Variole du singe : l’arme vaccinale pour tenter d’endiguer l’épidémie
Le vaccin de troisième génération Imvanex s’impose comme le produit le plus sûr et le plus efficace face aux orthopoxvirus.
Par Delphine Roucaute Publié aujourd’hui à 17h00
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L’épidémie continue de s’étendre : plus de 300 cas de variole du singe ont été confirmés au 27 mai dans près de vingt pays hors du continent africain, où la maladie est endémique dans une dizaine de pays. Une dispersion hors du commun qui a poussé de nombreux pays à brandir l’arme vaccinale pour tenter d’endiguer la maladie avant qu’elle ne prenne des proportions trop importantes. Pour étouffer cette flambée, la Haute Autorité de santé (HAS) préconise ainsi, dans son avis du 24 mai, de vacciner tous les individus ayant été en contact avec un cas confirmé, ainsi que toutes les personnes en contact avec ce premier cercle. Il s’agit de la stratégie de la « vaccination en anneau », qui avait notamment fait ses preuves contre les dernières épidémies de variole
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Il n’existe pas de vaccin spécifique contre la variole du singe, mais des études ont démontré que la vaccination contre la variole était efficace à environ 85 % contre la variole du singe et qu’elle permettait d’atténuer les symptômes, rappelle l’Organisation mondiale de la santé. « La raison en est claire : tous ces virus appartiennent à la même petite famille appelée orthopoxvirus et il existe une large immunité croisée », explique David Freedman, président de la Société américaine de médecine et d’hygiène tropicales. Le vaccin contre la variole se base d’ailleurs sur le virus de la vaccine, un cousin de cette même famille qui est entré dans l’histoire en donnant son nom à la vaccination.
Souche très atténuée
Tous les regards se tournent donc vers les stocks de vaccins antivarioliques constitués par de nombreux Etats pour faire face à une éventuelle résurgence de la variole ou un scénario d’attaque bioterroriste. En France, le nombre de doses disponibles est une donnée classifiée. Le dernier décompte rendu public il y a dix ans évoque plus de 82 millions de doses de « vaccin Pourquier » et de « vaccin Sanofi Pasteur ».
Ces vaccins, dits de première et deuxième générations, sont très efficaces et ont participé à l’éradication de la variole jusqu’en 1984. Mais ils présentent de graves effets indésirables, tels que des encéphalites, des encéphalopathies, de l’eczéma vaccinatum, des atteintes cardiaques, etc. Le virus injecté se répliquant dans l’organisme, ils sont également contre-indiqués dans de nombreux cas, notamment chez les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées
« Ces vaccins étaient bien tolérés dans la première année de vie, mais moins bien lorsque la première injection était administrée à l’âge adulte », souligne Brigitte Autran, professeure émérite d’immunologie à la faculté de médecine Sorbonne-Université. Leur utilisation a donc été naturellement écartée après l’éradication de la variole. « Le risque lié au vaccin lui-même est plus élevé que celui de la variole du singe qui, dans presque tous les cas, chez les personnes en bonne santé, est une infection très bénigne accompagnée d’une vilaine éruption cutanée », ajoute David Freedman.
C’est un vaccin de troisième génération qui s’impose donc pour lutter contre les orthopoxvirus, contenant une forme modifiée du virus de la vaccine appelée « vaccine Ankara ». Cette souche très atténuée du virus est bien tolérée chez l’homme, comme l’ont démontré de nombreuses études. « On connaît très bien ce vecteur viral, beaucoup plus utilisé que les adénovirus présents dans les vaccins de Janssen et AstraZeneca contre le Covid-19 », insiste Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor à Créteil (AP-HP).
« Complications très limitées »
En Allemagne, à partir de 1968, plus de 100 000 personnes ont été primo-vaccinées, démontrant une excellente tolérance du produit. Si son efficacité en vie réelle n’a pas pu être formellement démontrée, la variole ayant disparu en Allemagne à cette époque, les essais faits sur les animaux ont montré une bonne efficacité contre la variole du singe. « Par ailleurs, les restrictions d’utilisation existent mais, en pratique, les complications sont très limitées », ajoute M. Lelièvre, concluant : « La balance bénéfice/risque est donc facile à établir », en faveur de ce vaccin de troisième génération.
Les espoirs reposent désormais sur le vaccin produit par la société danoise Bavarian Nordic, commercialisé sous le nom d’Imvanex en Europe, Jynneos aux Etats-Unis et Imvamune au Canada. Imvanex dispose d’une autorisation de mise sur le marché européenne depuis 2013 pour lutter contre la variole. Il est également recommandé contre la variole du singe, mais seulement aux Etats-Unis et au Canada. Il pourra malgré tout être utilisé contre l’épidémie actuelle : en France, un arrêté publié mercredi prévoit qu’il soit autorisé « à titre dérogatoire ». Après un contact avec une personne infectée, il doit être administré au plus vite, avec un schéma à deux doses espacées de 28 jours. Le temps d’incubation de la variole du singe pouvant durer jusqu’à vingt et un jours, une vaccination précoce « permet de développer des anticorps pour freiner le développement de la maladie », explique Brigitte Autran.
Mercredi, la nouvelle ministre de la santé, Brigitte Bourguignon, a assuré que « les stocks sont parfaits pour l’instant », sans en dire plus. Ils sont « composés de vaccins de première, deuxième et troisième générations », a précisé au Monde la direction générale de la santé. L’organisme européen HERA (Health Emergency Response Authority) va mettre le vaccin à disposition des Etats-membres. C’est lui « qui déterminera les délais »et « les doses seront réparties de manière équitable entre les Etats-membres » pour ces produits « à la production limitée et à l’accès limité », a fait savoir la ministre. En effet, la société Bavarian Nordic produit environ 30 millions de doses d’Imvanex par an, selon L’Usine nouvelle. L’OMS a relativisé cette course au vaccin, vendredi, insistant sur le fait que le traçage des cas contacts et l’isolement des malades restent les modes de contrôle principaux de cette épidémie. La vaccination en population générale n’est pas encore une option.
Delphine Roucaute
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