Présidentielle 2022 : l’épiscopat met en garde contre « la nostalgie des grandeurs passées »
Les évêques de France ne prendront pas position entre les deux tours de l’élection, mais Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, critique implicitement des propositions des candidats d’extrême droite et l’euthanasie.
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Pas plus qu’en 2017, les représentants de l’Eglise catholique ne prendront position entre les deux tours de l’élection présidentielle, a confirmé Eric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France (CEF), qui a clos son assemblée plénière de printemps vendredi 8 avril, à Lourdes (Hautes-Pyrénées). « Il y a un enjeu certain dans ces élections, a-t-il fait valoir jeudi soir lors d’une conférence de presse, mais nous ne croyons pas qu’il soit pertinent qu’une institution morale souligne pour qui ne pas voter ou pour qui voter. » L’archevêque de Reims a cependant ajouté que les évêques « réagiraient si la foi chrétienne est utilisée » dans un objectif politique.
Il y a cinq ans, l’absence de prise de position de l’épiscopat avant le second tour où, pour la seconde fois, l’extrême droite avait hissé son candidat – en l’occurrence Marine Le Pen –, avait été controversée chez les catholiques. Depuis quelques années, la part des électeurs se disant catholiques pratiquants et votant pour l’extrême droite, longtemps inférieure à celle dans le reste de l’électorat, a tendance à croître
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Eric de Moulins-Beaufort a renvoyé au document publié en janvier par la CEF. Intitulé « L’espérance ne déçoit pas », ce texte récapitulait leurs principaux points d’attention dans la campagne (défense de la liberté religieuse, questions de bioéthique, environnement…).
Dans son discours de clôture de l’assemblée plénière, vendredi, Eric de Moulins-Beaufort a néanmoins insisté, avec des mots forts, sur plusieurs thèmes très politiques et qui peuvent être interprétés par référence aux projets exprimés par certains candidats, notamment d’extrême droite. Alors que les évêques avaient invité Hlib Lonchyna, l’évêque de l’éparchie gréco-catholique ukrainienne de Paris – qui a célébré avec eux une messe en rite gréco-catholique –, le président de la CEF a évoqué « sa supplication pour ce pays qui lutte pour la vérité et la justice ». « La charité du Christ nous presse, a-t-il ajouté, parce que c’est lui qui meurt encore à Kharkiv ou à Marioupol. » Il a également parlé de l’écologie, à laquelle l’épiscopat a consacré un travail de réflexion sur plusieurs années.
Alerte sur l’antisémitisme croissant
L’archevêque de Reims a aussi longuement évoqué le souvenir du cardinal Jules Saliège. Archevêque de Toulouse sous le régime de Vichy, le prélat est resté dans l’histoire pour avoir diffusé, le 23 août 1942, alors que les déportations en masse des juifs de France étaient en cours, une lettre dans laquelle il dénonçait avec force « des scènes d’épouvante » dans les camps français où étaient regroupés des juifs raflés, notamment ceux de Noé et de Récébédou, proches de Toulouse. « Les juifs sont des hommes, les juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes, écrivait-il. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. » Le cardinal Saliège se dressait ainsi, a rappelé le prélat, « alors que le régime de Vichy avait publié les lois antijuives et contribué aux rafles des nazis ». La thèse de Pétain, « bouclier » des Français face à l’occupant nazi, défendue par Eric Zemmour, n’est pas celle du président de la CEF.
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Eric de Moulins-Beaufort a alerté avec insistance sur l’antisémitisme croissant : « Il y a encore trop d’antisémitisme, caché ou non, dans notre pays », a-t-il déploré. Il a aussi évoqué, dans le même élan, « les migrants, clandestins ou non, que notre Etat et, plus généralement, notre société ont du mal à accueillir comme des frères et sœurs en humanité et traite comme des délinquants ». Il a enfin dénoncé la perspective d’une légalisation de l’euthanasie, parlant « d’abjection » si des personnes âgées devaient « sentir peser la pression de l’euthanasie ».
Faisant écho, là encore, à certains propos d’estrade, Mgr Eric de Moulins-Beaufort a affirmé que « notre pays ne se définit pas par la nostalgie de ses grandeurs passées », ni « ne se grandit (…) en prétendant s’entourer de murs ». « Notre pays est vivant lorsqu’il porte au milieu des nations la voix du respect de toute personne humaine et de l’espoir de pouvoir nouer une alliance avec elle », a-t-il dit. De toute façon, a-t-il rappelé, « nous n’élirons pas un sauveur de la France, ni un messie, ni quelqu’un qui devrait incarner tout le bien à faire » mais quelqu’un qui aura à choisir « la moins mauvaise voie possible ».

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Cécile Chambraud