers faisant office d’internes qui ont parfois du mal à s’adapter… », énumère-t-il. Autant d’éléments qui pèsent sur son quotidien et l’obligent, assure-t-il, « à outrepasser tous les jours ses attributions ».

« Je n’attends clairement rien de la mobilisation d’aujourd’hui », poursuit celui qui n’est plus syndiqué depuis quelques années. Pour améliorer la situation, Julien Djiane ne voit qu’un investissement global et important dans le domaine de la santé. « Le problème n’est pas local et il ne concerne pas que l’hôpital. Il faut mettre des sous dans la santé », souligne-t-il.

Julien, infirmier aux urgences du centre hospitalier de la Timone, à Marseille, le 7 juin 2022.
Julien, infirmier aux urgences du centre hospitalier de la Timone, à Marseille, le 7 juin 2022. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »

Gilles Rof (Marseille, correspondant)

Le 07/06 à 12:00  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

A Rennes, « nous n’avons jamais connu une telle situation » 

Elles sont les premières à être arrivées au point de rendez-vous, à 10 h 30, devant la porte A du service des urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes. Jennifer Zaïre, 41 ans, et Mathilde Hervagault, 37 ans, ne sont pas habituées à manifester. Pourtant, ce mardi, elles tiennent à exprimer leurs « vives inquiétudes ». La première est infirmière en chirurgie ambulatoire. La seconde œuvre en médecine interne sur le site de l’hôpital Sud. « Dans mon service, nous avons appris que les vingt-six lits allaient fermer pendant huit semaines cet été. Je n’ai jamais connu une telle situation », s’alarme Mathilde Hervagault. Jennifer Zaïre ajoute :

Que va-t-on faire de nos patients ? Ils vont rester sur des brancards aux urgences… On nous dit que les embauches sont compliquées, qu’on affronte des vagues de démissions et d’arrêts. Il est urgent de revoir le budget de la santé et de revaloriser nos métiers.

Jennifer Zaïre, 41 ans, infirmière à l'hôpital Pontchaillou en chirurgie ambulatoire à gauche, et Mathilde
Hervagault, 37 ans, infirmière en médecine interne à l’hôpital Sud, pendant la manifestation des soignants aux urgences, à Rennes, le 7 juin 2022.
Jennifer Zaïre, 41 ans, infirmière à l’hôpital Pontchaillou en chirurgie ambulatoire à gauche, et Mathilde Hervagault, 37 ans, infirmière en médecine interne à l’hôpital Sud, pendant la manifestation des soignants aux urgences, à Rennes, le 7 juin 2022. LOUISE QUIGNON / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Benjamin Keltz (Rennes, correspondance)

Le 07/06 à 11:58

  • Partage

Ce tchat est maintenant terminé. Merci à toutes et à tous pour vos nombreuses questions ! 

Le 07/06 à 11:55  TCHAT 

  • Partage

Bonjour, A-t-on une idée du coût annuel global nécessaire pour remettre l’hôpital en marche ?

argent nerf de la guerre

Si la dimension financière est importante dans l’explication de la situation, elle est loin de tout expliquer et donc de tout solutionner. Il faudra en effet massivement investir pour donner des conditions de travail décentes aux soignants. Le dégel du point d’indice et une revalorisation substantielle des rémunérations devraient participer d’un rattrapage en matière de pouvoir d’achat. Mais hélas, cela ne peut suffire à susciter des vocations. L’hôpital a désormais une image dégradée, un peu comme le secteur du BTP ou de l’hôtellerie-restauration ou même de l’éducation : mauvaises conditions de travail, rémunérations insuffisantes, fortes contraintes de service. Redorer le blason hospitalier, afin d’y attirer et de fidéliser de nouvelles générations soignantes, va prendre beaucoup de temps. Attirer et fidéliser, car on voit bien qu’un nombre toujours plus important de soignants, estimant n’être pas considérés comme il le faudrait par l’institution, adoptent des stratégies « opportunistes », du type mercenariat ou intérim, ce qui fait exploser les budgets hospitaliers. Une garde pour un médecin hospitalier statutaire c’est 250 euros environ ; une garde d’un médecin intérimaire peut monter à 1 200 euros ! Il n’y a pas photo, comme on dit. Où l’on vérifie de nouveau qu’une politique uniquement budgétaire à courte vue finit par générer des surcoûts énormes, en plus de désorganiser les équipes. Or la qualité des soins dépend de la cohésion et de l’interconnaissance des membres d’une équipe.

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 11:48  TCHAT 

  • Partage

Bonjour. Comment en est-on arrivé là, ce n’est pas vraiment un secret. La vraie question est : comment réparer l’hôpital public ?

bel

Je ne sais pas si l’on peut employer ce vocabulaire de mécanique. Il n’y a hélas pas de solution magique. Nous payons la note hospitalière d’une politique de santé qui n’a pas su anticiper un certain nombre d’enjeux sanitaires, démographiques et même sociaux. L’idéologie, de gauche comme de droite, de « l’hôpital de flux » ou du « virage ambulatoire » a montré ses limites.

De plus, la crise hospitalière n’est pas qu’une crise de l’hôpital : c’est une crise de l’amont – la médecine de ville – et de l’aval – le médico-social, les Ehpad sous-médicalisés, etc. C’est donc une transformation globale de l’offre de soins à laquelle il faut procéder. C’était toute la limite du Ségur de la santé, qui traitait la crise hospitalière de façon distincte du reste de l’offre de soins. Diminuer la pression sur l’hôpital nécessite urgemment, si j’ose dire, de réorganiser les soins primaires, c’est-à-dire avoir une politique plus volontariste en matière d’installation et aussi d’en finir avec la banalisation des dépassements d’honoraires pour les spécialistes. A bien des égards, l’hôpital est devenu le médecin généraliste du pauvre…

Pour le reste, il y a la contrainte de plomb de la démographie médicale, et cela va prendre au moins dix à quinze ans pour l’alléger. Quand le gouvernement dit qu’il met fin au numerus clausus, c’est de la communication politique. Les capacités hospitalières de formation des étudiants en médecine restent très contraintes. Il existe donc des numerus clausus officieux et « décentralisés ». Une solution est peut-être à rechercher dans une nouvelle division du travail soignant, en donnant plus de compétences aux paramédicaux, avec, par exemple, les infirmiers de pratique avancée. Mais est-ce que les malades n’auront pas l’impression d’être soignés « au rabais », comme les officiers de santé soignaient au XIXsiècle les populations rurales, les médecins se concentrant sur les classes moyennes et supérieures ? C’est un risque. Mais je le répète, la crise hospitalière est devant nous, et les mesures budgétaires ne résoudront certainement pas tout.

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 11:37  TCHAT 

  • Partage

Quels sont les risques à court terme et à moyen terme de la fermeture des urgences hospitalières ? Où aller en cas de problème ?

Alexis 

Il y a des risques sérieux, notamment en termes de perte de chance, en cas, par exemple, d’infarctus non diagnostiqué. Ces risques pour la santé de certaines personnes font courir un risque juridique pour l’Etat, qui pourrait être accusé de ne pas remplir les obligations de service public. Où aller ? Cela dépend bien sûr des territoires. Dans les territoires où l’offre de soins ambulatoires est « abondante », il ne devrait pas y avoir de problème. Par contre, comme toujours, et comme on l’a vu avec le Covid-19, le problème va être aigu dans la France des zones périurbaines (Seine-Saint-Denis, par exemple) ou rurales. Et je dois vous avouer que je ne vois pas d’autre solution que d’aller aux urgences dans ces zones très mal dotées en médecins généralistes et spécialistes.

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 11:33  TCHAT 

  • Partage

Que va apporter cette énième mission flash de François Braun ?

Mélodie

J’ai envie de dire : pas grand-chose qu’on ne sache déjà ! C’est, pour moi, une opération de communication politique visant à montrer, avant les élections législatives, que le président réélu a pris la mesure de la crise hospitalière. Il l’avait déjà fait en annonçant le Ségur de la santé au sortir du premier confinement. Tout pouvoir doit montrer qu’il agit, étant donné la sensibilité politique de l’enjeu hospitalier. Les cahiers de doléances des « gilets jaunes » mettaient l’hôpital de proximité ou le désert médical en tête des préoccupations. Les inégalités d’accès aux soins sont les plus mal tolérées, devant toutes les autres formes d’inégalités (de logement, de revenus, etc.). Hélas, cette mission ne pourra que proposer des rustines pour tenter de colmater les brèches autant que possible. Et encore, je vois mal lesquelles : la médecine générale, engorgée, ne prendra pas le relais. Et les médecins aussi vont en vacances ! Difficile également de priver de congés des personnels harassés, ou de les rappeler encore plus sur leur repos. Bref, tout le monde sait que l’été va être rude.

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 11:29  TCHAT 

  • Partage

Est-il vrai que la charge de travail des soignants a considérablement augmenté ces dernières années ?

Mrtoutlemonde

Clairement. Au cours de la décennie 2010, la productivité a augmenté aux alentours de 13 % quand les effectifs n’augmentaient que de 2 %. Il y a bien eu une intensification du travail dans une logique de flux tendus. Toutes les enquêtes de terrain le montrent. Ce qui me surprend, comme sociologue, c’est que les pouvoirs publics n’ont absolument pas vu ce phénomène, ou quand ils l’ont vu, en ont minimisé la portée sur le mode : « Ces fonctionnaires, toujours en train de râler. » Souvenez-vous que la ministre Agnès Buzyn (2017-2020) opposait une fin de non-recevoir aux mobilisations hospitalières à partir de 2018. C’est très récemment que l’on a commencé à s’intéresser au thème de la qualité de vie au travail. J’ai envie de dire : trop tardivement. L’hôpital public est entré dans une logique entropique, où le mal s’alimente lui-même désormais.

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 11:25  TCHAT 

  • Partage

Bonjour M. Pierru, est-ce que la « déchéance » de l’hôpital public est en soi une volonté de l’Etat pour que les hôpitaux privés prennent le relais ? Je vous remercie

Math

Je ne le pense pas. Le marasme hospitalier est le résultat de la myopie budgétaire qui sévit depuis les années 2000, et singulièrement depuis 2010. Les décideurs politiques savent que l’hôpital public est l’institution la plus plébiscitée par la population, avec la Sécurité sociale. Le mettre à mal volontairement, c’est se tirer une balle dans le pied ! On voit bien que la crise hospitalière est désormais une crise politique. Les gouvernements marchent sur un champ de mines. La cause du problème est que la politique hospitalière a été subordonnée à la politique de finances publiques, sans considération pour les évolutions épidémiologiques, sociales, démographiques. C’est plus de l’imprévoyance qu’autre chose.

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 11:21  TCHAT 

  • Partage

Bonjour, Quel est le poids, selon vous, de la concurrence entre structures publiques et privées dans la situation actuelle ?

Joséphine

La concurrence est plus fantasmée que réelle, pour une raison simple : les établissements privés peuvent choisir leurs créneaux et même les patients. Pour faire court, elles se spécialisent sur le « rentable » (tout ce qui est programmable et standardisable, comme les interventions sur la cataracte par exemple), ce qui est mal vécu par les hospitaliers qui, eux, ont de lourdes contraintes de service public. Dès lors, ils ont l’impression, pas complètement déraisonnable, que les budgets hospitaliers sont amputés des malades les plus « rentables » qui vont vers le privé. Cela étant dit, on a beaucoup décrié la tarification à l’activité (T2A), mais cette dernière a permis aux établissements hospitaliers de regagner des « parts de marché » sur les cliniques commerciales, notamment en oncologie. Il est frappant de constater que les deux secteurs s’estiment mal-aimés des pouvoirs publics !

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 11:16  TCHAT 

  • Partage

Bonjour, A ma connaissance, la France dépense plus que la moyenne de l’OCDE pour ses hôpitaux. Y a-t-il vraiment un problème de moyens ? Ne faut-il pas revoir l’organisation du système dans son ensemble, la décentralisation étant la piste la plus évidente ?

Leo

Comment expliquez-vous la différence de salaire, parfois très grande, entre la France et ses voisins européens ?

François

Il faut se méfier des comparaisons internationales, surtout en matière hospitalière. Les pays ne comptent pas la même chose et de la même manière, malgré les efforts d’harmonisation de l’OCDE. Par ailleurs, la place et le rôle de l’hôpital dépendent beaucoup de l’histoire des systèmes de santé. Ainsi, par exemple, au Royaume-Uni, il n’existe pas, comme en France, de spécialistes libéraux. Tous les spécialistes exercent à l’hôpital. De même, les habitudes des populations varient d’un pays à l’autre. Concernant la France, la part de l’hôpital dans le total des dépenses de soins, jadis aux alentours de 55 %, est descendue à 45 %. Comme je l’ai dit, c’est l’hôpital qui a beaucoup supporté l’ajustement budgétaire de la décennie 2010. La décentralisation n’est pas une solution. D’ailleurs, historiquement les hôpitaux étaient des établissements communaux, et c’est la raison pour laquelle le maire présidait le conseil d’administration. La tendance de ces trente dernières années a été l’étatisation et la centralisation de la politique hospitalière, notamment pour des raisons budgétaires, mais pas seulement. Ce n’est pas une solution, car c’est la Sécurité sociale qui les finance, et non pas les impôts locaux. On ne voit pas pourquoi les élus locaux seraient décideurs alors qu’ils ne sont pas payeurs !

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 11:10  TCHAT 

  • Partage

Comment faire la part des choses entre les causes historiques de cette crise (une gestion trop comptable du soin orientée vers la rentabilité) et la crise sanitaire qui a accentué les désordres et désaffections des personnels soignants ?

Marc

La crise de la pandémie a été à la fois un révélateur et un catalyseur de la crise hospitalière. Un révélateur, car on a bien vu que le fonctionnement à flux tendus encouragé depuis quinze ans par les pouvoirs publics est incapable de faire face à une situation exceptionnelle, en plus de dégrader les conditions de travail des soignants. Il n’y a donc aucun « stock » de lits et de personnels pour faire face à ces situations exceptionnelles. Et l’on voit bien que l’été va provoquer la même situation que le Covid-19 : il va falloir « protéger » l’hôpital en essayant de réorienter la demande vers d’autres compartiments du système de soins. Mais comme ces compartiments sont eux-mêmes en tension, en particulier la médecine générale… Elle est a été un catalyseur car les soignants ont beaucoup espéré une réorientation substantielle de la politique de santé en guise de leur dévouement. Force est de constater que la déception, sinon la désillusion, a été au rendez-vous, ce qui a incité un certain nombre d’entre eux soit à quitter l’hôpital, soit même à quitter le secteur sanitaire tout court. Nombre d’entre eux m’ont dit : « Si ça ne change pas avec le Covid-19, c’est que ça ne changera jamais. »

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 11:05  TCHAT 

  • Partage

TCHAT Bonjour, Je constate une volonté politique depuis 30 ans de privatiser la santé hospitalière. Il n’y a jamais (disons rarement) de débat sur ce point. Il s’en suit un développement de l’offre privée qui a le privilège de choisir ses activités, et en particulier les activités dites rentables. Un phénomène de concurrence déloyale et des salaires plus intéressants dans le privé. L’hôpital public se vide de son personnel, mais conserve les missions que le privé ne veut pas récupérer. Les conséquences politiques de cette grande orientation ne sont pas assumées au grand jour. Souscrivez-vous à cette analyse ?

nappere

Je ne sais pas s’il s’agit d’une volonté de favoriser l’offre privée. Globalement, l’offre de soins est en grande partie privée pour des raisons historiques : la médecine de ville est une médecine libérale ; en raison d’un hôpital réservé aux indigents jusque 1945 s’est développé un important secteur de cliniques commerciales destinées aux catégories moyennes et supérieures. La logique « marchande » a donc toujours existé ! L’hôpital public est, de fait, la composante publique de l’offre de soins.

Vous avez, par contre, raison de dire que c’est l’hôpital public qui a été en ligne de mire des politiques de maîtrise des dépenses publiques au cours de ce que je qualifierais la « décennie hospitalière maudite » : 2010-2020. C’est l’hôpital qui a été particulièrement sollicité pour participer à la réduction de la dette et du déficit publics postcrise financière de 2008. Tandis que la médecine de ville était « chouchoutée » avec une politique fort peu contraignante, sur tous les plans, budgétaire mais aussi de régulation : on a laissé prospérer les dépassements d’honoraires, on a fait des politiques incitatives pour résorber les « déserts médicaux », alors même que l’on sait que ça ne fonctionne pas. Quant au secteur des cliniques privées, ses représentants vous diraient que le ministère de la santé est pro-hôpital public. Cela étant dit, elles ont la possibilité, elles, de sélectionner les patients et de choisir les « créneaux » rentables, ce que ne peut pas l’hôpital public.

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 10:58  TCHAT 

  • Partage

Quel est le coût humain de tous ces dysfonctionnements et des fermetures de services d’urgence ? Concrètement, combien de morts par an à cause de ça ?

Cam

On ne le sait pas. Comme pour le Covid-19, qui a embolisé l’hôpital et obligé à des déprogrammations d’interventions, notamment en matière d’oncologie, il y a et il y aura clairement des pertes de chances. Mais ces dernières sont très difficiles à évaluer numériquement. La régulation de l’accès aux urgences par le SAMU, difficilement praticable, selon moi, va conduire à réorienter une partie de la demande des urgences vers une médecine de ville en situation elle aussi tendue et, de surcroît, en pleine période estivale. Il y a un risque que cette demande de soins ne trouve pas son offre… Les urgences seront forcément embolisées, et le service public ne peut refuser de soigner des gens !

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 10:54  TCHAT 

  • Partage

Finalement, qu’a fait concrètement le Ségur de la santé ?

inquiète

Le Ségur de la santé s’est traduit principalement par un rattrapage partiel de la perte de pouvoir d’achat liée au gel du point d’indice à compter de 2010. Toutefois, c’est nettement insuffisant pour inverser la tendance lourde de la désaffection des soignants pour l’hôpital public. De mon point de vue, le Ségur a été assez catastrophique, car, installé en sortie du premier confinement, les soignants, applaudis aux balcons pendant la première vague du Covid-19, en attendaient beaucoup, certainement trop. La désillusion a été sévère et, par exemple, nombre de paramédicaux qui animaient le Collectif inter-urgence, à l’avant-garde des mobilisations en 2018 et 2019, sont partis, soit vers d’autres services, soit ont quitté l’hôpital public pour devenir infirmiers de pratique avancée. De façon unanime, mes interlocuteurs hospitaliers, médecins ou infirmiers, ont eu l’impression d’avoir été « roulés dans la farine » si vous me permettez cette expression. Pour autant, il faut dire une chose : le gouvernement avait des marges de manœuvre très limitées, puisque le système hospitalier paie une politique de deux décennies, en particulier en matière de démographie des professionnels de santé.

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 10:51  TCHAT 

  • Partage

Bonjour, Quelle est l’évolution des effectifs dans l’hôpital public ?

Edouard

Il est très difficile de répondre globalement à cette question, tant les réalités diffèrent selon qu’il s’agit des médecins ou des personnels paramédicaux, mais aussi selon les spécialités et les services. La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère de la santé (Drees) estime que les effectifs hospitaliers ont augmenté de 14 % entre 2003 et 2017. Mais la demande adressée au hôpitaux a augmenté encore plus vite, ce qui s’est traduit par une augmentation substantielle de la productivité, autrement dit par une intensification du travail et la dégradation des conditions de réalisation de ce même travail.

Frédéric Pierru

Le 07/06 à 10:47  TCHAT 

  • Partage

Bonjour, est-il réellement possible d’augmenter rapidement le nombre de soignants à l’hôpital public ?

Le Pessimiste

Bonjour,

Hélas non, en particulier pour la démographie médicale. On le sait, il faut dix à douze ans pour former une ou un médecin. Le marasme de l’hôpital public, comme le manque de médecins généralistes en ville, trouve une grande partie son origine dans les politiques malthusiennes des années 1990 et 2000, guidées en grande partie par des raisons budgétaires : moins de médecins, c’était, pensait le ministère des finances, moins de prescripteurs et donc moins de dépenses. Ce qu’on sait moins, c’est que les syndicats de médecins étaient aussi favorables à cette politique malthusienne, car ils craignaient la paupérisation de la profession du fait d’une « pléthore » fantasmée. Aussi bien les effets du renforcement du numerus clausus au cours de ces décennies se font pleinement sentir aujourd’hui. Pour inverser la tendance, il faudra donc quinze à vingt ans. Il reste les « rustines », comme l’appel massif à des médecins étrangers, qui manquent à leurs pays. Pour les paramédicaux, le problème est ailleurs : la crise des vocations. L’hôpital public n’attire plus les jeunes soignants, et quand ils viennent à l’hôpital, ils le quittent assez vite étant donné les conditions de travail dégradées et un pouvoir d’achat longtemps en berne.

Le 07/06 à 10:28  SUR LE TERRAIN 

  • Partage

A l’hôpital de la Timone, à Marseille, les soignants entre lassitude et inquiétude 

Au service des urgences de l’hôpital de la Timone, le plus important des hôpitaux universitaires de Marseille (AP-HM), la journée de mobilisation nationale n’a pas d’impact visible sur l’effectif présent, mardi 7 juin. « On a tous reçu notre ordre de réquisition la semaine dernière », explique Elodie Lemariey, 37 ans, une des cadres de santé du service. Pourtant, infirmiers, aides-soignants et médecins se disent tous « très concernés » par la mobilisation en cours. Pas de brassard de gréviste, ni de banderole sur la façade comme il y a trois ans. Mais une lassitude générale devant la dégradation des conditions de travail et une forte inquiétude pour les mois d’été. Ici, sur trente postes de médecins, quatorze sont vacants et l’unité d’hospitalisation de courte durée a été fermée faute de personnel.

Après un week-end prolongé chargé, la matinée démarre doucement. Mais la question de la surcharge de travail est omniprésente : l’essentiel de la réunion hebdomadaire des personnels paramédicaux porte sur une nouvelle disposition censée alléger le flux d’entrée des patients. Depuis le 1er juin, la maison médicale de garde, contiguë aux urgences, a étendu ses horaires et ouvre dès 14 heures. « Le mot d’ordre, c’est de ne pas hésiter à orienter les patients sans gravité vers elle », insiste la cadre infirmière. Elle rappelle également que pour les semaines qui arrivent, le tableau de service sera serré : « Si on vous donne des jours, on risque de vous rappeler », prévient-elle.

Réunion bihebdomadaire d’information générale aux urgences du Centre Hospitalier de la Timone à Marseille, le 7 juin 2022.
Réunion bihebdomadaire d’information générale aux urgences du Centre Hospitalier de la Timone à Marseille, le 7 juin 2022. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »
Sortie de la réunion bihebdomadaire d’information générale aux urgences du Centre Hospitalier de la Timone à Marseille, le 7 juin 2022.
Sortie de la réunion bihebdomadaire d’information générale aux urgences du Centre Hospitalier de la Timone à Marseille, le 7 juin 2022. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »

Gilles Rof (Marseille, correspondant)

Le 07/06 à 09:51  TCHAT 

  • Partage

Crise de l’hôpital : comment en est-on arrivé là ? Frédéric Pierru répond à vos questions à partir de 10 h 30 

Frédéric Pierru est chercheur associé au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE), docteur en sciences politiques et sociologue au CNRS. Il es spécialiste de la sociologie de l’action publique et du champ médical. Ses travaux portent principalement sur les transformations de l’administration de la santé, les réformes hospitalières et les savoirs de gouvernement en santé.

Il répondra à vos questions sur la crise de l’hôpital à partir de 10 h 30. Vous pouvez d’ores et déjà poser vos questions en ajoutant la mention « TCHAT ».

Le 07/06 à 09:34  POUR APPROFONDIR 

  • Partage

Faute de soignants, au moins 120 services ont été forcés de limiter leur activité ou s’y préparent, selon un décompte de la fin de mai de l’association SAMU-Urgences de France. C’est d’ailleurs son président, François Braun, qui devra rendre les conclusions de la « mission flash » au chef de l’Etat d’ici à la fin de juin.

Lire aussi : Hôpital : une nouvelle mobilisation pour réclamer des hausses de salaires et d’effectifs 

Le 07/06 à 09:10  POUR APPROFONDIR 

  • Partage

Le feu couve aux urgences : faute de soignants, au moins 120 services ont été forcés de limiter leur activité ou s’y préparent, selon un décompte de la fin de mai de l’association SAMU-Urgences de France.

Lire aussi : Hôpital : la crise ne cesse d’enfler aux urgences 

Le 07/06 à 09:05

  • Partage

Rassemblements dans au moins cinquante villes 

Des rassemblements sont prévus dans au moins cinquante villes, d’après une liste établie vendredi par la CGT : à Paris devant le ministère de santé à partir de 13 h 30, à Bordeaux, Grenoble, Marseille, Nantes, Rennes et Toulouse, parmi les principales, mais aussi de plus petites, comme Aurillac, Epernay ou Cherbourg, où Emmanuel Macron est venu la semaine dernière annoncer une « mission flash » sur les services d’urgences.

Lire notre article sur ce déplacement :

Lire aussi : A Cherbourg, Emmanuel Macron revient sur le terrain pour tenter d’endiguer la crise des urgences 

Le 07/06 à 09:00

Bonjour à toutes et à tous,

Bienvenue dans ce direct consacré à la journée de mobilisation dans les hôpitaux pour réclamer des hausses de salaire et d’effectifs.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire