L’interdiction de broyage et de fauchage des jachères est formellement suspendue
Agroécologie | 24 mai 2022 | Laurent Radisson | Actu-Environnement.com

Le calendrier est assez étonnant. Le lendemain même d’un déplacement de la Première ministre consacré à la protection de la biodiversité*, le premier texte signé conjointement par les ministres chargés de la Transition écologique et de l’Agriculture suspend l’interdiction de broyage et de fauchage des jachères. Cette interdiction portait sur une période de quarante jours consécutifs, entre le 1er mai et le 15 juillet, en vue de prévenir la destruction ou de favoriser le repeuplement du gibier.
« L’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, a provoqué une forte hausse des prix des produits agricoles et une incidence sur l’offre et la demande. Pour remédier à ces situations, il convient d’accroître le potentiel de production agricole de l’Union européenne, tant pour l’alimentation humaine que pour l’alimentation animale », justifie le ministère de la Transition écologique. Cet arrêté fait suite au feu vert donné par la Commission européenne, en mars dernier, et à un premier arrêté signé par le précédent ministre de l’Agriculture établissant des dérogations dans le cadre du paiement pour les pratiques agricoles bénéfiques pour le climat et l’environnement. Ce dernier texte, qui n’avait pas été soumis à la consultation du public bien qu’il ait manifestement une incidence sur l’environnement, autorise l’utilisation de pesticides sur les jachères mises en culture, pâturées ou fauchées.
Le nouvel arrêté, quant à lui, a été soumis à la consultation du public par le ministère de la Transition écologique, fin avril. Bien qu’il ait recueilli 187 commentaires, aucune synthèse de cette consultation n’est en ligne à ce jour. Les commentaires étant toutefois visibles, il semble qu’une grande majorité lui était défavorable. Parmi les opposants figure la Fédération nationale des chasseurs (FNC). « Ces jachères constituent un apport essentiel pour protéger la biodiversité en zones de plaine, et le broyage de ces parcelles écologiquement précieuses occasionnera une mortalité supplémentaire des populations d’espèces inféodées aux milieux agricoles. En effet, ces jachères sont des zones de refuge et d’alimentation pour la petite faune tout au long de l’année », explique la FNC, qui fait part de son incompréhension.
En France, les surfaces en jachères représentent près de 300 000 hectares, soit plus de 1 % de la surface agricole utile, rappelait, fin mars, le ministère de l’Agriculture. « Ce n’est pas le retour en production de mauvaises terres agricoles qui va aider à répondre à la problématique de spéculation des cours des denrées générée par la potentielle perte de 161 millions de terres agricoles russes et ukrainiennes », pointe la FNC.
Laurent Radisson, journaliste
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1 réaction à cet article
Il ne restait pourtant pas grand chose comme territoire pour la biodiversité de plaine vestigiale. Abracadabrantesque !
Ce nouveau quinquennat est bien parti pour réussir plein pot la transition démagogique, à défaut d’écologique.
Détail intéressant dans la com’ de la FNC : elle ne semble plus parfaitement alignée sur celle de la FNSEA. Cependant, de là à ce qu’il y ait désaccord politique, il y a encore loin de la coupe aux lèvres, tant ces deux lobbies anti écologiques sont symbiotiques.Pégase | 24 mai 2022 à 19h36
*Elisabeth Borne fait un geste envers les acteurs de la biodiversité
Dans la foulée du premier conseil des ministres de son gouvernement, la locataire de Matignon a réuni des acteurs de la biodiversité lors d’une visite du Jardin des plantes, à Paris.
Par Claire GatinoisPublié le 23 mai 2022 à 21h03 – Mis à jour le 23 mai 2022 à 22h30
Temps de Lecture 2 min.

Une visite express au Muséum d’histoire naturelle ne suffira pas à contrer le procès pour « inaction climatique » ou pour « irresponsabilité environnementale », dont souffre Emmanuel Macron. Mais les symboles comptent. Ce lundi 23 mai, la première ministre, Elisabeth Borne a donc voulu donner des gages aux défenseurs de la biodiversité en les réunissant dans un lieu emblématique de la protection des espèces : le Jardin des plantes, à Paris. Accompagnée de la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, Amélie de Montchalin, et de la ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, la locataire de Matignon a voulu montrer que sa première réunion de travail, quelques heures après le premier conseil des ministres de son gouvernement, était dédiée aux enjeux environnementaux.
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« On doit absolument accélérer (…). L’urgence est bien là », a ajouté la première ministre, soucieuse d’insister sur le rôle inédit qui lui est échu : gérer la planification écologique. Preuve, insiste-t-elle que l’écologie devra « irriguer toutes les politiques » et qu’elle « impliquera tous les ministères ».
Discours sur la méthode
A l’approche des élections législatives des 12 et 19 juin, celle qui est décrite par ses contempteurs comme l’exécutante revêche de réformes abrasives voulues par le chef de l’Etat et, en particulier, celle des retraites, reste, pour l’heure, étrangement muette sur ce projet pourtant central du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Mais à l’heure où la formation de gauche, la Nouvelle Union populaire et écologique (Nupes) emmenée par Jean-Luc Melenchon séduit une part significative d’électeurs, peut-être est-il plus pertinent de parler d’écologie que de départ à la retraite à 65 ans ?
« Si ça marche, on le fera. Mais si une idée est sympathique et que ça ne marche pas, eh bien, on ne le fera pas », résume Amélie de Montchalin, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires
Elisabeth Borne ne l’ignore pas. Son capital sympathie auprès des défenseurs de la nature est faible. La première ministre a beau avoir été brièvement ministre de la transition écologique, le casting de son gouvernement a propulsé à ses côtés deux ministres peu connues pour leur engagement envers le climat. « On ne peut pas dire que ce soit un bon signal », observe Allain Bougrain-Dubourg, ancien animateur de l’émission de télévision « Terre des bêtes », aujourd’hui président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Mais « on ne juge pas les personnes, on attend les actes », complète Stéphanie Clément-Grandcourt, directrice générale de la Fondation pour la nature et l’homme.
Des actes, Amélie de Montchalin en promet en pagaille. « Je veux être jugée sur ce qu’on fera », dit-elle en se revendiquant « ministre du concret ». Et celle-ci de s’engager à étudier et à faciliter la mise en œuvre dans les villes et les villages de toute mesure, qui serait jugée intéressante pour la préservation du climat et de la biodiversité, qu’il s’agisse de rénovation de logements, de transports ou d’une éventuelle généralisation de la consigne, comme le suggérait le programme présidentiel de La France insoumise. « Si ça marche, on le fera. Mais si une idée est sympathique et que ça ne marche pas, eh bien, on ne le fera pas », résume-t-elle.
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Les actes, toutefois, attendront encore. Pour l’heure, il s’agit avant tout de tenir un discours sur la méthode pour montrer que le gouvernement compte agir dans la concertation. D’où le tour de table organisé lundi. Après une heure de réunion avec les représentants d’associations – LPO, Fondation pour la nature et l’homme, WWW France, France Nature Environnement et Humanité et biodiversité –, l’espoir restait vivace. « Elles apprennent très vite. On sent une vraie volonté. C’est un pari d’avenir », réagissait Allain Bougrain-Dubourg, heureux que certains « sujets qui fâchent » aient été abordés comme ceux liés à l’agriculture ou aux éoliennes en mer. « Ce qu’on demande, finalement, c’est que les engagements d’Emmanuel Macron il y a cinq ans soient tenus », ajoute le défenseur des oiseaux, visiblement prêt à accorder une seconde chance au chef de l’Etat.
Claire Gatinois