
L’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) théatre d’une bataille idéologique menée par des intersectionnels étudiants mais aussi par des chercheurs
Le bâtiment de l’EHESS vandalisé, des inscriptions antisémites ont été taguées
Par Figaro Etudiant • Publié le 26/04/2022 à 16:48 • Mis à jour le 26/04/2022 à 17:34
L’occupation du bâtiment d’Aubervilliers de l’EHESS s’est soldée par une série de dégradations, rapporte l’Express.
«Je ne sais pas si on peut qualifier tous ces individus d’étudiants, je parlerais plutôt d’un mouvement de vandales qui vise à détruire l’intelligence, la recherche et la formation avec une espèce de nihilisme proprement sidérant.», déplore Christophe Prochasson, président de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) auprès de L’Express . Le site de l’hebdomadaire relate qu’il a convoqué une réunion de crise ce lundi, à la suite de l’occupation des locaux du campus Condorcet, à Aubervilliers, en région parisienne.
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Une mobilisation pour protester contre la «montée de l’extrême droite» et la«situation très précaire de l’enseignement supérieur» qui a débouché sur plusieurs détériorations de matériel: portes défoncées, casiers forcés, vitrines brisées. Les dégâts se chiffreraient à plusieurs centaines de milliers d’euros. À cela s’ajoutent des tags antisémites et des menaces de mort sur Christophe Prochasson. Il détaille en effet que «son bureau de chercheur a été entièrement dévasté et deux graffitis affichant le mot ‘youtre’ (injure antisémite pour désigner un juif, NDLR) ont été relevés. Ce qui nous renvoie aux heures sombres de notre pays»
Un tiers de «blacks blocs»
Tout commence le mercredi 20 avril, décrit L’Express. Une cinquantaine d’étudiants répondent à l’appel d’une intersyndicale et orchestrent une assemblée générale. «Tout se passait bien jusqu’à ce que des personnes, venues de l’extérieur, investissent brutalement l’AG et fassent voter l’occupation», affirme Caroline Callard, directrice d’études à l’EHESS, à L’Express. Et de poursuivre: «Certains jeunes, cagoulés et masqués, ont incité les personnels à sortir du bâtiment. Il y a eu un petit moment de flottement lorsque, dans la panique, les grilles ont été fermées. Finalement, celles-ci ont été rouvertes et ceux qui le souhaitaient ont pu partir.»
L’occupation dure trois jours, avance L’Express, avec au maximum une centaine de contestataires. Ceux-ci se découperaient en trois catégories, toujours selon Christophe Prochasson: «D’après les témoignages de plusieurs collègues, je dirais qu’il y avait un gros tiers d’étudiants venus d’autres universités ; un tiers de «blacks blocs» ou casseurs ; et un petit tiers d’étudiants de chez nous.» «Les nouveaux espaces réservés aux doctorants, dotés d’équipements numériques et de tout le confort nécessaire, font partie des atouts considérables des lieux. Or, ce sont eux qui ont été vandalisés», développe Caroline Caillard, toujours auprès de L’Express. Dans un communiqué publié lundi, l’école se désole qu’«aucun dialogue n’a[it] pu être engagé» avec les occupants. Depuis, une enquête a été ouverte et Christophe Prochasson a porté plainte à doubles titres: pour l’institution et de manière personnelle.
Bataille idéologique, vandalisme, autocensure… L’EHESS au bord de l’implosion
La grande école des sciences sociales est traversée par de violents conflits. En avril, ses nouveaux locaux ont été saccagés par des étudiants.
DANS L’HEBDO DU 25 MAI Durée : 9 min

Un mois après l’occupation des locaux de l’EHESS à Aubervilliers, la question est sur toutes les lèvres : comment en est-on arrivé là ?
EHESS 2022
Par Amandine Hirou
Publié le21/05/2022 à 08:30, mis à jour à 10:06
« Université raciste, chercheurs bourgeois on vous voit », « 1 blanc, 1 balle », « brûlons le TGI », « Charlie l’a mérité », « les prisons en feu, les matons au milieu », « youpin décolonial », « nik les cis », « stop les sciences coloniales »… Sur les sept étages du bâtiment de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), installée sur le campus Condorcet à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), des tags en lettres rouges ou noires délivrent des messages souvent rageurs et haineux, parfois contradictoires ou nébuleux. « Nous sommes en train de les recenser et de les photographier pour en faire un objet d’étude », expliquait la direction juste après l’occupation des lieux, du 20 au 23 avril dernier. Dans un document interne, on déplore les portes défoncées, les casiers forcés, le matériel informatique volé et un coût financier qui se chiffrerait à plusieurs centaines de milliers d’euros. D’après Christophe Prochasson, le président de l’école, deux cocktails Molotov – ne contenant aucun liquide – ont également été retrouvés sur le toit du bâtiment. Un mois plus tard, au sein de l’établissement, la même question revient, taraudante : comment en est-on arrivé là ? Ces actes de vandalisme interviennent à un moment où l’éminente institution, longtemps considérée comme le saint des saints des sciences sociales, connaît des difficultés sans précédent. Tourmentée par une sourde rivalité entre étudiants en master et doctorants, rongée par une bataille idéologique virulente, l’EHESS est entrée en crise.
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Il y a trois ans, l’inauguration du campus Condorcet, rendue possible par la vente d’une bonne partie des locaux du siège historique du boulevard Raspail, dans le VIe arrondissement de Paris, était censée donner un nouveau souffle à l’école. Cet ensemble de bâtiments tout neuf, récemment sorti de terre dans le cadre du Grand Paris, a été conçu pour regrouper 11 institutions réputées dans le domaine des sciences humaines et sociales. Mais la greffe a du mal à prendre. A côté des revendications du mouvement étudiant de l’entre-deux-tours de la présidentielle – dont la prise en compte des enjeux sociaux et climatiques par Emmanuel Macron et Marine Le Pen -, le nouveau site cristallise les critiques formulées par les ex-occupants de l’EHESS. Dans une lettre ouverte publiée le 26 avril dernier, ces derniers… (suite abonnés)
Communiqué | L’EHESS condamne l’occupation et le saccage de son bâtiment sur le Campus Condorcet
Samedi 23 avril 2022 au matin, l’occupation du bâtiment de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) sur le Campus Condorcet a pris fin pacifiquement et sans intervention des forces de l’ordre. Les présidents du Campus Condorcet et de l’EHESS condamnent avec la plus grande fermeté les dégradations importantes, les vols et les menaces qui ont été commises au sein du bâtiment.
[mis à jour le 24/04/2022 à 14h30]
Quelques dizaines de personnes ont bloqué l’accès au bâtiment EHESS du Campus Condorcet (Aubervilliers), à partir du mercredi 20 avril vers 16h, à la suite d’une assemblée générale pacifique. Cette assemblée générale s’est terminée avec l’irruption d’individus extérieurs. En dépit des demandes d’échanges proposées à maintes reprises par la présidence, aucun dialogue n’a pu être engagé, aucune revendication formulée.
Cette occupation, avec contrôle d’accès par les occupants, a entraîné des dégradations majeures. Les présidences de l’EHESS et du Campus Condorcet ont relevé des actes de vandalisme d’une violence inacceptable et ont constaté des vols et des pillages. Au-delà de cette entreprise de destruction systématique, il a été relevé, parmi les tags et graffitis réalisés par les occupants, des menaces, des propos antisémites et des appels à la violence.
La présidence de l’EHESS, par la voix de son président Christophe Prochasson, condamne fermement des agissements qui ne relèvent en rien d’un mouvement étudiant mais d’un mouvement qui attaque clairement l’université et la démocratie.
Christophe Prochasson a porté plainte au titre de l’institution et à titre personnel ce mardi 26 avril 2022. Le Campus Condorcet a également déposé plainte.
Le conseil scientifique de l’EHESS, composé des élus de toutes les catégories de personnel et des étudiants, ainsi que des membres nommés, condamne, avec la plus grande fermeté, le vandalisme systématique et ciblé, les destructions de livres, les écrits sur les murs s’attaquant à la démocratie, s’attaquant aux sciences sociales, et proférant des menaces de mort à l’encontre du président de l’EHESS, qui ont accompagné l’occupation du bâtiment de l’EHESS sur le Campus Condorcet du mercredi 20 au samedi 23 avril 2022.
Ces dévastations constituent des atteintes inadmissibles à l’enseignement supérieur et la recherche, à un service et à des biens publics, à un lieu et instrument de formation et de travail communs à tous les membres de l’EHESS. Plus généralement, c’est la fonction remplie par les sciences sociales dans un régime démocratique qui est ainsi visée.
Le conseil scientifique de l’EHESS apporte son plus grand soutien aux membres du bureau de l’EHESS, particulièrement exposé, ainsi qu’à celles et ceux qui sont personnellement touchés par les actes de vandalisme et l’impossibilité d’accéder à leur lieu de formation et de travail.
Paris, le 25 avril 2022
À propos de l’EHESS
L’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), créée en 1975, constitue l’un des principaux pôles de sciences humaines et sociales en Europe. Elle est unique dans le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche français, tant du fait de son projet intellectuel interdisciplinaire que grâce à son modèle de formation par la recherche, à son ancrage international et à son ouverture sur la société.
L’EHESS réunit des enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs et des étudiante étudiants du monde entier, plus de 3 000 pour ces derniers, et des personnels administratifs et d’appui technique à la recherche. L’École est implantée à Paris, au Campus Condorcet à Aubervilliers, Toulouse, Lyon et Marseille et héberge près de 40 unités de recherche. Elle accueille des enseignants-chercheurs invités du monde entier et dispose de sa propre maison d’édition : les Éditions de l’EHESS.
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Commentaires Frédéric Pierru sociologue: « Voilà en miniature ce qui attend le pays dès lors qu’il succomberait définitivement aux luttes identitaires, alimentées par le ressentiment : la guerre civile ».
En lisant le début papier, je me suis dit deux choses :
1 / Il faut que je relise le roman et le tract de Didier Daenickx dans lesquels ils expliquent pourquoi il part d’Aubervilliers : les « personnes racisées », à la lecture des tags – « 1 blanc, 1 balle » ; « youpin décolonial », etc. – ne semblent pas être seulement des petites victimes mais elles aiment aussi beaucoup le racisme et l’antisémitisme.
2 / Surtout, car on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Voilà en miniature ce qui attend le pays dès lors qu’il succomberait définitivement aux luttes identitaires, alimentées par le ressentiment : la guerre civile ».
Pour l’anecdote, au moment de la tribune en défense de Beaud et Noiriel, en mars 2021, des collègues de l’EHESS m’avaient dit qu’ils réfléchissaient à un groupe de réflexion pour empêcher les voyous – il n’y a pas d’autres mots – intersectionnels de faire régner la terreur. Apparemment l’entreprise n’a pas été couronnée de succès !
Je souligne que j’avais été alors insulté et diffamé par une MCF de l’HESS, Mme Christelle Rabier*, dès potron-minet, le 1er mars 2021, avec d’autres « collègues » (dont… Vincent et Juven). Cette dernière, pour vous donner une idée du caractère enragé de ces militants, m’a écrit : « Beaud et Noiriel crachent sur les victimes des policiers ». Avec des analyses aussi substiles, on imagine bien le climat au sein de son labo. C’est d’ailleurs une de ses collègues qui m’avait prévenue par téléphone du fait que j’étais en train d’être lynché sur Linkedin’. Nous avions alors devisé sur l’ambiance détestable que faisaient régner les clones de Mme Rabier à l’EHESS, Mme Rabier qui devait, le jour même, trouver une autre cible (car la diffamation et le lynchage sur réseaux sociaux est sa spécialité paraît-il) en la personne de Vincent Tourner, de l’IEP Grenoble. C’est elle qui a relayé les accusations (imaginaires) d’islamophobie des deux profs, ce qui devait déclencher la tristement célèbre affaire de l’IEP Grenoble.
Peu de temps après, Mme Emilie Biland, alimentant une liste noire de « vengeuses masquées » (si si : tout un programme), en lien avec Mme Rabier, était venue me provoquer sur un fil parodique lancé par Vincent Cespédés.
Ces chercheuses ont apparemment beaucoup de temps à perdre et une agressivité sans limite ; donc lire ce type d’informations, ne me surprend pas du tout.
Florilège de tags : « foufoune coucou », « libérons-nous du mâle », « tous les prophètes sont des menteurs », etc. On sent bien d’où vient l’inspiration…
Par ailleurs, Libé rapporte qu’a été formée, lors de l’occupation, une assemblée constituante interdite au moins de… 33 ans. Véridique.
Pourquoi 33 ? Parce que c’est l’âge du Christ ?
J’espère que vous comprenez le malaise que ressentent, comme moi, de très nombreux collègues face à ces délires idéologiques et ces pratiques abjectes, fautivement encouragés par des « chercheurs » et (beaucoup) de « chercheuses » qui passent leur temps à attiser, chez leurs étudiants, le ressentiment et la haine, qui contre les blancs, qui contre les hommes, qui contre la police… Cela ne peut que déboucher sur ces débordements. Je maintiens ce que j’ai écrit tantôt : ces gens sont des fascistes.
Et comme je ne voudrais pas que vous disiez qu’il s’agit de l’expression de l’antipathie tenance de Pierru à l’encontre des intersectionnels, cette occupation et ce vandalisme ont été revendiqués dans une « lettre ouverte » sur le Club de Mediapart.*
Je vous laisse apprécier (déjà, l’écriture inclusive, sauf pour les dyslexiques, les personnes à littéracie faible, etc.). On saisit mal le lien entre le vandalisme des locaux et la protestation contre le score de Le Pen, mais dans ces esprits dérangés, tout est possible. Quel brouet infâme que cette lettre ouverte.
Surtout, derrière ces étudiants, il y a des profs qui leur remonte le bourrichon. Ils se servent des étudiants comme chair à canon pour régler leur compte à d’autres « collègues » (souvent des blancs, des hommes surtout, mais il y a aussi des femmes).
Pour répondre à Françoise Acker, retraitée de l’EHESS, oui on se demande bien comment ces profs ont été recrutés et avec quelle complicité ils ne sont pas sanctionnés. Tant qu’ils seront certains de leur impunité, ils continueront sans vergogne à semer la zizanie.
BILLET DE BLOG 26 AVR. 2022
*Lettre ouverte suite à l’occupation de l’EHESS
https://blogs.mediapart.fr/gwdkbl/blog/270422/lettre-ouverte-suite-l-occupation-de-l-ehess
Nous, étudiant·es, travailleur‧euse‧s, chômeur‧euse‧s, avons occupé le bâtiment de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) situé sur le Campus Condorcet, 2 cours des humanités à Aubervilliers, du mercredi 20 avril au samedi 23 avril 2022. Nous nous sommes réuni·e‧s suite à l’évacuation, nous continuons la lutte, et nous souhaitons revenir sur le sens qu’a pour nous ce mouvement.
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.
Nous rappelons que suite à l’évacuation policière de la Sorbonne et à la fermeture préventive de différentes facs au moindre soupçon d’AG, nous nous sommes à notre tour rassemblé·e‧s à l’EHESS le 20 avril 2022 dans le contexte d’un entre-deux tours qui nous mettait face à un non-choix entre le Rassemblement National et sa candidate Marine Le Pen porteur d’un projet fasciste, et de Macron dont le quinquennat a été synonyme d’une violente répression des mouvements sociaux, d’une casse des services publics, d’un saccage écologique, d’un renforcement des inégalités sociales et économiques, bref de l’affirmation d’un néolibéralisme de plus en plus autoritaire. Un mouvement social, notamment étudiant et lycéen, a émergé pour s’organiser politiquement face à ce qui s’annonçait comme une confiscation de notre avenir. Nos peurs se sont d’ailleurs concrétisées avant-hier soir puisque la candidate du Rassemblement National a obtenu 41,5% des suffrages soit 13 millions de voix, score alarmant qui confirme la montée en puissance de l’extrême-droite dans les urnes et dans la rue, et que Macron a été réélu, ce qui nous contraint à un nouveau quinquennat autoritaire.
Ce qui réunit les deux candidat·e‧s, c’est un rapport extrêmement autoritaire au maintien de l’ordre dont la répression des manifestations au soir de l’annonce des résultats (contrôles d’identité, arrestations préventives et nasse des rassemblements qui commençaient à se constituer) est l’expression. Le premier soir du second quinquennat de Macron annonce le futur et s’inscrit dans la continuité des lois répressives passées (telles que la loi sécurité globale et la loi séparatisme), des politiques répressives dans le cadre de la gestion du Covid et de la destruction systématique de tous les conquis sociaux – destruction que ces lois répressives viennent asseoir.
Loin d’être un lieu ouvert, le Campus Condorcet, qui est un partenariat public-privé, s’inscrit dans ces logiques néolibérales et sécuritaires. C’est un grand projet de spéculation immobilière, de gentrification et d’éloignement des classes populaires. Sur le Campus Condorcet, les personnels de la bibliothèque étudiante reçoivent des formations de « sensibilisation à la sureté » les incitant à l’identification et au signalement d’individus soi-disant « radicalisés » sur la base de critères tels que les « changements physiques, vestimentaires et alimentaires », le « rejet de l’autorité et de la vie en collectivité », le « rejet de la société et de ses institutions (école, etc.) », le « passage soudain à une pratique religieuse hyper ritualisée » – critères qui s’ancrent dans une politique ultra sécuritaire et islamophobe qui cible des populations musulmanes ou présumées comme telles et qui sert à empêcher toute forme de contestation de l’ordre social. Le Campus Condorcet est en lui-même un lieu de surveillance massive, de flicage et d’empêchement de tout mouvement social : caméras à tous les coins, balises, barrières, douves renforcées de barbelés et de buissons épineux (vraiment ?!), vigiles avec chiens, badges limitant l’accès à la plupart des espaces, etc.
Ce campus, dans lequel le bâtiment de l’EHESS s’inscrit « harmonieusement », ne comporte aucun espace permettant la sociabilité étudiante, interdit toute forme d’affichage, et n’offre même pas de lieu de travail et d’étude adéquat : tous les objectifs d’une université sont empêchés par ce projet urbanistique et politique. Ce lieu n’est non seulement pas pensé pour les étudiant·es, mais il est pensé contre toute forme d’échange, de rassemblement et de mobilisation étudiante. Les équipements de l’EHESS ne sont pas accessibles à la masse des étudiant·e‧s et en cela ne sont en rien un bien commun (les étudiant·e‧s se font par exemple systématiquement refouler des « tisaneries » et salles de travail quand ils/elles tentent d’y accéder). Au-delà des équipements et des espaces, l’EHESS n’a toujours pas d’assistant·e social·e ce qui, en plus d’être tout simplement illégal, met en danger matériellement les étudiant·e‧s (attribution des aides sociales et financières, etc.). Et où était cette fameuse cellule de soutien psychologique que propose aujourd’hui la présidence pour les personnes ayant momentanément perdu un bureau quand, pendant le Covid, des étudiant·es étaient dans une profonde détresse psychologique et économique ? La présidence a-t-elle mesuré la violence psychologique de l’isolement imposé par nos conditions d’études, tout particulièrement sur ce campus ?
Toutes ces raisons nous ont poussé·es et nous poussent encore aujourd’hui à la mobilisation et à la lutte.
Dans les dix minutes suivant le vote de l’occupation en assemblée générale (environ 150 étudiants présents, dont beaucoup sont membres de l’EHESS), les présidences ont fait intervenir la police, ont mis en place des vigiles pour entourer le bâtiment et ont fermé les barrières et les portes électroniquement. Cette occupation se voulait ouverte et rejoignable par tous‧tes celles et ceux qui souhaitaient s’engager dans ce mouvement. Les occupant·e‧s voulaient se réapproprier ce lieu sans vie pour en faire un espace de débats et d’organisation politique. Cependant, l’encerclement du campus par les vigiles et leurs chiens s’est resserré peu à peu, jusqu’au soir du vendredi 22 avril 2022 où une des personnes qui souhaitaient nous rejoindre s’est fait mordre à la jambe par un chien débarrassé de sa muselière.
Malgré cette répression et alors que la présidence réduit cette occupation aux dégradations commises, ce bâtiment n’a sans doute jamais autant été un lieu d’échanges politiques et de partages que lors de ces trois jours d’occupation ! Beaucoup d’entre nous ont fait davantage de rencontres à cette occasion que durant toutes leurs années d’études à l’EHESS (en particulier après les deux années de fermeture de l’établissement liées à la gestion du Covid). Alors que la presse et la présidence semblent en douter, nous tenons à préciser que nous condamnons de manière absolue tout message à caractère oppressif, et notamment les deux tags antisémites qui ont été portés à notre connaissance. L’occupation est antifasciste et condamne fermement tout acte antisémite. Nous avons effacé les symboles haineux que nous avons eu le malheur de trouver sur nos murs, et aurions effacé ceux-ci si nous les avions vus. Oui, le fascisme monte, nous le combattons.
Nous dénonçons un rapport purement théorique, esthétique et moralisateur à la lutte, monnaie courante à l’université et tout particulièrement à l’EHESS. Actions et réflexions politiques s’articulent concrètement au cœur des AG et des occupations. Nous dénonçons la tentative de décrédibilisation et de dépolitisation dont ce mouvement est la cible. Nous savons que nous serons toujours perdant·e‧s dans la guerre de l’information, dans la mesure où les étudiant·es‧ et travailleur‧euse‧s qui nous ont rejoint dans cette lutte ne peuvent en témoigner du fait des risques de répression. Nous souhaitons d’ailleurs soutenir les 40 (pour l’instant !) camarades de l’occupation de la Sorbonne convoqué·es par les Renseignements Généraux, et appelons à les soutenir dans les semaines qui viennent. Une mobilisation se construit à travers différents moyens d’action. L’occupation en fait partie et requiert une organisation de la lutte au quotidien qui comporte son lot de contraintes mais ouvre surtout un champ des possibles.
Dans le contexte de l’occupation, des revendications du mouvement non-exclusivement étudiant ont rencontré des demandes antérieures des étudiant·es de l’EHESS, presque complètement privé·e‧s d’espaces politiques et de sociabilité. Pourtant, dans le passé l’EHESS se distinguait par son ouverture aux non-étudiant·e‧s qui pouvaient facilement venir suivre des cours sans inscription préalable et en présentiel.
Nous revendiquons des universités et des bibliothèques de recherche ouvertes sans distinction entre étudiant·es et non étudiant·es. Nous exigeons la gratuité de l’université pour toutes et tous et donc l’abolition des frais de scolarité différenciés. Nous exigeons l’inscription et la régularisation des étudiant·e‧s étranger·e‧s sans distinction selon le pays d’origine.
Contre la privatisation et la sécurisation des campus qui vont de pair, nous exigeons le retrait des caméras de surveillance, des barbelés, des services de sécurité sous-traités, des badgeuses et de toute autre entrave à la liberté de circulation des personnes et des savoirs. Nous revendiquons des espaces exclusivement dédiés aux étudiant·es pour qu’ils/elles puissent se rassembler, se rencontrer, travailler et s’organiser entre elles et eux.
Nous revendiquons un campus ouvert sur les quartiers environnants sans ségrégation socio-spatiale et qui ne serve pas d’avant-poste à la gentrification des quartiers populaires et racisés voulue par le Grand Paris.
La lutte continue !
D’ancien·ne‧s occupant·e‧s de l’EHESS dont des étudiant·e‧s de l’EHESS, de Paris 8, de Paris 7, de Paris 10, de Paris 4, de Paris 1, de Paris 6, de l’Inalco…
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