Le GIEC appelle à des mesures immédiates et dans tous les secteurs pour « garantir un avenir vivable »
Le pic des émissions doit être atteint au plus tard en 2025 pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, souligne le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat dans un nouveau rapport.
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Si la lutte contre le changement climatique s’apparentait à un minuteur, le temps serait désormais écoulé. Sans une réduction immédiate et drastique des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans tous les secteurs, il sera définitivement impossible de limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Maintenir à portée de main cet objectif – le plus ambitieux de l’accord de Paris adopté en 2015 – implique d’atteindre un pic des émissions au plus tard en 2025, avant une décrue dans tous les domaines.
Les changements à opérer sont majeurs et passent par une réduction importante des énergies fossiles, l’accroissement des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et de l’électrification, les modifications des modes de vie, une hausse substantielle des financements et l’aide de l’innovation technologique. Voilà les principales conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publiées lundi 4 avril, dans le troisième et dernier volet de son sixième rapport d’évaluation, dont la synthèse est prévue pour septembre
Cet opus boucle une trilogie catastrophe détaillant l’état des connaissances scientifiques sur le changement climatique. Le premier chapitre, publié en août 2021, a mis en lumière l’accélération du réchauffement, qui s’aggrave partout, à des niveaux sans précédent, avec des risques de points de basculement. Le deuxième, fin février, décrivait les impacts toujours plus ravageurs, généralisés et désormais souvent irréversibles du changement climatique sur la population et les écosystèmes, ainsi que l’adaptation rendue de plus en plus coûteuse et difficile. Le troisième rapport, rédigé par 278 chercheurs de 65 pays, à partir de l’analyse de 18 000 études scientifiques, détaille l’éventail des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, ce qui en fait le chapitre le plus politique.
Son « résumé à l’intention des décideurs », un condensé du rapport scientifique de près de 3 000 pages, négocié durant deux semaines par les représentants des 195 pays membres du GIEC, en collaboration avec les auteurs qui gardent le dernier mot, a été achevé avec plus de quarante-huit heures de retard. Un record depuis la création de l’instance onusienne en 1988.
Fenêtre étroite
Les blocages ont porté sur la réduction des énergies fossiles, le rôle des technologies, les questions d’équité et surtout de finance, selon des observateurs. Les pays développés, menés par les Etats-Unis, étaient notamment réticents à intégrer la mention des flux financiers importants dont auraient besoin les pays en développement pour réduire leurs émissions. L’Arabie saoudite, de son côté, a essayé d’amoindrir les messages sur l’utilisation des combustibles fossiles.
« Nous sommes à la croisée des chemins. Les décisions que nous prenons maintenant peuvent garantir un avenir vivable. Nous disposons des outils et du savoir-faire nécessaires pour limiter le réchauffement », a déclaré Hoesung Lee, le président du GIEC, se disant « encouragé par les mesures climatiques prises dans de nombreux pays ». L’instance se félicite notamment que les « preuves de l’action climatique se multiplient » à l’échelle mondiale. Un nombre croissant de politiques et de lois ont amélioré l’efficacité énergétique, réduit les taux de déforestation et accéléré le déploiement des énergies renouvelables.
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Malgré tout, ces politiques restent largement insuffisantes pour mettre le monde sur la bonne trajectoire. Les émissions de gaz à effet de serre sont en hausse constante et ont atteint des records entre 2010 et 2019. Le rythme a toutefois ralenti : les émissions ont augmenté de 1,3 % par an en moyenne sur la décennie contre 2,1 % entre 2000 et 2009. Mais elles ont bondi en 2021 pour atteindre un niveau historique, post pandémie de Covid-19.
Les émissions ont augmenté, en raison de la hausse de l’activité mondiale, dans tous les secteurs : l’approvisionnement en énergie, l’industrie, les transports, l’agriculture et les bâtiments. Seuls 18 pays ont réussi à réduire leurs émissions de manière durable, c’est-à-dire pendant plus de dix ans. Les émissions varient largement d’une région et d’un pays à l’autre (entre 2,6 tonnes et 19 tonnes équivalent CO2 par personne en moyenne), mais elles dépendent largement des niveaux de revenus : les 10 % des habitants les plus riches contribuent de 34 % à 45 % de l’empreinte carbone des ménages, tandis que les 50 % les moins aisés n’y prennent part qu’à hauteur de 13 % à 15 %.
La fenêtre pour éviter les pires effets de la crise climatique est désormais extrêmement étroite, mais on peut encore s’y faufiler, conclut le GIEC, dans un message similaire à son précédent rapport publié en 2014. Dans tous les scénarios étudiés, avoir une chance de limiter le réchauffement à 1,5 °C ou à 2 °C « implique des réductions de gaz à effet de serre rapides, profondes et la plupart du temps immédiates dans tous les secteurs ». Les émissions doivent atteindre leur maximum avant 2025, avant d’être réduites de 43 % d’ici à 2030 par rapport à 2019 dans le premier cas et de 27 % dans le second.
Même si nous y parvenons, il est « presque inévitable » que nous dépasserons temporairement 1,5 °C, avant de revenir éventuellement au-dessous d’ici à la fin du siècle. « Ce n’est pas un seuil absolu. Chaque fraction de degré compte et aggrave les impacts du réchauffement », rappelle Céline Guivarch, directrice de recherche au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), et coautrice du rapport.
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Réduire l’utilisation globale des énergies fossiles
La température mondiale ne pourra être stabilisée sans atteindre la neutralité carbone – au début des années 2050 si l’on veut maintenir le réchauffement à 1,5 °C et au début des années 2070 pour 2 °C. Les pays doivent donc d’urgence renforcer leurs politiques climatiques. Sans cela, le monde se dirige vers un réchauffement planétaire moyen de 3,2 °C à la fin du siècle, jusqu’à 5 °C dans le haut de la fourchette du pire scénario.
Comment éviter d’en arriver là et inverser la tendance ? D’abord, en réduisant de manière « substantielle » l’utilisation globale des combustibles fossiles, principale cause du réchauffement. La consommation de charbon, de pétrole et de gaz doit diminuer respectivement de 95 %, de 60 % et de 45 % en 2050 par rapport à 2019, pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. « Cela suppose aussi de fermer prématurément les centrales à gaz, pétrole et charbon, observe Franck Lecocq, directeur du Cired et coauteur du rapport. Toute construction nouvelle rend encore plus difficile l’atteinte de nos objectifs. »
Les technologies de captage et stockage, qui récupèrent le CO2 dans les fumées, seront incontournables pour contrebalancer les émissions résiduelles du secteur de l’énergie, même si elles pourraient toutefois « permettre d’utiliser les combustibles fossiles plus longtemps ». Les techniques d’élimination du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, notamment via la plantation d’arbres, seront également centrales pour atteindre la neutralité carbone. A condition que le rythme de déploiement de ces technologies s’accélère : il est aujourd’hui bien inférieur à ce qui serait nécessaire pour maintenir le réchauffement sous la barre de 2 °C. Et ces techniques, notamment lorsqu’elles sont mal mises en œuvre à grande échelle, peuvent avoir des conséquences socio-économiques et environnementales négatives.
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En parallèle, des sources d’énergie bas carbone doivent être déployées. S’il existe encore de nombreux défis à la mise en place d’un système énergétique fondé entièrement sur les renouvelables, les chercheurs notent qu’une « variété de solutions systémiques » permet déjà d’en intégrer une part importante.
« Important potentiel inexploité »
Secteur par secteur, le rapport détaille les pistes de réduction des émissions, toutes économiquement viables. « Avoir les bonnes politiques, les bonnes infrastructures et les bonnes technologies pour changer nos modes de vie et nos comportements peut entraîner une baisse de 40 % à 70 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, a déclaré Priyadarshi Shukla, le coprésident du groupe de travail III du GIEC, qui consacre pour la première fois un chapitre à la demande. Il y a donc un important potentiel inexploité. » « Cet objectif de décarbonation n’est pas incompatible avec l’accès à une vie décente, notamment dans les pays en développement », précise Franck Lecocq.
Dans l’industrie, le défi sera difficile à relever. Il faudra utiliser plus efficacement les matériaux, réutiliser et recycler davantage, minimiser les déchets, agir sur la demande. Les processus de production devront également être transformés par un recours accru à l’électricité, à l’hydrogène et aux technologies de stockage et de captage du CO2.
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Les zones urbaines doivent également être repensées : les bâtiments doivent être rénovés de façon ambitieuse et à un rythme accéléré, les transports en commun et non motorisés encouragés, les villes électrifiées. Elles pourraient devenir plus compactes, avec des logements proches des lieux de travail, et disposer d’espaces verts ou de lacs pour absorber le carbone. La demande en énergie et en matériaux doit également être réduite.
Protection et restauration de forêts ou des zones humides, baisse de la déforestation dans les régions tropicales, gestion durable des cultures et du bétail, mais aussi modification des régimes alimentaires, réduction des pertes et des gaspillages de nourriture… Les options pour réduire les émissions du secteur de l’agriculture, des forêts et de l’utilisation des sols, tout en accroissant sa capacité de captage du carbone, sont également nombreuses. Le GIEC souligne toutefois que les mesures d’atténuation dans ce secteur « ne peuvent compenser » des réductions d’émissions qui auraient été remises à plus tard dans d’autres. Et que ces options peuvent aussi avoir des conséquences négatives pour la biodiversité, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en bois ou encore les droits des peuples autochtones, qui doivent être évitées.
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Au-delà de la volonté et de la capacité des responsables politiques à engager et à mettre en œuvre ces mesures, la question des moyens sera déterminante. Aujourd’hui, les flux financiers internationaux ne permettent pas d’atteindre les objectifs d’atténuation et font particulièrement défaut dans les pays en développement. Pour limiter le réchauffement à moins de 2 °C, les investissements annuels doivent être, entre 2020 et 2030, de trois à six fois supérieurs à ce qu’ils sont actuellement. « Il y a suffisamment de capitaux et de liquidités mondiales pour combler ces déficits d’investissement », soulignent les chercheurs. La suppression des subventions aux combustibles fossiles contribuerait également à réduire le niveau d’émissions, même si elle pourrait avoir des effets redistributifs négatifs, en particulier pour les groupes sociaux les vulnérables.
Le rapport montre que tenir l’objectif de 2° C, et encore plus de 1,5° C, coûte cher, et impliquera une légère baisse du PIB mondial en 2050. Mais « le coût global de la limitation du réchauffement à 2 °C au cours du XXIe siècle est inférieur aux avantages économiques mondiaux de la réduction du réchauffement »,notamment liés à l’évitement de catastrophes climatiques, estime le GIEC. « Plus on attend pour agir, et plus cela deviendra coûteux et difficile », ajoute Céline Guivarch.
Dans leur rapport, les experts du GIEC montrent à quel point atténuer les effets du dérèglement est indispensable pour atteindre les objectifs de développement durable. « Sans mesures d’atténuation urgentes, efficaces et équitables, le changement climatique menacera de plus en plus la santé et les moyens de subsistance des populations du monde entier, les écosystèmes et la biodiversité »,rappellent-ils.
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Audrey Garric et Perrine MouterdeContribuer
Rapport du GIEC : « Chaque émission de gaz à effet de serre évitée réduit le changement climatique et ses effets »
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a publié, lundi, un rapport détaillant l’éventail des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les chercheurs Céline Guivarch et Franck Lecocq, coauteurs du rapport, ont répondu à vos questions.
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Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié, lundi 4 avril, le troisième et dernier volet de son sixième rapport d’évaluation.
La fenêtre pour éviter les pires effets de la crise climatique est désormais extrêmement étroite, mais on peut encore s’y faufiler, selon le GIEC. Dans tous les scénarios étudiés, avoir une chance de limiter le réchauffement à 1,5 degré ou à 2 degrés supplémentaires « implique des réductions de gaz à effet de serre rapides, profondes et la plupart du temps immédiates dans tous les secteurs ». Les émissions doivent atteindre leur maximum avant 2025, avant d’être drastiquement réduites.
Comment inverser la tendance ? Céline Guivarch, directrice de recherche au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), et Franck Lecocq, directeur du Cired, tous deux coauteurs du rapport, ont répondu aux questions des lecteurs du Monde.Lire aussi : Article réservé à nos abonnésLe GIEC appelle à des mesures immédiates et dans tous les secteurs pour « garantir un avenir vivable »
Climatodéprimé : L’AFP et de nombreux médias et internautes sur les réseaux sociaux ont résumé le rapport avec cette phrase « L’humanité dispose de moins de trois ans pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre, responsables du changement climatique, si elle veut conserver un monde vivable ». Pouvez-vous dire si cette reprise très inquiétante vous semble fidèle au contenu du rapport ?
Céline Guivarch : Le rapport insiste clairement sur l’urgence à agir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Seules des réductions immédiates et soutenues dans tous les secteurs sont à même de nous mettre sur une trajectoire permettant d’éviter les effets les plus graves du changement climatique. Pour autant, il est trompeur de communiquer un message du type « nous avons X années pour agir ». En réalité, il n’est jamais trop tard pour agir : chaque émission de gaz à effet de serre évitée réduit le changement climatique et ses effets, réduit les risques, les pertes et les dommages. Il n’est jamais trop tôt non plus pour agir. Nous sommes aujourd’hui déjà à +1,1 °C à l’échelle du globe et des effets négatifs sont mesurés, pour les écosystèmes et les sociétés humaines. Il n’y a donc pas de seuil en deçà duquel il n’y aurait pas de risque, ni au-delà duquel il n’y aurait plus de moyen d’action.
Constance : Pourquoi est-il si compliqué de mettre en place les solutions proposées par le rapport du GIEC ?
Franck Lecocq : Le rapport insiste sur les différentes barrières à la réduction des émissions : financements insuffisants pour la transition bas carbone, mais aussi barrières institutionnelles (par exemple, le manque de cohérence des décisions à différents échelons géographiques) et des barrières liées au capital physique (centrales électriques, etc.). Les solutions doivent combiner politiques publiques, actions des entreprises et des corps intermédiaires, et action des citoyens.
Jules : La question de la sobriété est abordée dans ce troisième volet du rapport du GIEC, sous le terme « sufficiency ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que dit le rapport à ce sujet ?
Franck Lecocq : Le rapport insiste sur le fait que, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il convient de combiner réduction de l’usage des combustibles fossiles, déploiement de technologies basse émission (renouvelables, etc.), électrification des usages, changements dans les modes de production (chaînes d’approvisionnement par exemple) et dans les modes de consommation (température de chauffage intérieure moins élevée, mobilité douce, etc.). La sobriété est donc une partie de l’équation, mais une partie seulement.
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Pour exercer des choix vers des modes de consommation bas carbone, il faut en avoir la possibilité. Pour prendre un exemple, je peux vouloir prendre les transports en commun, mais je ne peux pas le faire si je n’ai pas de ligne de bus ou de métro à proximité de chez moi. Rendre ces choix possibles passe ici par des choix collectifs, sur les infrastructures et l’aménagement du territoire en particulier. Le rapport discute en détail de ces enjeux.
Lelou : Quelles sont les trois mesures – réalistes – les plus efficaces ?
Céline Guivarch : Le rapport ne cite pas seulement trois mesures, mais un ensemble d’options d’atténuation pour l’ensemble des secteurs (transports, bâtiments, industrie, agriculture et alimentation, systèmes énergétiques). Les options sont de natures diverses (technologiques, mais aussi de transformation des modes de production et de consommation, des infrastructures, des organisations sociales). Le rapport montre clairement que ce n’est qu’en mobilisant collectivement un ensemble d’options que l’on sera à même d’éviter les effets les plus graves du changement climatique.
Le bouquet des options mobilisées est bien évidemment laissé au débat public et au politique, et il dépendra des spécificités des différentes régions du monde. A l’échelle mondiale, le rapport montre que des options disponibles aujourd’hui, si elles sont prises collectivement, peuvent réduire environ de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, à un coût raisonnable (inférieur à 100 dollars par tonne CO2-equivalent évitée). Elles sont données dans la figure 7 du résumé.
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Elles comprennent, par exemple (cette liste n’est pas exhaustive, je vous invite à vous reporter à la figure en question) : le déploiement de l’énergie solaire, la préservation des écosystèmes (éviter conversion, artificialisation), la reforestation, la réduction des gaspillages alimentaires, l’isolation des bâtiments, le report du transport vers des modes peu ou pas émetteurs (rail, transport en commun, vélo, marche), l’électrification des véhicules, l’efficacité énergétique et « matière » dans l’industrie…
Ale : En tant que simple citoyen, quelles mesures efficaces puis-je mettre en œuvre ?
Céline Guivarch : Le rapport montre un potentiel important des mesures de réduction des émissions portant sur la demande (d’énergie, de biens, de matériaux). Pour autant, il montre aussi que cela ne repose pas uniquement sur des actions individuelles, qui sont réellement efficaces si une action collective crée les conditions de ces choix, en investissant dans des infrastructures qui permettent l’accès au transport en commun ou des infrastructures cyclables sécurisées, en transformation l’offre de biens (plus durables, réparables, recyclables…).
Mais l’action individuelle peut être une porte d’entrée. Vous pouvez vous renseigner sur les effets en termes d’émissions de vos modes de déplacements, de votre logement, de vos choix de consommation… mais aussi, si vous avez la chance d’avoir une épargne, de son implication (que finance-t-elle ?). Un premier pas est aussi de se renseigner auprès de sources fiables (et ce rapport en est une), et de partager l’information. Vous pouvez également réfléchir à comment vous pouvez être acteur des transformations dont il est question, au travers d’actions plus collectives sur votre lieu de vie, de travail, d’étude, etc.
Vince75 : Que dit le rapport sur le nucléaire ? En termes de coût, de sécurité, de lenteur de mise en œuvre par rapport aux transitions rapides à effectuer ?
Franck Lecocq : Le rapport ne fait pas de prescription sur les choix technologiques. Il balaie les options disponibles, dont le nucléaire fait partie (voir chapitre 6 du rapport), en indiquant, pour le nucléaire comme pour les autres technologies étudiées, les enjeux et risques associés.
Niels : Est-il vrai que des zones de notre planète seront invivables du fait de l’impact conjugué des températures et des taux d’humidité ?
Céline Guivarch : La question des impacts du changement climatique, de la vulnérabilité des écosystèmes et des sociétés humaines à ses effets, est traitée dans le groupe 2 du GIEC (le précédent volet, publié fin février). Le rapport qui vient d’être publié traite lui de « l’atténuation », c’est-à-dire des options de réduction des émissions de gaz à effet de serre, dont l’accumulation dans notre atmosphère est la cause de changement climatique anthropique (fait scientifique établi par le rapport du groupe I), pour limiter le phénomène et en éviter les impacts les plus graves.
Flo : Qu’est-il dit dans le rapport sur la réorientation de la finance ?
Franck Lecocq : Le rapport consacre un chapitre entier à la finance. Il note qu’il existe une large quantité d’épargne disponible dans le monde, et que la question est de la réorienter vers des actions de réduction des émissions. La littérature sur le sujet s’est considérablement développée depuis quelques années, et le rapport résume les grandes options pour ce faire : une meilleure évaluation des risques associés au changement climatique, des mécanismes de garantie publique des investissements bas carbone et de risking, etc.
Le rapport souligne aussi les inégalités fortes sur l’accès au capital entre pays, et sur l’importance de favoriser les transferts vers les pays où l’épargne domestique n’est pas suffisante (section E5 du résumé pour décideurs).Lire aussi : Article réservé à nos abonnésClimat : La Rochelle mise sur une coopérative carbone pour atteindre la neutralité en 2040
Paul42 : La voiture électrique constitue-t-elle une réponse adaptée au choc climatique ?
Céline Guivarch : Pour le secteur des transports, le rapport évalue l’ensemble des solutions de réduction des émissions de gaz à effet de serre, dans le triptyque « éviter-transformer-améliorer ». Dans les options « éviter » se classent, par exemple, l’optimisation des chaînes logistiques pour éviter certains transports de marchandises, ou des actions d’urbanismes pour réduire les distances d’accès aux services essentiels et aux lieux de travail, ou encore, pour certaines activités, le télétravail ou les téléréunions, qui évitent des déplacements.
« Transformer » veut dire reporter certains déplacements vers des modes peu ou pas émetteurs (rail, transports en commun, vélo, marche), et donc la mise en place des infrastructures pour le permettre. « Améliorer » porte enfin sur l’amélioration des véhicules, pour qu’ils soient efficaces énergétiquement, légers, et électrifiés. C’est dans cet ensemble que le véhicule électrique se place, c’est une solution de réduction des émissions, à condition que la production d’électricité soit à faible émission. Mais cela n’est pas la solution unique.
MG : Quelles mesures le rapport envisage-t-il en termes de transport international (aviations pour les civils et cargo pour les marchandises) ?
Franck Lecocq : Pour le transport aérien et maritime, le rapport indique que les gains d’efficacité ne seront pas suffisants, et que des technologies supplémentaires sont requises, comme biocarburants à haute densité énergétique, hydrogène ou carburants synthétiques, en plus de la réorientation de la demande. L’aviation, en particulier, fait partie des secteurs dont il est le plus difficile de réduire les émissions. Sur cette question, vous pouvez consulter la section C8 du résumé pour décideurs et chapitre 10 du rapport.Lire aussi : Article réservé à nos abonnésPour se décarboner, les cargos s’en remettent à… la voile
Fossilisé : Est ce que la recommandation du rapport relative à l’arrêt du financement des énergies fossiles fait consensus dans les négociations entre Etats ou est ce que certains Etats y sont encore récalcitrants ?
Céline Guivarch : Le rapport est un rapport scientifique, d’évaluation et de synthèse de l’état des connaissances. Il a été rédigé par plus de 270 scientifiques de toutes les régions du monde. Les conclusions du rapport sont donc l’état des connaissances. Le résumé à l’intention des décideurs fait l’objet d’un examen et d’une approbation ligne par ligne avec l’ensemble des Etats membres du GIEC.
Pour autant ce sont les auteurs scientifiques qui conservent le dernier mot et sont garants du fait que le résumé reflète de façon équilibrée le rapport sous-jacent. Le fait que le résumé à l’intention des décideurs soit approuvé par l’ensemble des Etats est très fort car il établit une base scientifique commune à laquelle tous adhèrent. Les négociations politiques internationales, par exemple au sein de la CCNUCC – Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques – peuvent s’appuyer sur cette compréhension commune des fondements scientifiques.
Matt : Les solutions proposées sont-elles applicables par tous les pays ?
Franck Lecocq : Les circonstances sont évidemment très différentes entre pays, et les bouquets de solutions que chaque pays peut mettre en œuvre vont beaucoup varier. Le rapport fait très attention à être pertinent partout, et la présence d’auteurs de très nombreux pays dans le monde est à cet égard essentielle.
Notons que, dans de nombreux pays, l’enjeu principal est de faire en sorte que la population accède à une vie décente, et la littérature montre que cela est possible, même dans un monde qui se décarbone rapidement. Sur la question de l’accès au financement, l’enjeu est lui aussi largement discuté, d’autant que la crise du Covid-19 a vu les niveaux d’endettement de nombreux Etats augmenter. Permettre un plus grand accès à l’épargne extérieure est ici essentiel.
Billy : Si on n’agit pas, à quoi peut-on s’attendre ? Quels sont les scénarios ?
Céline Guivarch : Le rapport montre clairement qu’agir tardivement implique des effets du changement climatique plus graves, mais aussi que cela rend plus difficile l’action ensuite. Agir tôt a des bénéfices : cela induit une réduction des coûts des options d’atténuation (on apprend en faisant, cela a été le cas au cours de cette dernière décennie avec le développement du solaire qui a vu ses coûts divisés par 10), et cela évite des formes de blocage dans des trajectoires à hautes émissions (des investissements dans des infrastructures émettrices, qui seraient non rentabilisées).
Le rapport montre également que le coût de l’action est inférieur à celui de l’inaction : l’investissement pour réduire les émissions est un investissement rentable à long terme car il évite de subir les effets les plus important du changement climatique.Voir notre tchat : Rapport du GIEC : « Le rapport montre clairement qu’agir tardivement implique des effets du changement climatique plus graves »
Le Monde
Le dernier rapport du Giec 2022 en 20 questions
14 AVRIL 202215 AVRIL 2022
Le 4 avril 2022, les experts du climat de l’ONU qui font partie du Giec ont publié un nouveau rapport consacré aux solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces préconisations ont pour objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius comme cela avait été convenu avec l’Accord de Paris en 2015. Ce rapport fait suite au deuxième volet du sixième rapport d’évaluation du Giec publié le 28 février 2022 qui portait sur les effets, les vulnérabilités et les capacités d’adaptation à la crise climatique. Quant au premier volet, en date d’août 2021, il concluait que le changement climatique était plus rapide que prévu. Ce sixième opus explore les pistes d’action à mettre en œuvre dès aujourd’hui pour limiter les dégâts liés à la crise climatique.
Le rapport complet fait près de 3000 pages, synthétisées ici par les experts de Greenfacts.
1- Quel est le sujet de ce rapport ?
Ce rapport est basé sur des connaissances scientifiques et ses principales conclusions sont formulées comme des déclarations de faits. Pour les cinq grandes catégories de risques liés au changement climatique, davantage de preuves que dans le rapport précédent soutiennent une augmentation à des niveaux élevés et très élevés à des niveaux de réchauffement planétaire plus faibles (fiabilité élevée).
Le rapport met fortement l’accent sur les interactions et l’interdépendance des systèmes couplés que sont le climat, les écosystèmes (y compris leur biodiversité) et la société humaine. En effet, il n’existe pas un seul seuil climatique dangereux pour tous les secteurs et toutes les régions. Ces interactions sont à la base des impacts et des risques émergents liés au changement climatique, à la dégradation des écosystèmes (par exemple, la perte de biodiversité), à la consommation globale non durable des ressources naturelles, à la dégradation des terres et des écosystèmes, à l’urbanisation rapide, à l’évolution de la démographie humaine, aux inégalités sociales et économiques et à une pandémie.
Dans le même temps, le rapport offre des perspectives d’avenir et les mesures d’adaptation sont définies en fonction des tendances mondiales non climatiques qui se dessinent simultanément.
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2- Quelles sont les trois composantes essentielles associées aux risques climatiques ?
La vulnérabilité, l’adaptation et la résilience sont les trois composantes essentielles caractérisant les risques climatiques :
La vulnérabilité, qui est définie comme la propension ou la prédisposition à subir des effets néfastes et qui englobe une variété de concepts et d’éléments. Une composante du risque est notamment la sensibilité ou la susceptibilité aux dommages et le manque de capacité des systèmes humains et naturels exposés à y faire face et à s’adapter ;
L’adaptation qui est le processus d’ajustement au climat actuel et à ses effets ; l’intervention humaine peut la faciliter. Elle joue un rôle clé dans la réduction de l’exposition et de la vulnérabilité des systèmes naturels au changement climatique. L’adaptation est soumise à des limites dures et douces. L’adaptation est soumise à des limites dures et douces. Une limite d’adaptation dure correspond au moment où aucune action adaptative n’est possible pour éviter des risques intolérables, tandis que dans une limite d’adaptation douce, des options peuvent exister mais ne sont pas actuellement disponibles pour éviter des risques intolérables par une action adaptative ;
La résilience qui est définie comme la capacité des systèmes écologiques, sociaux, économiques et autres à faire face à un événement, une tendance ou une perturbation dangereuse, en réagissant ou en se réorganisant de manière à maintenir leur fonction, leur identité et leur structure essentielles, ainsi que la biodiversité dans le cas des écosystèmes. La résilience est un attribut positif lorsqu’elle maintient une telle capacité d’adaptation, d’apprentissage et/ou de transformation.
3- Quels sont les principaux impacts des changements climatiques observés depuis le précédent rapport AR5 du GIEC ?
Les impacts généralisés et omniprésents sur les écosystèmes, les populations, les organisations humaines et les infrastructures résultent de l’augmentation observée de la fréquence et de l’intensité des extrêmes climatiques et météorologiques, y compris les extrêmes de chaleur sur terre et dans l’océan, les fortes précipitations, la sécheresse et les incendies (fiabilité élevée). Il s’agit notamment de l’augmentation de la mortalité humaine liée à la chaleur (fiabilité moyenne), du blanchiment et de la mortalité des coraux en eau chaude (fiabilité élevée) et de l’augmentation de la mortalité des arbres liée aux sécheresses (fiabilité élevée). Les risques climatiques cumulés et en cascade, tels que les dommages causés par les ondes de tempête des cyclones tropicaux aux infrastructures côtières et aux réseaux de la chaîne d’approvisionnement, devraient augmenter (fiabilité moyenne).
Depuis le cinquième rapport d’évaluation, ces effets observés sont de plus en plus souvent attribués au changement climatique d’origine humaine, notamment par l’augmentation de la fréquence et de la gravité des phénomènes extrêmes. Les risques pour l’intégrité, le fonctionnement et la résilience des écosystèmes devraient s’intensifier avec chaque dixième de degré d’augmentation du réchauffement planétaire (fiabilité très élevée) et détermineront également leur capacité future de stockage du carbone (fiabilité élevée).
Les groupes de population des régions les plus vulnérables et les plus exposées aux risques composés et en cascade ont le besoin le plus urgent d’améliorer leur capacité d’adaptation (fiabilité élevée). L’augmentation prévue des épisodes de fortes précipitations à tous les niveaux de réchauffement dans de nombreuses régions d’Afrique entraînera une exposition accrue aux inondations pluviales et fluviales (fiabilité élevée).
4- Quels sont les principaux impacts des changements climatiques observés depuis le précédent rapport AR5 du GIEC ?
Dans le cadre des cinq scénarios illustratifs, à court terme (2021-2040), il est très probable que le niveau de réchauffement planétaire de 1,5°C soit dépassé dans le scénario de très fortes émissions de gaz à effet de serre et plus probable qu’improbable dans le scénario de faibles émissions de gaz à effet de serre. Dans le cas du scénario de très faibles émissions de gaz à effet de serre, il est plus probable qu’improbable que la température à la surface du globe retombe en dessous de 1,5 °C vers la fin du XXIe siècle.
5- Quels sont les impacts spécifiques des changements climatiques sur la biodiversité ?
La perte de biodiversité due au réchauffement climatique passé continuera à s’aggraver avec chaque augmentation du réchauffement climatique (fiabilité très élevée). Le réchauffement à court terme et l’augmentation de la fréquence, de la gravité et de la durée des événements extrêmes exposeront de nombreux écosystèmes terrestres, d’eau douce, côtiers et marins à un risque élevé ou très élevé de perte de biodiversité (fiabilité moyenne à très élevée, selon l’écosystème2). Dans les écosystèmes terrestres, 3 à 14 % des espèces évaluées seront probablement confrontées à un risque très élevé d’extinction à des niveaux de réchauffement planétaire de 1,5°C, ce chiffre passant à 39 % à 4°C et à 48 % à 5°C.
Le réchauffement planétaire affaiblira progressivement la santé des sols et les services écosystémiques tels que la pollinisation, ce qui augmentera la pression exercée par les parasites et les maladies et réduira la biomasse des animaux marins, sapant ainsi la productivité alimentaire de nombreuses régions sur terre et dans les océans (fiabilité moyenne). L’élévation continue et accélérée du niveau de la mer empiétera sur les installations et les infrastructures côtières (fiabilité élevée) et exposera les écosystèmes côtiers de faible altitude à la submersion et à la perte (fiabilité moyenne). Les populations exposées à la perte de biodiversité liée au changement climatique vont progressivement augmenter (fiabilité moyenne).
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Une politique de conservation efficace des écosystèmes sur environ 30 à 50 % des terres, des eaux douces et des océans de la planète, y compris toutes les zones restantes présentant un degré élevé de naturalité et d’intégrité des écosystèmes, permettrait de protéger cette biodiversité, de renforcer la résilience des écosystèmes et de garantir les services écosystémiques essentiels (fiabilité élevée).
6- Quels sont les dommages causés plus spécifiquement aux milieux terrestres et d’eau douce ?
Le changement climatique a causé des dommages substantiels, et des pertes de plus en plus irréversibles (fiabilité élevée). L’étendue et l’ampleur des impacts sur les écosystèmes terrestres, d’eau douce et marins côtiers et de haute mer sont plus importantes que celles estimées dans les évaluations précédentes (fiabilité élevée). Les impacts sont évidents sur la structure des écosystèmes, les aires de répartition géographique des espèces et le calendrier des cycles de vie saisonniers. Le changement climatique prévu, combiné à des facteurs non climatiques, entraînera la perte et la dégradation d’une grande partie des forêts de la planète (fiabilité élevée), des récifs coralliens et des zones humides côtières de faible altitude (fiabilité très élevée).
Environ la moitié des espèces évaluées au niveau mondial se sont déplacées vers les pôles ou, sur terre, vers des altitudes plus élevées (fiabilité très élevée). D’autres impacts sont proches de l’irréversibilité, comme les impacts des changements hydrologiques résultant du retrait des glaciers, ou les changements dans certains écosystèmes de montagne (fiabilité moyenne) et de l’Arctique entraînés par le dégel du pergélisol (fiabilité élevée).
Des centaines de pertes locales d’espèces ont été provoquées par l’augmentation de l’ampleur des extrêmes de chaleur (fiabilité élevée) dans l’océan (fiabilité très élevée) et la perte des forêts de laminaires (fiabilité élevée). Certaines pertes sont déjà irréversibles, comme les premières extinctions d’espèces dues au changement climatique (fiabilité moyenne).
7- Quels sont les impacts des changements climatiques sur les différents systèmes d’eau ?
Les défis de la gestion de l’eau seront exacerbés à court, moyen et long terme, en fonction de l’ampleur, du rythme et des détails régionaux du changement climatique futur, et seront particulièrement difficiles à relever pour les régions disposant de ressources limitées pour la gestion de l’eau (fiabilité élevée). Environ la moitié de la population mondiale connaît actuellement une grave pénurie d’eau pendant au moins une partie de l’année en raison de facteurs climatiques et non climatiques (fiabilité moyenne). Les risques liés à la disponibilité physique de l’eau et les dangers liés à l’eau continueront d’augmenter à moyen et long terme dans toutes les régions évaluées, le risque étant plus élevé en cas de réchauffement climatique plus important (fiabilité élevée). Le fait que l’eau reste un bien public est au cœur des questions d’équité (fiabilité élevée).
Les changements prévus dans le cycle de l’eau induits par le climat et ayant un impact sur l’homme et le bien-être de la société comprennent l’augmentation de l’évapotranspiration, la modification de la répartition spatiale et de la quantité des précipitations. Les changements associés à la recharge des eaux souterraines, au ruissellement et au débit des cours d’eau auront un impact sur les écosystèmes terrestres, d’eau douce, estuariens et côtiers, ainsi que sur le transport des matières par les cycles biogéochimiques (fiabilité moyenne). D’ici 2050, on prévoit que le débit des cours d’eau essentiels à l’environnement sera affecté dans 40 à 80 % des bassins versants de la planète, ce qui aura des répercussions négatives sur les écosystèmes d’eau douce (fiabilité moyenne). Les approvisionnements en eau pourraient se dégrader en raison de l’augmentation des feux de forêt, combinée à l’érosion des sols due à la déforestation (fiabilité moyenne).
8- Quels sont les impacts des changements climatiques sur les activités agricoles et la sécurité alimentaire ?
Avec chaque augmentation du réchauffement, l’exposition aux risques climatiques augmentera de plus en plus la pression sur les systèmes de production alimentaire, mettant en péril la sécurité alimentaire (fiabilité élevée) et les impacts négatifs sur tous les secteurs alimentaires deviendront prévalents, mettant davantage en péril la sécurité alimentaire (fiabilité élevée). Entre 1,5°C et 2°C de réchauffement de la planète, l’augmentation de la fréquence, de l’intensité et de la gravité des sécheresses, des inondations et des vagues de chaleur, ainsi que l’élévation continue du niveau de la mer feront également passer les risques pour la sécurité alimentaire de modérés à élevés dans les régions vulnérables (fiabilité élevée). L’aquaculture marine mondiale diminuera également dans des conditions de température et d’acidification croissantes d’ici 2100, avec des gains potentiels à court terme pour l’aquaculture de poissons à nageoires dans certaines régions tempérées.
Le réchauffement et l’acidification des océans ont déjà eu des effets négatifs sur la production alimentaire issue de la conchyliculture et de la pêche dans certaines régions océaniques (fiabilité élevée). L’augmentation des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes a déjà exposé des millions de personnes à une insécurité alimentaire aiguë et à une sécurité de l’eau réduite, les impacts les plus importants étant observés dans de nombreux endroits et/ou communautés d’Afrique, d’Asie, d’Amérique centrale et du Sud, des petites îles et de l’Arctique (fiabilité élevée).
Bien que la productivité agricole globale ait augmenté, le changement climatique a ralenti cette croissance au cours des 50 dernières années à l’échelle mondiale (fiabilité moyenne). Les impacts négatifs liés à cette évolution se sont principalement produits dans les régions de moyennes et basses latitudes, mais des impacts positifs ont eu lieu dans certaines régions de hautes latitudes (fiabilité élevée). Entre-temps, ces impacts seront renforcés par une expansion agricole non durable, motivée en partie par des régimes alimentaires déséquilibrés, qui accroît la vulnérabilité des écosystèmes et de l’homme et entraîne une concurrence pour les ressources en terre et/ou en eau (fiabilité élevée).
Des options d’adaptation existent par le biais d’une meilleure gestion, d’une meilleure gouvernance et de dimensions socio-économiques (fiabilité moyenne) pour éliminer la surexploitation et la pollution (fiabilité élevée), en particulier pour réduire la vulnérabilité des pêcheries. Les connaissances indigènes et locales peuvent aussi faciliter l’adaptation dans les pêcheries à petite échelle, surtout lorsqu’elles sont combinées avec les connaissances scientifiques et utilisées dans les régimes de gestion (fiabilité moyenne).
Par ailleurs, des améliorations génétiques par le biais de la biotechnologie moderne ont également un potentiel d’augmenter la résilience climatique des systèmes de production alimentaire (fiabilité élevée).
9- Quels sont les impacts des changements climatiques sur la santé humaine ?
Dans toutes les régions, les épisodes de chaleur extrême ont déjà entraîné une mortalité et une morbidité humaines (fiabilité très élevée). Globalement, plus de la moitié de la surmortalité est prévue pour l’Afrique. L’apparition de maladies d’origine alimentaire et hydrique liées au climat a également augmenté (fiabilité très élevée). Les risques de maladies d’origine alimentaire et hydrique ont également augmenté à l’échelle régionale. Les agents pathogènes aquatiques sensibles au climat, la hausse des températures, l’augmentation des précipitations et les inondations ont accru l’apparition de maladies diarrhéiques, notamment le choléra (fiabilité très élevée) et d’autres infections gastro-intestinales (fiabilité élevée). Des zoonoses historiquement rares ou jamais documentées dans les régions arctiques et subarctiques d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord apparaissent en raison des changements environnementaux induits par le climat (fiabilité très élevée).
Le changement climatique augmentera encore le nombre de décès et la charge mondiale des maladies infectieuses et non transmissibles (fiabilité élevée). Comme la fiabilité de risques dangereux pour la santé humaine continue d’augmenter, il est plus que jamais nécessaire de transformer les systèmes de santé et autres (fiabilité très élevée). Plusieurs maladies respiratoires chroniques non transmissibles sont sensibles au climat en raison de leurs voies d’exposition (chaleur, froid, poussière, petites particules, ozone, fumée de feu et allergènes) (fiabilité élevée), bien que le changement climatique ne soit pas le facteur dominant dans tous les cas.
Malgré la reconnaissance de l’importance de l’adaptation de la santé en tant que composante clé, les actions ont été lentes depuis le RE5 (fiabilité élevée). À l’échelle mondiale, les systèmes de santé disposent généralement de peu de ressources et leur capacité à répondre au changement climatique est faible, l’aide à la santé mentale étant particulièrement inadéquate (fiabilité très élevée). Dans les régions évaluées, certains problèmes de santé mentale, notamment l’anxiété et le stress, sont associés à l’augmentation des températures (fiabilité élevée), aux traumatismes causés par les événements météorologiques et climatiques extrêmes (fiabilité très élevée) et à la perte des moyens de subsistance et de la culture (fiabilité élevée). Les contraintes financières sont l’obstacle le plus référencé à l’adaptation de la santé et, par conséquent, l’augmentation des investissements financiers reste une priorité internationale essentielle (fiabilité très élevée).
10- Quel sera plus particulièrement l’impact du changement climatique sur les régions côtières ?
À moyen terme, dans tous les scénarios, les zones humides côtières seront probablement confrontées à un risque élevé d’élévation du niveau de la mer (fiabilité moyenne). D’ici 2050, plus d’un milliard de personnes vivant dans des villes et des établissements de faible altitude seront exposées à des risques climatiques spécifiques aux côtes, influencés par la géomorphologie côtière, la situation géographique et les mesures d’adaptation, y compris dans les petites îles (fiabilité élevée).
Entre 2010 et 2020, la mortalité humaine due aux inondations, aux sécheresses et aux tempêtes était déjà 15 fois plus élevée dans les régions très vulnérables, par rapport aux régions très peu vulnérables (fiabilité élevée).
L’élévation du niveau de la mer, combinée à la modification du régime des précipitations, augmentera les inondations côtières et les problèmes de répartition de l’eau entre les secteurs tributaires de l’eau, tels que l’agriculture, la consommation humaine directe, l’assainissement et l’hydroélectricité (fiabilité moyenne). L’élévation du niveau de la mer à court et moyen terme exacerbera également l’érosion et la submersion des côtes, ainsi que la salinisation des eaux souterraines côtières, ce qui entraînera la perte de nombreux habitats, écosystèmes et services écosystémiques côtiers différents (fiabilité moyenne). En Europe, par exemple, les dommages causés par les inondations côtières devraient être multipliés par 10 au moins d’ici à la fin du XXIe siècle, voire davantage ou plus tôt si les mesures d’adaptation et d’atténuation actuelles sont appliquées (fiabilité élevée).
11- Comment la vulnérabilité des personnes est plus particulièrement affectée et évoluera-t-elle ?
La vulnérabilité humaine et celle des écosystèmes sont interdépendantes (fiabilité élevée) et la vulnérabilité au changement climatique est donc un phénomène multidimensionnel, dynamique et façonné par des processus qui se croisent (fiabilité élevée).
En fait, depuis le précédent rapport AR5, il existe de plus en plus de preuves que la dégradation et la destruction des écosystèmes par l’homme augmentent la vulnérabilité des populations (fiabilité élevée). L’élévation du niveau de la mer, les vagues de chaleur, les sécheresses, les modifications du ruissellement, les inondations, les incendies de forêt et le dégel du pergélisol perturbent les infrastructures et les services essentiels tels que la fourniture et la transmission d’énergie, les communications, l’approvisionnement en nourriture et en eau, ainsi que les systèmes de transport dans et entre les zones urbaines et périurbaines (fiabilité élevée). À l’échelle mondiale, et même dans les zones protégées, l’utilisation non durable des ressources naturelles, la fragmentation des habitats et les dommages causés aux écosystèmes par les polluants augmentent la vulnérabilité des écosystèmes au changement climatique (fiabilité élevée).
La vulnérabilité humaine future continuera de se concentrer là où les capacités des gouvernements locaux, municipaux et nationaux, des communautés et du secteur privé sont les moins à même de fournir des infrastructures et des services de base (fiabilité élevée). Les sociétés présentant des niveaux élevés d’inégalité entre les sexes, les revenus, les classes sociales, l’origine ethnique, l’âge et les capacités physiques, la marginalisation, les modèles historiques et permanents d’inégalité tels que le colonialisme, et la gouvernance sont moins résilientes au changement climatique (fiabilité élevée) et diffèrent considérablement entre les régions et au sein de celles-ci (fiabilité très élevée). On s’attend également à ce que la pandémie de COVID-19 aggrave les conséquences négatives du changement climatique, car les conséquences financières ont entraîné un changement de priorités et entravent la réduction de la vulnérabilité (fiabilité moyenne).
La mal-adaptation est également une conséquence involontaire et un défi, notamment par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, l’accroissement ou le déplacement de la vulnérabilité au changement climatique, des richesses plus inéquitables ou une diminution du bien-être, aujourd’hui ou à l’avenir. L’urbanisation rapide et non planifiée et les systèmes d’infrastructures urbaines clés sont de plus en plus des sites de création de risques majeurs qui peuvent entraîner des risques composés et en cascade (fiabilité élevée), en particulier lorsque les risques croissants liés au climat affectent ces infrastructures clés.
La variabilité et les extrêmes climatiques, en particulier la sécheresse, sont également associés à des conflits plus prolongés en raison de la flambée des prix des denrées alimentaires, de l’insécurité alimentaire et hydrique, de la perte de revenus et de la perte de moyens de subsistance (fiabilité élevée), avec des preuves plus cohérentes de conflits violents intra-étatiques mais aussi de violence organisée de faible intensité au sein des pays (fiabilité moyenne).
12- Comment cette vulnérabilité humaine affectera-t-elle plus spécifiquement les migrations humaines ?
À moyen et long terme, les déplacements augmenteront avec l’intensification des fortes précipitations et des inondations associées, des cyclones tropicaux, de la sécheresse et, de plus en plus, de l’élévation du niveau de la mer (fiabilité élevée), les petits États insulaires étant touchés de manière disproportionnée (fiabilité élevée). Les risques climatiques associés aux événements extrêmes et à la variabilité agissent comme des facteurs directs de migration involontaire et de déplacement et comme des facteurs indirects par la détérioration des moyens de subsistance sensibles au climat (fiabilité élevée), même si, par rapport à d’autres facteurs socio-économiques, l’influence du climat sur les conflits est jugée relativement faible (fiabilité élevée).
L’amélioration de la faisabilité des relocalisations et de réinstallations planifiées est une priorité élevée pour la gestion des risques climatiques (fiabilité élevée). La plupart des déplacements et des migrations liés au climat se produisent à l’intérieur des frontières nationales, les mouvements internationaux ayant lieu principalement entre des pays aux frontières contiguës (fiabilité élevée). Si, à court terme, la réinstallation peut sembler socialement inacceptable, économiquement inefficace ou techniquement irréalisable, elle peut devenir la seule option envisageable lorsque les coûts de protection deviennent inabordables et que les limites techniques sont atteintes (fiabilité moyenne).
13- Quels sont les principaux impacts du changement climatique sur les activités économiques ?
Les estimations récentes des dommages économiques mondiaux projetés des impacts climatiques sont globalement plus élevées que les estimations précédentes et augmentent généralement avec la température moyenne mondiale (fiabilité élevée). L’interconnexion et la mondialisation créent des voies de transmission des risques liés au climat entre les secteurs et les frontières, par le biais du commerce, de la finance, de l’alimentation et des écosystèmes (fiabilité élevée).
Les pertes deviennent systémiques lorsqu’elles affectent des systèmes entiers et peuvent même passer d’un système à l’autre, par exemple une sécheresse ayant un impact sur la production alimentaire rurale et contribuant à l’insécurité alimentaire urbaine (fiabilité moyenne). À des niveaux élevés de réchauffement, les impacts climatiques poseront des risques pour les marchés financiers et d’assurance, en particulier si les risques climatiques sont incomplètement internalisés (fiabilité moyenne), comme l’élévation du niveau de la mer pour les régions côtières, qui aura des implications importantes pour les activités économiques, y compris la navigation et les ports (fiabilité élevée).
Dans le même temps, si les conséquences économiques globales sont clairement négatives, des opportunités peuvent apparaître pour quelques secteurs économiques et régions, comme l’allongement des saisons de croissance ou la réduction de la glace de mer, principalement dans les latitudes nord (fiabilité moyenne à élevée).
14- Quels sont les principales réponses économiques face aux impacts du changement climatique ?
Les impacts et les risques liés au changement climatique sont de plus en plus complexes et difficiles à gérer. De multiples dangers climatiques se produiront simultanément, et de multiples risques climatiques et non climatiques interagiront, ce qui aura pour effet d’aggraver le risque global et les risques en cascade dans les secteurs et les régions. Certaines réponses au changement climatique entraînent de nouveaux impacts et risques (fiabilité élevée).
Les actions à court terme qui limitent le réchauffement de la planète à près de 1,5°C réduiraient considérablement les pertes et dommages prévus liés au changement climatique dans les systèmes humains et les écosystèmes, par rapport à des niveaux de réchauffement plus élevés, mais ne peuvent pas les éliminer tous (fiabilité très élevée). La transformation et la transition des systèmes dans les écosystèmes énergétiques, terrestres, océaniques, côtiers et d’eau douce, dans les infrastructures urbaines et rurales, ainsi que dans l’industrie et la société, rendent possible l’adaptation requise. La résilience de la société est renforcée par l’amélioration de la gestion des ressources environnementales et de la santé des écosystèmes, ce qui stimule les capacités d’adaptation des individus et des communautés pour anticiper les risques futurs et les minimiser. Cela supprime les facteurs de vulnérabilité en associant la justice et l’équité entre les sexes, les systèmes de connaissances autochtones et locales et la planification de l’adaptation (fiabilité très élevée).
La diversification des moyens de subsistance améliore les revenus et réduit la vulnérabilité socio-économique en fonction du type de moyens de subsistance, des opportunités et du contexte local. Les principaux obstacles sont les barrières socioculturelles et institutionnelles ainsi que l’inadéquation des ressources et des opportunités de subsistance qui entravent l’ensemble des possibilités d’adaptation (fiabilité élevée).
L’une des clés pour permettre et accélérer le développement de résilience au climat est de construire des systèmes de gouvernance adaptatifs et inclusifs conçus pour prendre des décisions à long terme afin de réorienter les capacités institutionnelles existantes et les politiques et réglementations différenciées des institutions locales à l’échelle mondiale pour devenir plus flexibles. Par exemple, par le biais du renforcement des capacités de réformes institutionnelles (fiabilité moyenne).
15- Quelles sont les principales adaptations possibles au changement climatique ?
Dans un contexte systémique, le développement durable est fondamental pour la capacité d’action sur le climat, y compris la réduction des émissions de gaz à effet de serre ainsi que l’amélioration de la résilience sociale et écologique au changement climatique. Les assurances contre les risques peuvent être un outil réalisable pour s’adapter au transfert des risques climatiques et soutenir le développement durable (fiabilité élevée). Elles peuvent réduire à la fois la vulnérabilité et l’exposition, soutenir la reprise après une catastrophe et réduire la charge financière des gouvernements, des ménages et des entreprises. Des services climatiques et de gestion des risques de catastrophes soigneusement conçus et mis en œuvre peuvent accroître la faisabilité et l’efficacité des mesures d’adaptation visant à améliorer les pratiques agricoles, la diversification des revenus, les services urbains et essentiels et la planification des infrastructures (fiabilité très élevée).
Une adaptation croissante est observée dans les systèmes naturels et humains (fiabilité très élevée), mais la majorité de la gestion des risques climatiques et de l’adaptation actuellement planifiée et mise en œuvre est progressive (fiabilité élevée), comme des changements réactifs aux pratiques habituelles souvent après des événements climatiques extrêmes, tandis que les preuves d’une adaptation transformatrice dans les systèmes humains sont limitées (fiabilité élevée).
Les lacunes les plus importantes en matière d’adaptation se situent dans les projets qui gèrent des risques complexes, par exemple le lien entre alimentation, énergie, eau et santé ou les relations entre la qualité de l’air et le risque climatique (fiabilité élevée). Cependant, la plupart des investissements financiers continuent d’être orientés vers des projets d’ingénierie dure à grande échelle après que les événements climatiques ont causé des dommages (fiabilité moyenne).
La gestion efficace des risques climatiques dépend donc de l’intégration systématique des adaptations à travers les risques climatiques en interaction et à travers les secteurs (fiabilité très élevée) qui anticipent plus efficacement les risques multidimensionnels et prennent en compte les valeurs de la communauté que celles qui se concentrent sur un seul risque (fiabilité moyenne). Lorsqu’elles sont organisées collectivement avec des objectifs multiples et lorsqu’elles sont aidées par l’intégration des considérations climatiques dans les institutions et les processus décisionnels, de nombreuses formes d’adaptation au climat et d’intégration des risques entre les secteurs peuvent être plus efficaces, efficientes et équitables (fiabilité élevée).
Par exemple, les transformations dans le domaine de l’énergie qui incluent les options d’une utilisation et d’une gestion efficaces de l’eau, la résilience des infrastructures et des systèmes électriques fiables, y compris l’utilisation de sources d’énergie renouvelables intermittentes, telles que l’énergie solaire et éolienne, avec l’utilisation du stockage (fiabilité très élevée). Dans les écosystèmes naturels et gérés, l’adaptation comprend, entre autres, des plantations plus précoces et des changements dans les variétés de cultures, l’amélioration des sols et la gestion de l’eau pour le bétail et les cultures, l’aquaculture, la restauration des processus côtiers et hydrologiques (fiabilité moyenne).
En outre, pour donner accès à l’éducation et à l’information, les programmes utilisant les arts du spectacle et les arts visuels, les contes, les ateliers de formation, la modélisation dimensionnelle participative, les services climatiques et la surveillance communautaire sont d’autres moyens efficaces d’améliorer la connaissance du climat et de favoriser le changement de comportement.
16- Qu’est-ce qu’une Adaptation basée sur les Écosystèmes ?
L’Adaptation basée sur les Écosystèmes (Ecosystem-based Adaptation) est définie comme l’utilisation d’activités de gestion des écosystèmes pour augmenter la résilience et réduire la vulnérabilité des personnes et des écosystèmes au changement climatique. L’amélioration de la résilience de la biodiversité et des services écosystémiques face au changement climatique passe par la réduction des contraintes ou des perturbations supplémentaires, la réduction de la fragmentation, l’augmentation de l’étendue, de la connectivité et de l’hétérogénéité des habitats naturels, le maintien de la diversité et de la redondance taxonomique, phylogénétique et fonctionnelle, et la protection des refuges à petite échelle où les conditions microclimatiques permettent aux espèces de persister (fiabilité élevée).
La restauration des écosystèmes dans les bassins versants peut également soutenir l’approvisionnement en eau pendant les périodes de précipitations variables et maintenir la qualité de l’eau. Combinée à des régimes d’eau inclusifs qui surmontent les inégalités sociales, elle permet de réduire les risques de catastrophes et d’assurer un développement durable (fiabilité élevée).
17- Quelles sont les principales limites et les principaux obstacles à la mise en œuvre des options d’adaptation aux changements climatiques ?
Il existe de plus en plus de preuves des obstacles et des limites systémiques à la mise en œuvre de l’adaptation et à la rapidité des changements climatiques qui résultent du fait que l’on ne gère pas les options d’adaptation en combinant et en intégrant les réponses à toutes ses contraintes et limites (fiabilité élevée), en particulier dans les secteurs, régions et groupes sociaux vulnérables (fiabilité élevée).
Les preuves de mal-adaptation sont de plus en plus nombreuses dans certains secteurs et systèmes, ce qui met en évidence la façon dont les réponses inappropriées au changement climatique créent un verrouillage à long terme de la vulnérabilité, de l’exposition et des risques qu’il est difficile et coûteux de modifier (fiabilité très élevée). L’inadaptation se produit pour de nombreuses raisons, notamment une connaissance inadéquate, une planification et une mise en œuvre de la gouvernance à court terme, fragmentée, mono-sectorielle et/ou non inclusive (fiabilité élevée). La capacité d’adaptation au changement climatique est réduite et la vulnérabilité est amplifiée par les inégalités et la pauvreté, par la croissance démographique et la forte densité de population, par le changement d’affectation des sols, en particulier la déforestation, la dégradation des sols et la perte de biodiversité. Et aussi par la forte dépendance des économies nationales et locales à l’égard des ressources naturelles pour la production de produits de base, par la faiblesse de la gouvernance, par l’accès inégal à l’eau potable et aux services d’assainissement, ainsi que par le manque d’infrastructures et de financement (fiabilité élevée).
Les principaux obstacles à l’adaptation climatique sont les ressources limitées, car la plupart des options d’adaptation aux principaux risques dépendent des ressources limitées en eau et en terres (fiabilité élevée). Parmi les autres principaux obstacles, citons le manque d’engagement du secteur privé et des citoyens, la mobilisation insuffisante des financements (y compris pour la recherche), le manque de leadership politique, la recherche limitée et/ou la lenteur de l’adoption de la science de l’adaptation, et le faible sentiment d’urgence.
À des niveaux de réchauffement plus élevés, des limites strictes, c’est-à-dire celles pour lesquelles les options d’adaptation existantes cesseront d’être efficaces et les options supplémentaires ne seront pas possibles, apparaîtront de plus en plus (fiabilité élevée). Le déficit d’adaptation urbaine montre que, pour toutes les régions du monde, l’adaptation actuelle ne permet pas de résoudre les risques liés aux dangers actuels associés au changement climatique (fiabilité élevée). En ce qui concerne la production agricole, les limites dures et douces à l’adaptation sont liées à la disponibilité de l’eau, à l’adoption et à l’efficacité de cultures résistantes au climat, cultures qui sont généralement limitées par les défis socio-économiques et politiques (fiabilité moyenne).
La hiérarchisation des options et le passage d’une adaptation progressive à des adaptations transformatrices sont limités par les intérêts acquis, les blocages économiques, les dépendances institutionnelles et aussi par les pratiques, cultures, normes et systèmes de croyances dominants. Dans les systèmes humains qui sont gérés, les principaux déterminants de ces limites d’adaptation sont les contraintes financières, en particulier dans les milieux à faibles revenus (fiabilité élevée), tandis que dans les systèmes naturels, les principaux déterminants des limites sont les caractéristiques inhérentes aux espèces ou aux écosystèmes (fiabilité très élevée). Les obstacles financiers limitent aussi la mise en œuvre des adaptations.
En revanche, des instruments tels que les incitations comportementales, la réorientation des subventions, les taxes, la réglementation de la commercialisation, les régimes d’assurance se sont révélés utiles pour renforcer les réponses de la société au-delà des acteurs gouvernementaux (fiabilité moyenne). D’autres possibilités devraient donc consister à intégrer l’adaptation climatique dans les cycles de décision institutionnalisés comme par exemple les réformes budgétaires, le suivi et l’évaluation statutaires, les cycles électoraux et aussi en saisissant des fenêtres d’opportunité : par exemple, la reprise après des événements désastreux, la conception de nouvelles infrastructures critiques, le remplacement d’infrastructures existantes, ou le développement de projets de reprise post-COVID (fiabilité élevée).
18- Comment surmonter les obstacles de la mal-adaptation aux changements climatiques ?
La mal-adaptation peut être réduite en utilisant les principes de reconnaissance, de procédure et de justice distributive dans les prises de décision, ceci en évaluant de manière responsable qui est considéré comme vulnérable et à risque, qui participe à la prise de décision, qui est le bénéficiaire des mesures d’adaptation, et des mécanismes de gouvernance intégrés et flexibles qui tiennent compte des objectifs à long terme (fiabilité élevée). Pour réduire la mal-adaptation, il est nécessaire de prêter attention à la justice et de faire évoluer les conditions favorables vers celles qui permettent des ajustements opportuns afin d’éviter ou de minimiser les dommages et de saisir les opportunités (fiabilité élevée). Le financement insuffisant est un facteur-clé des lacunes en matière d’adaptation (fiabilité élevée). Par exemple, l’Afrique est confrontée à de graves problèmes de données climatiques et à des inégalités en matière de financement et de direction de la recherche qui réduisent ses capacités d’adaptation (fiabilité très élevée).
Pour combler les lacunes en matière d’adaptation, il faut donc aller au-delà de la planification à court terme et développer des voies concertées à long terme et des conditions favorables à l’adaptation en cours, afin de garantir une mise en œuvre rapide et efficace (fiabilité élevée).
Les approches intégrées, telles que le lien eau/énergie/alimentation et les considérations interrégionales des risques, peuvent réduire le risque de mal-adaptation en s’appuyant sur les stratégies d’adaptation existantes, mais en augmentant aussi la participation et la consultation des communautés et l’intégration des populations autochtones.
Une combinaison d’infrastructures, d’interventions fondées sur la nature, d’interventions institutionnelles et socio-culturelles peut permettre de mieux faire face aux risques climatiques. Des options flexibles permettent d’ajuster les réponses en fonction de l’aggravation de ces risques et de l’évolution des circonstances, ce qui peut accroître l’exposition (fiabilité moyenne). Les mesures d’adaptation urbaine ont également de nombreuses possibilités de contribuer aux voies de développement résilientes au climat (fiabilité moyenne).
Connaissances et savoirs locaux, en se concentrant sur les petits producteurs les plus vulnérables, en anticipant les risques de mal-adaptation dans la prise de décision pour les activités à long terme, y compris les décisions relatives aux infrastructures, et l’impact des compromis et des co-bénéfices (fiabilité élevée). De telles voies nécessitent la prise en compte des 17 Objectifs de Développement Durable des Nations unies, ainsi que des connaissances autochtones et des connaissances et pratiques locales liées au genre.
19- Des vues et des pratiques de gestion plus systémiques pourraient-elles jouer un rôle dans la gestion des réponses et des adaptations aux défis des changements climatiques ?
Les solutions climatiques pour la santé, le bien-être et l’évolution de la structure des communautés sont complexes, étroitement interconnectées et nécessitent de nouvelles approches du développement durable qui tiennent compte des interactions entre les systèmes climatiques, humains et socio-écologiques afin de générer un développement résistant au climat (fiabilité élevée). Pour rééquilibrer les relations entre l’homme et la nature, les mesures d’adaptation nécessitent une transformation des modes d’apprentissage, de connaissance et d’action qui intègrent globalement au niveau systémique ses multiples dimensions écologiques, sociales, politiques et économiques (fiabilité élevée).
Dans le même temps, les évaluations scientifiques du changement climatique ont traditionnellement défini des solutions autour de la mise en œuvre d’options spécifiques d’adaptation et d’atténuation en tant que mécanismes de réduction des risques liés au climat. Elles ont accordé moins d’attention à un ensemble plus complet de priorités sociétales et au rôle des politiques non climatiques, des normes sociales, des modes de vie, des relations de pouvoir et des visions du monde dans la mise en œuvre de l’action climatique et du développement durable. En fait, le fait de se concentrer uniquement sur le risque climatique ne permet pas une résilience climatique efficace (fiabilité élevée) car c’est menées de cette manière inclusive et intégrée que les mesures d’adaptation peuvent réellement améliorer le bien-être humain et écologique.
Un passage délibéré de stratégies d’adaptation climatique essentiellement technologiques à des stratégies qui intègrent en outre des changements comportementaux et institutionnels, le financement de l’adaptation, l’équité et la justice environnementale, et qui alignent les politiques sur les objectifs mondiaux de durabilité, facilitera aussi les adaptations climatiques réellement transformatrices (fiabilité élevée). De telles transitions au niveau des systèmes dans les cinq domaines sur lesquels se concentre le rapport AR6 sont hautement réalisables mais l’adoption de différentes voies implique d’intégrer des synergies et des compromis complexes entre les voies de développement, ainsi que faire face à des options, des valeurs contestées et des intérêts qui sous-tendent les choix en matière d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques (fiabilité très élevée).
20- Les pratiques de gouvernance doivent-elles faire l’objet d’une attention particulière ?
Les dispositions et les pratiques de gouvernance en matière climatique sont activées lorsqu’elles sont intégrées dans des systèmes sociétaux qui font progresser le bien-être humain et la santé de la planète (fiabilité très élevée). Les facteurs favorables à la gouvernance climatique comprennent de meilleures pratiques et des réformes juridiques, mais les efforts de gouvernance actuels n’ont pas permis de combler le déficit d’adaptation (fiabilité très élevée), en partie en raison des interconnexions complexes entre les risques climatiques et non climatiques et des limites des pratiques de développement et de gouvernance prédominantes (fiabilité élevée).
Les dispositifs et les pratiques de gouvernance sont actuellement inefficaces pour réduire les risques, inverser les dépendances et la mal-adaptation, et faciliter un développement résilient au climat (fiabilité très élevée). En effet, la fragmentation institutionnelle, le manque de ressources des services, le financement inadéquat de l’adaptation, la capacité inégale de gérer les incertitudes et les valeurs conflictuelles, et la gouvernance réactive dans des domaines politiques concurrents, verrouillent collectivement les expositions et les vulnérabilités existantes, créant des obstacles et des limites à l’adaptation, et sapent les perspectives de développement résilient au climat (fiabilité élevée).
Jacques de Gerlache, (Éco)toxicologue, professeur à l’institut Paul-Lambin à Bruxelles. Conseiller scientifique auprès du Conseil fédéral belge du développement durable. Manager du site multilingue http://www.greenfacts.org
Pour comprendre ce que contient le rapport du Giec 2022, il est possible de consulter le résumé pour les décideurs (64 pages) ou le résumé technique (145 pages) ou le rapport complet (2913 pages).
Rapport du GIEC : « Le rapport montre clairement qu’agir tardivement implique des effets du changement climatique plus graves »
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié un rapport détaillant l’éventail des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les chercheurs Céline Guivarch et Franck Lecocq, coauteurs du rapport, ont répondu à vos questions.
Le 05/04 à 16:06
Ce tchat avec Céline Guivarch et Franck Lecocq, coauteurs du rapport du GIEC, est maintenant terminé. Merci à tous pour votre participation.
Pour ceux qui souhaiteraient consulter le rapport, il est accessible en cliquant sur ce lien (en anglais).
Notre article est à retrouver ici :

Lire aussi : Le GIEC appelle à des mesures immédiates et dans tous les secteurs pour « garantir un avenir vivable »
Le 05/04 à 16:02
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Bonjour. Si on n’agit pas, à quoi peut-on s’attendre ? Quels sont les scénarios ?
Billy
Céline Guivarch : Le rapport montre clairement qu’agir tardivement implique des effets du changement climatique plus graves, mais aussi que cela rend plus difficile l’action ensuite. Agir tôt a des bénéfices : cela induit une réduction des coûts des options d’atténuation (on apprend en faisant, cela a été le cas au cours de cette dernière décennie avec le développement du solaire qui a vu ses coûts divisés par 10), et cela évite des formes de blocage dans des trajectoires à hautes émissions (des investissements dans des infrastructures émettrices, qui seraient non rentabilisées).
Le rapport montre également que le coût de l’action est inférieur à celui de l’inaction : l’investissement pour réduire les émissions est un investissement rentable à long terme car il évite de subir les effets les plus important du changement climatique.
Le 05/04 à 15:59
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Bonjour, les solutions proposées sont-elles applicables par tous les pays ? Même ceux qui n’ont pas nos moyens? Merci !
Matt
Franck Lecocq : Non. Les circonstances sont évidemment très différentes entre pays, et les bouquets de solutions que chaque pays peut mettre en œuvre vont beaucoup varier. Le rapport fait très attention à être pertinent partout, et la présence d’auteurs de très nombreux pays dans le monde est à cet égard essentielle.
Notons que, dans de nombreux pays, l’enjeu principal est de faire en sorte que la population accède à une vie décente, et la littérature montre que cela est possible, même dans un monde qui se décarbone rapidement. Sur la question de l’accès au financement, l’enjeu est lui aussi largement discuté, d’autant que la crise du Covid-19 a vu les niveaux d’endettement de nombreux Etats augmenter. Permettre un plus grand accès à l’épargne extérieure est ici essentiel.
Le 05/04 à 15:56
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Bonjour, Merci pour votre travail. Est ce que la recommandation du rapport relative à l’arrêt du financement des énergies fossiles fait consensus dans les négociations entre Etats ou est ce que certains Etats y sont encore récalcitrants ?
Fossilisé
Céline Guivarch : Le rapport est un rapport scientifique, d’évaluation et de synthèse de l’état des connaissances. Il a été rédigé par plus de 270 scientifiques de toutes les régions du monde. Les conclusions du rapport sont donc l’état des connaissances. Le résumé à l’intention des décideurs fait l’objet d’un examen et d’une approbation ligne par ligne avec l’ensemble des Etats membres du GIEC.
Pour autant ce sont les auteurs scientifiques qui conservent le dernier mot et sont garants du fait que le résumé reflète de façon équilibrée le rapport sous-jacent. Le fait que le résumé à l’intention des décideurs soit approuvé par l’ensemble des Etats est très fort car il établit une base scientifique commune à laquelle tous adhèrent. Les négociations politiques internationales, par exemple au sein de la CCNUCC – Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques – peuvent s’appuyer sur cette compréhension commune des fondements scientifiques.
Le 05/04 à 15:52
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Bonjour, que dit le rapport sur le type d’agriculture qui devrait être mis en œuvre ? En particulier, la question de la fin des jachères souhaitée par le gouvernement est-elle compatible avec les préconisations du rapport ? Merci pour ce tchat.
Jérôme Lefranc
Franck Lecocq : Rappelons d’abord que le rapport s’intéresse au monde entier, pas à un pays en particulier. Néanmoins, il est important de réduire les émissions en France comme dans le reste de la planète, et de nombreuses options de réduction des émissions discutées dans le rapport s’appliquent à notre pays. En second lieu, le rapport insiste sur l’importance de la coopération internationale pour lever les barrières à la réduction des émissions (en termes de financement, d’accès aux technologies, etc.). Ce qui, là encore, est pertinent pour notre pays.
Le 05/04 à 15:46
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Bonjour et merci beaucoup pour ce live. Quelles mesures le rapport envisage t-il en terme de transport international (aviations pour les civils et cargo pour les marchandises) ?
MG
Franck Lecocq : Pour le transport aérien et maritime, le rapport indique que les gains d’efficacité ne seront pas suffisants, et que des technologies supplémentaires sont requises, comme biocarburants à haute densité énergétique, hydrogène ou carburants synthétiques, en plus de la réorientation de la demande. L’aviation, en particulier, fait partie des secteurs dont il est le plus difficile de réduire les émissions. Sur cette question, vous pouvez consulter la section C8 du résumé pour décideurs et chapitre 10 du rapport.
Le 05/04 à 15:44
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La voiture électrique constitue t’elle une réponse adaptée au choc climatique ?
Paul42
Céline Guivarch : Pour le secteur des transports, le rapport évalue l’ensemble des solutions de réduction des émissions de gaz à effet de serre, dans le triptyque « éviter-transformer-améliorer ». Dans les options « éviter » se classent, par exemple, l’optimisation des chaines logistiques pour éviter certains transport de marchandises, ou des actions d’urbanismes pour réduire les distances d’accès au services essentiels et aux lieux de travail, ou encore, pour certaines activités, le télétravail ou les téléréunions, qui évitent des déplacements.
« Transformer » veut dire reporter certains déplacements vers des modes peu ou pas émetteurs (rail, transports en commun, vélo, marche), et donc la mise en place des infrastructures pour le permettre. « Améliorer » porte enfin sur l’amélioration des véhicules, pour qu’ils soient efficaces énergétiquement, légers, et électrifiés. C’est dans cet ensemble que le véhicule électrique se place, c’est une solution de réduction des émissions, à condition que la production d’électricité soit à faible émission. Mais cela n’est pas la solution unique.
Le 05/04 à 15:41
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Qu’est-il dit dans le rapport sur la réorientation de la finance ?
Flo
Franck Lecocq : Le rapport dédie un chapitre entier à la finance. Il note qu’il existe une large quantité d’épargne disponible dans le monde, et que la question est de la réorienter vers des actions de réduction des émissions. La littérature sur le sujet s’est considérablement développée depuis quelques années, et le rapport résume les grandes options pour ce faire : une meilleure évaluation des risques associés au changement climatique, des mécanismes de garantie publique des investissements bas carbone et de « de risking », etc.
Le rapport souligne aussi les inégalités fortes sur l’accès au capital entre pays, et sur l’importance de favoriser les transferts vers les pays où l’épargne domestique n’est pas suffisante (section E5 du résumé pour décideurs).
Le 05/04 à 15:36
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Bonjour, quels sont les points importants du résumé pour décideur tel qu’il a été initialement rédigé par les auteurs qui ont été amoindris ou retirés à la suite de la négociation entre les Etats ? Merci
Dobby
Franck Lecocq : A ma connaissance, aucune idée majeure qui avait été proposée par les scientifiques dans le résumé pour décideurs soumis avant la négociation n’a disparu du résumé final. Le texte s’est par contre alourdi, les Etats demandant souvent d’ajouter des précisions et caveats. Cela traduit, à mon sens, deux choses :
- Il existe une tension inévitable dans ce type d’exercice entre un panorama global et des équipes de négociation nationales qui, c’est normal, pensent à la manière dont les résultats du rapport seront reçus dans leur pays ;
- L’importance qu’accordent les Etats au rapport. S’ils ne le pensaient pas important, ils n’auraient pas pris la peine d’y consacrer autant de temps et d’énergie.
Rappelons enfin que les auteurs tiennent la plume, et sont garants du fait que le résumé pour décideurs reflète bien le contenu du rapport. Et que le résumé technique et le rapport de fonds ont été approuvés en bloc
Le 05/04 à 15:32
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Est-il vrai que des zones de notre planètes seront invivable du fait de l’impact conjugué des températures et des taux d’humidité ? (on ne pourra plus se refroidir avec la transpiration). Si c’est vrai, j’aimerais savoir de quelles parties du globe, et combien de personnes sont concernées.
Niels
Céline Guivarch : La question des impacts du changement climatique, de la vulnérabilité des écosystèmes et des sociétés humaines à ses effets, est traitée dans le groupe 2 du GIEC (le précédent volet, publié fin février). Le rapport qui vient d’être publié traite lui de « l’atténuation », c’est-à-dire des options de réduction des émissions de gaz à effet de serre, dont l’accumulation dans notre atmosphère est la cause de changement climatique anthropique (fait scientifique établi par le rapport du groupe I), pour limiter le phénomène et en éviter les impacts les plus graves.
Le 05/04 à 15:31
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Que dit le rapport sur le nucléaire? En terme de coût, de sécurité, de lenteur de mise en œuvre par rapport aux transitions rapides à effectuer?
Vince75
Franck Lecocq : Le rapport ne fait pas de prescription sur les choix technologiques. Il balaie les options disponibles, dont le nucléaire fait partie (voir chapitre 6 du rapport), en indiquant (pour le nucléaire comme pour les autres technologies étudiées) les enjeux et risques associés.
Le 05/04 à 15:29
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Bonjour En tant que simple citoyen, quelles mesures les plus efficaces puis je mettre en œuvre ?
Ale
Céline Guivarch : Le rapport montre un potentiel important des mesures de réduction des émissions portant sur la demande (d’énergie, de biens, de matériaux). Pour autant, il montre aussi que cela ne repose pas uniquement sur des actions individuelles, qui sont réellement efficaces si une actions collective créé les conditions de ces choix, en investissant dans des infrastructures qui permettent l’accès au transport en commun ou des infrastructures cyclables sécurisées, en transformation l’offre de biens (plus durables, réparables, recyclables…).
Mais l’action individuelle peut être une porte d’entrée. Vous pouvez vous renseigner sur les effets en termes d’émissions de vos modes de déplacements, de votre logement, de vos choix de consommation… mais aussi, si vous avez la chance d’avoir une épargne, de son implication (que finance-t-elle ?). Un premier pas est aussi de se renseigner auprès de sources fiables (et ce rapport en est une), et de partager l’information. Vous pouvez également réfléchir à comment vous pouvez être acteur des transformations dont il est question, au travers d’actions plus collectives sur votre lieu de vie, de travail, d’étude, etc.
Le 05/04 à 15:24
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Quel serait, selon vous, l’élément qui entrave le passage à l’action de nos responsables politiques sur le plan climatique ?
MarxFly et Karlito
Franck Lecocq : Les décideurs cherchent des compromis entre les différentes demandes que leurs adressent leurs administrés. Ces demandes concernent le climat, mais aussi d’autres priorités économiques, sociales et environnementales (éducation, santé, travail décent, etc.). Le rapport reconnaît que réduire les émissions ne pourra pas ne pas avoir des implications sur ces autres objectifs, et il passe beaucoup de temps à regarder comment maximiser les synergies.. Il montre :
- Que de nombreuses options de réduction des émissions ont des co-bénéfices dans d’autres domaines (santé par exemple) ;
- Que le design des politiques de réduction des émissions est très important pour leur impact sur ces autres objectifs ;
- Qu’une littérature émerge qui recherche les options de réduction des émissions qui permettent d’avancer aussi vers l’atteinte d’autres objectifs que se donnent les sociétés.
Le 05/04 à 15:23
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Quelles sont les 3 mesures – réalistes – les plus efficaces . Impact et coût .
Lelou
Céline Guivarch : Le rapport ne cite pas seulement 3 mesures, mais un ensemble d’options d’atténuation pour l’ensemble des secteurs (transports, bâtiments, industrie, agriculture et alimentation, systèmes énergétiques). Les options sont de natures diverses (technologiques, mais aussi de transformation des modes de production et de consommation, des infrastructures, des organisations sociales). Le rapport montre clairement que ce n’est qu’en mobilisant collectivement un ensemble d’options que l’on sera à même d’éviter les effets les plus graves du changement climatique.
Le bouquet des options mobilisée est bien évidemment laissé au débat public et au politique, et il dépendra des spécificités des différentes régions du monde. A l’échelle mondiale, le rapport montre que des options disponibles aujourd’hui, si elles sont prises collectivement, peuvent réduire environ de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, à un coût raisonnable (inférieur à 100 dollars par tonne CO2-equivalent évitée). Elles sont données dans la figure 7 du résumé.
Elles comprennent, par exemple (cette liste n’est pas exhaustive, je vous invite à vous reporter à la figure en question) : le déploiement de l’énergie solaire, la préservation des écosystèmes (éviter conversion, artificialisation), la reforestation, la réduction des gaspillages alimentaires, l’isolation des bâtiments, le report du transport vers des modes peu ou pas émetteurs (rail, transport en commun, vélo, marche), l’électrification des véhicules, l’efficacité énergétique et « matière » dans l’industrie…
Le 05/04 à 15:16
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La question de la sobriété (énergétique, d’usage des ressources naturelles…) est abordée dans ce troisième volet du rapport du GIEC, sous le terme « sufficency ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que dit le rapport à ce sujet ? Quels liens avec la croissance (et donc aussi la notion de décroissance) ?
Jules
Franck Lecocq : Le rapport insiste sur le fait que, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il convient de combiner réduction de l’usage des combustibles fossiles, déploiement de technologies basse émission (renouvelables, etc.), électrification des usages, changements dans les modes de production (chaînes d’approvisionnement par exemple) et dans les modes de consommation (température de chauffage intérieure moins élevée, mobilité douce, etc.). La sobriété est donc une partie de l’équation, mais une partie seulement.
Pour exercer des choix vers des modes de consommation bas carbone, il faut en avoir la possibilité. Pour prendre un exemple, je peux vouloir prendre les transports en commun, mais je ne peux pas le faire si je n’ai pas de ligne de bus ou de métro à proximité de chez moi. Rendre ces choix possible passe ici par des choix collectifs, sur les infrastructures et l’aménagement du territoire en particulier. Le rapport discute en détail de ces enjeux.
Le 05/04 à 15:14
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Bonjour, d’une part bravo pour le travail accompli et j’espère que ce sera enfin réellement pris en compte ; pensez vous qu’il va être nécessaire de développer des techniques de stockage de carbone autres que les arbres ?
Ax
Céline Guivarch : Merci. Le rapport est très clair : quel que soit le niveau de stabilisation du réchauffement du globe (et donc de ses effets) visé, il est nécessaire d’atteindre zéro émissions nettes de CO2 (et de réduire significativement les autres gaz à effet de serre : méthane, protoxyde d’azote…). Pour une stabilisation à 1,5°C, cela doit intervenir autour de 2050, pour 2°C autour de 2070. Cela veut dire que les émissions « positives » de tous les secteurs sont très significativement réduites, ET que les émissions résiduelles sont contrebalancées par des « absorptions » de CO2. L’un de va pas sans l’autre. Il serait illusoire de laisser les émissions à la hausse et de « contrebalancer »l’ensemble par des absorptions, dont les potentiels sont limités.
Pour autant, il demeure des émissions « résiduelles » difficiles à mettre complètement à zéro (les émissions de protoxyde d’azote ou de méthane de l’agriculture, les émissions de certains procédés industriels spécifiques…), d’où le besoin de solutions d’émissions négatives. De telles solutions existent déjà, par exemple la reforestation, l’agroforesterie, etc. D’autre types de solutions reposent sur des technologies à l’état de prototype aujourd’hui (telle que l’absorption directe du CO2 de l’atmosphère). Ce sont des technologies très énergivores.
Le 05/04 à 15:10
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De combien le PIB de la France va devoir diminuer pour atteindre nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre ?
Axe
Franck Lecocq : Le rapport est global. Dans les travaux de recherche recensés dans le rapport, réduire les émissions a en général un impact limité sur le PIB. Ce résultat est valable dans les études globales comme nationales. La plupart du temps, l’impact net est que le PIB croît moins vite que dans le scénario de référence sans réduction d’émissions. Cet impact dépend fortement des pays concernés, mais aussi des politiques mises en œuvre pour réduire les émissions.
Le 05/04 à 15:08
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Bonjour, Le rapport met-il en avant des bonnes pratiques mises en oeuvre par certains Etats (qui ont bien sûr fait l’objet d’évaluations scientifiques) ?
GIEC
Céline Guivarch : Le rapport est en effet une évaluation des connaissances scientifiques (concrètement, plus de 18 000 articles ont été évalués et synthétisés). Un des faits nouveaux de ces dernières années, et qui a pu faire l’objet de recherches, est que des mesures et politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre ont été mises en place dans un grand nombre de pays, mais aussi à d’autres échelles, de villes notamment. Nous pouvons montrer que ces actions ont permis d’éviter des émissions de gaz à effet de serre. Mais à l’échelle mondiale, elles n’ont permis que de ralentir l’augmentation des émissions (en moyenne +1,3 % par an pour la dernière décennie, contre plus de +2 % par an pour la précédente).
Le 05/04 à 15:04
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Pourquoi est-il si compliqué de mettre en place les solutions proposées par le rapport du GIEC ? Est-ce une question de manque de volonté politique, de législations, de solutions matérielles (innovation insuffisante?), de manque d’effort de la part des citoyens ? ou autres ? Les solutions doivent-elles venir des gouvernements ou des individus ? Merci pour votre réponse !
Constance
Franck Lecocq : Le rapport insiste sur les différentes barrières à la réduction des émissions : financements insuffisants pour la transition bas carbone, mais aussi barrières institutionnelles (par exemple, le manque de cohérence des décisions à différents échelons géographiques) et des barrières liées au capital physique (centrales électriques, etc.). Les solutions doivent combiner politiques publiques, actions des entreprises et des corps intermédiaires, et action des citoyens.
Le 05/04 à 15:01
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L’AFP et de nombreux médias et internautes sur les réseaux sociaux ont résumé le rapport avec cette phrase « L’humanité dispose de moins de trois ans pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre, responsables du changement climatique, si elle veut conserver un monde vivable ». Pouvez-vous dire si cette reprise très inquiétante vous semble fidèle au contenu du rapport et l’expliquer un peu plus précisément ?
Climatodéprimé
Céline Guivarch : Bonjour. Le rapport insiste clairement sur l’urgence à agir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Seules des réductions immédiates et soutenues dans tous les secteurs sont à même de nous mettre sur une trajectoire permettant d’éviter les effets les plus graves du changement climatique. Pour autant, il est trompeur de communiquer un message du type « nous avons X années pour agir ». En réalité, il n’est jamais trop tard pour agir : chaque émission de gaz à effet de serre évitée, réduit le changement climatique et ses effets, réduit les risques, les pertes et les dommages. Il n’est jamais trop tôt non plus pour agir. Nous sommes aujourd’hui déjà à +1,1°C à l’échelle du globe et des effets négatifs sont mesurés, pour les écosystèmes et les sociétés humaines. Il n’y a donc pas de seuil en-deçà duquel il n’y aurait pas de risque, ni au-delà duquel il n’y aurait plus de moyen d’action.
Le 05/04 à 15:00
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Tchat du « Monde » – Céline Guivarch et Franck Lecocq, tous deux coauteurs du rapport du GIEC, commencent à répondre à vos questions.
Le 05/04 à 14:45 POUR APPROFONDIR (à lire à l’envers)
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Cet opus boucle une trilogie catastrophe détaillant l’état des connaissances scientifiques sur le changement climatique. Ce troisième rapport, rédigé par 278 chercheurs de 65 pays, à partir de l’analyse de 18 000 études scientifiques, détaille l’éventail des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, ce qui en fait le chapitre le plus politique.
La fenêtre pour éviter les pires effets de la crise climatique est désormais extrêmement étroite, mais on peut encore s’y faufiler, selon le GIEC. Dans tous les scénarios étudiés, avoir une chance de limiter le réchauffement à 1,5 °C ou à 2 °C « implique des réductions de gaz à effet de serre rapides, profondes et la plupart du temps immédiates dans tous les secteurs ».
« Avoir les bonnes politiques, les bonnes infrastructures et les bonnes technologies pour changer nos modes de vie et nos comportements peut entraîner une baisse de 40 % à 70 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, a déclaré Priyadarshi Shukla, le coprésident du groupe de travail III du GIEC, qui consacre pour la première fois un chapitre à la demande. Il y a donc un important potentiel inexploité.» « Cet objectif de décarbonation n’est pas incompatible avec l’accès à une vie décente, notamment dans les pays en développement », précise Franck Lecocq.

Lire aussi : Le GIEC appelle à des mesures immédiates et dans tous les secteurs pour « garantir un avenir vivable »
Le 05/04 à 14:30
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Bonjour à tous et bienvenue dans ce tchat consacré au dernier rapport du GIEC, qui détaille l’éventail des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Vous pouvez poser toutes vos questions à Céline Guivarch, directrice de recherche au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), et Franck Lecocq, directeur du Cired, tous deux coauteurs du rapport. Ils vous répondent à partir de 15 heures.
Voir aussi: