Des polluants chimiques détectés dans huit lacs d’altitude en Ariège, dans les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques
Parmi les 151 molécules chimiques détectées, les chercheurs ont trouvé des pesticides, des fongicides, des biocides d’usage courant et soixante composés divers utilisés dans les parfums et les produits de nettoyage.
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Les lacs d’altitude ne sont pas à l’abri de la pollution due à l’activité des hommes. Une étude publiée en avril dans la revue scientifique Science of The Total Environment révèle que 151 molécules chimiques ont été détectées dans les eaux de huit lacs d’altitude situés en Ariège, dans les Hautes-Pyrénées et dans les Pyrénées-Atlantiques. « Une dizaine de ces molécules n’ont pas pu être caractérisées », souligne Adeline Loyau, coautrice de l’étude et spécialiste des maladies de la faune sauvage et des écosystèmes de montagne au laboratoire Ecologie fonctionnelle et environnement implanté à Castanet-Tolosan, près de Toulouse (Haute-Garonne).
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Pour déceler les concentrations de polluants, les chercheurs ont plongé en été et au printemps 2018 des feuilles de silicone dans l’eau des lacs. Ces feuilles ont ensuite été analysées avec un spectromètre de masse à haute résolution par chromatographie liquide et gazeuse. « Comme nous ne savions pas à quoi nous attendre, nous avons recherché 479 produits chimiques organiques », explique Dirk Schmeller, biologiste des populations, l’autre auteur de l’étude.
Dans les extraits collectés, les chercheurs ont trouvé des pesticides, des fongicides, des biocides d’usage courant et soixante composés divers utilisés dans les parfums et les produits de nettoyage, probablement transportés par l’atmosphère depuis les plaines. « En additionnant les toxicités de toutes les molécules, on arrive à une toxicité chronique sur les huit lacs. Celle-ci peut avoir des effets sur les algues et les crustacés, pouvant détruire certains individus et leur capacité à se reproduire », craint M. Schmeller.
Tourisme et pastoralisme
Les auteurs de l’étude alertent sur la présence de deux molécules « à un niveau plus haut de toxicité » : le diazinon et la perméthrine. Ces insectifuges sont appliqués sur les moutons, les bovins et les chevaux pour les débarrasser des insectes piqueurs. « On trouve de la perméthrine dans les colliers antiparasitaires pour chiens et dans les sprays antimoustiques pulvérisés sur les chaussures et vêtements des randonneurs », précise Adeline Loyau, qui soupçonne le tourisme et le pastoralisme d’être des sources d’introduction de ces molécules en haute altitude.
« La disparition des microcrustacés (…) peut impacter la qualité de l’eau qui pourrait ne plus être potable »
Dirk Schmeller, biologiste
Le taux des deux molécules chimiques – retrouvées dans l’étang d’Ayès, dans le Couserans ariégeois, et le lac Acherito, près du village de Lescun (Pyrénées-Atlantiques) – fait grimper la toxicité chronique à un niveau supérieur, et par conséquent risqué. L’équipe note d’ailleurs que plus la présence des deux composés toxiques est importante, et plus celle des crustacés microscopiques baisse. Pourtant, « les microcrustacés sont des éléments du sous-plancton très importants. Ils filtrent les particules et ont une fonction de nettoyage de l’eau. Mais leur disparition modifie l’écosystème de ces lacs, en plus des effets du réchauffement climatique, et peut impacter la qualité de l’eau qui pourrait ne plus être potable », affirme Dirk Schmeller.
Une autre molécule alarme Adeline Loyau : le benzothiazole. « Il est un produit cancérogène non introduit comme tel, mais comme un sous-produit issu de la dégradation de molécules, que l’on trouve dans les herbicides, par exemple », explique-t-elle, « choquée » :
« J’ai été frappée de la rencontrer, avec des concentrations élevées dans tous les lacs. »
Les deux chercheurs suggèrent des pistes pour limiter ces polluants chimiques à risque. Ils encouragent notamment les offices de tourisme à mener des campagnes de sensibilisation auprès des touristes et des éleveurs de bétail. « Je sais que ces derniers doivent respecter un délai légal entre l’application de ces produits sur les bêtes et la montée en estive. Peut-être faut-il l’allonger », préconise-t-elle.
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Audrey Sommazi(Toulouse, correspondance)