Pour les habitants de Lescout, l’élevage industriel n’est pas « la poule aux yeux d’or »

Le producteur d’œufs Gallès donne la chair de poule aux habitants de Lescout 1/2

Publié le mardi 5 avril 2022 à 18h50min par Audrey Sommazi

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L’agrandissement de l’entreprise Gallès, spécialisée dans l’élevage de poules pondeuses située à Lescout, ravive le conflit qui oppose le dirigeant de cette PME au collectif de Lescout, décidé à obtenir la suspension des travaux en raison des risques sanitaires qui pèsent sur les habitants du village.

Lescout, son pigeonnier du XIIIe siècle construit sur un ancien lavoir, son église paroissiale du XIXe siècle, ses 700 habitants, ses champs de colza et de tournesols. Rien ne semble troubler la quiétude de ce village tarnais, traversé par la rivière le Sor. Et, pourtant, les apparences sont trompeuses. Depuis plusieurs années, le feu couve entre deux camps irréconciliables qui s’affrontent dans la rue, à coup de manifestations et de réunions publiques, et devant les tribunaux. D’un côté, Cyril Gallès, le dirigeant de SAS Gallès, une PME fondée par son grand-père en 1964 au domaine de La Bouriette, spécialisée dans l’élevage industriel de poules pondeuses. Avec neuf salariés, treize dans les périodes d’activité plus intenses, elle compte aujourd’hui environ 160.000 poules réparties dans quatre bâtiments situés le long de la départementale D622.

De l’autre côté, des Lescoutais, épaulés par des associations environnementales, des partis politiques et un syndicat agricole. Ces opposants se plaignent d’odeurs « nauséabondes » qui se dégagent de ce poulailler industriel.

Au centre de ce courroux, l’agrandissement de l’entreprise. Le dirigeant a décidé de construire un cinquième poulailler industriel de 30.000 poules en plein air. Cette décision exacerbe, à nouveau, les hostilités, démarrées en 2017, transformées en conflit depuis.

Exigence de la réglementation européenne

Si le permis de construire de ce nouveau bâtiment a été délivré le 13 juin et les premiers coups de pioche donnés début novembre pour une mise en service en 2022, les opposants veulent obtenir l’arrêt des travaux. « L’industriel ne dispose pas de surface légalement nécessaire pour les parcours extérieurs des poules », fait valoir Jean-Luc Hervé, co-porte-parole du collectif de Lescout, qui réunit des riverains, l’association départementale de protection de l’environnement et la Confédération paysanne du Tarn.

Pour contrecarrer le projet de l’entreprise, le collectif s’appuie sur une réglementation européenne de 2008. Elle stipule que « la densité de peuplement de l’espace extérieur ne peut à aucun moment excéder 2500 poules par hectare de terrain mis à leur disposition, soit une poule par quatre mètres carrés. » Or, pour les opposants, cette exigence n’est pas remplie. Ils affirment que la transformation du premier poulailler industriel en cage en poulailler plein air avec un terrain en accès libre de douze hectares pour 30.000 poules n’est pas envisageable dès lors que le poulailler supplémentaire, celui qui met le feu aux poudres, se construit au cœur même de cette surface.

Par conséquent, selon le collectif, les 30.000 cocottes ne disposeraient pas de suffisamment d’espace comme le prévoit la réglementation européenne. « Le collectif ne comprend pas », se défend Cyril Gallès, le patron. « Nous sommes en train de réorganiser le parcours des poules afin de répondre à la demande des consommateurs qui évolue vers un œuf alternatif (bio ou plein air), et non plus en cage. Il faut regarder le foncier disponible dont nous disposons. Il reste une dizaine d’hectares disponibles sur quarante-trois. » Le dirigeant, qui répond rarement à la presse, veut calmer les esprits avec un autre argument : « Ce nouveau poulailler ne verra pas augmenter sa capacité de production, mais au contraire, compensera la perte de l’effectif du premier poulailler. Avec sa transformation, ce dernier a perdu 20.000 poules. »

Mais, coûte que coûte, le collectif de Lescout veut obtenir gain de cause en multipliant les actions. Le 29 juillet, il se mobilisait devant la préfecture d’Albi. Rebelote le 14 octobre. Le 19 novembre, un cordon de tracteurs bloquait l’entrée du chantier aux abords de la D622. Le 9 décembre, alors que la nouvelle réglementation sur la grippe aviaire entrait en vigueur, imposant aux éleveurs plein-air d’enfermer leurs volailles une grande partie de l’année, le collectif se regroupait une nouvelle fois dans les rues de Toulouse.

Les opposants mènent aussi des actions sur le front de la justice. Deux recours ont été déposés devant le tribunal administratif de Toulouse contre ce permis de construire : un premier référé-suspension le 14 novembre et une intervention volontaire le 2 décembre. Néanmoins, le 20 décembre, dans son délibéré, la juridiction rejetait la demande des opposants. La suite judiciaire ? « La procédure d’appel sera lancée devant le conseil d’État », assure Jean-Luc Hervé, éleveur de brebis sur la commune de Dourgne, à cinq kilomètres de Lescout, et ancien porte-parole de la Confédération paysanne du Tarn. « Pour nous, c’est une défaite d’étape. »

Cyril Gallès, lui, est ravi. « Je ne veux pas faire de commentaire concernant cette décision mais j’observe que la justice m’est favorable », se félicite le patron, qui a injecté 1,5 million d’euros dans ce nouveau poulailler. « Je ne finance pas un projet illégal, car je m’engage à long terme. Je ne prends aucun risque. »

En parallèle, le collectif s’est adressé à Catherine Ferrier, préfète du Tarn. Dans un courrier daté de mi-novembre, il la somme de « faire le nécessaire auprès de M. Gallès afin qu’il stoppe immédiatement le chantier, illégal à de nombreux titres », et « de faire procéder préalablement à toute construction à la mise en conformité de son autorisation d’exercer ». Une demande reçue mais balayée d’un revers de main. « Ce modèle économique est autorisé. Il plait ou pas, mais c’est ainsi », tranche Catherine Ferrier, la préfète du Tarn. « Il y a un permis qui permet aux poules de sortir de leur cage et de gambader. L’extérieur permettra un élevage moins intensif », abonde Mme Ferrier, qui enverra, à son tour, une lettre pour répondre point par point aux problématiques soulevées par les opposants. « On surveille de très près cet élevage, inspecté régulièrement », rassure la préfète, qui, dans ce conflit, n’observe pas de « consensus » entre les deux parties. « J’applique le droit, rien que le droit. »
Audrey Sommazi

Photos : Rémy Gabalda-ToulÉco.

Le producteur d’œufs Gallès donne la chair de poule aux habitants de Lescout 2/2

Publié le mardi 12 avril 2022 à 18h00min par Audrey SommaziMartin Venzal

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L’agrandissement de l’entreprise Gallès, spécialisée dans l’élevage de poules pondeuses située à Lescout, ravive le conflit qui oppose le dirigeant de cette PME au collectif de Lescout, décidé à obtenir la suspension des travaux en raison des risques sanitaires qui pèsent sur les habitants du village. Suite du reportage.

Catherine Gavelle est à l’origine de cette fronde. En 2013, cette neo-Lescoutaise et son mari deviennent les propriétaires du château du Gua, inscrit aux Monuments Historiques, situé à 300 mètres de l’entreprise. 
« Ça sent la poule. Ça pue matin, midi et soir à certains moments, lorsqu’il n’y a pas de vent, reconnaît-elle. C’est à la limite du supportable. » Pourtant, les nuisances olfactives qu’elle décrit n’ont pas empêché le couple de racheter le domaine. « Lorsque nous l’avons visité, nous ne sentions rien. Cyril Gallès, qui venait de reprendre l’entreprise, était en train de la réhabiliter et il ne se passait pas grand-chose. » Dans les années 1970, le domaine de La Bouriette ne comptait que 14.000 volailles, en 1991, 60.000, et en 1995, 100.000. En 2009, l’entreprise prenait un virage. Un arrêté préfectoral l’autorisait à héberger 290.000 poules, chiffre pas encore atteint aujourd’hui.

Près du château du Gua, vivent les Catala, un autre couple propriétaire du Moulin du Gua. Lui aussi subit les mêmes désagréments. Ensemble, les duos mènent une bataille judiciaire, qui voit en 2017 la nomination par la cour d’appel de Toulouse de l’expert Charles Ruffinoni. Ce docteur en écologie remet une première note de synthèse qui révèle qu’il « existe des émanations d’odeurs, et dans une moindre mesure de bruit ». Le rapport, que ToulÉco s’est procuré, ajoute : « Nous nous sommes rapprochés du maire de la commune car des personnes rencontrées nous ont signalé des problèmes d’yeux et de gorges irrités pouvant aller jusqu’à des vomissements. Il s’avère que ces informations sont fondées. Nous soupçonnons qu’il puisse y avoir des émanations d’ammoniac dans l’air. Ce qui change notre expertise puisque l’ammoniac peut entraîner de graves problèmes de santé. » À l’énoncé de ce risque, Thomas Drieux n’hésite pas une seconde. Ce Normand, employé par les laboratoires Pierre Fabre à cette époque, déménage à Castres avec sa femme et ses deux enfants. « Cela faisait dix ans qu’on habitait à Lescout, à 1,5 kilomètre de l’usine. Mes enfants y sont nés mais on a voulu limiter la casse », admet-il.

Une étude prévue en 2022

Incriminé, Cyril Gallès tient à rappeler que plus de 3 millions d’euros ont été injectés depuis 2012 notamment dans « les apports paysagers et plantations d’arbres et végétaux et les modifications des plans et de l’implantation du futur poulailler pour répondre aux demandes et souhaits des voisins » et dans des installations de systèmes « reconnus et sophistiqués » pour le traitement des odeurs des fientes de poules. « Mes investissements vont dans le sens de ce qu’on me reproche, et bien au-delà des normes en vigueur », précise M. Gallès. « On traite les effluents d’élevage en les séchant, notamment. Ainsi, les fientes ne maturent pas et ne développent pas de gaz. »

Une étude prévue en 2022 Argument qui n’atténue pas la crainte des opposants. Pour en avoir le cœur net, le collectif de Lescout réclame une étude de la qualité de l’air. « Cela fait trois ans et demi que nous attendons son lancement. Une fois les résultats obtenus, nous aurons alors des éléments objectifs. Et nous saurons, à l’aide d’une étude descriptive sanitaire, si nos inquiétudes sont fondées », prévient M. Hervé. Il y a quelques semaines, le collectif obtenait une première satisfaction. L’Atmo Occitanie, observatoire agréé pour assurer la surveillance de la qualité de l’air, a été sélectionné pour instaurer un protocole de mesures afin de mener cette analyse. Si la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), l’Agence régionale de santé (ARS) et la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) ont injecté 17.000 euros, la commune de Lescout a aussi mis la main à la poche pour compléter le financement. Reste à déterminer une date pour la première réunion du comité de pilotage. « Tout est engagé et je suis mobilisée. Nous avons un maître d’ouvrage, on en saura bientôt davantage. L’étude sera lancée en 2022 », promet Catherine Ferrier, la préfète du Tarn. « Les inquiétudes des habitants concernant les fortes odeurs sont légitimes et prises en compte. Mais il faut les prouver. Et cela prend du temps », nuance-t-elle.

Dans ce bras de fer, Cyril Gallès voit « un combat idéologique ». « On ne peut pas opposer une ferme comme la mienne, qui produit 60 millions d’œufs par an, à des petites fermes représentées par le collectif. Avec 300 poules, elles n’arriveront jamais à nourrir la France en œufs. » 
Audrey Sommazi

Photos : Rémy Gabalda-ToulÉco.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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