« L’immense liberté des médecins libéraux est devenue un tabou » : le patron des Hôpitaux de Marseille plaide pour la régulation à l’installation
Par A.M. le 20-05-2022

Dans une interview de Libération consacrée aux maux de l’hôpital, le directeur général de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM), le Pr François Crémieux, évoque la fuite des urgentistes vers le privé et le libéral, où la rémunération est plus avantageuse et les conditions d’exercice seraient plus confortables. Il plaide pour la régulation des médecins à l’installation.
En 1 an, les urgences de l’hôpital de la Timone, à Marseille, ont perdu 14 urgentistes. « Les raisons sont certainement multiples : valorisation du travail de nuit, organisation ou conditions de travail, contraintes horaires et travail le week-end, rémunération… », analyse François Crémieux dans Libération, qui précise que « ces raisons sont différentes d’un hôpital, voire d’un service, à l’autre ». En Paca, où les médecins ne manquent pas globalement, « c’est la concurrence avec le secteur libéral et les cliniques lucratives qui déstabilise le plus les équipes » estime le patron des hôpitaux marseillais.
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Pointant « la course à la rémunération » avec le privé, François Crémieux réclame la mise en place d’« observatoires régionaux des rémunérations », visant à « rendre publics les écarts par métier ou discipline »pour « donner des leviers aux ARS« .
Pour lui, il faut aussi « renforcer la régulation de l’installation des professionnels de santé ». « En France, les médecins généralistes ou urgentistes qui pourraient participer aux urgences choisissent d’autres modes d’exercice professionnel pas forcément mieux rémunérés au global mais avec des conditions de vie plus favorables. Ils partent exercer en libéral, dans des cabinets à horaires élargis. L’immense liberté des médecins libéraux est devenue un tabou dans notre pays », considère-t-il, déplorant en revanche « le procès constant des dysfonctionnements de l’hôpital ».
Les infirmières aussi
Le directeur de l’AP-HM regrette tout autant le départ des infirmiers vers l’exercice libéral. « L’hôpital tiendra l’été avec des lits ouverts si moins d’infirmiers partent renforcer un secteur libéral qui compte déjà deux fois plus d’infirmiers par habitant qu’en moyenne en France. Je respecte le projet de chacun mais ces infirmiers quittent l’hôpital pour gagner autant ou plus avec moins de contraintes. »
Afin d’endiguer la vague de départs, il faut « continuer à faire évoluer par exemple la rémunération du travail de nuit, et améliorer l’accueil et les conditions de travail de tous les personnels (places en crèches, parking, offres de temps de travail à la carte, n’en sont que quelques exemples) », insiste-t-il.
[avec Libération.fr]
Interview
François Crémieux: «L’hôpital n’est pas le problème. C’est la digue qui continue de tenir comme elle peut»
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Le directeur général des hôpitaux de Marseille s’élève contre les généralités qui font porter le poids de la crise aux seuls hôpitaux et empêchent de prendre des mesures pragmatiques et efficaces.
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par Eric Favereau
publié le 18 mai 2022 à 20h16
François Crémieux, qui dirige depuis un an les hôpitaux de Marseille, est un des hauts fonctionnaires de la santé les plus en vue. Ancien adjoint de Martin Hirsch à Paris, l’homme est atypique, apprécié des médecins comme des associations de malades. Il est aussi membre de la revue Esprit, et a été Casque bleu en ex-Yougoslavie.
Les urgences de la Timone, les plus grandes de Marseille, sont dans la tourmente à deux mois de la période estivale. Depuis le début de la crise sanitaire, le service est passé de 30 urgentistes à seulement 16. La situation ne fait-elle qu’empirer ?
En un an, il est exact que les problèmes se sont aggravés aux urgences. Nous avons deux grands services, les urgences Nord, où l’on a moins de difficultés, et les urgences de la Timone, où la situation est plus tendue. Pourquoi ? On manque de médecins urgentistes et on a des difficultés à les retenir. Et il y a d’autres secteurs où la tension est forte : on manque d’infirmiers en pédiatrie, d’infirmiers spécialisés ou de psychiatres notamment pour les activités d’hospitalisation ou de garde.
Pourtant, nous sommes ici dans une région où l’on a plus de psychiatres, plus de médecins généralistes, y compris compétents e…
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