Le président des doyens revient sur l’enjeu des stages à l’hôpital des futurs généralistes
Publié le 16/05/22 – 17h46
Le Pr Didier Samuel, récemment élu à la tête de la conférence des doyens des facultés de médecine, a passé en revue ses engagements et orientations de travail. Il est notamment revenu sur le débat ouvert sur un éventuel stage supplémentaire à l’hôpital dans la formation des internes en médecine générale, qui a déjà fait vivement réagir.
Les orientations de travail de la conférence des doyens des facultés de médecine pour les années à venir ainsi que plusieurs sujets d’actualité ont été évoqués par le nouveau président de l’instance, le Pr Didier Samuel, à l’occasion d’une conférence de presse ce 16 mai à Paris. Élu début février à la tête de la conférence (lire notre article), ce responsable de l’unité d’hépatologie et de réanimation hépatique à l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne) rattaché à l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) et doyen de la faculté de médecine Paris-Saclay, a ainsi passé en revue de nombreux sujets (réformes études médicales, universitarisation des professions de santé, recherche, etc.) avec en fil rouge « la volonté de redonner du sens » aux études de santé et au métier de médecin. « Je crois beaucoup à la force de l’université[…] et à l’importance de la recherche pour augmenter la qualité hospitalière et la qualité des soins« , a-t-il souligné à plusieurs reprises, précisant qu’il s’agissait là d’un « enjeu majeur« .
Réussir « l’atterrissage de la R2C«
Didier Samuel a rappelé qu’il avait pour mission de contribuer à « aménager les réformes et aider à leur mise en place » en lien avec les acteurs concernés. Il est notamment revenu sur la nouvelle organisation pour l’accès au troisième cycle des études de médecine (lire notre article), avec les épreuves dématérialisées nationales (EDN) et des épreuves sous forme d’examens cliniques objectifs structurés (Ecos). « L’EDN, qui aura lieu en début — a priori courant premier trimestre — de la sixième année de médecine, aura sa première édition fin2023 et les premiers Ecos nationaux début2024« , a-t-il précisé. Il a rappelé que le choix de la spécialité et de la ville va se faire à l’aide d’un appariement, avec un arrêté paru il y a quelques semaines (lire notre article).
« Il faut que l’on réussisse l’atterrissage de cette réforme et mieux la préparer que celle de la R1C*. Le PrBenoît Weber, vice-président de la conférence, est ainsi missionné pour le comité de suivi de la R2C*« , a poursuivi Didier Samuel. Aux côtés de ce comité de suivi R2C se met aussi en place un comité de pilotage (Copil) dirigé par le Centre national de gestion (CNG), « qui sera en charge à la fois de la plateforme d’examen d’EDN et de la procédure d’appariement« . Il y a en fond « un sujet majeur: réussir à ce que les étudiants s’épanouissent dans ce parcours car nous avions l’impression que les étudiants ces dernières années se retrouvaient prisonniers d’un bachotage exacerbé et d’énormément de stress« .
Les futurs médecins généralistes davantage à l’hôpital ?
Abordant la réforme du troisième cycle, « déjà très engagée« , Didier Samuel est revenu sur un « débat » ouvert sur le contenu de la formation des futurs médecins généralistes, alors que l’idée d’une quatrième année d’internat fait son chemin. L’idée lancée voici quelques jours par le nouveau président de la conférence de rajouter un stage à l’hôpital à ces futurs généralistes dont la formation s’allongerait a en effet provoqué des remous (lire l’encadré ci-dessous). « Des questionnements ont été relayés ces jours-ci sur la quatrième année du diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine générale; la discussion[…] a été « acutisée » par la problématique posée pendant la campagne électorale sur les déserts médicaux et comment y remédier« , a-t-il développé.
Inquiétudes des futurs et/ou jeunes généralistes
L’idée de saisir l’occasion de la mise en place d’une quatrième année d’internat en médecine générale pour augmenter le nombre de stages à l’hôpital pendant leur cursus, suggérée par Didier Samuel dans une interview au quotidien Egora parue le 10 mai, a fait vivement réagir. « La question est de savoir si on remet des stages hospitaliers dans le DES de médecine générale, pas uniquement lors de la quatrième année, mais au cours du cursus« , a alors déclaré Didier Samuel. « Peut-être que la maquette, telle qu’elle a été conçue, a trop insisté sur les stages en ambulatoire et je pense que cela peut être une bonne chose d’y rajouter un stage à l’hôpital« , a-t-il précisé. D’autre part, « on peut envisager des stages en zone sous-dense mais il faut clairement que cela s’accompagne d’une organisation qui permette aux internes d’être correctement formés, encadrés et accompagnés« . Dans un communiqué le 11 mai, le syndicat Jeunes Médecins a fait part de ces inquiétudes et « regretté les préconisations du « doyen des doyens » fasse porter aux futurs[médecins généralistes] la responsabilité des inactions et des fautes politiques passées« . Il déplore que ces derniers « soient systématiquement la variable d’ajustement, tant sur la durée de leur formation, son contenu « hospitalier » […], ainsi que sur les conditions de leur future installation« . MG France a estimé le 13 mai que « recentrer leur formation sur un internat hospitalier serait un formidable bond en arrière qui nous ramènerait à la situation du siècle dernier« . Si la quatrième année doit se mettre en place, prévient le syndicat, « c’est avant tout pour permettre aux futurs médecins généralistes de se préparer à leur futur exercice professionnel ambulatoire« . Dans une lettre ouverte le 12 mai, le Syndicat national des enseignants de médecine générale (Snemg) se déclare même « choqué » par ces propos. « Si nous sommes solidaires de nos confrères hospitaliers en grande souffrance, nous sommes d’accord pour affirmer que ce n’est pas le rôle des internes de médecine générale d’être la variable d’ajustement des services en difficulté« , écrit le syndicat.
« Il est clair que l’allongement[du DES de médecine générale] ne peut et ne doit pas être la seule réponse à cette problématique des déserts[…], il doit y avoir d’autres réponses« , a poursuivi le doyen. « Si l’on fait cette quatrième année il ne faut pas simplement la poser sur les trois précédentes mais faire une réflexion sur la globalité de cette maquette« , a indiqué Didier Samuel. Il a précisé qu’un groupe de travail se concertait actuellement avec la conférence des doyens, l’Isnar-IMG et ses représentants, pour « essayer de définir au mieux » celle-ci. Quant à la « réflexion sur la répartition des stages » ambulatoires ou hospitaliers et le « débat » récent à ce sujet, « il ne faut pas oublier que les hôpitaux et notamment les CH généraux font partie de la problématique des déserts médicaux et doivent aussi être considérés« . Ils sont « aussi une réponse aux besoins de prise en charge médicale dans les territoires ». Didier Samuel a estimé en tout cas « important que les acteurs [en médecine générale], enseignants et internes, aient une réflexion en amont » sur cette formation « plutôt que de se faire imposer par le futur Gouvernement une quatrième année « coercitive », uniquement dans des zones » désertées.
Prochaine réunion sur les RPS
Par ailleurs, Didier Samuel a souhaité « renforcer le travail déjà engagé » par la conférence sur la prévention des risques psychosociaux (RPS) et des violences sexuelles, ainsi que sur le respect du temps de travail et de formation des internes. Une réunion de la conférence sur les RPS est justement programmée le 10 juin, a-t-il précisé. Le président des doyens a aussi exprimé sa volonté de travailler à l’attractivité des carrières hospitalo-universitaires et « à replacer la problématique de la recherche » au sein des facultés et des CHU.
« Il est pour moi essentiel qu’il y ait une stratégie réelle hospitalo-universitaire et non pas seulement hospitalière » au sein de ces établissements de santé, a-t-il insisté. Enfin, il a abordé l’universitarisation des professions de santé non médicales. « On a créé d’un côté des diplômes mais il faut les articuler avec le monde professionnel, libéral et hospitalier », a-t-il poursuivi, estimant qu’il y avait là « un retard monumental à rattraper » dans l’articulation formation diplômante et formation continue. Il a par exemple cité des postes paramédicaux — spécialisés en oncologie, transplantation, etc. — avec des compétences pointues, qui « existent mais ne sont pas reconnues« , y compris en termes de salaires, comme elles le devraient.
- * Réforme du premier cycle des études de santé (R1C) et réforme du deuxième cycle des études de santé (R2C)
Caroline Cordier, à Paris
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