Parmi les chantiers qui attendent le Président (Santé, Grand âge, Ruralité)

Emmanuel Macron aura des dossiers urgents à traiter : hôpitaux, Ehpad, tribunaux, enseignants…

Recruter des soignants et des travailleurs sociaux, remettre la machine judiciaire en ordre de marche… Dans de nombreux services publics, les acteurs réclament des moyens avant de grandes réformes.

Par Camille BordenetJean-Baptiste JacquinBéatrice JérômeSylvie LecherbonnierSoazig Le NevéMarine MillerIsabelle Rey-Lefebvre et Camille StromboniPublié aujourd’hui à 05h30, mis à jour à 16h53  

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Manifestation pour la défense de la maternité de l’hôpital Pierre-Bérégovoy devant l’agence régionale de santé, à Nevers, le 15 avril 2022.
Manifestation pour la défense de la maternité de l’hôpital Pierre-Bérégovoy devant l’agence régionale de santé, à Nevers, le 15 avril 2022.  JEAN-LUC LUYSSEN POUR « LE MONDE »

Une grande concertation avec tous les acteurs de l’école, même chose pour la santé. Si le président réélu, Emmanuel Macron, a déjà fixé ses priorités, sur le terrain, et notamment dans les services publics, ce sont surtout des solutions et des moyens pour régler les urgences qui sont attendus, avant même d’entamer des réformes. Dans certains secteurs, déjà, des appels à la mobilisation sont lancés pour le 1er-Mai.

Du manque de soignants dans les hôpitaux et les Ehpad aux difficultés d’accès aux services publics dans les zones rurales, tour d’horizon des dossiers chauds pour le futur gouvernement.

Hôpitaux et déserts médicaux : remédier au manque de médecins et de soignants

Souvent sceptiques quant à la nécessité d’une « grande concertation », comme celle promise par M. Macron durant la campagne présidentielle, les acteurs de la santé jugent surtout que des mesures « urgentes » et « fortes » sont nécessaires.

Le constat est largement partagé chez les hospitaliers : le Ségur de la santé, lancé en 2020 à la sortie de la première vague de Covid-19, et ses enveloppes « historiques » (19 milliards d’euros d’investissement sur dix ans ; 183 euros d’augmentation pour les personnels hospitaliers…) n’ont pas suffi. « L’hémorragie se poursuit, les soignants s’en vont », souligne Sophie Crozier, neurologue à la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, AP-HP) et membre du Collectif inter-hôpitaux. Sa discipline n’est qu’un exemple parmi d’autres : alors que 12 % des lits étaient fermés dans les unités neurovasculaires franciliennes en novembre 2021, ils sont désormais 23 %.

Avec la pénurie d’infirmiers dans des établissements et le manque de médecins dans plusieurs spécialités, des lits ferment à bas bruit dans des services. Mais ce sont aussi des services d’urgence qui ne peuvent plus ouvrir qu’en pointillé, ou encore des maternités qui se retrouvent à l’arrêt, comme à Nevers, à la suite d’arrêts-maladie déposés par l’ensemble des sages-femmes. Une crainte domine à très court terme : comment réussir à passer l’été, période toujours tendue ?

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Fixation d’un ratio de soignants minimum pour un nombre de patients, remise en cause du mode de financement de l’hôpital, allocation d’un budget à la hauteur des besoins, revalorisation des salaires, du travail de nuit… Plusieurs mesures portant sur les moyens et les effectifs s’imposent dans l’immédiat pour provoquer un « électrochoc », défend-on dans les rangs des syndicats de personnels. « Il y a cette perte de sens, souligne Fabien Paris, infirmier à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et membre du Collectif inter-urgences. Nous voyons qu’un travail de qualité, humain, auprès du patient n’est plus possible. » « Les services publics sont sacrifiés depuis cinq ans, on a déjà eu la saison 1, alors la saison 2, on la voit bien arriver ! », lance-t-il.

On n’a « pas le temps d’attendre », entend-on aussi en médecine de ville, où les « déserts médicaux » n’ont cessé de s’aggraver. « Il n’y a pas besoin d’une grand-messe ou de énièmes états généraux, juge Jacques Battistoni, à la tête de MG France, premier syndicat chez les généralistes. On a la boîte à outils, par exemple les assistants médicaux, qui permettent du gain de temps médical, il faut la rendre plus opérationnelle et passer à l’action ! »

Grand âge : régler la question de l’emploi

Le livre Les Fossoyeurs (Fayard, 400 pages, 22,90 euros) a placé la crise du modèle des Ehpad au cœur de la campagne. Le nouveau gouvernement va devoir convaincre qu’il a entendu « l’indignation » des Français, selon l’expression de M. Macron à Figeac (Lot) le 22 avril, sans pour autant jeter l’opprobre sur le secteur. Exercice délicat, alors que les décrets pour une plus grande transparence des comptes des établissements seront publiés en mai et que l’élargissement annoncé du champ des contrôles va nécessiter une loi.

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Sur le terrain, la pénurie de personnel est toujours aussi criante, voire plus forte depuis le scandale Orpea. « On a une filière professionnelle entière à construire, résume Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, syndicat des employeurs des Ehpad privés. On n’a pas réussi à se faire suffisamment entendre du ministère du travail pendant le quinquennat précédent. On a besoin d’une loi pour le grand âge. »

Dans l’immédiat, M. Macron a promis 50 000 nouveaux postes d’infirmières et d’aides-soignantes sur cinq ans. L’exécutif est toutefois devant deux difficultés : primo, le manque de candidats pour ces filières, qui se cumule avec le faible développement de l’apprentissage ; secundo, l’inflation, qui relance les revendications salariales. Lors du prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023, le secteur compte se battre pour obtenir une double revalorisation des dotations publiques, une pour les salaires, l’autre pour créer des postes…

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Le scandale Orpea a aussi rendu plus urgente l’offre d’alternatives à l’Ehpad. Pour aider les Français à vieillir chez eux, l’Etat financera par le biais de la cinquième branche de la Sécurité sociale « deux heures » par semaine de présence supplémentaire d’une auxiliaire de vie auprès des personnes âgées à domicile, a promis M. Macron. Mais, là encore, il va falloir remédier à la pénurie de personnel. Les revalorisations engagées à l’automne 2021 n’ont pas été suffisantes pour retenir un certain nombre d’auxiliaires de vie à domicile, qui préfèrent encore aller travailler en Ehpad, où les salaires sont plus élevés.

« On ne s’en sortira pas avec les réformettes promises durant la campagne, prévient Julien Jourdan, directeur général de la Fédésap, première fédération des entreprises privées d’aide à la personne. Le secteur du grand âge a besoin de faire sa mue pour que les Français aillent moins en Ehpad. Il faut dégager une nouvelle ressource pérenne. »Lire aussi :  Emmanuel Macron ne promet plus de loi grand âge, mais des « choses concrètes »

Ruralité : faciliter l’accès aux services publics

Encore jugé déconnecté des territoires par certains, le président réélu est attendu sur les enjeux du monde rural, lesquels se sont imposés à lui avec les « gilets jaunes ». L’Association des maires ruraux de France (AMRF) appelle ainsi à renforcer les principales mesures de l’« agenda rural » – un plan d’action de 181 mesures présenté en 2019, censé « améliorer la vie des habitants des territoires ruraux »« Tant que ces services ne seront pas matériellement perceptibles et accessibles partout, on ne réglera pas les problèmes du quotidien des habitants », exhorte Michel Fournier, président de l’AMRF.

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A commencer par l’accès aux services publics, qui s’est traduit par le déploiement d’un réseau de 2 500 espaces France services : des guichets donnant accès, dans un lieu unique, à neuf partenaires nationaux (CAF, finances publiques…), censés être accessibles en moins de trente minutes. Pour que leur proximité soit effective, l’AMRF préconise de mieux les connecter avec les mairies. Autre fracture persistante : le numérique. Les maires ruraux estiment que le nombre de conseillers numériques France services déployés (actuellement 4 000) et l’engagement de M. Macron de les doubler resteront insuffisants pour répondre aux quelque 13 millions de Français estimés en difficulté face à la dématérialisation des services publics.

Une demande plus générale se fait aussi jour : « La construction d’une vision globalisante pour la ruralité de demain, accompagnée de moyens financiers et de compétences dédiées », selon Patrice Joly, président du Parlement rural – quarante organisations nationales. Le maintien d’un membre du gouvernement spécifiquement chargé de la ruralité est un prérequis – un 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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