Les biosimilaires à l’assaut des pharmacies
Le gouvernement pourrait généraliser le recours à ces alternatives, dont les prix de vente sont en moyenne 30 % moins chers que les biomédicaments de référence, afin de réduire les dépenses de santé.
Par Zeliha ChaffinPublié hier à 00h48, mis à jour hier à 11h30
Temps de Lecture 3 min.

La victoire est timide, mais les partisans des biosimilaires – ces copies quasi identiques de médicaments biologiques dont le brevet est tombé dans le domaine public – ne boudent pas entièrement leur plaisir.
Après près d’une décennie de bataille, le gouvernement vient d’octroyer, dans un arrêté publié au Journal officiel, le 14 avril, un droit de substitution des médicaments biologiques aux pharmaciens, afin d’accélérer le recours aux biosimilaires en France.
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Concrètement, les officines pourront désormais proposer ces alternatives, en moyenne 30 % moins chères, à leurs clients, à la place des médicaments biologiques de référence, à l’instar de ce qui se pratique déjà couramment avec les génériques. Avec un bémol : seuls deux biomédicaments sont concernés par cette autorisation, le Neulasta et le Neupogen (qui sont utilisés dans le traitement des neutropénies, un trouble hématologique sévère).
« Certes, la liste est, pour l’instant, limitée, mais cela reste une étape historique. Elle fait écho à celle franchie le 12 juin 1999, qui a permis aux médicaments génériques de prendre leur essor en France ces vingt-trois dernières années, et à l’Assurance-maladie de réaliser d’importantes économies », se félicite Jérôme Wirotius, directeur général de Biogaran, une filiale du laboratoire français Servier. Un avis également partagé par le Gemme, le lobby des fabricants de génériques et biosimilaires, qui a salué cette décision dans un communiqué.
« On va vite constater que ça ne marchera pas »
Un enthousiasme que ne partagent toutefois pas tous les acteurs de la filière. Le think tank Biosimilaires, porté par les laboratoires pharmaceutiques Accord Healthcare, Amgen et Sandoz, juge, quant à lui, cette liste dérisoire, estimant que les deux biomédicaments retenus par l’Etat, déjà largement substitués par des biosimilaires en pratique, ne permettront pas de réaliser des économies supplémentaires importantes.
« Ce sont des traitements qui sont très peu prescrits, à l’inverse d’autres biomédicaments, qui ne sont pourtant pas dans la liste, comme le Lovenox ou l’Humira », regrette également Pierre-Olivier Variot, président de l’Union de syndicats de pharmaciens d’officine (USPO).
Lors de la concertation avec le gouvernement, qui s’est achevée au début de l’année, les pharmaciens avaient réclamé que la liste inclue davantage de médicaments. Mais le gouvernement a finalement décidé de réserver le droit de substitution de certains biomédicaments aux seuls médecins. Absurde aux yeux des pharmaciens, qui plébiscitent une liste commune aux deux professions.
« On va vite constater que ça ne marchera pas. Cela avait été tenté autrefois pour les génériques. On avait commencé par donner des incitations aux médecins pour prescrire des génériques, mais ça n’a pas fonctionné et, finalement, on a dû s’appuyer aussi sur les pharmaciens », souligne Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).
Un gisement d’économies peu exploité
Réduire la facture de l’Assurance-maladie. Là est pourtant tout l’enjeu pour le gouvernement. Car les médicaments biologiques, qui ont permis à la médecine de réaliser d’importants progrès ces dernières décennies, gagnent de plus en plus de terrain dans la pharmacopée française. Ces thérapeutiques innovantes, dont les molécules sont produites à partir d’organismes vivants – contrairement aux médicaments « classiques », obtenus par synthèse chimique –, et qui sont utilisées dans le traitement de pathologies graves ou chroniques, comme le diabète, les cancers ou les maladies auto-immunes, coûtent cependant chers à l’Etat. Parmi les dix médicaments les plus onéreux pour l’Assurance-maladie, en 2021 (à l’exclusion de ceux délivrés à des patients à l’hôpital), figurent ainsi sept biomédicaments de référence, qui disposent pourtant, pour la plupart, d’alternatives moins chères.
Lire aussi Biomédicaments : l’avenir de la pharmacie ?*
Un gisement d’économies identifié de longue date, mais jusqu’à présent peu exploité, sous la pression, en partie, des fabricants de biomédicaments, peu enclins à voir leurs produits-stars se faire concurrencer. En 2017, la Cour des comptes calculait ainsi qu’une substitution à 80 % des huit biomédicaments les plus répandus à l’époque par des biosimilaires permettrait au système de santé d’épargner jusqu’à 680 millions d’euros par an. Une estimation qui pourrait encore gonfler ces prochaines années et atteindre près de 1 milliard d’euros, alors que huit autres biomédicaments sont sur le point de perdre leur exclusivité commerciale d’ici à 2027.
Le gouvernement s’était d’ailleurs fixé, dans sa feuille de route quinquennale sur la santé, un objectif : atteindre un taux de pénétration des biosimilaires de 80 % d’ici à 2022. Mais si les biosimilaires sont aujourd’hui largement utilisés à l’hôpital, ils restent peu prescrits par les médecins en ville, où leur taux de pénétration plafonne autour de 23 %. L’arrêté du 14 avril devrait y remédier. « A condition que la liste des biomédicaments substituables par les pharmaciens soit élargie. Cet arrêté est un début, mais ce n’est pas encore satisfaisant en l’état », estime M. Besset.
Zeliha Chaffin
Biomédicaments : l’avenir de la pharmacie ?
Pourra-t-on un jour « booster » notre système immunitaire sur commande pour guérir les maladies voir éviter de tomber malade ? C’est le principe des biomédicaments : des nouveaux médicaments d’origine biologique qui utilisent les ressources naturelles du corps humain (gène, ADN, anticorps) pour traiter des maladies rares ou mal traitées aujourd’hui.
Le MondePublié le 11 juin 2014 à 16h21 – Mis à jour le 11 juin 2014 à 16h21
Temps de Lecture 3 min.
Pourra-t-on un jour « booster » notre système immunitaire sur commande pour guérir les maladies voir éviter de tomber malade ? C’est le principe des biomédicaments : des nouveaux médicaments d’origine biologique qui utilisent les ressources naturelles du corps humain (gène, ADN, anticorps) pour traiter des maladies rares ou mal traitées aujourd’hui.
« Nous travaillons sur le dérèglement du système immunitaire et sur la manière dont nos médicaments peuvent le rééquilibrer. Nous n’agissons pas de manière directe et classique sur la maladie, nous agissons en amont sur ce qui va créer cette maladie et nos outils sont des biomédicaments sous la forme d’anticorps monoclonaux », précise Bernard Vanhove, consultant scientifique au sein de la société Effimune.

Cette start-up, créée en 2008, a signé en octobre dernier un accord industriel avec Janssen Biotech, filiale de Johnson et Johnson, une avancée majeure pour Effimune qui vient de commencer le développement clinique sur l’homme. Principal secteur d’action de ce partenariat : soigner et soulager les patients atteints d’une polyarthrite rhumatoïde, « un marché important qui correspond au domaine d’activité de Janssen Biotech », explique Maryvonne Hiance. A ce stade, Effimune est en plein développement avec d’excellents résultats : « tous les feus sont verts pour la polyarthrite rhumatoïde ! Nous avons déjà en main un vrai médicament qui pourrait être commercialisé entre 2018 et 2020 ».
Les biomédicaments représenteraient donc l’avenir de la pharmacie : « Demain plus de 50% de nos traitements seront biologiques alors qu’aujourd’hui ce type de médicament ne représente que 20% du marché » comme l’affirme Maryvonne Hiance. Pourquoi cela ?« Parce que ce sont des médicaments mieux ciblés, personnalisés avec des effets secondaires moins importants, le seul hic c’est le coût. Ce sont des médicaments qui coûtent chers mais comme ils sont mieux personnalisés ils sont administrés à une population ciblée alors que les médicaments traditionnels prescrits à certain patient entraînent des effets secondaires et ne les soignent pas ». Mais cela devrait assez rapidement évoluer « les génériques commencent à toucher les biomédicaments, on peut donc imaginer que dans quelques années ces thérapies seront moins chers et accessibles à tous » remarque Bernard Vanhove.
Chez Affilogic, une autre start-up implantée à Nantes, les chercheurs travaillent sur les nanofitines, de petites protéines issues de bactéries du parc américain du Yellowstone. Leur atout ? Le coût de production est similaire « à un antibiotique classique » précise Olivier Kitten, président d’Affilogic qui développe actuellement des traitements contre la maladie de Crohn et le psoriasis. Ces nanofitines ont comme propriété de remplir la même fonction que les anticorps fabriqués par notre organisme, mais elles sont plus efficaces explique Olivier Kitten : « Si on prend l’exemple du psoriasis, il y a de très bons traitements. En gros, on inonde l’organisme d’anticorps par injection pour qu’une petite partie aille sous la peau et puisse avoir un effet sur la maladie. Ça fonctionne mais avec des quantités importantes de produit et avec des molécules qui vont aller partout se balader dans l’organisme et ainsi avoir des effets un peu partout, certains bénéfiques et d’autres non. Aujourd’hui, les anticorps ne sont pas faits et ne sont pas assez résistants pour fonctionner directement sur la peau or les nanofitines le sont ! Nous traitons ainsi localement sur des souris ce traitement qui n’endommage aucune autre

De plus comparé aux anticorps, les nanofitines sont extrêmement résistantes, elles peuvent vivre dans des conditions de vie avec des températures très élevées ou très acides (comme dans l’estomac), un atout majeur pour soigner la maladie de Crohn, cette maladie qui touche principalement la paroi de l’intestin.

Inventer les médicaments du futur c’est aussi la priorité d’In Cell Art, « une société de transport » pas comme les autres. Bruno Pitard, fondateur de l’entreprise « développe des nanotaxis de nouvelle génération ». Ces nanotaxis sont capables de transporter des molécules type ADN, ARN, anticorps ou protéines pour les conduire directement dans la cellule. « C’est un peu comme les notions de transport », s’amuse Bruno Pitard, « on a besoin de délivrer à bon port, au bon endroit, sans toxicité, sans accident, en toute innocuité avec une bonne efficacité dans les temps et les délais ». Ces nanotaxis sont utilisés dans le développement de nouveaux vaccins, de nouveaux produits à usage thérapeutique utilisant des biomédicaments. In Cell Art collabore aujourd’hui avec Sanofi Pasteur au sein d’un consortium international pour développer une nouvelle génération de vaccins contre les maladies infectieuses. Budget : 33 millions d’euros, financés par l’agence de défense américaine.
Le biomédicament, véritable ingénierie du vivant est incontestablement le symbole d’importants enjeux, tant médicaux qu’économiques. Il incarne parfaitement la médecine de demain qui se focalise de plus en plus sur le patient plutôt que sur la maladie.
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