« Au ministère de l’écologie, sans convictions, la voie de passage est quasiment impossible »
Ancien conseiller au ministère de l’écologie, Léo Cohen estime que l’enjeu pour le gouvernement d’Elisabeth Borne est désormais d’arriver à « faire ruisseler l’écologie sur toutes les politiques sectorielles ».
Propos recueillis par Audrey GarricPublié le 24 mai 2022 à 17h51, mis à jour hier à 10h11
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Un trio pour s’attaquer aux crises climatiques et environnementales. Avec Elisabeth Borne, première ministre chargée de la planification écologique et énergétique, Amélie de Montchalin, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, et Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, le second quinquennat d’Emmanuel Macron sera-t-il à la hauteur du « combat du siècle » ?
Tout dépendra de leur capacité à réaligner l’ensemble de l’action publique autour de l’environnement, répond Léo Cohen, ancien conseiller au ministère de l’écologie (de la secrétaire d’Etat Barbara Pompili de 2016 à 2017 puis du ministre François de Rugy de 2018 à 2019) et auteur du livre 800 jours au ministère de l’impossible. L’écologie à l’épreuve du pouvoir (Les Petits Matins, 144 pages, 15 euros). Cet ancien membre du comité de gouvernance de la convention citoyenne pour le climat, aujourd’hui consultant indépendant sur la transition écologique et la participation citoyenne, a recensé douze blocages majeurs qui empêchent de « mener une politique écologique à la hauteur de l’urgence ».
Que pensez-vous de ce nouveau gouvernement au regard de l’environnement ?
La nomination d’Elisabeth Borne à Matignon est l’un des meilleurs scénarios possibles pour l’écologie. Elle a une sensibilité sur ce sujet, elle maîtrise ces dossiers et peut anticiper les blocages. Avec son nouveau poste, elle pourra faire des arbitrages en faveur de l’environnement. L’enjeu est d’arriver à faire ruisseler l’écologie sur toutes les politiques sectorielles.
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Quant à Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher, si elles sont réputées pour être efficaces et techniciennes, elles ne sont en revanche absolument pas connues pour leur engagement écologique. Or, au ministère de l’écologie, vous êtes tellement confronté à une addition de blocages, d’entraves et d’obstacles, que si vous n’avez pas des convictions chevillées au corps, la voie de passage est quasiment impossible. Sans compter que les dossiers écologique et énergétique sont d’une incroyable technicité et complexité. Le temps pris à les appréhender est un temps précieux perdu dans notre capacité à agir.
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Comment interprétez-vous la scission de l’ancien grand ministère de l’écologie ?
Avec ces deux ministères, se pose la question de savoir qui prend l’ascendant entre Bercy et Roquelaure [du nom du lieu où est situé le ministère de l’écologie]. On a un premier élément de réponse avec les profils d’Amélie de Montchalin et d’Agnès Pannier-Runacher : deux femmes de la galaxie Bercy, c’est un signal politique qui n’est pas neutre. L’autre partie de la réponse dépendra des décrets d’attribution et des administrations mises à leur disposition, qui ont des cultures et des objectifs politiques différents.
C’est crucial, alors que le ministère de la transition énergétique va couvrir différents enjeux qui peuvent être contradictoires. Construire de nouveaux [réacteurs nucléaires]EPR ne va pas forcément de pair avec le développement massif des énergies renouvelables, de même que développer nos capacités de production ne converge pas avec la réduction de la consommation et production. La reprise en main par Bercy pourrait mettre l’accent sur le renforcement des filières au détriment de la sobriété.
A quelles conditions le nouveau secrétariat général à la planification écologique, rattaché à Elisabeth Borne, peut-il réussir sa mission ?
Il faudra regarder les compétences de ce secrétariat, qui devraient recouvrir cinq points : la fixation des grands objectifs climatiques, leur déclinaison par secteur et par période, l’élaboration d’un plan avec différents points de passage, l’allocation de budgets et la concertation avec les filières pour organiser leur transformation. Il faudra ensuite veiller aux moyens humains. Je pense qu’il faudrait entre cinquante et cent personnes, des agents du ministère de la transition écologique ou de France Stratégie mais aussi des filières de l’automobile, de la métallurgie ou du textile pour apporter une expertise de terrain.
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Enfin, ce secrétariat doit être équipé en instruments opérationnels : alors que les budgets carbone [plafonds d’émissions à ne pas dépasser] vont être inscrits dans la loi et devenir contraignants, que fera Matignon si un ministre ne respecte pas sa feuille de route ? Y aura-t-il des sanctions comme c’est le cas pour le budget au niveau européen ? La première ministre va-t-elle également décider de former rapidement la haute administration aux enjeux écologiques ? Cela permettrait de créer une doctrine interministérielle commune sur l’écologie et climat, alors qu’aujourd’hui une grande majorité de la haute administration est totalement hermétique à ces questions, voire bloque toute action ambitieuse sur le sujet.
Amélie de Montchalin a promis de faire de Roquelaure un « ministère de tous les possibles ». Peut-elle y parvenir ?
La capacité d’un gouvernement à relever le défi du climat repose sur deux jambes. La volonté politique : il en faudra beaucoup plus que par le passé. Et une mise en conformité de notre fonctionnement politique, institutionnel, administratif et technique avec les spécificités des politiques écologiques et climatiques, qui sont transversales, s’inscrivent dans le temps long, sont difficiles à mettre en œuvre socialement, sont souvent radicales et touchent à l’intime. Aujourd’hui, pour les représentants politiques, ce n’est jamais le moment de faire de l’écologie, la pente est toujours trop raide, le risque trop grand, le gain trop tardif. Soit on arrive à sortir de cette contradiction, soit les mêmes causes produiront les mêmes effets.
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Quels sont les grands obstacles et comment les lever ?
Au-delà des rivalités interministérielles et de la contre-culture de la haute administration, il faut aussi composer avec l’acceptabilité sociale en trouvant le juste équilibre entre incitation et coercition. Et il faut aussi réguler l’ingérence des lobbys.
D’ici à 2023, on aura une loi de programmation énergie-climat. Ce serait un très bon signal d’obliger les représentants d’intérêts à publier, sur une plate-forme en accès libre, tout amendement qu’ils transmettraient au gouvernement ou au Parlement. Il faut aussi replacer les ONG – dont le lien a été rompu avec l’Etat – et les syndicats au cœur du jeu sur les sujets de transition, qui sont à la charnière de l’écologie et du social.
Enfin, un des moyens très forts de dépasser la dictature de l’immédiat, et de relever le défi climatique, est de replacer le citoyen au centre du jeu, via des dispositifs du type de la convention citoyenne pour le climat dont il faudrait fixer juridiquement les règles du jeu et garantir les débouchés politiques.

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Audrey Garric
*Transition écologique : Montchalin et Pannier-Runacher, deux expertes en économie sans expérience sur l’environnement
La nomination des deux ministres rassure la filière nucléaire, tandis que la scission en deux ministères du portefeuille de l’écologie soulève des inquiétudes.
Par Rémi Barroux, Perrine Mouterde, Audrey Garric et Adrien PécoutPublié le 21 mai 2022 à 00h48 – Mis à jour le 21 mai 2022 à 08h28
Temps de Lecture 3 min.

Trois femmes pour orchestrer la réponse au gigantesque défi climatique et environnemental. Comme il l’avait annoncé, Emmanuel Macron a nommé deux ministres, vendredi 20 mai, pour prendre la relève de Barbara Pompili, titulaire du portefeuille de l’écologie : Amélie de Montchalin pilotera « la transition écologique et la cohésion des territoires » au sein du nouveau gouvernement, et Agnès Pannier-Runacher mènera « la transition énergétique ». Elles travailleront sous la supervision directe d’Elisabeth Borne, la première ministre, chargée de la planification écologique et énergétique. A elles, désormais, de faire en sorte que la France atteigne ses objectifs climatiques et devienne « la première grande nation » à sortir des énergies fossiles.
Censées incarner l’engagement écologique du chef de l’Etat, Agnès Pannier-Runacher, 47 ans, et Amélie de Montchalin, 36 ans, toutes deux issues du secteur de l’économie et des finances, n’ont pas d’expérience notable en matière d’environnement. Elles seront épaulées par Christophe Béchu, ministre délégué chargé des collectivités, et par Justine Bénin, secrétaire d’Etat à la mer. Un secrétaire général à la planification écologique, Antoine Pellion, vient compléter le dispositif.
« Mettre tout le monde autour de la table »
Transports, logement, biodiversité, aménagement du territoire, urbanisme… Sur tous ces dossiers, Amélie de Montchalin a promis, lors de la passation des pouvoirs à l’hôtel de Roquelaure, « d’agir maintenant » pour parvenir à des résultats « concrets et rapides ». Diplômée de HEC et de la Harvard Kennedy School, elle n’a jusqu’ici jamais été chargée de ces questions. Passée par le cabinet de Valérie Pécresse (Les Républicains) au ministère de l’enseignement supérieur, elle a travaillé dans la banque et l’assurance avant d’être élue députée de la 6e circonscription de l’Essonne sous l’étiquette La République en marche, en 2017. Entrée au gouvernement comme secrétaire d’Etat aux affaires européennes, elle était depuis 2020 ministre de la fonction publique. « Amélie de Montchalin n’a jamais manifesté le moindre intérêt pour l’écologie », a critiqué le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Julien Bayou.Lire aussi : Amélie de Montchalin, une libérale pragmatique à la transition écologique et à la cohésion des territoires
Au-delà de l’expérience, « on a surtout besoin de quelqu’un qui soit capable de dialoguer avec les différentes parties prenantes, de s’appuyer sur l’expertise existante et de mettre tout le monde autour de la table », estime de son côté Arnaud Schwartz, le président de France nature environnement (FNE).
Aux manettes de l’industrie depuis 2020, la nouvelle ministre de l’énergie a été plus directement aux prises avec les chantiers qui lui incombent. Envolée des prix, difficultés d’approvisionnement en électricité, réforme d’EDF, relance du nucléaire… « Agnès Pannier-Runacher connaît les acteurs et sait à quels défis elle va être confrontée », assure Nicolas Goldberg, consultant chez Colombus.
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De fait, sa nomination a été saluée par les représentants des entreprises du secteur. « Elle a été assez active sur la structuration de la filière de l’éolien en mer, et sera sensible au fait que le développement des renouvelables doit s’accompagner d’un développement industriel », note Alexandre Roesch, le délégué général du Syndicat des énergies renouvelables.
La filière nucléaire, qu’Emmanuel Macron souhaite relancer grâce à la construction de nouveaux réacteurs, voit également son arrivée comme une « bonne nouvelle ». « Elle a déjà travaillé à la réindustrialisation de la France et le nouveau programme nucléaire s’inscrit tout à fait dans cet objectif », remarque Cécile Arbouille, déléguée générale du Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (Gifen). « Elle a une vraie antériorité sur les questions énergétiques et elle a déjà gagné des arbitrages, notamment dans le cadre du plan France 2030 », ajoute Nicolas de Warren, président de l’Union des industries utilisatrices d’énergie (Uniden).
Egalement diplômée de HEC, énarque, inspectrice des finances, Agnès Pannier-Runacher, passée par le groupe Caisse des dépôts ou l’équipementier automobile Faurecia, est entrée au gouvernement en octobre 2018 comme secrétaire d’Etat à l’économie, avant de prendre en charge l’industrie.
Des craintes malgré des profils « sérieux »
Le manque d’expérience de ces deux proches d’Emmanuel Macron sur les questions environnementales suscite toutefois des craintes. « Cela interroge sur leur capacité à prendre en main très rapidement des sujets complexes comme l’accélération de la rénovation des logements, les investissements dans le ferroviaire ou la transition du secteur automobile », avertit Anne Bringault, la coordinatrice des programmes du Réseau action climat. « Ce sont deux profils sérieux et techniques, ce qui ne veut pas dire sans convictions, note de son côté Lucile Schmid, vice-présidente du think tank La Fabrique écologique. Mais sauront-elles assumer une certaine forme de radicalité dans l’action ? Comment vont-elles travailler avec les territoires, avec la société civile ? »
La scission en deux ministères du portefeuille de l’écologie soulève également des inquiétudes. Comment piloter la transition énergétique d’un côté et sa mise en œuvre à l’échelle des territoires de l’autre ? Comment les deux équipes travailleront-elles sur les sujets transversaux ? « Ce démantèlement est un grave recul dans l’organisation de l’Etat, regrette Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres et candidate (Nupes) à sa succession. On ne peut pas séparer le climat et l’énergie de la biodiversité ou des pollutions car tout est lié. » Avec la reprise de l’énergie par Agnès Pannier-Runacher, « l’administration de l’énergie s’éloigne de Roquelaure et revient vers Bercy », juge aussi Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement.
D’autres observateurs disent préférer attendre de voir, à l’usage, s’il y aura suffisamment d’huile dans les rouages pour qu’une coordination efficace s’instaure entre les deux ministres et la cheffe du gouvernement. Les lettres de mission permettront de préciser les attributions et périmètres exacts de chacune, ainsi que les directions générales qui leur seront attachées.
Le secrétaire général à la planification écologique aura lui pour mission de coordonner l’élaboration des stratégies nationales en matière de climat, d’énergie, de biodiversité et d’économie circulaire, et de veiller à « la bonne exécution des engagements » pris par tous les ministères en matière d’environnement. Ingénieur des mines, Antoine Pellion pilotait depuis juillet 2020 le pôle écologie, transports, énergie, logement et agriculture de Matignon.
Lire aussi la tribune : « La gouvernance de l’écologie doit être conçue comme irriguant la transformation de l’Etat tout entier »
Rémi Barroux, Perrine Mouterde, Audrey Garric et Adrien Pécout
Nouveau gouvernement : pourquoi les nominations d’Amélie de Montchalin et d’Agnès Pannier-Runacher laissent sceptiques les défenseurs de l’environnement
Les deux ministres sont respectivement chargées de la Transition écologique et de la Transition énergétique au sein de l’équipe d’Elisabeth Borne.
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France Télévisions
Publié le 22/05/2022 18:31Mis à jour le 22/05/2022 20:47
Temps de lecture : 5 min.

Près d’un mois après la réélection d’Emmanuel Macron, la composition du gouvernement d’Elisabeth Borne a été dévoilée vendredi 20 mai. Derrière la Première ministre, officiellement « chargée de la Planification écologique et énergétique », deux femmes ont été nommées à la tête de ces portefeuilles : Amélie de Montchalin, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, et Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique.
« J’appelle ici à une mobilisation générale de tous les Français, pour que nous fassions de l’écologie notre projet national », a lancé vendredi Amélie de Montchalin, aux côtés d’Agnès Pannier-Runacher. « Un virage qu’il va falloir concrétiser par des actes », a réagi Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement, interrogé sur franceinfo. On vous explique pourquoi ce nouveau duo à la Transition écologique et énergétique interroge les acteurs de la défense de l’environnement.
Parce qu’elles manquent d’expérience sur ce sujet
Libérales, Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher étaient respectivement chargées de la Fonction publique et de l’Industrie au sein du gouvernement de Jean Castex. « Elles sont plutôt dans le moule de ce qu’on a vu des gouvernements précédents, loin d’être à la hauteur sur les enjeux climatiques », a commenté Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace, sur franceinfo.
« Ce sont deux ministres qui n’ont pas une grande expérience de la transition écologique », ajoute Anne Bringault, coordinatrice des programmes au sein du Réseau Action Climat. Comme le rappellent Le Monde et Libération, Amélie de Montchalin, diplômée de HEC et de Harvard, a travaillé au sein de BNP Paribas et d’Axa, avant de devenir députée de l’Essonne en 2017. L’élue a ensuite été nommée secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, puis ministre en charge de la Transformation et de la Fonction publiques en juillet 2020.
« On ne voit pas son expérience sur la transition écologique alors que ce sujet est présenté comme une priorité par Emmanuel Macron. »Anne Bringault, coordinatrice du Réseau Action Climat
à franceinfo
L’acolyte d’Amélie de Montchalin, diplômée de HEC mais également de l’ENA, a été inspectrice des finances, puis a travaillé au sein de la Caisse des dépôts et dirigé la Compagnie des Alpes, entre autres. Arrivée au gouvernement en 2018, en tant que secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, elle a par la suite été chargée du portefeuille de l’Industrie. A ce poste, Agnès Pannier-Runacher « a travaillé sur le côté industriel de la production de l’éolien offshore et la production d’hydrogène », pointe Anne Bringault. « Mais beaucoup d’autres filières d’énergies renouvelables sont à développer très rapidement », alors que la France est le seul pays de l’UE à avoir manqué ses objectifs en matière d’énergies renouvelables en 2020.
En matière de biodiversité, « on peut s’interroger sur l’expérience que ces personnes ont de ces questions », ajoute François Sarrazin, chercheur au Centre d’écologie et des sciences de la conservation (Cesco) du Muséum d’histoire naturelle, interrogé sur franceinfo. « Ces questions demandent d’avoir beaucoup d’expériences là-dessus. Elles demandent aussi d’avoir une vision. (…) Cette vision, elle ne s’improvise pas du jour au lendemain », prévient-il.
Contacté par franceinfo, l’avocat Arnaud Gossement, professeur associé en droit de l’environnement à l’université Panthéon-Sorbonne, juge toutefois que « dans l’histoire, les ministres qui se sont révélés à ce poste n’avait pas forcément d’expérience écologiste précédente ». « Les ministres ayant un bagage écologiste n’ont pas nécessairement pu faire ce qu’ils souhaitaient, et d’autres, comme Jean-Louis Borloo, ont pu se révéler », développe-t-il.
Parce qu’elles n’ont pas un profil très écolo
Au-delà des parcours des deux ministres, « je n’ai jamais eu l’occasion de les entendre sur les sujets environnementaux », poursuit Jean-François Julliard. « Donc, on va voir, on va attendre, on va juger sur pièces. »
« Jusque-là, ce ne sont pas les personnes qui ont manifesté un engouement particulier ou une vision particulière pour la transformation d’une société vers plus d’écologie. »Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace
sur franceinfo
Anne Bringault attend « de rencontrer » les deux ministres, « pour pouvoir leur exposer nos propositions et juger leurs volontés à agir ». La coordinatrice des programmes au sein du Réseau Action Climat souligne toutefois qu’Amélie de Montchalin « a peut-être été choisie plus pour sa fidélité que sur la dynamique qu’elle pourrait mettre sur la transition écologique », mais « cela reste à vérifier », convient-elle. Quant à Agnès Pannier-Runacher, « on peut craindre que sa vision soit très focalisée sur les technologies » et « le nucléaire va être un sujet très important de son ministère », avance-t-elle.
Agnès Pannier-Runacher a plutôt un historique dans l’industrie, et une vision plutôt centrée sur les technologies.Anne Bringault, du Réseau Action Climat
à franceinfo
Vendredi, les ministres ont commencé à développer leurs visions du sujet. Pour Amélie de Montchalin, « la transition écologique et la cohésion des territoires, sans jamais les opposer ». La nouvelle ministre de la Transition énergétique a quant à elle déclaré que « face à l’urgence climatique, le nucléaire, c’est une chance pour notre pays, une chance pour l’Europe« .
Parce que deux ministères vont coexister
Pour l’avocat Arnaud Gossement, le problème réside plutôt dans « la nomination de deux ministres ». « Il faut écouter les scientifiques. Le Giec et la plateforme sur la biodiversité (IPBES) disent qu’il ne faut surtout pas traiter la crise environnementale en silo, avec l’énergie d’un côté et la nature de l’autre. »
« Il faut traiter cette crise environnementale d’un bloc. Tout se tient ensemble. »Arnaud Gossement, professeur en droit de l’environnement
à franceinfo
Avec cette structure, le risque est « de faire un sort à part à la question de l’énergie, en la déconnectant des enjeux écologiques globaux », poursuit le professeur en droit de l’environnement. Celui-ci évoque des solutions « qui permettront peut-être de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, mais qui pourraient créer d’autres problèmes », comme la gestion des déchets nucléaires.
La création d’un « secrétariat général à la Planification écologique » auprès de la Première ministre rassure-t-elle l’avocat ? Ce secrétariat, confié à Antoine Peillon – ancien conseiller écologie, transports, énergie, logement et agriculture de Jean Castex – devra « coordonner l’élaboration des stratégies nationales en matière de climat, d’énergie, de biodiversité et d’économie circulaire » et veiller « à la bonne exécution des engagements pris par tous les ministères en matière d’environnement ». « Il est trop tôt pour dire si ce sera un progrès », répond Arnaud Gossement. Celui-ci aurait préféré un vice-Premier ministre en charge du développement durable, une proposition portée par Nicolas Hulot en 2007. Un poste indépendant, « pour s’assurer que tous les projets de l’ensemble des ministres sont conformes au droit à l’environnement ».Voir les commentaires
Gouvernement Borne : Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher balaient les procès en illégitimité suivant leur nomination
Les deux ministres, respectivement nommées à la transition écologique ainsi qu’à la cohésion territoriale et à la transition énergétique, mettent en avant leur volonté d’agir et d’être jugées « sur les résultats ».
Le Monde avec AFPPublié le 24 mai 2022 à 16h21 – Mis à jour le 24 mai 2022 à 18h35
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Quatre jours après leur nomination au sein du nouveau gouvernement Borne, Amélie de Montchalin, ministre chargée de la transition écologique et de la cohésion territoriale, et Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, ont tenté, mardi 24 mai, de répondre aux accusations d’illégitimité formulées à leur endroit.
Plusieurs organisations environnementales ont exprimé leur scepticisme, quant aux profils et à la capacité d’agir des nouvelles nommées, à l’instar de Greenpeace. L’organisation non gouvernementale a estimé que « les personnalités choisies » pour superviser les questions climatiques « n’ont pas d’expérience spécifique de leur sujet ni de vision des enjeux globaux, si ce n’est une croyance aveugle dans les chimères de la croissance verte et des technologies qui n’existent pas ».
Lire aussi : Transition écologique : Montchalin et Pannier-Runacher, deux expertes en économie sans expérience sur l’environnement
Pour défendre leur nomination, les deux ministres, expertes en économie mais sans expérience sur l’environnement, ont mis en avant la carte de l’« efficacité » et de la conviction écologique, à défaut de pouvoir témoigner d’un engagement passé en la matière.
Volonté « d’être jugées sur les résultats »
« Ce qui est vrai, c’est que je n’ai jamais eu ma carte à Europe Ecologie-Les Verts. Mais j’ai des convictions très fortes sur le changement climatique et sur la biodiversité, parce que je fais partie d’une génération qui est celle qui a vu déjà tous ces changements devenir concrets », a ainsi fait valoir Mme de Montchalin, ancienne ministre de la transformation et de la fonction publiques, mardi, au micro de France Inter. Elle a poursuivi, en expliquant :
Je suis une femme d’efficacité et le choix du président de la République et de la première ministre, tel qu’ils m’ont présenté la mission qu’ils me confiaient, ce n’est pas d’envoyer un signal politique à un électorat, ce n’est pas de faire de l’écologie politique, c’est de mener une politique écologique qui procure aux Français du vivre mieux.
Critiquée pour avoir voté contre un amendement visant à interdire l’usage du glyphosate en 2018, l’ex-députée a défendu son choix : « Si je ne regrette pas une chose, c’est d’avoir considéré que ce sujet était européen. (…) Oui, en tant que députée, j’avais fait un choix tout à fait assumé : nous ne pouvons pas faire cavalier seul pour n’importe quel domaine que ce soit, sinon, c’est notre économie, ce sont nos producteurs, ce sont nos agriculteurs que nous laissons dans la panade. » « Je peux vous dire : la volonté est là, la conviction est là et surtout, moi, je veux des résultats et je veux être jugée sur les résultats qu’on aura », a-t-elle conclu.
« Montchalin ment », a réagi Jean-Luc Mélenchon quelques heures plus tard sur Twitter. « L’interdiction du glyphosate, ça devait être tout de suite. Macron a cédé pour dans 3 ans, puis pour dans 5 ans. Et dans 5 ans, juste un réexamen de la situation. Macron ne pèse rien en Europe », a déploré le chef des « insoumis » et artisan de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes).
Sur Twitter également, le député Matthieu Orphelin, auteur de l’amendement qui visait à interdire le glyphosate, a rappelé que le texte rejeté comportait pourtant « toutes les dérogations nécessaires pour ne laisser aucun agriculteur sans solution ».Lire aussi : Le maintien de Damien Abad au gouvernement critiqué par les oppositions, la HATVP a recalé un projet de reconversion de Jean-Baptiste Djebbari : l’actualité politique du mardi 24 mai
De son côté, Agnès Pannier-Runacher a voulu démontrer, mardi, sur BFM-TV, que l’écologie n’était « pas un sujet nouveau » pour elle. A l’appui, elle a invoqué son action de ministre de l’industrie « dans le gouvernement précédent, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des sites industriels ». L’ancienne ministre a également rappelé que, grâce au plan de relance, la France a « réduit de 3,6 millions de tonnes équivalentes CO2 »ses émissions. Elle a encore évoqué « le contenu écologique fort » du plan d’investissement France 2030, ou encore son travail à Bercy sur la « simplification des procédures » pour déployer de nouvelles énergies renouvelables.
« J’assume d’être une technicienne, de travailler beaucoup, de connaître mes dossiers. Ce sont des sujets compliqués qui ne peuvent être confiés à des gens qui ne sont que dans le slogan ou dans les paroles. Il faut être dans les actes », a rétorqué, celle dont la feuille de route est « de sortir la France des énergies fossiles ».
Lundi, à l’occasion d’une visite express mais symbolique au Muséum d’histoire naturelle au Jardin des plantes à Paris, la première ministre, Elisabeth Borne, accompagnée des deux ministres, a elle aussi voulu donner des gages aux défenseurs de la biodiversité. Elle a fait savoir que chacun des ministres de son gouvernement recevra une « feuille de route » d’ici à septembre pour décliner la transition environnementale, en fonction de leur portefeuille.
Lire aussi :
Elisabeth Borne fait un geste envers les acteurs de la biodiversité
Le Monde avec AFP
Voir aussi:
Christophe Prudhomme
Cédric Arcos, nommé conseiller santé d’E. Borne, est issu de la droite libérale pur jus : directeur général adjoint du Conseil Régional d’IdF présidé par Pécresse et membre de l’Institut Montaigne, boîte à idées dont l’obsession est de privatiser les services publics.