La consommation d’énergie parisienne n’a baissé que de 5 % en une quinzaine d’années, au lieu des 25 % visés – Mme Hidalgo veut établir une « Ceinture verte » sur le périphérique

Changement climatique : la Ville de Paris rate ses objectifs

Malgré des plans volontaristes, la consommation d’énergie parisienne n’a baissé que de 5 % en une quinzaine d’années, au lieu des 25 % visés, selon la chambre régionale des comptes. 

Par Denis CosnardPublié aujourd’hui à 19h56, mis à jour à 20h40  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/05/19/changement-climatique-la-ville-de-paris-rate-ses-objectifs_6126865_823448.html

Beaucoup de volontarisme, mais des résultats insuffisants. Tel est le bilan d’Anne Hidalgo en matière de lutte contre le dérèglement climatique, selon la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France. Dans un rapport inédit qui doit être débattu lors du prochain conseil municipal, à partir du 31 mai, les magistrats régionaux ont passé au crible l’action menée par la Mairie de Paris depuis 2004 pour limiter le réchauffement du climat, la priorité affichée par la maire socialiste. Leur conclusion est claire : la Ville s’est fixée des objectifs « ambitieux », mais n’a pas réussi à les atteindre. Ce qui suscite des doutes sur les chances de succès du nouveau « plan climat » adopté en 2018« Les résultats nécessitent d’être améliorés par rapport à la trajectoire visée », reconnaît Anne Hidalgo dans sa réponse envoyée le 10 mai à la chambre.

Le début du rapport se révèle assez élogieux pour la Mairie de Paris. La Ville « a intégré très tôt dans sa politique la volonté de lutter contre le réchauffement climatique », en adoptant un premier « plan climat » dès 2007, « cinq ans avant que la loi portant engagement national pour l’environnement l’impose », relèvent les magistrats. Qui plus est, ce plan comportait des « objectifs chiffrés ambitieux », plus élevés que ceux visés au niveau européen, « un plan d’action riche », et un suivi des résultats grâce à des bilans carbone réguliers. Au total, le programme visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre du territoire parisien de 75 % en 2050 par rapport à 2004.

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Le problème, poursuit le rapport, est qu’aucun des trois principaux objectifs intermédiaires visés à l’horizon 2020 n’a été atteint. Le premier consistait à diminuer de 25 % les émissions de gaz à effet de serre de Paris. En l’occurrence, le bilan reste positif : les émissions ont baissé d’environ 20 % entre 2004 et 2018.

« Politique active »

Les émissions liées au trafic routier ont, en particulier, chuté de 34 %. La chambre régionale des comptes y voit le fruit de la « politique active » menée par la coalition rose-rouge-verte qui dirige Paris pour développer les transports en commun et réduire la présence de la voiture : déploiement des tramways, abaissement à 70 km/h de la vitesse sur le périphérique, limitation à 30 km/h dans la plupart des rues, durcissement de la politique de stationnement, incitation à l’usage de véhicules moins polluants, essor des pistes cyclables, etc. L’action « antibagnole » résolue d’Anne Hidalgo et de son équipe se trouve ainsi validée par les magistrats.

La part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique de Paris connaît une forte hausse

Deuxième satisfecit relatif : la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique de Paris connaît une forte hausse. De 10 % en 2004, elle est passée à 18 % en 2018, notamment grâce au moindre recours au fioul et au charbon pour produire de l’électricité. Paris reste néanmoins bien en deçà des 25 % retenus comme cap pour 2020. Le rythme de progression des énergies renouvelables s’est révélé« deux fois trop faible pour atteindre la cible », constate le rapport. La faute, notamment, au chauffage urbain, la filiale d’Engie qui exploite le réseau parisien « n’ayant pas atteint l’objectif de 75 % d’énergie renouvelable qui lui avait été fixé pour 2020 ». Dans ce domaine, le taux n’est monté que jusqu’à 51 %

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Pour le troisième objectif, la mairie écope d’une appréciation beaucoup plus sévère. Selon le premier « plan climat », Paris devait réduire de 25 % sa consommation totale d’énergie entre 2004 et 2020. Or, la baisse effective n’a pas dépassé 5 % entre 2004 et 2018, hors transport. En matière de sobriété énergétique, la capitale a donc « pris beaucoup de retard », commentent les auteurs du rapport. Un bilan admis par Anne Hidalgo dans sa réponse.

« Enjeu fondamental »

En guise d’explication, la chambre régionale des comptes insiste sur la grande « inertie »à laquelle se heurtent ici les pouvoirs publics. En particulier, dans le secteur du bâtiment. Pour que Paris consomme vraiment moins d’énergie, il faudrait beaucoup améliorer l’isolation des immeubles, qui datent pour 48 % d’entre eux d’avant 1915, et pour 80 %, d’avant la première réglementation thermique de 1974. Toutefois, ce parc immobilier évolue très lentement. Moins de 1 % de nouvelles surfaces sont construites chaque année. Dans ces conditions, « rénover durablement les bâtiments demeure un défi et un enjeu fondamental pour atteindre la neutralité carbone », constatent, ensemble, les magistrats et la Mairie.

Autre mauvaise note : la Mairie elle-même n’est pas à la hauteur. Dans un souci d’exemplarité, elle s’était fixée des objectifs encore plus exigeants que la moyenne. Or, en pratique, les émissions de gaz à effet de serre issues des services de la Mairie n’ont baissé de 9 %, au lieu des 30 % rêvés. De même, la consommation énergétique du parc municipal et de l’éclairage public a reculé de 3,5 %, très loin des 30 % espérés. Le plan de rénovation des écoles n’a, en effet, « été réalisé qu’à moitié » dans le délai prévu. De plus, l’accroissement du parc immobilier municipal a abouti à une hausse des besoins de chauffage.

L’écart constaté entre les objectifs et les résultats amène évidemment à s’interroger sur la validité du deuxième « plan climat » adopté en 2018. Aboutir en 2050 à une ville neutre en carbone alimentée à 100 % en énergies renouvelables nécessiterait d’accentuer nettement les efforts actuels. Il faudrait aller moitié plus vite dans la réduction de la consommation d’énergie et des émissions de carbone jusqu’en 2030. Puis, à supposer les objectifs 2030 atteints, « il faudrait encore plus que doubler les tendances annuelles pendant vingt ans », calculent les auteurs, dont le scepticisme transparaît entre les lignes. Anne Hidalgo, pour sa part, maintient la « pertinence » des projections de la Ville.

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Denis Cosnard

*Anne Hidalgo veut végétaliser le périphérique parisien pour en faire une « ceinture verte » à l’horizon 2030

L’anneau circulaire de 35 kilomètres, qui fêtera son demi-siècle en 2023, est une « ceinture grise que nous voudrions voir transformer en ceinture verte » à l’horizon 2030, a déclaré, mercredi, la maire de Paris. 

Le Monde avec AFPPublié hier à 13h37, mis à jour hier à 18h07  

Le périphérique compte aujourd’hui le plus souvent quatre voies par sens de circulation.
Le périphérique compte aujourd’hui le plus souvent quatre voies par sens de circulation.  BERTRAND GUAY / AFP

Un chantier majeur. Anne Hidalgo a promis, mercredi 18 mai, lors d’une conférence de presse, de végétaliser dix hectares du périphérique à Paris et d’y planter 70 000 arbres en réduisant le nombre de voies de circulation. La maire PS de la capitale veut faire du périphérique un boulevard urbain comme les autres, ainsi que le suggérait une note rédigée pour le think tank progressiste Terra Nova en 2019.

L’anneau circulaire de 35 kilomètres, qui fêtera son demi-siècle en 2023, est une « ceinture grise que nous voudrions voir transformer en ceinture verte » à l’horizon 2030, a déclaré l’ex-candidate du PS à la présidentielle, qui veut offrir aux 500 000 habitants vivant de part et d’autre de cet axe rapide un « cadre de vie plus harmonieux, plus agréable »

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Le périphérique compte aujourd’hui le plus souvent quatre voies par sens de circulation. « Notre objectif, c’est deux fois trois voies sur l’ensemble de l’infrastructure », a annoncé son adjoint (Europe Ecologie-Les Verts, EELV) aux mobilités David Belliard. La « voie olympique », réservée aux participants des Jeux olympiques de 2024 (athlètes, officiels, secours), sera par la suite attribuée aux bus, taxis et au covoiturage, a fait savoir M. Belliard, pour qui ces mesures permettront de retirer 80 000 véhicules de la circulation.

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Opposition radicale de la région

Pour mener à bien ce projet, Mme Hidalgo, dont le premier mandat municipal avait été marqué par un long combat politico-judiciaire pour transformer en promenade piétonne les voies sur berges de la rive droite, entend mener « toutes les concertations légales » et promet « d’écouter » les automobilistes, mais aussi les « routiers, les commerçants ». L’horizon de 2030, soit après la fin de son second mandat (2026), doit permettre « que les gens puissent s’adapter » à ce changement, a-t-elle encore dit.

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Elle devrait faire face à l’opposition radicale sur ce dossier de la présidente de droite de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, qui avait, en 2021, demandé à l’Etat de reconsidérer cette infrastructure municipale comme une infrastructure régionale et demandé « des études d’impact », avant que la Mairie ne lance ses projets.

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Autre candidate à la dernière présidentielle, Mme Pécresse avait organisé une consultation en ligne dans laquelle 90 % des votants s’opposaient à la « suppression »d’une voie sur le périphérique. Sur le périphérique, 40 % des trajets s’effectuent de banlieue à banlieue, et 80 % des usagers ne pas sont des Parisiens, selon la région.

Lire la tribune : 

Paris : « Ne détruisons pas le périphérique, transformons-le »

Le Monde avec AFP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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