6000 euros par mois pour 35h avec une assistante et une secrétaire… le remède miracle d’un centre de santé à CHOLET
Par Sandy Bonin le 11-03-2022

Et si le centre Madeleine Brès de Cholet avait trouvé la clé du succès contre les déserts médicaux ? Ouvert il y a tout juste un an, ce centre médical destiné aux patients sans médecins traitants est géré par le groupe mutualiste VYV Pays de la Loire. Il salarie des médecins retraités, fait travailler des internes et emploie une assistante et une secrétaire médicale pour permettre aux soignants de travailler dans les meilleures conditions.
« Je suis obligé de refuser du monde, il n’y a plus de place pour les médecins retraités qui veulent venir travailler chez nous, tous les postes sont occupés », le Dr François Nivault, généraliste retraité est médecin coordinateur du centre de santé Madeleine Brès. Ouvert, il y a tout juste un an, le 1er mars 2021, ce lieu de soins, installé dans la Tour Emeraude de Cholet (Pays de la Loire) est destiné aux patients sans médecin traitant. Après Laval et le Mans, le centre de Cholet est le troisième lancé par VYV3, l’offre de soins et d’accompagnements du groupe VYV. Et comme les précédents, c’est un succès.
« A l’origine, nous avons été contactés par le Conseil de l’Ordre qui s’inquiétait de voir les médecins de la région partir à la retraite sans être remplacés », explique Audrey Arzur-Monet, responsable des centres de santé pour VYV3, faisant référence aux centres de Laval et du Mans. A Cholet, l’idée a été initiée par la mutuelle La Cholétaise. Le concept « est de salarier des médecins retraités un certain nombre de jours par semaine et de les décharger de la partie administrative », ajoute-t-elle.
« Rendre service à la population »
C’est le Dr François Nivault, qui a été chargé de recruter des confrères. Et la tâche a été plus simple que prévue. « Les médecins sont ravis de venir travailler quelques jours par semaine et rendre service à la population. Ils étaient tous partant pour donner du temps », s’enthousiasme le généraliste. Douze médecins retraités assurent ainsi les consultations, ce qui représente entre deux et six jours de travail par mois, avec l’aide de deux internes et d’un Saspas.
« Je travaille quatre jours de suite par mois, j’aime bien ce principe. J’avais pris ma retraite du libéral en 1998. Je suis ravie de recréer quelque chose qui correspond à un besoin. Ce centre de santé rend service à la population, c’est indiscutable », commente le Dr Michel Moneger, médecin généraliste salarié du centre. « La première patiente que j’ai vue au sein de ce centre, c’est une dame atteinte d’une sclérose en plaques qui n’avait pas consulté depuis trois ans », retrace le praticien qui reçoit fréquemment des patients en ALD qui n’ont pas vu de médecins depuis plusieurs années. « Il ne s’agit pas d’une population qui se néglige, c’est pareil pour tous, ils font le tour des médecins et ils ne trouvent rien », déplore le généraliste retraité.
Troisième vague, vaccination… Médecins retraités ou carabins, ils se démènent pour prêter main forte
Depuis l’ouverture du centre, il y a un an, près de 1000 patients viennent consulter chaque mois. « Il s’agit de services médicaux de proximité », rappelle Audrey Arzur-Money qui insiste, « le centre est exclusivement dédié aux patients sortis du système de santé qui n’ont pas de médecins traitants. Notre idée n’est pas du tout de capter la patientèle des généralistes déjà installés ». « Pas moins de 17 % de la population de l’agglomération choletaise, soit plus de 13 000 assurés du régime général, sont actuellement sans médecin traitant et parmi eux, une proportion importante de publics fragiles », indique un communiqué de l’Agglomération du Choletais.
Conditions de travail idéales
L’autre objectif du centre Madeleine Brès est de parvenir à salarier de jeunes médecins pour que ces derniers puissent pérenniser la patientèle. Mais malgré les internes qui réalisent leurs stages dans le centre, ça n’est pas simple.
Pourtant les conditions de travail sont idéales...
« Nous avons une secrétaire et une assistante médicale, qui est une ancienne infirmière. C’est un confort de travail que nous ne connaissions pas en libéral », analyse le Dr Nivault. Exit ainsi la paperasse, gérée par la secrétaire. Quant à l’assistante médicale, elle s’occupe entre autres la prise de rendez-vous pour les examens complémentaires, de la mise en ordre des dossiers médicaux ou encore des électrocardiogrammes et de la vaccination.
Financièrement, l’offre est également attractive. « Pour cinq jours par semaine, un jeune médecin pourrait gagner 6.000 à 7.000 euros par mois. C’est environ 35 euros net de l’heure », dévoile le Dr Nivault. Pour les praticiens retraités, « c’est un plus », commente le Dr Moneger qui gagne en moyenne 300 euros par journée travaillée. « On ne gagne pas des fortunes mais c’est confortable. C’est sûr que financièrement le libéral est plus intéressant », ajoute le Dr Moneger. Qu’il s’agisse de Cholet mais aussi des autres centres de santé installés au Mans et à Laval, le salaire des praticiens est indexé sur l’activité globale du centre.
Equilibre financier
C’est la mutuelle VYV qui règle le salaire des médecins. « Nous sommes le porteur juridique et l’employeur des généralistes », explique Audrey Arzur-Monet qui admet que le but est d’arriver à l’équilibre financier. Mais pour y parvenir, la mutuelle n’impose pas de cadence folle aux médecins, comme ça a déjà pu être le cas dans d’autres centres de santé. « Nous avons élaboré le budget pour trois consultations par heure. Ce chiffre est connu des médecins, nous ne vérifions pas ou ne leur rappelons pas », détaille Audrey Arzur-Monet.
Un planning à la carte, du temps médical et pas de cadences infernales pour des centres de santé qui parviennent à l’équilibre financier, la mutuelle VYV3 aurait-elle trouvé le secret pour mettre fin aux déserts médicaux ? « Le secret c’est que ça ne fonctionne qu’avec des aides publiques et des collectivités. Le centre ne serait pas viable de façon autonome, sans nos partenaires qui sont la Ville, le Département, la Région, la CPAM, l’ARS… Notre objectif est de mettre tous les acteurs autour de la table pour aboutir à un projet »,explique Audrey Arzur-Monet. Ainsi, l’agglomération de Cholet paie le loyer et finance un poste administratif.
Qu’il s’agisse de Laval, du Mans ou de Cholet, les centres de santé ont « une visée provisoire », précise le groupe mutualiste. « Nous savons que ça n’est pas une solution pérenne. Les modèles sont construits pour trois ans », prévient Audrey Arzur-Monet. A Laval, où 4500 patients ont déjà déclaré le centre comme médecin traitant, le contrat vient d’être prolongé…
Qui était Madeleine Brès ?
Le centre médical porte le nom de Madeleine Brès, la première femme française à obtenir son diplôme de médecine après un long combat pour poursuivre ses études. Née en 1842, elle accompagna, à l’âge de 8 ans, son père à l’hôpital de Nîmes (Gard) dans lequel il travaillait et sa vocation vue le jour. Âgée de 26 ans, mère de trois enfants et dotée d’une motivation sans égale, elle se fait remarquer comme stagiaire à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris et pendant le conflit franco-allemand de 1870. Elle obtient finalement son diplôme de médecine en 1875. Elle est décédée à Montrouge (Hauts-de-Seine) en 1921 à l’âge de 79 ans.
Cholet. La nouvelle maison médicale à la tour Emeraude ouvrira le lundi 1er mars
C’est officiel. Le nouveau centre de santé, composé d’une dizaine de médecins généralistes, retraités pour la plupart, va ouvrir ses portes dans la tour Emeraude le lundi 1er mars. L’établissement portera le nom de Madeleine Brès.
Afficher le diaporama Le Courrier de l’Ouest
Publié le 24/02/2021 à 11h24
Le long feuilleton de la maison médicale à la tour Emeraude va prendre fin. En effet, dans moins d’une semaine, le lundi 1er mars précisément, le service de santé ouvrira ses portes. Le projet devait aboutir en juin dernier mais la crise du Covid-19 a repoussé l’échéance. Ce dispositif, pour le moins innovant, est composé d’une dizaine de médecins généralistes, majoritairement retraités, qui seront épaulés dans leur quotidien par des étudiants en médecine. Une organisation nécessaire face à la pénurie de médecins sur le territoire
, comme le souligne dans un communiqué l’Agglomération du Choletais, qui ajoute : Le phénomène va s’aggraver dans les prochaines années avec des départs en retraite de praticiens non remplacés […] Pas moins de 17 % de la population de l’agglomération choletaise, soit plus de 13 000 assurés du régime général, sont actuellement sans médecin traitant et parmi eux, une proportion importante de publics fragiles.
Comment prendre rendez-vous auprès du centre ?
Ce constat a donc abouti à la création de la nouvelle maison médicale, soutenue bien sûr par l’Agglomération du Choletais et initiée à l’origine par la Mutuelle La Choletaise. Le service sera géré au quotidien par le groupe VYV³ Pays de la Loire, un des leaders régionaux du secteur de l’économie sociale et solidaire avec plus de 320 établissements et un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros. Au-delà du service apporté à la population, cette organisation doit aussi contribuer à la formation des futurs médecins et encourager leur installation sur le territoire.
Dès aujourd’hui, les habitants du Choletais, qui n’ont pas de médecin traitant, pourront prendre rendez-vous auprès du secrétariat médical en contactant le n° 02 41 41 11 25. Les consultations seront assurées du lundi au vendredi, de 8 h 30 à 13 h 30 et de 14 h à 19 h. Le service est situé le long du périphérique, dans le quartier Jean-Monnet, au 4 rue du Val-de-Loire.
Qui est Madeleine Brès ?
Le centre médical va porter le nom de Madeleine Brès, la première femme française à obtenir son diplôme de médecine après un long combat pour poursuivre ses études. Née en 1842, elle accompagna, à l’âge de 8 ans, son père à l’hôpital de Nîmes (Gard) dans lequel il travaillait et sa vocation vu le jour. Âgée de 26 ans, mère de trois enfants et dotée d’une motivation sans égale, elle se fait remarquer comme stagiaire à l’hôpîtal de la Pitié Salpétrière à Paris et pendant le conflit franco-allemand de 1870. Elle obtient finalement son diplôme de médecine en 1875. Elle fonda également sa propre crèche en 1885. Elle est décédée à Montrouge (Hauts-de-Seine) en 1921 à l’âge de 79 ans.
Cholet. Dix à douze médecins feront vivre le service médical de proximité
Ouvert lundi Tour Émeraude dans le quartier Jean-Monnet, ce service inédit à Cholet entend pallier une partie des manques de l’offre locale de santé. Et donner envie à des généralistes de s’y installer.
Afficher le diaporamaLe Courrier de l’Ouest Yves BOITEAUPublié le 01/03/2021 à 19h05
S’ils ne l’ont pas encore enregistré, les habitants de l’agglomération sans médecin référent, ne devraient pas tarder à mémoriser ce numéro de téléphone : 02 41 41 11 25. C’est celui du nouveau service médical de proximité Madeleine-Brès, ouvert depuis lundi au 4e étage de la Tour Émeraude dans le quartier Jean-Monnet à Cholet. Au bord du boulevard périphérique et à proximité de l’hôpital, cette maison médicale, qui n’en porte pas le nom, repose sur l’engagement inédit d’une multitude d’acteurs de santé du territoire. À commencer par la dizaine de médecins généralistes retraités qui ont accepté d’y reprendre du service à raison d’une ou deux journées par semaine.
13 000 assurés sans médecin référent
Le Dr François Nivault est de ceux-là. Retiré de la maison médicale rue du Paradis, l’ex-médecin généraliste libéral est désormais salarié à temps partiel du groupe mutualiste VYV³ qui a pris la main sur la gestion de ce centre de santé, inédit à Cholet. Aux côtés notamment du Dr Anne-Marie Prinet, François Nivault a contribué aux toutes premières réflexions lancées par la Mutuelle La Choletaise il y a un peu plus de deux ans. Le défi était (et reste) de taille avec une estimation de 13 000 assurés du régime général sans médecin traitant sur l’Agglo. Ne pas avoir de médecin référent, c’est non seulement ne pas bénéficier d’un suivi mais c’est être aussi privé du parcours de soins coordonnés qui permet une meilleure prise en charge des dépenses de santé. C’est la double peine
, rappelle le Dr Michel Moneger, autre professionnel retraité embarqué dans l’aventure, qui assurait lundi sa première permanence.
Pas d’inscription sans consultation
Pas de bousculade dans la salle d’attente au demeurant ce lundi après-midi. Mais beaucoup d’appels en revanche au standard téléphonique où officie Jean Chauviré, un agent de l’Agglomération du Choletais. Les gens appellent pour s’inscrire essentiellement. Mais on leur précise bien que cela ne peut se faire qu’à l’occasion de leur première consultation
, précise le Dr François Nivault, qui coordonne le planning de permanences des médecins. Aux dix professionnels déjà engagés, devraient s’ajouter un ou deux autres ces prochains jours, donnant un peu plus de souplesse encore à l’organisation. Un poste d’assistant médical devrait rejoindre aussi l’effectif. En attendant l’arrivée d’internes en médecine. Car le but du projet reste de faciliter l’installation de nouveaux médecins sur Cholet
précise Sandrine Boyer du groupe VYV³. À plein régime, on devrait pouvoir répondre aux besoins de 5 000 patients environ. Pas de 13 000
, précise le Dr François Nivault. De quoi construire la future patientèle de deux voire trois futurs médecins généralistes.
À savoir : Qui fait quoi ?
Le service médical de proximité Madeleine-Brès se trouve dans des locaux, loués par l’Agglo du Choletais, laquelle lui met par ailleurs à disposition un agent administratif. L’Agence régionale de santé lui a versé une aide au démarrage et finance les systèmes d’information. Le projet est soutenu par le Conseil régional au titre d’un accompagnement à l’innovation, la CPAM49 (assistant médical) et la Mutuelle La Choletaise.
Mais c’est le groupe VYV³ qui assure sa gestion
Cholet. Dix à douze médecins feront vivre le service médical de proximité