Écologie et enjeu climatique: ni Marine Le Pen, ni Emmanuel Macron ne sont à la hauteur de l’enjeu

La mue écologiste d’Emmanuel Macron

ÉDITORIAL

Le Monde

Dans son discours à Marseille, samedi, le président candidat s’est fixé pour cap de faire de la France « une grande nation écologique ». Cette « ambition » n’est pas étrangère au score enregistré par La France insoumise. Reste un défi : repenser la manière dont l’action publique doit s’engager dans cette voie.

Publié aujourd’hui à 10h38, mis à jour à 10h57 Temps de Lecture 2 min.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/18/la-mue-ecologiste-d-emmnanuel-macron_6122618_3232.html

Editorial du « Monde ». Depuis le début de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait le plus grand mal à expliquer aux Français pourquoi il sollicitait un second mandat. Samedi 16 avril, à Marseille, il a trouvé un but, exposé une vision, lancé un défi. Confessant des manquements, des retards, des faux pas, il s’est fixé pour horizon de faire de la France une« grande nation écologique », « la première à sortir du gaz, du pétrole et du charbon ». Dans la foulée, il a promis « d’aller deux fois plus vite dans la réduction des gaz à effet de serre », alors que son mandat reste marqué par l’abandon de la taxe carbone, consécutive au mouvement des « gilets jaunes ».

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Cette « nouvelle ambition » portée par un président de la République qui a été, tout au long de son quinquennat, accusé par les organisations environnementales de ne pas agir suffisamment contre le réchauffement climatique peut prêter à caution. D’autant qu’elle n’est pas intervenue spontanément. Elle résulte de la pression exercée par le bon score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle. Devenu le héraut de la planification écologique, l’« insoumis » a récolté 22 % des suffrages exprimés le 10 avril et réalisé des scores importants chez les moins de 35 ans. La façon dont ses électeurs vont se reporter au second tour est devenue déterminante, alors que la seule consigne qu’ils ont reçue est de ne pas donner leur voix à Marine Le Pen.

Nouvelle approche

Pour ne pas se couper d’une jeunesse qui, face au dérèglement climatique et à la dégradation de la biodiversité, rêve d’un autre monde en s’exaspérant que rien ne bouge assez vite, Emmanuel Macron se devait d’envoyer des signaux forts. Il a repris à son compte les notions de « planification écologique » et d’« avenir en commun » développées par Jean-Luc Mélenchon. Il a fait siens plusieurs engagements contenus dans le projet du candidat, comme la rénovation thermique de 700 000 logements par an sur toute la durée du quinquennat. Il a en revanche assumé deux désaccords de fond, l’un sur le nucléaire, l’autre sur la décroissance.

La partie la plus intéressante du discours de Marseille a porté sur la façon dont, concrètement, le président sortant s’y prendrait, s’il était réélu, pour tenir son ambition. La démission de Nicolas Hulot, qu’il avait nommé en 2017 ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire, avec rang de numéro trois du gouvernement, reste un échec cuisant. En quittant son ministère, le militant écologiste avait déploré son extrême solitude au milieu de structures gouvernementales et administratives qui continuaient de penser et de fonctionner comme avant.

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Emmanuel Macron tire les leçons de ces blocages. Dans le schéma qu’il défend, c’est le premier ministre, chargé de l’interministériel, qui piloterait la planification écologique, épaulé par deux ministres « forts », l’un responsable de la « planification énergétique », l’autre de la« planification écologique territoriale » en lien avec les élus locaux.

Tout dans le détail reste encore à inventer, mais l’intention est enfin assumée : l’action publique, dans son ensemble, doit être repensée à l’aune de la transition écologique. Parallèlement, une nouvelle approche, moins verticale, plus participative, plus décentralisée se dessine, pour tenter de donner corps à cette révolution présentée comme l’ambition de toute une nation. On peut déplorer que la mue s’opère si tardivement, mais on peut aussi se réjouir qu’elle soit enfin affirmée.

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Le Monde

Présidentielle : Emmanuel Macron et Marine Le Pen bataillent sur le climat

VIDÉO

Alors que Marine Le Pen défend le « patriotisme » et le « localisme » pour le climat, Emmanuel Macron a profité de son meeting à Marseille pour tenter de convaincre sur la question écologique. Chacun accuse l’autre de ne pas être à la hauteur sur ce sujet.

Par Publié aujourd’hui à 17h13, mis à jour à 17h57

https://www.lemonde.fr/politique/video/2022/04/18/presidentielle-emmanuel-macron-et-marine-le-pen-bataillent-sur-le-climat_6122663_823448.html

Temps de Lecture 1 min.

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« L’extrême droite est un projet climatosceptique », a clamé le président sortant lors de son meeting d’entre-deux-tours à Marseille, samedi 16 avril, pour disqualifier son adversaire. « C’est un projet qui veut sortir de l’Europe du climat, qui veut détruire des éoliennes… », a-t-il ajouté. Marine Le Pen n’a pas tardé à réagir lors d’une interview sur France 3 : « J’ai un projet qui tient compte de l’environnement, de l’écologie. »

Dans cet entre-deux-tours, le climat est devenu un argument de campagne pour le Rassemblement national. Jordan Bardella, sur Franceinfo, a même affirmé que « le vote pour le climat, c’est le vote pour Marine Le Pen ». Il défend « le localisme, les circuits courts, le patriotisme économique » pour faire face aux enjeux environnementaux. « Le meilleur moyen de protéger la planète, c’est d’arrêter le grand déménagement du monde », a-t-il assuré.

De son côté, Emmanuel Macron a fait son mea culpa sur France Culture : « Une des choses sur lesquelles je me suis sans doute le plus transformé intellectuellement, c’est la nature, c’est la pensée de l’écologie. C’est quelque chose que je n’avais pas suffisamment pensé. Et quand je n’ai pas une pensée structurée, j’ai du mal à agir. » Le président sortant a annoncé vouloir désigner un premier ministre chargé de la planification écologique s’il était réélu.

Un discours critiqué par le camp adverse. « A Marseille, c’était plus belle l’arnaque sur l’écologie », s’est moqué le député RN du Nord, Sébastien Chenu. Il a dénoncé chez Emmanuel Macron « une drague (…) lourdingue » des électeurs écologistes.

Émilie Henny(Rédactrice vidéo pigiste au service vidéo du Monde)

Ecologie, une disparition politique

CHRONIQUE

Stéphane Foucart

Pourtant considérée comme une priorité par les Français, l’écologie a été presque absente des débats de la campagne présidentielle qui s’achève. La réticence médiatique à considérer l’urgence climatique comme un sujet politique majeur est l’une des explications à ce paradoxe, estime Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».

Publié hier à 02h10, mis à jour hier à 16h22   Temps de Lecture 4 min. 

Chronique. Il suffisait de consacrer quelques minutes quotidiennes à l’écoute de la radio ou de la télévision au cours de la campagne présidentielle pour entendre cette question : « Comment expliquez-vous que l’environnement et le climat n’aient pas percé dans le débat ? »

Dans la bouche des intervieweurs politiques, la question n’est pas sans évoquer une fausse candeur de pyromane s’étonnant de la recrudescence des incendies. Comme l’ont relevé à plusieurs reprises les organisations non gouvernementales (ONG) réunies dans « L’affaire du siècle », les questions posées aux différents candidats ou à leurs représentants n’ont que très peu abordé l’enjeu climatique. La question de l’effondrement de la biodiversité a, elle, été complètement ignorée.

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Selon les estimations de « L’affaire du siècle », le climat n’aura occupé qu’environ 5 % du temps des débats animés par les grands médias audiovisuels, au cours de la campagne qui s’achève. Cette quasi-absence a des effets majeurs sur notre perception collective des risques réels du dérèglement climatique en cours.

L’interview politique est de fait performative : les questions qui ne sont pas posées disparaissent de la conversation publique, et perdent leur importance dans toutes les strates de la société. Ce dont on ne parle pas ne saurait être important.

L’habitabilité de la planète, à échéance de quelques décennies ? Une question de second ordre. Organiser l’adaptation et la résilience de la société et des économies face à ce qui est déjà inéluctable ? Un non-sujet. En termes de tactique politique, il y a peu d’intérêt pour les candidats à travailler une matière réduite à la portion congrue lors des débats. Peu suspect de menées écologistes, le think tank The Shift Project n’a ainsi classé que deux des douze projets initialement en lice comme « proches » des objectifs climatiques de la France, ceux de Jean-Luc Mélenchon et de Yannick Jadot.Lire aussi   Article réservé à nos abonnés  Jean-Marc Jancovici : « Il n’y a pas d’échappatoire au problème climatique »

D’où ce paradoxe : alors que les enquêtes d’opinion consacrent l’environnement comme une préoccupation majeure des Français – souvent en deuxième ou troisième position –, les trois quarts des suffrages sont allés, le 10 avril, à des programmes dépourvus de toute ambition en la matière.

Ce n’est pas si étonnant. La formation intellectuelle et la culture professionnelle du journalisme politique conduisent depuis des décennies à privilégier les questions économiques, l’immigration, l’insécurité, sans oublier les stratégies discursives des uns et des autres, les affrontements d’ego et les tactiques d’appareil. Les questions environnementales, techniques et rébarbatives, ne sont jamais qu’effleurées.

L’« éléphant dans la pièce »

Au reste, la ligne éditoriale des grands médias audiovisuels a rendu presque impossible l’affirmation d’un débat politique sur l’environnement.

Selon les chiffres de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique colligés par les Décodeurs du Monde, les candidats de droite et d’extrême droite ont bénéficié d’environ 593 heures de temps de parole sur les principales stations de radio et chaînes de télévision entre le 1er janvier et le 7 mars. Dont 276 heures pour Eric Zemmour, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. En regard, les candidats de gauche et d’extrême gauche ont eu droit qu’à 281 heures, dont moins de 175 heures pour les deux candidats distingués par The Shift Project. Les thématiques de l’insécurité, de l’immigration, du « wokisme » ou de la prétendue grandeur perdue de la France se sont ainsi mécaniquement imposées face aux sujets environnementaux.

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Ce déséquilibre pose évidemment, bien au-delà de la place de l’écologie, une question démocratique majeure qui est un peu l’« éléphant dans la pièce » – nul ne peut en ignorer l’existence mais chacun fait comme s’il n’était pas là.

Ce n’est sans doute pas tout. La popularisation des travaux d’organes d’expertise, comme le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), n’est peut-être pas non plus étrangère à la disparition de la question climatique du débat politique. En particulier, dans son dernier opus publié début avril, où le GIEC présente des scénarios de développement susceptibles d’atténuer le réchauffement en cours.

L’échelle locale

Ce travail est souvent présenté et compris comme un catalogue de mesures techniques (agrémenté d’économies d’énergie) susceptibles d’être déployées dans le cadre de tout programme, indépendamment de son orientation politique ou de celui qui le porte. Certains journaux en ont d’ailleurs donné à lire les grandes lignes dans leur section « Sciences », comme si l’affaire n’avait rien à voir avec des choix profondément politiques sur les inégalités, la répartition des efforts, la distinction entre l’essentiel et le superflu, la solidarité entre pays du Nord et du Sud, etc.

Lire aussi : Emmanuel Macron défend sa vision de l’écologie en fustigeant le « climatoscepticisme » de Marine Le Pen

La question climatique est aussi, le plus souvent, abordée dans l’espace public sous le seul angle des technologies susceptibles de « décarboner » l’économie. Bien que nécessaire, cet objectif occupe la totalité de la petite niche médiatique dévolue au climat. Mais, plus le temps passe, plus il devient démobilisant, car trop facilement désamorcé par le fait que la France est loin de pouvoir infléchir, à elle seule, la trajectoire climatique de la planète.

C’est peut-être là l’une des explications à ce hiatus, relevé par nombre de commentateurs : marginalisés sur la scène politique nationale, le climat et l’environnement tendent au contraire à s’enraciner à l’échelle locale, comme en témoigne le succès des écologistes aux dernières élections municipales. Comme si la perspective de voir l’Etat s’emparer sérieusement de ces questions était illusoire, comme si toute marge de manœuvre consistait désormais à tenter de s’adapter à l’inexorable, au plus près de chez soi.

Stéphane Foucart

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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