L’environnement, terrain hostile, en premier pour les enfants

Publié le 13/05/2022

L’enfant, principale victime des modifications de l’environnement

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Les cohortes de naissance offrent de nombreux avantages pour l’étude des liens entre pollution et allergie. Comme l’explique le Dr Isabella Annesi Maesano, elles permettent l’analyse longitudinale de différents paramètres, la mesure de biomarqueurs a posteriori, l’évaluation de l’efficacité de la prévention ou encore l’identification de l’origine précoce de maladies chroniques apparaissant à l’âge adulte. Elles sont donc une aide précieuse pour évaluer l’impact de la pollution et des modifications de l’environnement sur les enfants qui affectent particulièrement leur santé. 

Leur organisme en développement est plus vulnérable, alors que leur niveau d’exposition est plus élevé.

L’OMS estime que près de 90 % de la charge de morbidité attribuable au changement climatique est supportée par les enfants de moins de 5 ans.

L’effet de la pollution peut commencer avant la naissance

Les nourrissons et les jeunes enfants sont plus vulnérables que les adultes à la pollution atmosphérique : ils passent plus de temps à l’extérieur, vivent plus près du sol où certains polluants atteignent de fortes concentrations. Ils sont aussi plus vulnérables aux effets de la pollution : ils respirent plus rapidement que les adultes, absorbent davantage de polluants, alors que leur système immunitaire et leurs organes sont en formation.

De nombreux travaux ont montré les conséquences négatives de l’exposition précoce à la pollution atmosphérique : elle peut modifier la réponse immunitaire, altérer l’expression des gènes, entraver la croissance des poumons, inhiber le développement du cerveau et augmenter le risque de pathologies comme l’asthme. Les études ont montré aussi que l’exposition de l’enfant à la pollution atmosphérique peut commencer dès la période prénatale : les polluants de l’air peuvent traverser le placenta, avec des conséquences sur l’immunité de l’enfant (cohorte française EDEN). De nombreuses recherches portent actuellement sur la période prénatale et pré conceptionnelle, sur la grossesse et l’influence de l’épigénétique.

L’intérêt de ces études est souligné par le Dr Karine Adel-Patient. Un changement rapide de notre environnement s’est en effet accompagné d’une augmentation des maladies non transmissibles (cardio-vasculaires, métaboliques, cancers, maladies pulmonaires, etc.) qui ont en commun d’être toutes des inflammations chroniques évoluant à bas bruit, avec une réponse immunitaire altérée.

Les facteurs environnementaux perturbent l’homéostasie

La vie fœtale et néonatale sont des périodes cruciales pour la maturation du trio nécessaire à la mise en place de l’homéostasie, trio constitué par le système immunitaire, les barrières (cutanée, respiratoire, intestinale) et les microbiotes. Ce sont aussi des périodes particulièrement sensibles aux facteurs environnementaux. La compréhension de ces phénomènes a donné naissance au concept de la DOHAD (origine développementale de la santé et des maladies), et à celui de la fenêtre des 1000 premiers jours, qui soulignent l’importance de l’environnement au sens large sur la santé future de l’enfant et de l’adulte.

Les facteurs environnementaux peuvent intervenir à différentes étapes de la vie fœtale et néonatale :

  • In utero : alimentation de la mère, médicaments, environnement microbien, stress divers et facteurs socio-économiques.
  • En période périnatale : mode de naissance, mode d’alimentation, environnement microbien et médicaments.
  • En période postnatale : type d’alimentation solide, médicaments, environnement microbien, stress et facteurs socio-économiques.

Le rôle du microbiote intestinal notamment semble primordial et n’a pas fini d’être exploré.

Des pollens stressés par la pollution et le changement climatique

L’allergie aux pollens est un exemple concret de l’influence de la pollution atmosphérique et du changement climatique sur la santé. Ces derniers modifient la répartition géographique des plantes polliniques. Le Dr Mélisande Bourgoin-Heck cite l’exemple de l’ambroisie, dont le pollen aéroporté est en augmentation et dont l’abondance pourrait être multipliée par 4 d’ici 2050.

Il a été montré que certaines plantes réagissent à la pollution et au changement climatique en augmentant leur production de pollen, mais le changement climatique et la pollution agissent aussi directement sur le grain de pollen en produisant des dégradations physiques, des changements dans sa composition chimique élémentaire, avec des modifications des fractions polliniques, lipidique et protéique. Cela conduit à une rupture du grain de pollen, libérant les allergènes. Les saisons polliniques, plus précoces, sont désormais plus longues et la quantité de pollen libérée est plus importante. Enfin, le grain de pollen, soumis au changement climatique ou à la pollution, synthétise des protéines de stress qui augmentent l’allergénicité des plantes.

Plusieurs études ont ainsi montré que la pollution augmentait la prévalence des maladies allergiques et que le changement climatique modifie les profils de sensibilisation, avec une augmentation de la sensibilisation au pollen d’arbres et des allergies alimentaires.

Notons enfin qu’une exposition accrue aux pollens peut influencer la sensibilité aux infections virales, y compris au SARS-CoV-2, par une augmentation de la perméabilité des cellules épithéliales, des modifications de l’expression des récepteurs viraux liés aux cellules épithéliales et une altération de l’immunité antivirale.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES

L’enfant cible des modifications de l’environnement 
17ème Congrès francophone d’Allergologie – Paris – 19-22 avril 2022

Isabella Annesi-Maesano : Pollution et allergie : données des cohortes néonatales 
Karine Adel-Patient : Altérations précoces induites par l’environnement et impact sur le développement de l’allergie 
Mélisande Bourgoin-Heck : Pollens et environnement : des avancées en pédiatrie 

Microbiote altéré, perturbateurs endocriniens, tabagisme passif : les enfants en milieux hostiles

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La prévalence des maladies allergiques connaît une très forte augmentation dans les pays occidentaux. L’augmentation est telle qu’elle ne peut être expliquée par les seuls facteurs génétiques. Il faut donc explorer du côté des autres causes favorisant l’allergie, c’est-à-dire les facteurs environnementaux, parmi lesquels ceux qui peuvent être à l’origine de perturbations du microbiote. Le mode de vie occidental a en effet produit plusieurs facteurs de risque qui perturbent la balance homéostasique du microbiote.

Des perturbations précoces du microbiote augmentent le risque d’allergie

La colonisation de l’intestin par le microbiote intestinal est influencée par des facteurs maternels : le mode de naissance, la présence d’une infection vaginale, l’alimentation (lait maternel ou formule, puis mode de diversification), le microbiote maternel. Des facteurs propres au nouveau-né et au nourrisson interviennent aussi, parmi lesquels les traitements antibiotiques, la génétique ou l’environnement de vie.

Le microbiote évolue entre 1 et 3 ans, et se rapproche progressivement de celui de l’adulte, sensiblement identique pour tous les enfants en bonne santé.

Des perturbations précoces du microbiote (dysbioses) ont été associées à des affections chroniques apparaissant plus tard. Parmi celles-ci, les maladies allergiques, par l’intermédiaire d’un déficit en IgA secrétoires. Des travaux cherchent actuellement à déterminer par quels facteurs les IgA secrétoires peuvent être modifiées et s’il existerait une fenêtre d’opportunité permettant d’intervenir pour favoriser le développement d’un microbiote « favorable ».

Les perturbateurs endocriniens peuvent favoriser l’allergie

En 2002, l’OMS définissait ainsi un perturbateur endocrinien : « Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture et au sein de sous-populations. »  

Les perturbateurs endocriniens comptent parmi les produits chimiques les plus utilisés dans le monde (5 à 10 millions de tonnes par an pour les phénols). Les sources d’exposition sont multiples (nourriture, emballages alimentaires, cosmétiques, jouets, vêtements, etc…), comme le sont les voies d’exposition (ingestion, inhalation, contact cutané).

Le Dr Valérie Siroux rappelle que des expérimentations de dosages des métabolites urinaires des phtalates (programme français Esteban, programme européen Helix, NHANES aux Etats-Unis) attestent de leur présence dans 80 à 99 % des échantillons.

Les travaux ont montré que le début de la vie est une période de sensibilité accrue aux perturbateurs endocriniens, alors que les niveaux d’exposition y sont potentiellement plus importants, notamment pour les phtalates.

V. Siroux présente les résultats de la cohorte Eden, cohorte française mère-enfant comprenant 587 femmes enceintes, chez lesquelles ont été mesurés, dans un échantillon urinaire, 9 phénols et 11 métabolites de phtalates, entre la 23ème et la 25ème de grossesse. La santé respiratoire de l’enfant et l’apparition d’un eczéma ont été suivies jusqu’à 5 ans et le VEMS mesuré à 5 ans. Il apparaît ainsi que le bisphénol A est associé à une augmentation de l’asthme et de la bronchiolite, l’éthyl paraben à une augmentation de l’asthme et à une réduction du VEMS à 5 ans, et le di-isobutyl phtalate (DiBP) a une augmentation du risque d’eczéma à 5 ans.

Pour progresser dans la connaissance des effets des perturbateurs endocriniens, il est nécessaire d’améliorer les mesures d’exposition et de considérer les effets de cocktail, avec un index cumulatif d’exposition.

Tabagisme passif : l’exposition prénatale augmente le risque d’asthme

Les enfants exposés au tabagisme passif ont un risque plus élevé d’allergie. Selon une méta-analyse récente, l’exposition prénatale au tabac multiplie par 2 le risque d’asthme chez l’enfant, multiplie par 1,8 à 3,8 le risque d’infections respiratoires et altère significativement le VEMS à 7 ans. Des polymorphismes génétiques associés aggravent sans doute les risques.

Un lien a été constaté entre l’exposition aux polluants, un épaississement de la membrane basale et une augmentation de l’éosinophilie bronchique chez l’enfant.  La pollution participerait au développement de l’asthme par l’intermédiaire du remodelage des parois bronchiques et de l’inflammation.

Il a été montré aussi un lien entre l’exposition aux désinfectants professionnels en période pré-conceptionnelle et l’asthme dans la descendance. L’exposition pendant la grossesse est associée à une augmentation du risque de wheezing et d’asthme, alors que l’exposition après la naissance ne semble pas avoir d’effet.

En conclusion, l’avancée des connaissances montre que des mesures pourraient être prises en période péri-natale pour réduire le risque d’altération de la fonction respiratoire à l’âge adulte : réduction de l’exposition aux tabagisme passif et aux polluants pendant l’enfance, mesures environnementales, ou encore identification et surveillance des sujets à risque

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES

Facteurs de risque ou de protection autour de la naissance
17ème Congrès français d’allergologie – Paris – 19-22 avril 2022

Martin LARSEN – L’influence du microbiome 
Valérie SIROUX – Perturbateur endocrinien
Maéva ZYSMAN – Pollution et tabac- 

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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