Publié le 29/04/2022
La Covid va avec la pollution, évidemment !
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De longue date, la pollution de l’air a été identifiée comme pouvant contribuer à des infections respiratoires telles que la grippe, la dengue ou le syndrome de détresse respiratoire aigu. De façon similaire, elle pourrait majorer le risque d’infections à SARS-CoV-2 ou leur gravité en modifiant la susceptibilité de l’hôte et/ou en augmentant les co morbidités. En complément à des preuves expérimentales, de récentes études écologiques ont suggéré le rôle de cette pollution mais ces dernières comportaient un risque notable de surestimation, car menées à un niveau de groupe et non à un niveau individuel. En outre, peu de travaux ont ciblé la population d’adultes jeunes.
Z Yu et coll. ont donc conduit une étude pour mieux préciser l’association éventuelle entre exposition à court terme à une pollution atmosphérique au niveau de la résidence individuelle et risque d’infection à SARS-CoV-2 chez de jeunes adultes suédois. Ils ont analysé l’impact de différents facteurs dont le sexe, l’existence d’un surpoids, d’un asthme ou d’un tabagisme, la saisonnalité et la symptomatologie infectieuse auto rapportée. Les données de cette étude, ont été tirées de la cohorte BAMSE (Children, Allergy, Milieu, Stockholm, Epidemiology) dans laquelle ont été identifiés en PCR tous les cas positifs au SARS-CoV-2 entre le 5 Mai 2020 et le 31 Mars 2021. Le jour retenu était celui de la réalisation du test PCR, des contrôles étant effectués à des dates identiques pour le jour, la semaine et le mois. L’analyse des données recueillies a été menée entre le 1er Septembre et le 31 Mars 2021. Les polluants de l’air analysés journellement étaient les particules de diamètre ≤ 2,5 µM (PM 2,5), celles ≤ 10 µM (PM 10), les émissions de noir de carbone (black carbone BC) et les oxydes d’azote (NOx). Les mesures de ces divers polluants étaient réalisées sur le lieu même de la résidence des participants. Les émissions provenaient du trafic routier, de la combustion de bois de chauffage, de la production d’énergie, de l’industrie et d’autres sources de pollution situées dans les régions de Stockholm et d’Uppsala. Dans le même temps étaient enregistrées les données météorologiques, dont la force du vent. Le principal paramètre analysé a été le taux d’infections à SARS-CoV-2 et sa relation avec les différents polluants atmosphériques, avec utilisation de modèles de régression logistique et prise en compte de différentes covariables (âge, sexe, niveau d’éducation, profession, tabagisme, indice de masse corporelle). L’étude a été menée polluant par polluant et également de façon cumulative.
6 à 7 % de tests positifs en plus quand le taux de particules et de black carbone augmente dans l’air
Au total, 425 participants de la cohorte BAMSE ayant présenté un test PCR positif au SARS-CoV-2 ont été identifiés entre le 5 Mai 2020 et le 31 Mars 2021. Leur âge moyen était de 25,6 (écart interquartile EIQ 24,9- 26,3) ans ; 229 (53,9 %) sont des femmes. Le taux médian d’exposition au PM2,5 a été de 4,4 (2,6- 6,8) µg/m3 les jours retenus. Il a été de 7,7 (4,6- 11,3) µg/m3 pour les PM10, de 0,3 (0,2- 0,5) pour les BC et de 8,2 (5,6- 14,1) µg/m3pour les NOx. A titre de comparaison, les moyennes d’exposition les jours contrôle se situaient respectivement à 3,8 (2,4- 5,9) pour les PM2,5, à 6,6 (4,5- 10,4) pour les PM10, à 0,2 (0,2- 0,4) pour les BC et à 7,7 (5,3 -12,8) µg/m3 pour les NOx. Chaque hausse (d’un EIQ) dans le degré d’exposition aux PM 2,5 était associée, avec un décalage de 2 jours, à une augmentation relative du taux de positivité des tests PCR au SARS-CoV-2 d’environ 6,8 % (intervalle de confiance à 95 % IC : 2,1- 11,8 %). Pour l’exposition accrue aux PM10,elle était de 6,9 % (IC : 2,0- 12,1) et, avec un retard de un jour, de 5,8 % (IC : 0,3- 11,6) pour les BC. A contrario, aucune variation n’a été constatée en fonction de l’exposition aux NOx. Les résultats globaux ne sont pas non plus affectés par le sexe, la présence d’un tabagisme, un asthme éventuel, un surpoids ou en fonction de signes auto respiratoires auto rapportés de Covid-19. L’allongement de la période d’étude jusqu’ à 14 jours après exposition aux divers polluants atmosphériques n’a pas modifié les premiers résultats.
Ce travail est, à priori, le premier à avoir analysé l’association entre pollution de l’air et Covid chez des adultes jeunes. Il est apparu que chaque augmentation d’un IQR des concentrations journalières de PM2,5, PM10 et BC était associée à une hausse des taux de Covid-19 comprise entre 6 et 7 %. Ces constations sont en accord avec les résultats de plusieurs études écologiques antérieures, menées dans des régions et pays variés, qui avaient démontré qu’une qualité de l’air médiocre était associée à davantage d’infections respiratoires. Une méta analyse récente, ayant inclus 35 études observationnelles avait confirmé cette association, le rapport de risque RR se situant à 1,003 (IC : 1,002-1,004) pour une augmentation des PM2,5 et à 1,005 (CI : 1,003- 1,006) pour une augmentation de 1 µg/m3 des PM10. Dans ce travail, le délai entre exposition aux polluants de l’air et survenue de l’infection a été très court, de l’ordre de 2 jours pour les PM2,5 et 10, voire de 1 jour pour les BC. Il est plausible que l’exposition aux divers polluants provoque une inflammation des voies aériennes, entraîne un stress oxydatif, des modifications de l’immuno- modulation de l’hôte face à l’agent infectieux, voire agit en aggravant une infection pré existante. Point à souligner, ni le sexe, ni un éventuel tabagisme ou un surpoids ne semblent interférer dans cette association.
Les points forts de ce travail tiennent au modèle utilisé, stratifié en fonction du temps et à la prise en compte d’autres facteurs comme la densité de population ou le mode de vie. Ils sont aussi liés à la fiabilité des données recueillies, à partir de registres nationaux, à l’analyse effectuée à un niveau individuel et non collectif et au ciblage de différents sous-groupes de population. A l’inverse, on ne peut exclure la possibilité d’erreurs de classification ou l’intervention d’autres facteurs confondants méconnus. Des études ultérieures restent à mener, sur des populations plus nombreuses et dans d’autres régions géographiques, pour confirmer l’association entre pollution de l’air à court terme et infection à SARS-CoV-2.
En conclusion, cette étude des relations entre pollution atmosphérique et Covid-19, suggère qu’une exposition à court terme à divers polluants, sur le lieu de résidence, est associée à une augmentation du risque d’avoir un test PCR positif à SARS-CoV-2 dans les uns à deux jours suivants. Ces résultats renforcent l’intérêt, en matière de santé publique, de tenter de réduire les taux de pollution dans l’air ambiant.
Dr Pierre Margent
RÉFÉRENCE
Yu Z et coll. : Association of Short Term Air Pollution Exposure with SARS-CoV-2 Infections Among Young Adults in Sweden. JAMA Netw Open. 2022, 5 (4). e : 228 109. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2022.8109.