Nucléaire : « Le réchauffement climatique met en évidence la vulnérabilité des centrales à l’élévation des températures »
CHRONIQUE

Stéphane Foucart
Ces derniers mois, le débat sur l’énergie atomique s’est focalisé sur son faible impact climatique. Mais le réchauffement fait aussi peser un risque sur le bon fonctionnement des centrales, explique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».
Publié le 15 mai 2022 à 02h50, mis à jour hier à 10h39 Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/15/nucleaire-le-rechauffement-climatique-met-en-evidence-la-vulnerabilite-des-centrales-a-l-elevation-des-temperatures_6126175_3232.html
L’été n’a pas commencé qu’il fait déjà trop chaud. EDF l’a annoncé le 9 mai : la production d’électricité pourrait être affectée jusqu’au dimanche 15 mai, notamment à la centrale du Blayais. La température de l’eau rejetée dans l’estuaire de la Gironde ne respecte plus les normes de protection du milieu. Ce micro-événement n’aura qu’un impact marginal sur la production électrique, mais il met en lumière ce qu’une intense campagne de relations publiques et de communication s’emploie depuis plusieurs mois à tenir sous le boisseau : présenté comme une solution majeure face au réchauffement, le nucléaire y est aussi vulnérable.
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Il n’est pas contestable que cette source d’énergie soit pilotable, faiblement carbonée, peu consommatrice de matières premières, et qu’elle dispose d’autres atouts nombreux. On le voit d’ailleurs dès aujourd’hui : l’Allemagne, très dépendante du gaz russe, est bien plus ébranlée par la guerre en Ukraine que la France, forte de ses fières centrales nucléaires.
De fait, les données disponibles aujourd’hui inclinent à être raisonnablement convaincu que, sur l’ensemble de la chaîne de production et en intégrant les bilans des accidents de Tchernobyl et de Fukushima, le nucléaire demeure de loin la source d’énergie historiquement la moins létale (par le biais des pollutions, des accidents, etc.).
Récit enthousiaste
Le nucléaire, c’est donc l’avenir : comment pourrait-il en être autrement ? Ce récit enthousiaste a si bien percolé dans la conversation publique au cours des derniers mois qu’il a convaincu la majorité du personnel politique, et sans doute une grande part de l’opinion. Outre l’occupation des plateaux de télévision ou de radio par les consultants et éditorialistes pronucléaires, quelques micro-influenceurs assistés d’une armada de trolls anonymes ont pratiqué une stratégie d’endiguement sur les réseaux sociaux, lançant des campagnes de harcèlement et de dénigrement contre toute personnalité émettant la moindre réserve sur la relance du programme nucléaire national.
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Des réserves, il en existe pourtant bel et bien. Ces dernières années, le réchauffement met en évidence de plus en plus cruellement la vulnérabilité des centrales à l’élévation des températures. Aujourd’hui, c’est début mai que les problèmes commencent au Blayais. En août 2018, les centrales de Saint-Alban et de Bugey étaient partiellement mises à l’arrêt pour des raisons analogues. L’été suivant, les mêmes ainsi que celle de Golfech étaient également ralenties. En août 2020, pour la première fois de son histoire, la centrale de Chooz était à son tour momentanément mise à l’arrêt pour des raisons semblables.
Tant vanté pour sa stabilité et son caractère pilotable, le nucléaire pourrait verser dans l’intermittence bien plus tôt qu’on ne le pense. D’ailleurs, entre les arrêts programmés pour maintenance et ceux dus à des soupçons de corrosion ou de fissures dans les tuyauteries, près de la moitié des réacteurs français avaient stoppé leur activité fin avril, selon EDF.
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Bien sûr, ces problèmes induits par l’élévation des températures sont les mêmes pour les centrales thermiques classiques (gaz, charbon, etc.) et ne sont pas nécessairement insurmontables : il est possible de renforcer les systèmes d’aéroréfrigération, et de localiser les futurs EPR plus près de l’océan pour pallier les effets prévisibles de la hausse du mercure sur le débit des cours d’eau. Mais si des problèmes peuvent survenir dès le mois de mai, dans un monde réchauffé d’à peine plus de 1 °C – comme c’est désormais le cas –, qui peut prévoir ce qui se produira avec les EPR conçus aujourd’hui et qui – s’ils ne subissent pas un retard de dix ans, comme celui de Flamanville – entreront en production en 2040 ?
Des questions pas rhétoriques
Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le plus probable est que le réchauffement dépasserait alors quelque 2 °C, dans le cas du maintien d’un scénario « business as usual » – il n’existe aujourd’hui aucune raison de penser que la trajectoire actuelle sera infléchie. Comment ces cathédrales de technologie s’accommoderont-elles d’un climat plus différent encore du climat actuel que le climat actuel ne l’est de celui de la fin du XIXe siècle ? Et comment finiront-elles leur carrière, autour de 2090, sur une planète peut-être enfiévrée de 4 °C ?
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Les ingénieurs le savent : ces questions ne sont pas rhétoriques. La conception et le dimensionnement de telles installations reposent sur de délicats calculs évaluant la probabilité que surviennent certains événements (séismes, tsunamis, inondations, sécheresses ou canicules sévères, etc.). Mais pour conduire ces calculs, le recul historique est nécessaire… Comment évaluer ces risques dans un monde qui n’est pas encore advenu ?
Comment anticiper ce qui peut se produire lorsque l’océan s’élève de plusieurs centimètres par an, lorsque des millions de mètres cubes d’algues corrosives, dopées par les températures, peuvent endiguer les côtes plusieurs semaines durant, lorsque les fleuves ne s’écoulent plus que quelques mois par an ? Pouvait-on imaginer, il y a seulement quelques années, que la ville de Liège (Belgique) serait partiellement évacuée en plein été (juillet 2021) pour cause d’inondations dantesques, à l’origine de près de 300 morts ? Aurait-on jugé possible que 18 % de la forêt australienne brûle en une seule saison (2019-2020) à cause des incendies ? Que les 8 millions d’habitants de Madras (Inde) soient ravitaillés en eau (juillet 2019) par camions et trains spéciaux ?
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Quoi qu’il arrive, les prochaines décennies promettent les montagnes russes au thermomètre et à l’eau. Deux variables capricieuses dont les prochains jours nous rappelleront qu’elles seront au nucléaire ce que le vent est à l’éolien et le soleil au photovoltaïque.
Stéphane Foucart
Nucléaire : un nombre record de réacteurs à l’arrêt
Depuis fin avril, plus de la moitié de la capacité installée du parc est indisponible. Une situation sans précédent, qui s’explique par des fermetures planifiées mais aussi par un problème inattendu de corrosion.
Par Perrine Mouterde Publié aujourd’hui à 05h30, mis à jour à 06h32
Temps de Lecture 5 min.
Sur les 56 réacteurs en exploitation, 29 étaient à l’arrêt lundi 16 mai : alors que le président de la République, Emmanuel Macron, entend relancer la filière nucléaire, avec la construction de nouvelles unités, le parc actuel connaît une indisponibilité record. En cause, des mises à l’arrêt prévues de longue date, notamment pour effectuer les examens nécessaires à la prolongation de la durée de vie des réacteurs au-delà de quarante ans, mais aussi un phénomène inattendu et encore largement inexpliqué de corrosion sur des tuyauteries. Cette situation, qui pose des problèmes de sécurité d’approvisionnement en électricité, soulève également des questions en termes de sûreté.
- Une production historiquement basse
En janvier, la disponibilité moyenne du parc a été de 48 gigawatts (GW), sur 61,4 GW de puissance installée. Un plus bas historique, sans précédent depuis 1999 et l’entrée en service des deux derniers réacteurs raccordés au réseau. Elle s’est encore réduite au cours des mois suivants : depuis fin avril, moins de 30 GW de puissance sont disponibles. « La différence par rapport à un mois de mai normal est de l’ordre de 10 à 15 gigawatts, c’est considérable », observe Thomas Veyrenc, directeur exécutif du gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE.
Si cette chute du niveau de production est inédite, elle s’inscrit toutefois dans une tendance à la baisse entamée il y a plusieurs années. De 2000 à 2015, la production du parc français est globalement stable avec un pic en 2005, lorsque les 19 centrales fournissent 78 % de l’électricité du pays. Ces dernières années en revanche, la production annuelle est demeurée sous la barre des 400 térawattheures (TWh). En 2020, le parc ne fournit plus que 67 % de la production électrique, le niveau le plus faible depuis 1985. En 2022, la production pourrait même dégringoler sous la barre des 300 TWh, selon les prévisions d’EDF.
Vieillissement, problèmes techniques, conditions climatiques… Cette évolution s’explique par une combinaison d’éléments. « Chaque année est singulière, il n’y a pas un facteur unique que l’on verrait s’aggraver au cours du temps », observe Yves Marignac, chef du pôle expertise nucléaire et fossiles de l’institut négaWatt, et membre d’un groupe permanent d’experts de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
Mycle Schneider, consultant international sur le nucléaire et coordinateur du World Nuclear Industry Status Report, pointe également la difficulté à analyser cette tendance. « Si EDF planifie l’arrêt d’une unité pour trois semaines pour maintenance et rechargement du combustible mais que le réacteur ne redémarre finalement que trois mois plus tard, c’est toujours classé comme un arrêt planifié, sans que l’on sache exactement ce qui s’est passé », note-t-il. Ces dernières années, la durée moyenne de tous les types d’arrêt a augmenté.
RTE prévoit que la production du parc reparte à la hausse au cours des prochaines années mais sans retrouver le niveau des années 2000. « Parce qu’elles sont plus âgées, les centrales s’arrêtent plus longtemps pour effectuer davantage de travaux de maintenance ou de changements de composants », explique Thomas Veyrenc.
- Covid-19, visites décennales et corrosion
Concernant l’indisponibilité actuelle du parc, trois raisons principales sont clairement identifiées. D’abord, celui-ci subit toujours les effets de la crise sanitaire. En 2020, les confinements ont contraint EDF à reporter des arrêts prévus pour des opérations de maintenance légère et de rechargement du combustible. Depuis, l’entreprise tente de rattraper les retards dans un calendrier très contraint.
Ensuite, les 32 réacteurs les plus anciens du parc doivent effectuer leur « visite des 40 ans ». Ces examens approfondis et le volume exceptionnel des travaux nécessitent des arrêts longs : l’unité 5 de la centrale du Bugey (Ain) par exemple, qui a débuté sa quatrième visite décennale le 31 juillet 2021, n’a toujours pas été remise en service. « On arrête les réacteurs six mois pour qu’ils puissent ensuite fonctionner dix ans de plus, c’est le meilleur investissement possible », justifie Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire.
Surtout, à ces éléments prévisibles s’est ajouté un facteur imprévu : la découverte, par EDF, d’un problème de « corrosion sous contrainte » sur des tuyauteries du circuit d’injection de sécurité – ce système de sauvegarde permet d’injecter de l’eau dans le circuit primaire principal pour refroidir le cœur du réacteur en cas d’accident. En décembre 2021, l’exploitant a annoncé que ce phénomène avait été détecté sur une unité de la centrale de Civaux (Vienne). Dans la foulée, les trois autres réacteurs de même technologie – les plus récents et plus puissants du parc (1 450 MW) – ont été mis à l’arrêt par « mesure de précaution ». Depuis, des indications du même phénomène de corrosion ont été détectées sur des réacteurs de 1 300 MW et de 900 MW, et plusieurs unités ont été arrêtées le temps d’effectuer des contrôles, ce qui déstabilise largement la production.
EDF a envoyé le 13 mai à l’Autorité de sûreté nucléaire sa proposition de stratégie de contrôles priorisés sur l’ensemble du parc, qui est en cours d’instruction. Le gendarme du nucléaire a déjà fait savoir, mercredi 17 mai, que le traitement de ces anomalies prendrait plusieurs années
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- La sécurité d’approvisionnement en concurrence avec la sûreté
Ce niveau de production historiquement bas a une première conséquence évidente : il fait peser des risques sur l’approvisionnement électrique. Si RTE n’anticipe pas de difficultés pour le printemps et l’été, la France n’exporte quasiment plus d’électricité, contrairement aux années précédentes. Et l’hiver prochain pourrait être tendu : « Cela dépendra en premier lieu des prix et de la disponibilité du gaz en Europe, en lien avec le contexte international, et ensuite de la disponibilité du parc nucléaire français », précise Thomas Veyrenc.
Or la sécurité électrique n’est pas sans impact sur la sûreté : prendre la décision d’arrêter un ou plusieurs réacteurs peut s’avérer plus difficile lorsque cela met en péril l’approvisionnement des Français. Le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk, a d’ailleurs déploré cette situation dès janvier : « Cette accumulation d’événements mène à la situation que nous redoutions : une tension sur le système électrique qui pourrait mettre des décisions de sûreté en concurrence avec des décisions de sécurité électrique », expliquait-il dans un entretien au Monde.
Pour Mycle Schneider, la situation actuelle est déjà révélatrice d’une « pratique du compromis » concernant la sûreté. « Après la découverte de suspicions de corrosion sur un réacteur de 1 450 MW, les trois autres de même type ont immédiatement été mis à l’arrêt. Mais ça n’a pas été le cas pour les autres réacteurs. » EDF assure de son côté « ne jamais transiger avec la sûreté » : « Les 12 réacteurs pour lesquels soit les contrôles réalisés in situ soit l’analyse documentaire ont montré une suspicion de présence de corrosion sous contrainte sont aujourd’hui à l’arrêt », affirme l’entreprise. L’ASN a également assuré mercredi que, selon les premiers éléments, les réacteurs les plus puissants seraient les plus concernés par le phénomène.
Cette situation pourrait aussi influer sur l’avenir de la politique énergétique de la France. L’actuelle programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit en effet la mise à l’arrêt de 12 réacteurs d’ici à 2035, pour diversifier le système électrique en ramenant la part du nucléaire à 50 %. Un objectif balayé par le président Macron en février lors de son discours de Belfort, au cours duquel il a affirmé vouloir que soient entretenus pour durer « tous les réacteurs qui peuvent l’être ». « C’est la bonne solution, assure Valérie Faudon, la situation actuelle montre qu’il faut des marges. »
Les opposants au nucléaire, au contraire, déplorent une logique de « fuite en avant » : « On repousse toujours un peu plus la fermeture des réacteurs, ce qui rend le système électrique toujours plus dépendant d’un parc nucléaire toujours plus défaillant », regrette Yves Marignac.
Perrine Mouterde
Nucléaire : face au problème de corrosion, un programme de contrôle de « grande ampleur »
Le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, Bernard Doroszczuk, donne une « appréciation générale positive » sur la sûreté du parc, mais souligne des « points de vigilance ».
Par Adrien Pécout et Perrine MouterdePublié hier à 19h09, mis à jour à 07h48
Temps de Lecture 2 min.
L’exercice, traditionnel, visait à dresser le bilan de l’état de la sûreté nucléaire en 2021. Ce sont finalement les événements survenus lors des toutes dernières semaines de l’année, mais aussi au cours des premiers mois de 2022, qui ont été au cœur de l’intervention de Bernard Doroszczuk devant les membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, mardi 17 mai.
Le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est revenu sur les conséquences du phénomène de « corrosion sous contrainte » constaté sur des parties de tuyauteries qui permettent d’injecter de l’eau dans le circuit principal primaire afin de refroidir le cœur du réacteur en cas d’accident. Depuis la mi-décembre, EDF a procédé à l’arrêt ou a prolongé l’arrêt de douze unités afin de mener des expertises approfondies ou des réparations en lien avec ce problème.
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Si l’origine de cette corrosion n’est pas complètement déterminée, M. Doroszczuk a fait savoir qu’elle pouvait être due au « design » des réacteurs : les plus anciens et les plus répandus du parc sont basés sur une technologie d’origine américaine, alors que les plus récents ont été conçus selon un modèle adapté par EDF. Or, la tuyauterie qui va du circuit primaire jusqu’à la première vanne est plus longue et plus complexe sur les seconds, et ce tracé pourrait générer des contraintes thermomécaniques plus importantes.
« A ce stade, ce problème n’est pas considéré comme un problème de vieillissement, a précisé le président de l’ASN. Il semble qu’il n’y ait que peu ou pas de fissurations détectées sur les 32 réacteurs de 900 mégawatts, mais cela reste à confirmer. » La façon dont ont été réalisées les soudures des tuyauteries apparaît comme un facteur de « second ordre »,mais qui aurait néanmoins une certaine influence.
EDF a d’ores et déjà examiné 35 soudures et prévoit d’en contrôler 105 autres d’ici à fin juin. Le groupe, exploitant du parc, envisage également de développer de nouveaux moyens de contrôle par ultrasons permettant de déterminer la taille des fissurations. Le programme de contrôles et de réparations « de grande ampleur » devrait, dans tous les cas, s’étaler sur plusieurs années.
« Double fragilité »
Concernant le bilan global de 2021, le président du gendarme du nucléaire, autorité administrative indépendante, fait état d’une « appréciation générale positive », tout en soulignant des « points de vigilance ». Il a notamment insisté, comme il l’avait déjà fait en janvier, sur la « double fragilité » du parc, qui « résulte de l’absence de marge en termes d’approvisionnement électrique et d’un déficit d’anticipation ».
La première fragilité tient à la faible disponibilité des réacteurs. A l’inverse du caractère « inattendu » des arrêts pour cause de corrosion, d’autres éléments expliquant cette situation étaient prévisibles : la fermeture de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) en 2020 ; le retard du chantier du réacteur EPR de Flamanville (Manche) ; les lourds travaux du grand carénage et des visites décennales ; ou encore les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur le calendrier des opérations de maintenance.
Le second élément de vulnérabilité concerne « l’ensemble de la chaîne du cycle du combustible », et donc notamment la société Orano (ex-Areva), qui en assure le retraitement. L’usine Melox (Gard), qui fabrique le mox, un combustible composé de plutonium et d’uranium appauvri, connaît d’importantes difficultés : elles ont conduit à produire beaucoup de rebuts, qui doivent être entreposés. Sur le site de La Hague (Manche), Orano va devoir mettre en place une solution temporaire pour faire face à la saturation de ses capacités d’entreposage des combustibles usés à l’horizon 2030. « Chacun de ces événements, s’ils s’aggravent, pourrait par ricochet et effet systémique fragiliser le fonctionnement des centrales », a alerté M. Doroszczuk.
Il a appelé à ce que la gestion de ces fragilités serve de « retour d’expérience pour l’ensemble de la filière et pour les services publics ». Un enjeu de taille, alors qu’Emmanuel Macron a déjà annoncé vouloir lancer la construction de six réacteurs de nouvelle génération.
Adrien Pécout et Perrine Mouterde