Débat Macron-Le Pen : sur l’hôpital public, un constat partagé et une volonté commune d’investissements massifs
Les deux candidats à la présidentielle se sont néanmoins opposés, mercredi, lors du débat d’entre-deux-tours, sur la question du bilan du président sortant. « Il n’y a que les crises qui arrivent à vous faire bouger », a affirmé la candidate d’extrême droite.
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Sans surprise ni rupture avec les programmes déclinés durant la campagne, les deux candidats à l’élection présidentielle ont chacun défendu leur formule pour sauver l’hôpital public de « l’effondrement ». Pénurie d’infirmiers, services d’urgence obligés de s’arrêter la nuit, « lits »fermés… le reflux de la crise du Covid-19 ces dernières semaines est loin d’avoir mis fin aux maux dont souffrent les établissements de santé.
Chez Emmanuel Macron, il s’agit de poursuivre un « investissement massif » dans la santé. Et ce, dans la droite ligne du plan enclenché par le Ségur de la santé à l’été 2020, avec des revalorisations salariales des personnels hospitaliers de 183 euros par mois, ou encore un investissement de 19 milliards d’euros dans les établissements de santé sur dix ans. « Ça n’est pas suffisant », a-t-il concédé. « Je sais qu’aujourd’hui, ce sont les conditions de travail qui sont les plus dures », a insisté le candidat La République en marche, qui promet de « réembaucher », et pour cela « [d’]attirer des gens à l’hôpital » et « [d’]améliorer les conditions de travail ».
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« Il n’y a que les crises qui arrivent à vous faire bouger », lui a rétorqué Marine Le Pen, en référence à l’épidémie du Covid-19. « L’effondrement de l’hôpital, on le connaissait, vous étiez déjà depuis trois ans au pouvoir », l’a-t-elle attaqué, citant « les infirmières en sous-effectifs » ou encore « les déserts médicaux » qui « datent depuis des années ». La candidate Rassemblement national (RN) a mis l’accent sur l’enveloppe de 20 milliards d’euros qu’elle promet pour l’hôpital sur cinq ans. « C’est 10 milliards pour la revalorisation du personnel, pour l’embauche, notamment dans les Ehpad, pour éviter des drames qui ont été révélés, et puis, la souffrance des soignants et des patients », a-t-elle précisé. Dix autres milliards sont destinés à des « investissements dans l’hôpital », pour le matériel ou encore un « plan scanner-IRM ».
La seule passe d’armes directe entre les deux candidats a eu lieu sur le numerus clausus, soit le nombre d’étudiants autorisés à poursuivre en médecine fixé nationalement, qu’Emmanuel Macron a supprimé pour le remplacer par un « numerus apertus », établi au niveau des universités, et fortement augmenté. La représentante du RN l’a brandi comme un exemple de cette inaction du président en dehors des crises, situant cette suppression à « l’année dernière ». Le président a contredit, à plusieurs reprises, son opposante, pour lui rappeler que la décision datait d’avant la crise, en 2018.
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Sur les « déserts médicaux », dont la problématique s’est accrue ces dernières années dans de nombreux départements, le candidat La République en marche a mis en avant la nouvelle méthode qu’il promet « à l’échelle d’un territoire », ou encore la création de « référents santé »(pharmaciens, infirmiers, kinés…). Marine le Pen a de son côté prôné le rééquilibrage « entre les métropoles et la ruralité », le développement de la télémédecine, ou encore la mise en place d’incitations fiscales pour inciter à l’installation en zone sous dense.
Le temps consacré à la santé jugé insuffisant
Dans les rangs des acteurs de la santé, qui ont multiplié les appels à un vote barrage contre le Rassemblement national ces derniers jours, les quelques minutes consacrées au sujet ont paru souvent insuffisantes. « C’est assez décevant, alors que notre système de santé est au bord du gouffre, estime Djillali Annane, à la tête du syndicat des médecins réanimateurs. Ni l’un, ni l’autre, n’ont indiqué une quelconque vision pour l’hôpital, ou des mesures qui seraient disruptives. Comment va-t-on sortir du cercle vicieux du manque d’effectifs dû au manque d’attractivité ? »
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D’autres voix veulent néanmoins apporter une touche d’optimisme. « C’est la première fois que l’hôpital est abordé ainsi dans un débat de l’entre-deux-tours, et que chacun y voit un sujet majeur avec la volonté de le prendre à bras-le-corps », fait remarquer Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France.
Camille Stromboni
« Présidentielle 2022 : la santé, le duel des programmes entre Macron et Le Pen »
Date de publication : 21 avril 2022 « La Croix »
C’est ce que titre La Croix, qui observe que « si Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité sur les questions de santé, Marine Le Pen cherche, à l’inverse, à créer une rupture, notamment sur la gestion de l’hôpital, tout en affichant une volonté de privilégier soignants et patients français ».
Jeanne Ferney revient ainsi sur les programmes des deux candidats, en commençant par celui d’Emmanuel Macron, « un programme sous le signe de la continuité » : « En quelques paragraphes succincts, le président candidat insiste sur l’importance de la prévention et la nécessité de «construire» la santé de demain avec les citoyens, dans la droite ligne de son premier mandat ».
« Pas de changement majeur en vue : sur la santé, Emmanuel Macron joue la carte de la continuité. Du moins est-ce ce qui ressort des maigres paragraphes qu’il y consacre dans son programme. Continuité pour l’hôpital, d’abord, dont la pandémie a catalysé les difficultés humaines et financières. Alors que le Ségur de la santé a laissé les soignants amers, le président candidat entend «poursuivre le sauvetage de l’hôpital public» en lançant un plan de recrutement d’infirmiers et d’aides-soignants. Combien ? Il ne le dit pas », continue la journaliste.
Elle ajoute qu’« à l’heure où la communauté hospitalière se plaint du poids écrasant de la bureaucratie, il assure également vouloir recentrer la gouvernance des établissements sur les médecins, sans toutefois préciser comment soignants et directeurs se partageraient le «pouvoir» ».
Jeanne Ferney évoque le programme de Marine Le Pen : « Priorité aux médecins et aux patients français. La candidate du Rassemblement national consacre une large partie de son programme à l’hôpital public, dont elle souhaite revoir la gouvernance et le mode de financement. Elle affiche par ailleurs clairement sa volonté de privilégier les Français, tant les médecins que les patients ».
La journaliste observe que « Marine Le Pen consacre une douzaine de pages de son programme [à la santé], dont une grande partie centrée sur l’hôpital public. […] Outre des recrutements en «masse» et de nouvelles revalorisations salariales, elle entend s’attaquer à la gouvernance, avec l’objectif de libérer les soignants du «poids de la bureaucratie» ».
« Exit les agences régionales de santé […], les établissements seraient de nouveau placés sous la tutelle des préfets de région via les directions régionales des affaires sanitaires et sociales. D’un côté, un directeur pour gérer les aspects administratifs ; de l’autre, un médecin ou un chef de service pour s’occuper des aspects médicaux », poursuit Jeanne Ferney.
Présidentielle : un débat lisse sur la santé

Paris, le jeudi 21 avril 2022 Le JIM
https://hubtr.newsletter.jim.fr/clic132/6023/1244477/13?k=8bab0b2f8ddfefe33f1995b118148433
– Lors du débat télévisé de ce mercredi soir, les deux candidats ont pu dérouler leur programme sur la santé sans trop d’anicroches.
Ce mercredi soir, plus de 15 millions de Français ont assisté au grand moment de la campagne du deuxième tour, devenu avec le temps une tradition démocratique bien ancré, le fameux débat télévisé d’entre-deux-tours. Si les échanges entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont parfois donné lieu à des passes d’armes musclées, notamment sur la Russie ou sur le voile islamique, le débat est en revanche resté très feutré au moment d’aborder les questions de santé.
Les deux candidats promettent d’importants investissements pour l’hôpital
Sur l’hôpital public, les déserts médicaux ou encore les Ehpad, le Président de la République et son challenger ont ainsi pu exposer calmement leurs propositions, qui se sont parfois avérés assez similaires. S’agissant de l’hôpital, le chef de l’Etat a logiquement défendu son bilan des cinq dernières années, évoquant notamment la baisse du tarif hospitalier, la fin du numerus clausus et les importants investissements et hausses de salaire réalisé depuis 2020 et le Ségur de la Santé. Reconnaissant que cela était en partie « insuffisant », il a promis un investissement « massif » et a affiché la volonté de recruter plus de soignants à l’hôpital notamment en améliorant les « conditions du travail ».
Sans surprise, la présidente du Rassemblement National a également promis un investissement massif pour l’hôpital, à savoir 20 milliards d’euros supplémentaires pour l’hôpital en 5 ans, dont la moitié consacré aux revalorisations de salaires. Elle a tout de même tenté quelques attaques à l’encontre de son adversaire, lui reprochant d’avoir attendu la crise sanitaire pour agir pour l’hôpital et également d’avoir suspendu (et non « licencié » comme elle a pu le dire) les 15 000 soignants non-vaccinés, qu’elle a promis de réintégrer.
Une certaine convergence de vue sur les Ehpad
Au moment d’échanger sur les déserts médicaux, ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen n’ont dévié de leurs programmes. Le premier a défendu une « méthode totalement nouvelle à l’échelle du territoire », consistant à donner plus de libertés aux différents acteurs de la santé (hôpitaux, médecins libéraux, administrateurs…) pour créer « une offre de soins organisé à l’échelle du territoire » et permettre à chacun d’avoir un « référent santé ». La seconde s’est quant à elle dit favorable à des incitations fiscales pour pousser les médecins à s’installer dans des zones sous-denses et a défendu plus globalement un rééquilibrage des politiques publiques entre les métropoles et les campagnes, pour mettre fin à cette « injustice profonde » qu’est la désertification médicale.
Tout aussi courtois ont été les débats sur la question des Ehpad, où les propositions des candidats sont relativement proches. Marine Le Pen souhaite ainsi imposer un ratio minimum de soignants par résident et obliger tous les établissements pour personnes âgés à disposer d’au moins un médecin coordinateur et une infirmière 24 heures sur 24. Elle a également plaidé pour la mise en place d’un modèle mutualiste des Ehpad, proposition à laquelle son interlocuteur s’est dit « totalement favorable ». Le Président de la République s’est sur ce sujet contenté de rappeler une poignée de propositions : la mise en place d’une prime pour aider les personnes âgées à aménager leur domicile ainsi que l’embauche de 50 000 soignants supplémentaires en Ehpad.
Emmanuel Macron « plutôt fier » de sa gestion de la crise sanitaire
Il n’y a guère que sur la question de la crise sanitaire que les échanges ont été tendus. Se disant « plutôt fier de la manière dont la crise a été géré », le Président de la République a en quelque sorte tenté d’inverser les rôles, rappelant à son interlocutrice sa défense du vaccin russe et lui demandant à plusieurs reprises ce qu’elle aurait fait à sa place. Marine Le Pen lui a alors rétorqué qu’elle n’aurait pas fermé les commerces, « qui n’étaient pas des lieux de transmission » selon elle et a expliqué qu’avec les aides Covid, Emmanuel Macron n’avait fait que « compenser les pertes qu’il avait lui-même créé ».
Sur le même sujet, les deux candidats se sont livrés à une passe d’arme quelque peu technique sur la question de la part de la Covid-19 dans les 600 milliards de dette supplémentaire cumulés au cours du quinquennat. Marine Le Pen a ainsi soutenu que la Covid-19 ne représentait qu’un tiers de cette somme, Emmanuel Macron la totalité. La réalité se situe comme bien souvent entre les deux, les experts s’accordant pour dire que la dette Covid-19 est d’environ 320 milliards d’euros en cumulant aides en tout genre et baisse de recettes.
Alors que beaucoup de médecins se sont prononcés en faveur d’Emmanuel Macron ces derniers jours, tous n’ont pas été convaincus par la qualité du débat de ce mercredi soir. Le Pr Djilali Annane, président du Syndicat des médecins réanimateurs, a ainsi jugé le débat « assez décevant », regrettant qu’aucun des deux candidats n’aient « indiqué une quelconque vision pour l’hôpital ». A l’inverse, Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF) s’est réjoui que « l’hôpital soit abordé pour la première fois dans un débat d’entre-deux-tours ».
Nous voilà donc désormais dans le débat sur le débat.
Nicolas Barbet
« Qu’est-ce vous auriez fait pendant la crise Covid? » : récit d’un débat bref mais intense sur la santé entre Le Pen et Macron
Par Aveline Marques le 21-04-2022

Il a fallu attendre plus d’une heure mercredi soir pour que la santé, sujet prioritaire des Français, soit enfin débattue par les deux candidats finalistes de l’élection présidentielle. Au programme, une passe d’armes sur la gestion de la crise sanitaire, de (trop) rares propositions de lutte contre les déserts médicaux et un mot sur les enseignements à tirer du scandale Orpea. Ni plus, ni moins.
10 minutes. C’est le temps consacré hier soir aux sujets majeurs de la santé et de la dépendance par les candidats finalistes à l’élection présidentielle, lors d’un débat d’entre-deux tours particulièrement attendu.
Un échange précédé par quelques passes d’armes économiques sur la gestion de la crise du Covid. Alors que Marine Le Pen lui reprochait d’avoir, au terme du quinquennat, accumulé 600 milliards d’euros de dettes, dont « un tiers seulement » pour le Covid, Emmanuel Macron ne s’est pas privé de reprendre la candidate du Rassemblement national en lui faisant remarquer qu’elle oubliait d’inclure les dettes de la Sécurité sociale, qui ont permis de maintenir l’économie à flot malgré une pandémie « comme on n’en a pas vécue depuis un siècle« . « Le Covid, c’est 600 milliards d’euros et je les assume complètement », a-t-il déclaré. Avant de contre-attaquer : « Qu’est-ce que vous auriez fait pendant la crise Covid, Madame Le Pen? », lui a-t-il lancé à plusieurs reprises. « Je n’aurais pas la cruauté de revenir avec vous sur la crise du Covid, sur les vaccins russes que vous proposiez d’administrer… Tous vos amis [Trump et Bolsonaro, notamment, NDLR], quand je vois comment ils ont géré la crise Covid, je suis plutôt fier de la manière dont on l’a gérée« , a renchéri le candidat de La République en marche.
Le débat a ensuite porté sur la crise de l’hôpital, Emmanuel Macron rappelant l’investissement « historique » du Ségur de la Santé (19 milliards d’euros) et les revalorisations salariales consenties, allant de 183 euros à 400 euros net par mois pour les soignants. L’enjeu est désormais de restaurer l’attractivité de l’hôpital, pour pouvoir réembaucher et in fine, améliorer les conditions de travail, souligne-t-il. « Il n’y a que les crises qui arrivent à vous faire bouger, a taclé Marine Le Pen. Il a fallu la crise sanitaire pour vous apercevoir que les infirmières et les aides-soignantes étaient dans une souffrance absolument inouïe. » La candidate d’extrême-droite a promis quant à elle 10 milliards d’euros d’investissement pour l’hôpital (notamment pour un plan IRM/Scanners) et 10 milliards d’euros de hausses de salaire. Elle s’engage par ailleurs à réintégrer les 15 000 soignants « licenciés sans salaire du jour au lendemain » pour avoir refusé de se vacciner contre le Covid et de leur restituer les rémunérations non perçues.
Face aux déserts médicaux, Marine Le Pen propose des incitations fiscales à l’installation des médecins, en complément d’une politique d’aménagement des territoires ruraux qui permette aux praticiens d’envisager d’y vivre avec conjoint et enfants. Quant à Emmanuel Macron, qui a signalé qu’il n’avait pas attendu la crise du Covid pour supprimer le numerus clausus, il a promu une nouvelle méthode consistant à mettre à contribution l’ensemble des acteurs de la santé et les élus d’un territoire pour organiser l’offre de soins au niveau local et de permettre à chaque Français d’avoir « un référent de santé » – infirmier ou pharmacien, si ce n’est médecin.
Réagissant au scandale Orpea, Marine Le Pen a demandé plus de contrôles dans les Ehpad, des ratios minimaux de personnels par rapport au nombre de résidents et une présence médicale accrue : « Il faut à tout prix exiger que les Ehpad aient un médecin coordinateur -il y a encore 30% des Ehpad qui n’en ont pas – et une infirmière 24 heures sur 24. » Fustigeant les profits réalisés par le secteur privé lucratif sur les personnes âgées vulnérables, la représentante du Rassemblement national a plaidé pour un « modèle plus mutualiste », à côté de l’offre publique. « Je ne pense pas qu’il faut pas jeter l’opprobre sur le secteur privé », a défendu Emmanuel Macron, reconnaissant néanmoins la nécessité de mieux le « réguler ». Le président sortant a évoqué enfin, sa volonté de favoriser le maintien à domicile en contribuant à l’adaptation des logements (« Prime adapt' ») et en permettant aux auxiliaires de vie et aides à domicile d’obtenir des contrats de 35 heures renforçant leur présence auprès des personnes âgées.
Médecins libéraux, hôpital, déserts… Comparez les programmes santé de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron [INFOGRAPHIE]
Par Aveline Marques le 20-04-2022

C’est un paradoxe : alors que la santé est la priorité des Français, le sujet ne figure pas en bonne place dans le discours des deux candidats finalistes à l’élection présidentielle. En la matière, Marine Le Pen (Rassemblement national) a un catalogue de mesures et de promesses plus fourni, marqué par sa politique de « priorité nationale », quand le Président sortant Emmanuel Macron (La République en marche) prône la continuité des réformes engagées durant son quinquennat, avec un accent sur la prévention. Liberté d’installation, rémunération des médecins de ville, santé publique, protection sociale, éthique, hôpital, handicap… Egora a passé au crible les programmes des deux candidats pour dresser un comparateur exhaustif.
Sommaire :
1. Hôpital
2. Accès aux soins
3. Médecins libéraux
4. Etudes de santé
5. Financement et organisation des soins
6. Infirmières, sages-femmes, pharmaciens
7. Santé publique
8. Protection sociale
9. Ehpad / Grand âge
10. Handicap
11. Ethique
12. Industrie / Innovation / Recherche
Débat présidentiel : 15 000 soignants ont-ils été licenciés en raison de la crise sanitaire, comme l’affirme Le Pen ?
La pandémie de Covid-19 en France dossier
Marine Le Pen promet la réintégration de 15 000 soignants qui auraient été «licenciés» d’après elle, pour ne pas s’être fait vacciner. Les soignants ont en réalité été suspendus et le flou demeure quant au nombre de personnes touchées par cette mesure.
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par Laura Remouépublié le 20 avril 2022 à 22h39
«Vous n’avez pas fait preuve de beaucoup d’empathie à son égard», a lancé Marine Le Pen à Emmanuel Macron lors du débat présidentiel, au sujet du personnel médical, «quand vous avez licencié 15 000 soignants. 15 000 soignants. Sans salaire, du jour au lendemain. Parce que vous refusiez qu’il puisse se tester avant de venir travailler, et que vous vouliez à tout prix qu’il soit vacciné».
Une attaque suite à laquelle elle a réitéré sa promesse : réintégrer ces 15 000 soignants. Sauf que ces derniers n’ont pas été licenciés, mais mis à pied pour non-vaccination du fait de la crise sanitaire. Pendant cette période, leur salaire a bien été aussi suspendu. Mais il est aujourd’hui impossible de connaître précisément le nombre des personnes concernées.
Depuis le 16 octobre 2021, les soignants sont soumis à l’obligation vaccinale contre le Covid-19. Si le passe vaccinal a été levé le 14 mars 2022, les soignants ont toujours l’obligation d’être vaccinés, y compris de leurs doses de rappel, inclues dans cette règle depuis le 30 janvier 2022. Ils doivent donc désormais avoir reçu trois doses.
Lors du débat ayant opposé lundi 18 avril Jordan Bardella au ministre de la Santé Olivier Véran, ce dernier avait ironisé sur ce chiffre de 15 000 soignants suspendus, déjà avancé par le président par intérim du RN. «C’est une décision difficile de mettre à pied des soignants, pas 15 000 Jordan Bardella, ça, c’est dans vos rêves».
Une ironie en apparente contradiction avec les déclarations du ministre. Quelques jours avant la mise en place du pass vaccinal, Olivier Véran déclarait en effet à France Info que 15 000 soignants n’étaient pas encore vaccinés, ce qui représentait 0,6 % du personnel «suspendu ou suspendable». Parmi eux, «moins de 0,1 %» selon Olivier Véran avaient décidé de démissionner, soit «entre 1 500 et 2 000» soignants.
Auprès du Figaro, le Ministère de la santé avait affirmé qu’ils disposaient de 50 % à 60 % des remontées des hôpitaux qui leur permettaient de constater que «7 000 suspensions ont été comptabilisées au niveau national», puis d’extrapoler «au nombre de personnes concernées par l’obligation vaccinale, on peut en déduire qu’environ 15 000 salariés sur 2,7 millions de personnels concernés […] ont été suspendus».
Mais que 15 000 soignants aient été suspendus ne veut pas forcément dire qu’ils le demeurent aujourd’hui. Le 26 octobre, Olivier Véran déclarait en audition devant le Sénat que «les deux tiers des soignants suspendus faute de vaccination sont revenus au travail une fois vaccinés – métropole et outre-mer confondus». Mais sans en préciser le nombre.
Contacté et relancé à plusieurs reprises par CheckNews, le ministre de la Santé ne nous a pas communiqué le nombre de soignants actuellement suspendus.
La période des campagnes électorales est sujette à la désinformation ou aux approximations, quel que soit le candidat. Dans le cadre de la campagne présidentielle, le service CheckNews de Libération reste pleinement mobilisé pour répondre à vos questions et tenter de démêler le vrai du faux. N’hésitez pas à nous solliciter via notre formulaire, en cliquant sur le bandeau présent en tête de chaque article.
Voir aussi:
Présidentielles 2022 : Débat Santé entre les conseillers santé d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen (Vidéo) https://players.brightcove.net/1437117752001/rJ5pn1fMe_default/index.html?videoId=6304523532001
https://environnementsantepolitique.fr/2022/04/13/la-sante-et-les-deux-candidats/
Commentaires Dr Jean SCHEFFER:
Peut-on croire Emmanuel Macron dans ses promesses actuelles ?
Il faut tout de même se rappeler:
–qu’il a poursuivi jusqu’à la pandémie la politique de resctriction budgétaire de ses prédécesseurs concernant l’Ondam hospitalier, mettant les budgets des hôpitaux en déficit et les obligeant à supprimer des lits en grand nombre (suppression de 17 000 lits en 3 ans). –qu’il n’a pas réformé, au cours du Ségur de la santé, la gouvernance hospitalière, se contentant d’augmenter les salaires les ramenant pour les soignants, juste en dessous de la moyenne européennes. Les difficiles conditions de travail, l’absence de réforme de la gouvernance, expliquent la perte d’attractivité de nos hôpitaux, et la poursuite du départ des soignants et médecins en secteur libéral. Actuellement il ya 40% des postes de médecins vacants dans nos hôpitaux généraux. C’est la principale cause de fermetures de services hospitaliers par les ARS. –qu’il n’a rien fait contre les déserts médicaux, les français rencontrant des difficultés d’accès à un médecin traitant étant passés de 3 à 5 millions à plus de 10 millions. Actuellement en raison de l’éloignement de lieux de soins, des dépassements d’honoraires qui ont explosé en nombre, et du reste à charge, 1/3 à 50% de nos concitoyens, reculent ou renoncent à des soins. -qu’il a laissé la garde des médecins libéraux pour la permanence des soins se dégrader au cours du quinquennat, avec seulement 1/3 des médecins qui participent à la garde et de nombreux territoires sans garde entre minuit et 8h du matin. –qu’il a permis en 2018 par décret la possibilité au secteur lucratif de racheter des centres de santé publique , ou non lucratif, comme avec le groupe Ramsay et des centres de La Croix-Rouge. – qu’il se murmure dans lse milieux bien informés qu’il serait prêt à privatiser les hôpitaux publics comme en Allemagne –qu’il a fait une réforme du 100% santé « en trompe l’oeil » en matière des remboursement des prothèses dentaires, auditives et pour l’optique. En effet c’est nous qui payons à travers l’augmentation importante des primes d’assurance de nos complémentaires santé (les CPAM ne remboursent qu’une faible partie) –que la santé n’est prise en compte dans son programme que de façon partielle et peu importante témoignant d’une absence de priorité, à l’inverse des préoccupations des Français. -qu’il a reculé à plusieurs reprises comme François Hollande pour la création d’une nouvelle branche de la sécurité sociale afin de prendre en charge nos aînés dépendants. –concernant la politique du médicament le désastre du vaccin contre le covid de Sanofi (toujours pas sorti) s’explique par la politique des géants de Big Pharma, qui tiennent à des bénéfices à deux chiffres a fin de distribuer aux actionnaires le maximum de dividendes. Sanofi a fait comme ses concurrents: délocalisations des fabrications (Inde, Chine…), suppressions de l’ essentiel des centres de recherche, rachats de start up innovantes. Macron a laisser faire et commence à relocaliser mais pour des médicaments ordinaires (paracétamol). Il aurait pu créer un pôle public du médicament pour commencer à ne plus être dépendant de l’étranger –concernant la gestion de la pandémie l’appréciation de la gouvernance de Macron n’est pas jugée excellente: en réalité la France est classée 42ème sur 54 pays (https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwjvy9mjoaL3AhUR4YUKHeqOA5EQFnoECAMQAQ&url=https%3A%2F%2Fwww.liberation.fr%2Fchecknews%2Fla-france-est-elle-classee-42e-pays-sur-53-dans-sa-gestion-du-covid-c
Au total la pandémie a montré le délabrement de notre système de santé, que ce soit à travers la crise hospitalière, l’ensemble des déserts médicaux, notre dépendance pharmaceutique vis-à-vis de l’étranger, la crise démographique, la faillite des gardes libérales entraînant la crise des urgences, l’incoordination des soins de premier recours…
il semble faire amende honorable, en proposant:
–une régulation de l’installation des médecins libéraux -un début d’organisation et de coordination des professionnels de santé pour les soins de premier recours avec les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). –une quatrième année d’internat pour les futurs généralistes en zones non pourvues. Bien, mais cela crée une disparité entres généralistes et spécialistes et ne résout pas l’ensemble des déserts médicaux (dans dans les centres de santé public , les maisons de santé libérales, les EHPAD, les hôpitaux psychiatriques, les CMP, les PMI, la médecine scolaire, la médecine du travail, la santé publique, la médecine pénitentiaire…) Aucune nouvelle concernant ma proposition de « Clinicat- Assistanat pour tous » de 3 ans, en fin d’internat, pour tous les futurs généralistes et spécialistes susceptible de solutionner en quelques années tous ces déserts (https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2), et proposée à plusieurs députés de LRM ! -des créations de poses pour les hôpitaux et les EHPD, mais sans aucunes données chiffrées . -un début de relocalisations de fabrication de médicaments –une proposition de généraliser le 1/3 payant, ce qu’avait déjà proposé Marisol Touraine sans succès en raison de l’opposition des médecins libéraux. -à un moment il y a eu une réflexion sur un éventuel vrai 100% santé (ou grande sécu) , mais cet espoir pour diminuer le reste à charge semble s’être évanoui sous la pression des complémentaires (mutuelles, assurances privées, sociétés de prévoyance ), mais aussi des syndicats qui ont leur propre intérêt à travers les sociétés de prévoyance. Il faut rappeler qu’il suffirait de généraliser le système en vigueur en Alsace Moselle pour s’approcher de » la grande sécu », la complémentaire étant gérée directement par l’assurance maladie, source d’une importante économie et d’une diminution du reste à charge.
Au total pourquoi Macron ferait ce qu’il n’a pas fait pendant son précédant mandat ? Pour ce libéral, les dépenses de santé sont un frein à la croissance (à moins d’accélérer la marchandisation de la santé, de privatiser les établissements de soins, de créer dse réseaux de soins sous l’égide des assurances privées); le remboursement de la dette, le déficit revenu de l’assurance maladie, n’incitent pas à beaucoup d’optimisme.