En cartes : visualisez la recomposition politique entre les élections présidentielles de 2017 et 2022
Par Pierre Breteau et Luc Martinon
Publié aujourd’hui à 11h36, mis à jour à 13h27
DÉCRYPTAGES
Visualisez l’évolution des résultats des principaux partis politiques, et la recomposition autour de trois grands pôles : La République en marche, le Rassemblement national et La France insoumise.
Le premier tour de l’élection présidentielle, le 10 avril 2022, a achevé de recomposer le vote sur le territoire français autour de trois grands pôles. D’abord celui du président sortant, Emmanuel Macron, La République en marche (LRM), mais aussi de la candidate du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, et enfin du chef de file de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon.
Lire aussi :Résultats de l’élection présidentielle 2022 : au premier tour, la tripartition du paysage politique
Dans le détail, on observe une progression des scores d’Emmanuel Macron dans de nombreuses régions où François Fillon, le candidat des Républicains, avait réalisé de bons résultats en 2017 : Pays de la Loire, Alsace, Normandie. A l’inverse, le président sortant recule dans des régions qui n’ont pas réitéré leur vote de 2017 : c’est le cas de la Corrèze ou du Lot.
Les résultats de Marine Le Pen progressent partout. Une tendance encore plus nette lorsqu’on analyse le bloc d’extrême droite (en ajoutant les voix d’Eric Zemmour et de Nicolas Dupont-Aignan). Dans le quart sud-est, traditionnellement acquis à l’extrême droite, les scores de Marine Le Pen sont en partie siphonnés par le candidat de Reconquête !
Les électeurs de la Sarthe, qui avaient voté davantage que dans les autres départements pour François Fillon en 2017, se sont reportés sur Marine Le Pen bien plus que sur Valérie Pécresse ou Eric Zemmour ; dans l’ouest du département, le vote pour Les Républicains dégringole même de 85,9 % en voix. La formation représentée par Valérie Pécresse en 2022 est celle qui recule le plus, sur l’ensemble du territoire français, grignoté à la fois par LRM et les deux candidats d’extrême droite.
De l’évolution des résultats à entre 2017 et 2022
Cette carte représente l’évolution en points de pourcentages (ainsi qu’en nombre de voix) de différents candidats et formations politiques entre la présidentielle de 2017 et celle de 2022.
Le découpage correspond aux communautés de communes (ou EPCI, Etablissement public de coopération intercommunale), préféré à celui des communes afin de faciliter la lisibilité




Enfin, Jean-Luc Mélenchon progresse sur tout le territoire, mais avec des différences assez marquées entre les zones rurales et urbaines. Dans les agglomérations, il a manifestement progressé aux dépens des autres forces de gauche : le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts. Ces deux partis, restent relativement assez stables par rapport à 2017, une fois leurs scores additionnés

Pierre Breteau
Luc Martino
Résultats de l’élection présidentielle 2022 : une nouvelle décomposition du paysage politique
Les partis dits de gouvernement sont en voie de relégation, au profit des courants contestataires menés par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Par Mariama Darame et Patrick Roger
Publié aujourd’hui à 11h30, mis à jour à 15h06
L’élection présidentielle des 10 et 24 avril, la onzième au suffrage universel direct de la Ve République, marque une nouvelle étape dans la décomposition du paysage politique français. Structurée originellement, à partir de 1965, autour d’un affrontement entre la droite et la gauche, dans leurs diverses composantes, elle se caractérise, désormais, par une fragmentation des grandes familles politiques, au sein desquelles les partis dits de gouvernement qui se sont relayés au pouvoir jusqu’en 2017 sont en voie de relégation.
C’est une nouvelle tripartition qui s’opère autour d’un pôle central occupé par le président sortant, Emmanuel Macron, qui améliore son score de 2017 de 4 points, cerné par deux blocs contestataires menés, à l’extrême droite, par Marine Le Pen (23,41 %) et, à gauche, par Jean-Luc Mélenchon (21,95 %). En agrégeant les voix d’Eric Zemmour et de Nicolas Dupont-Aignan, le premier totalise 32,53 % des voix tandis que le total des voix de gauche représente 30,58 %.
Le candidat de La République en marche, dans l’ensemble, ne subit pas de décrochages importants, sauf en Guadeloupe (− 16,80 %), en Martinique (– 9,23 %) et en Guyane (– 4,53 %) ainsi qu’en Seine-Saint-Denis (– 3,77 %). A l’inverse, ses progressions les plus significatives s’effectuent dans les collectivités du Pacifique, dans l’Ouest (Mayenne, Vendée, Maine-et-Loire, Orne, Sarthe) et en Alsace, des territoires dans lesquels la droite a longtemps été bien implantée. C’est d’ailleurs dans ces mêmes entités que la candidate du parti Les Républicains, Valérie Pécresse, enregistre les reculs les plus prononcés par rapport aux scores de François Fillon, en 2017.
Hémorragie à droite
Quand l’électorat de la droite ne s’est pas réfugié chez Emmanuel Macron, c’est l’extrême droite, stimulée par la concurrence Le Pen-Zemmour, qui l’a capté, provoquant, là aussi, une véritable hémorragie, comme à Mayotte, dans les Alpes-Maritimes ou le Var. Dans pas moins de douze départements ou collectivités, le score de la droite chute, en cinq ans, de plus de 20 points.

Au sein de la gauche, Jean-Luc Mélenchon conforte son hégémonie et parvient à gagner plus de 2 points sur le score qu’il avait obtenu lors de sa deuxième tentative. Toutefois, s’il réalise des gains spectaculaires dans les outre-mer, notamment en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion et à Mayotte, il enregistre des baisses – de faible ampleur – dans 45 départements métropolitains. Il est vrai qu’il était, cette fois, concurrencé par plusieurs autres candidatures à gauche, même si celle d’Anne Hidalgo, pour le Parti socialiste, s’est finalement réduite à une candidature de témoignage.
L’effondrement des forces traditionnelles de gouvernement se double donc, en parallèle, d’une montée en puissance des courants contestataires, de part et d’autre de l’échiquier politique, faisant la part belle au populisme et au nationalisme. Le régime hérité de la Constitution de la Ve République y résistera-t-il ?
Mariama Darame et Patrick Roger




Pour Marine Le Pen, un grand écart politique en perspective avant le second tour
Publié aujourd’hui à 06h12, mis à jour à 11h37
DÉCRYPTAGES
Après son score au premier tour, la candidate du RN doit décider de la ligne à adopter, entre rassemblement à l’extrême droite et rabattage des électeurs de Jean-Luc Mélenchon.
L’un comme l’autre des deux finalistes de la présidentielle 2022 martelaient que le second tour serait « une nouvelle élection » pleine de promesses. Mais Marine Le Pen ne s’attendait probablement pas à ce que le vent tourne et atténue sa dynamique observée dans la dernière ligne droite. Au bois de Vincennes, dimanche soir 10 avril, la revanche avait un goût de déjà-vu : la candidate du Rassemblement national (RN) a livré une allocution comme en 2017, sur la même estrade, avec la même référence au « peuple » inscrite sur son pupitre.
Mais elle est apparue privée des atouts particuliers de la campagne de 2022, sur lesquels elle comptait depuis des mois. Désormais en première ligne, sans le paravent d’Eric Zemmour, face à Emmanuel Macron les deux pieds dans l’arène, elle a déroulé un discours sans relief, où l’envie d’en découdre semblait anesthésiée par les éléments de langage vantant son « grand rassemblement national et populaire ».
Prudente, la candidate du RN avait pourtant des raisons de se réjouir. Avec 23,41 % des suffrages, elle bat son propre score de premier tour de 2017 (21,30 %) et capte au moins 430 000 voix supplémentaires, malgré la concurrence sans pitié d’Eric Zemmour. « Elle a accompli une ouverture sociologique considérable », insiste Jean-Philippe Tanguy, son directeur de campagne adjoint. Au total, l’extrême droite nationaliste et souverainiste pèse 32,53 % des voix, en tenant compte d’Eric Zemmour (7,05 %) et de Nicolas Dupont-Aignan (2,07 %). Mais Marine Le Pen a aussi bénéficié du « vote utile » de ce camp dès le premier tour et, arrivée plus de 4 points derrière Emmanuel Macron, elle n’obtient pas l’élan espéré pour le second.

Dans la nuit de dimanche à lundi, les cadres du RN cherchaient des signes de consolation. « Il y a trois mois, on nous enterrait », rappelait l’élu régional Gilles Pennelle. « L’argent difficile à trouver, les signatures au dernier moment, Zemmour et les trahisons… et elle progresse, énumérait Louis Aliot, maire de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Marine a fait une campagne efficace et adaptée au contexte. Le trou de souris est présent et possible. » Suffisamment pour que plusieurs sondages laissent entrevoir, à ce stade, un résultat très serré le 24 avril.
Tenir les deux bouts
Marine Le Pen se qualifie toutefois de justesse. Au fil du dépouillement, l’écart s’est réduit avec Jean-Luc Mélenchon (21,95 %), autour de 500 000 voix. Déjà, les succès outre-mer du leader des « insoumis », arrivé largement en tête en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe, avaient eu valeur pour elle de mauvais présage. Son allocution, dimanche soir, a fait l’effet d’une douche froide au RN. « Il ne faut pas donner une seule voix à Mme Le Pen », a répété Jean-Luc Mélenchon quatre fois, traçant une ligne claire entre la nature du projet d’extrême droite et celui d’Emmanuel Macron : « Tant que la vie continue, le combat continue. »
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Dans le camp de Marine Le Pen, on a d’emblée compris qu’il faudra redoubler d’efforts pour démobiliser la gauche, mais aussi pour attirer des bulletins de Jean-Luc Mélenchon. A la dernière minute, la candidate du RN a ajouté à sa déclaration quelques mots sur son « ambition sociale », où elle a évoqué « l’école du savoir », « des salaires et des pensions dignes », « un système de santé de qualité accessible à tous », « un logement décent »… dans un langage que ne renierait pas un électorat de gauche.
« Je ne vois pas les gens qui bossent se rallier à la retraite à 65 ans », souffle en aparté Jean-Philippe Tanguy. Mais seule son « ambition démocratique », qui recouvre le référendum d’initiative citoyenne et la proportionnelle aux législatives, a été acclamée par ses militants au rythme de « Marine présidente ». Signe qu’il lui faudra sans cesse tenir les deux bouts. Mardi, elle présentera son projet pour « la démocratie et l’exercice du pouvoir », après que les cadres RN ont constaté que, selon l’IFOP, 70 % des Français perçoivent Emmanuel Macron comme autoritaire.
Des réserves de voix réduites
Outre son ticket arraché de peu pour le second tour, Marine Le Pen fait face à la soudaine réapparition d’un front républicain. Une épine dans le pied de celle qui comptait faire du scrutin du 24 avril une sorte de « référendum anti-Macron ». Nombre de responsables politiques – hormis Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan – ont appelé, sans ambiguïté, à faire barrage à l’extrême droite : Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo, Fabien Roussel, Valérie Pécresse… L’entourage de Marine Le Pen cherche à présent comment neutraliser ces consignes de vote. « Il faut les enjamber, ces dirigeants qui ne comprennent pas que le peuple a conscience qu’il va être tondu s’il n’y a pas de changement », soupire Jean-Philippe Tanguy, de guerre lasse.
Les réserves de voix en faveur du RN sont plus réduites qu’escompté – Eric Zemmour a obtenu 7,05 % des suffrages, Nicolas Dupont-Aignan 2,07 %, et Valérie Pécresse moins de 5 %. Marine Le Pen doit gérer l’absorption de l’électorat Zemmour, au risque de se couper de son élargissement vers la gauche radicale. « J’attends qu’elle puisse tendre la main vers Reconquête ! et Eric Zemmour, mais aussi Les Républicains qui n’appelleront pas à voter Macron », a réagi sa nièce, Marion Maréchal, en suggérant d’intégrer des membres de l’équipe d’Eric Zemmour au nom du fameux « rassemblement ».
« Ceux qui sont partis pour le rejoindre doivent quand même se sentir mal,sifflait Louis Aliot il y a quelques jours, en marge du meeting de Perpignan. Les Collard, Rivière, Ravier, Bay… A leur place, j’aurais le vertige de me dire que j’ai manqué à ce point de lucidité. Que j’ai été aveuglé par quelque chose… la haine ? » Pour ceux qui ont trahi, « c’est un aller sans retour », avait averti Marine Le Pen. Robert Ménard, le maire de Béziers (Hérault), a quant à lui posé « une condition » à son soutien : « Qu’il n’y ait aucun pas fait en direction des prises de position d’Eric Zemmour. » Le trou de souris se situe aussi à l’extrême droite : comment rassembler la famille nationaliste et s’accorder pour les législatives sans psychodrame ?
« Sérieux » et « enthousiasme »
Gagner du terrain à gauche tout en aspirant les voix de droite et d’extrême droite, voilà le difficile équilibre auquel va s’astreindre Marine Le Pen dans l’entre-deux-tours. A l’image de sa campagne jusqu’ici, la candidate populiste a voulu afficher une attitude positive, lors de son allocution de dimanche, en revendiquant une posture « sans outrance », du « sérieux », mais aussi de « l’enthousiasme » et du « bonheur »… Seules subsistaient quelques traces de la version de 2017 : la chasse au « pouvoir de l’argent » ou l’appel à « tous les Français » à la rejoindre. Plus inédit, elle a promis de « recoudre les multiples fractures » d’un pays meurtri par « la division, l’injustice et le désordre », et filé le thème de « l’unité ». Marine Le Pen a montré de nouveau que se présidentialiser avait un prix, celui de l’effacement.
Sa campagne d’entre-deux-tours pourrait démarrer sur la même tonalité. Dimanche, aucun déplacement officiel n’était inscrit à l’agenda pour le début de semaine – elle devrait tenir deux meetings, l’un à Avignon jeudi, l’autre à Arras la semaine prochaine. Marine Le Pen tiendra un bureau de campagne lundi après-midi et, le lendemain, répondra à des interviews sur France Inter et TF1. Un rythme allégé, après 44 déplacements en huit mois, pour ne pas s’épuiser en vue du débat. Pendant ce temps, Emmanuel Macron se montrera à Denain (Nord), sur les terres électorales de Marine Le Pen, puis enchaînera les visites de terrain.
Lire aussi :Avant le second tour, deux stratégies se dessinent chez Macron et Le Pen
Dans le match retour, elle et lui disent vouloir s’affronter projet contre projet. « Taper sur Macron ne suffira pas, il faut défendre notre projet pour rallier une majorité populaire », avance Jean-Philippe Tanguy. Emmanuel Macron a esquissé ses armes anti-Le Pen, la critique de l’incompétence et l’inefficacité, pour convaincre les électeurs de sa rivale « que notre projet répond bien plus solidement que celui de l’extrême droite à leurs peurs et aux défis du temps ». Alors que Marine Le Pen entendait « diaboliser » son adversaire en agitant son bilan, le président candidat et ses lieutenants l’ont devancée, dimanche, en évoquant le projet d’alliance de Marine Le Pen avec Vladimir Poutine et la sortie d’une Europe menacée par « l’internationale populiste et xénophobe »,qu’elle incarnerait. Des attaques auxquelles la candidate du RN n’a pas encore répliqué.
L’ ensemble de l’infographie du monde concernant le premier tour sur le lien: