Réunion de soutien aux candidats PS dissidents sous la houlette de la Présidente des régions Carole Delga

Elections législatives 2022 : les dissidents socialistes en guerre ouverte contre la direction du PS

Les opposants à l’alliance menée par LFI ont commencé à se structurer lors d’une première réunion de coordination. Objectif : accompagner les candidats socialistes qui voudront se présenter les 12 et 19 juin face à des « insoumis ». 

Par Laurent Telo

Publié aujourd’hui à 03h34, mis à jour à 06h27  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2022/article/2022/05/18/elections-legislatives-les-dissidents-socialistes-en-guerre-ouverte-contre-la-direction-du-ps_6126562_6104324.html

La présidente de la région Occitanie, Carole Delga venue soutenir le candidat indépendent aux élections législatives Remi Branco à Arcambal (Lot), le 7 mai 2022.
La présidente de la région Occitanie, Carole Delga venue soutenir le candidat indépendent aux élections législatives Remi Branco à Arcambal (Lot), le 7 mai 2022.  VALENTINE CHAPUIS / AFP

Trois heures à crier au sacrilège, à dénoncer une « escroquerie », une « OPA de LFI sur le PS », une « reddition ». « Le PS a perdu son âme pour un plat de lentilles. » « Est-ce qu’on peut s’allier avec des “insoumis “, des antisémites, des non-républicains ? » Echantillon d’interventions bouillantes qui ont ponctué une réunion particulière, vendredi 13 mai. Elle rassemblait, en visioconférence, plus de 500 militants et élus du Parti socialiste (PS) franchement hostiles à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), née six jours plus tôt, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Un accord politique noué par Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, avec La France insoumise (LFI) qui, selon eux, déshonore leur parti, en le plaçant dans une soumission insupportable avec un risque majuscule de disparition. Ils ont donc décidé de fédérer, au grand jour, leur dissidence à la Nupes et à la direction du PS.

Les trois puissances invitantes étaient Carole Delga, présidente de la région Occitanie, Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin (Rhône) et opposante officielle d’Olivier Faure au titre du courant Debout les socialistes ! et Stéphane Le Foll, maire du Mans (Sarthe) et ancien ministre de François Hollande. L’ordre du jour portait moins sur le questionnement esthétique de l’acronyme Nupes qui laisse à désirer, selon Jean-Luc Mélenchon lui-même, que de commencer à structurer très concrètement le mouvement des candidats socialistes qui voudront se présenter aux élections législatives (12 et 19 juin) contre les « insoumis » investis.

En contemplant cette longue réunion sur ordinateur, composée de petits carrés d’écrans avec une multitude de gens très fâchés dedans, il y avait cette impression étrange d’assister à la scission du PS en direct. Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne, a bien résumé : « Je ne vois pas comment la Nupes peut survivre aux européennes, dans deux ans. Là, tout éclatera. » Il fut beaucoup question de LFI, mais d’Olivier Faure aussi : « Qu’Olivier Faure nous insulte, qu’il nous dise de partir. C’est choquant », s’est emporté Maxime Cohen, jeune militant de la fédération de Paris.« Olivier Faure a mal négocié pour ses camarades, a constaté Frédéric Cuvillier, ancien ministre de François Hollande. Il faut qu’il y ait au moins autant de candidatures hors accord que de candidatures Nupes. Soutien, force et vigueur ! » Pour l’instant, une cinquantaine de candidats hors accord sont prêts à se lancer sous l’étiquette « divers gauche », tandis que 70 socialistes sont investis par la Nupes.

Lire aussi :  Elections législatives 2022 : à gauche, l’union ne rime pas avec fusion des budgets

Subtilités sémantiques

Pourtant, Carole Delga, valeur montante du PS, a inauguré la réunion en précisant que ce n’était pas une « fronde », mais « un espace de dialogue, sans aucune agressivité. Il n’y a aucune volonté de désagrégation ou de fragilisation du PS. (…) Mais une position d’affirmation de nos valeurs avec un rassemblement de la gauche sincère et crédible. »

Surtout pas une fronde ? C’est sans doute pour cette raison qu’elle est rentrée dans le moindre détail des modalités pratiques de cette amorce de coordination : « Pour le dépôt des candidatures, vous avez deux formulaires Cerfa à remplir. (…) On va mettre en place des outils d’assistance juridique (…). Concernant l’association de financement, il y a un conventionnement envisagé avec le Parti radical de gauche. » Etc.

Depuis plusieurs semaines, le discours public de Carole Delga n’est pas des plus limpide. Pas facile, en effet, de monter une petite armée tout en éradiquant le moindre vocabulaire guerrier : « L’idée n’est pas de s’opposer à Olivier Faure, affirme encore la présidente de la région Occitanie, cinq jours plus tard, au MondeAu contraire, c’est depuis l’intérieur du PS qu’il faut reconstruire. Pour purger les tensions, pour veiller à l’unité du parti, il faut parler avec tous les militants. Demain, je veux que nous puissions tous travailler ensemble. » Il n’est pas certain que ces subtilités sémantiques contentent tout à fait la direction du parti. De toute façon, il n’y a plus de contact entre Carole Delga et Olivier Faure.

Lire aussi : Elections législatives 2022 : à gauche, derrière l’unité, les premiers conflits et foyers de dissidence

Quelques heures avant que ses oreilles ne sifflent, le premier secrétaire battait campagne, chez lui, en Seine-et-Marne, ce vendredi 13 mai, pour se faire réélire député. Il est intervenu dans un lycée technique puis a déjeuné dans un restaurant chinois. Il tirait sur sa cigarette électronique avec sa placidité coutumière. Mis au courant de cette réunion à venir, il a dit ne pas très bien comprendre sa « logique ». « Je vois ceux qui créent des oppositions ardentes. Ils veulent juste faire tomber la direction actuelle. Mais qui peut diriger un parti qui ne respecte pas le fait majoritaire ? » Faisant référence à la validation de la Nupes par le conseil national du PS, le parlement du parti, le 6 mai. « On a le droit d’être en opposition, mais provoquer des dissidences et contester une ligne adoptée démocratiquement, ça, ce n’est pas respectable… » Il a même prévenu : « Si un label commun est décidé ce soir [par les dissidents], c’est un acte de fraction. »

Lire aussi :  Au Parti socialiste, le cimetière des « éléphants »

Pression de Jean-Luc Mélenchon

Les révoltés n’ont pas souhaité franchir cet irrémédiable Rubicon. « Il n’y aura pas de banderole unique de rassemblement, intervient Patrick Mennucci, membre du PS et opposant à la Nupes. Car ces gens se considèrent comme socialistes. Et notre position, c’est le soutien à tous les candidats socialistes, qu’ils soient dans la Nupes ou pas. » Tout de même, le PS ira-t-il jusqu’à exclure les frondeurs ainsi que ceux qui les soutiennent ? Si Olivier Faure rappelle que les dissidents seront « automatiquement » exclus, il se garde bien d’envisager encore de décapiter les têtes d’affiche. Carole Delga le sait et en joue : « Personne n’a à nous dire ce que nous devons faire. » Mais en épargnant ses principaux opposants, le premier secrétaire crée peut-être les conditions de sa propre perte.

D’ici là, Olivier Faure résistera-t-il à la pression de Jean-Luc Mélenchon, qui ne manquera pas de l’exhorter à respecter l’accord à la lettre si ces dissidences venaient trop perturber sa campagne ? Le premier secrétaire serait bien embêté. La commission des conflits du parti est en sommeil. Son président, Laurent Azoulai, a démissionné le lendemain du fameux conseil national qui a tout déclenché. On sent Olivier Faure un peu seul. Tandis que les dissidents font savoir qu’ils s’agitent, personne à la direction du PS ne monte vraiment au front pour faire vivre la Nupes. Au contraire de Bernard Cazeneuve qui a quitté le PS, mais pas la vie politique. Ce même vendredi 13 mai, l’ancien premier ministre était au soutien de plusieurs candidats dissidents, à Périgueux.

Lire aussi :  Les élections législatives, poison de la division au Parti socialiste

Comment tout cela va-t-il se terminer ? Des premiers éléments de réponses surgiront ce vendredi 20 mai, date de clôture du dépôt des candidatures. Samedi 14 mai, lors d’un bureau national, l’opposition a rappelé que le choix de faire valider l’accord de la Nupes par un conseil national, plutôt que par une convention nationale rassemblant les militants, était illégitime. Olivier Faure commence à redouter qu’un ou une dissidente exerce un recours devant le tribunal judiciaire pour dénoncer les conditions de validation de la Nupes. Plus de 400 candidats socialistes ont été biffés par Olivier Faure, de quoi nourrir le mécontentement. Depuis début mai, deux sénateurs, Corinne Féret (Calvados) et Jean-Michel Houllegatte (Manche), ont démissionné du PS. La campagne socialiste peut débuter.

Laurent Telo

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire