Au Cambodge, la résurrection éclair de l’opposition
Les élections locales organisées dimanche 4 juin sont l’occasion pour le pays de renouer avec le multipartisme, en dépit du climat d’intimidation entretenu par le régime de Hun Sen.
Par Adrien Le GalPublié hier à 10h23
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Une foule d’opposants vêtus de blanc, brandissant des drapeaux et défilant dans le centre de Phnom Penh sans être inquiétés par la police : la scène est inédite au Cambodge depuis cinq ans. Le pays, qui organise ses élections municipales dimanche 4 juin, renoue timidement avec le multipartisme, suspendu de fait avec l’interdiction, en 2017, de la principale formation d’opposition, le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC). Le premier ministre Hun Sen, qui règne sans partage depuis 1985, avait alors brutalement interrompu le fonctionnement démocratique du royaume, redoutant de voir son Parti du peuple cambodgien (PPC) être dépassé par son concurrent lors des législatives de 2018.
La campagne, certes, se déroule sans la participation des principales figures de l’opposition historiques. La plupart, comme leur chef de file Sam Rainsy, vivent en exil, sous le coup de multiples condamnations en justice motivées politiquement. Leur passeport ayant été annulé, ils n’ont pas été autorisés à rejoindre leur pays, y compris pour assister à leur propre procès. D’autres, comme Kem Sokha, sont actuellement jugés pour « trahison » lors d’un procès visant 130 personnalités, et gardent prudemment leurs distances.
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Cela n’a pas empêché des opposants de moindre envergure de ressusciter une formation d’opposition, utilisant la coquille juridique d’un ancien parti politique créé par Sam Rainsy, le rebaptisant « Candlelight Party » et conservant son ancien symbole, la bougie. En quelques mois, celui-ci s’est structuré et imposé dans le paysage cambodgien, au point de parvenir à présenter des candidats dans la quasi-totalité des communes du pays, y compris les plus reculées. Il a par ailleurs reçu le soutien de nombreuses personnalités d’opposition, comme le syndicaliste Rong Chhun, libéré de prison en novembre 2021 après seize mois de détention, ou le moine et militant des droits humains But Buntenh, connu pour son activisme sur les réseaux sociaux.
De faibles chances de succès
Mais les chances de succès électoral sont faibles pour l’opposition, privée de ses tribuns charismatiques et qui a subi de nombreuses pressions et intimidations lors de la campagne. Surtout, les opposants sont divisés quant à l’opportunité de participer à ces municipales, redoutant de cautionner un scrutin jugé inéquitable. Seng Theary, militante américano-cambodgienne des droits humains, une des principales accusées dans le cadre du procès géant pour « trahison », refuse ainsi de soutenir le Candlelight Party. « Les élections sont utilisées par les régimes répressifs non seulement pour se légitimer, mais aussi pour durer davantage, estime-t-elle. Elles leur permettent aussi d’obtenir des informations détaillées sur les poches de résistance dans le pays, puis de les combattre en utilisant le bâton ou la carotte. »
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L’opposition en exil, elle, garde une distance prudente avec le nouveau mouvement, soucieuse de ne pas le compromettre. Sam Rainsy, dans une tribune publiée par le site The Diplomat, s’est dit ravi de voir son ancien parti « entretenir la flamme ». Depuis l’Etat de Rhode Island, aux Etats-Unis, Mu Sochua, ancienne députée, se contente de partager sur les réseaux sociaux des photos de militants arborant le symbole de la bougie. « Notre objectif est de faire renaître la démocratie au Cambodge, cela commence par les élections de dimanche », indique-t-elle, tout en se félicitant de « l’énergie et de l’enthousiasme » des jeunes candidats de l’opposition aux municipales.
Adrien Le Gal