À Metz, les « divas » de l’hôpital réclament la tête de leur directrice
1 500 soignants réclament le départ de la patronne du centre hospitalier de Metz-Thionville, qui a déclaré à un journaliste : « Les médecins sont des divas. »
Par Nicolas Bastuck
Publié le 06/04/2022 à 18h19 – Modifié le 07/04/2022 à 09h00
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Plus de 1 500 soignants ont déjà signé la pétition lancée sur la plateforme change.org par « l’association d’alerte et assistance pour les praticiens de l’hôpital public », afin de réclamer « le départ » de la directrice du centre hospitalier régional (CHR) de Metz-Thionville (Moselle), Marie-Odile Saillard. « Nous sommes tous capricieux. Les médecins le sont particulièrement, ce sont des divas. » Cette petite phrase, glissée au cours d’une interview accompagnant la diffusion, le 16 mars, d’un documentaire de France 3 traitant des difficultés du service public hospitalier, est à l’origine de cette bronca.
Le hashtag #jesuisunediva crépite depuis sur les réseaux sociaux tandis que la communauté hospitalière de Moselle ne parle plus que de cela. « Avec ce genre de propos, je me dis qu’il est logique que le privé recrute tant de bons médecins déçus », a tweeté un médecin se présentant comme « un docteur des entrailles et des images ». Un autre, urgentiste, a posté sur le même réseau la photo de son lit de garde, avec ses lattes manquantes et son matelas taché et lacéré tandis qu’un de ses confrères évoque ses vacations interminables, photo de son plateau-repas à l’appui : « Je suis une diva, je mets du sel dans mes pâtes et de la mayo sur mes œufs durs », grince-t-il. « Ne compte pas sur moi pour poser une péridurale, je suis une diva » : au bloc et dans les salles de garde, les plaisanteries fusent et le personnel rit jaune.
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L’association à l’origine de la pétition, qui regroupe une centaine de médecins et plus de mille soignants, parle de « mépris infligé à une communauté hospitalière en grande souffrance ». « Les gens se sentent maltraités », témoigne le Dr Jean-Marc Pérone, chef du service d’ophtalmologie, qui dénonce « un management brutal et agressif, fonctionnant par la peur et l’intimidation » et qui « épuise les équipes ».
Comme ses collègues et les signataires de la pétition, ce chirurgien estime que la directrice, à ce poste depuis sept ans, « doit partir ». « On était non seulement pressurés, nous sommes à présent insultés », soupire un de ses collègues anesthésiste, qui se présente comme « un besogneux écrasé ». « Je crains le jour où nous serons nous-mêmes soignés par l’hôpital public. C’est affolant », lâche-t-il.
Si j’ai pu heurter qui que ce soit, j’en suis sincèrement désolée.
Se confiant au Point, Marie-Odile Saillard estime s’être « fait piéger » par le journaliste de France 3*, qui a « découpé un petit morceau de son propos ». « J’ai utilisé ce terme (de diva, NDLR) de manière un peu taquine, mais tout à fait amicale. Ce n’était pas une insulte et si j’ai pu heurter qui que ce soit, j’en suis sincèrement désolée », regrette la directrice du CHR, qui fut jadis infirmière et cadre de santé. « On est tous crevés, à cran après deux ans de Covid, mais je tiens à dire que la communauté médicale est fondamentale, qu’il n’y a pas d’hôpital public sans toubibs (sic). Moi qui défends le service public depuis quarante ans, je sais à quel point l’intelligence et le savoir-faire des médecins sont nécessaires. » « Je regrette d’avoir employé ce mot, vraiment. Une diva est pour moi quelqu’un de brillant. Si vous me demandiez si j’en suis moi-même une, je vous répondrais oui ! » tente-t-elle de plaisanter. « En utilisant ce terme malheureux, j’ai simplement voulu dire que le raisonnement de certains médecins était marqué parfois d’une certaine impatience. Rien de plus. Visiblement, ils ne l’ont pas lu comme ça et je le regrette. »
Marie-Odile Saillard évoque « une maladresse », tout en trouvant « assez injuste d’être jugé sur un mot malheureux et non sur quarante ans de bilan ». « Je suis parfois un peu cash, je parle sans langue de bois, mais personne ne peut douter de mon engagement et de ma sincérité », plaide-t-elle. Envisage-t-elle de partir, comme le réclament les pétitionnaires ? « Non. On a tous un avenir ailleurs mais pas comme ça. »