« Après le Covid, la santé publique au point mort »
Date de publication : 5 avril 2022

Eric Favereau note dans Libération que « la philosophe Barbara Stiegler et le médecin de santé publique François Alla reviennent dans un texte revigorant sur la gestion autoritaire et centralisée de l’épidémie. Un recul sidérant par rapport à la démocratie sanitaire dans laquelle la liberté du citoyen est centrale ». (Santé publique année zéro, «Tracts», Gallimard, numéro 37)
Le journaliste observe que « le texte fourmille de décryptages précis, et d’une mise à plat impressionnante des décisions publiques. Pour autant, il demeure ce drôle sentiment d’un texte froid et brutal, sans nuance. […] Leur texte reste revigorant. Et nous pousse à regarder différemment la succession des événements et des décisions prises ».
Eric Favereau indique que « le point de départ est un constat : comment se fait-il qu’après plus de 40 ans d’épidémie de sida, qu’après l’émergence d’un acteur décisif dans les politiques publiques qu’ont été les associations de malades, qu’après l’apparition d’une démocratie sanitaire dans laquelle la liberté du citoyen est centrale, comment se fait-il donc que la gestion de l’épidémie du Covid-19 ait à ce point ignoré cette histoire pour devenir une politique sanitaire autoritaire et centralisée ? ».
« Comment se fait-il que 20 ans après l’adoption de la loi Kouchner sur les droits des malades, ces droits ont été aussi si peu respectés ? Comment se fait-il que la santé publique, qui était née sous le régime de la responsabilité et des Droits de l’homme, de la santé communautaire et du bien commun, ait à ce point régressé ? », s’interroge le journaliste.
Il note qu’« on a assisté, il est vrai, à un recul sidérant. Les auteurs n’apportent pas de réponse unique pour expliquer cette régression, même si pour eux l’avancée du néolibéralisme est l’élément clé. Le second constat est cet ahurissant aveuglement sur ce qui définit profondément une épidémie ».
Les auteurs écrivent que « la première erreur fut de considérer que nous nous trouvions confrontés à un problème réductible à un virus. […] Comment a-t-on pu, à ce point, oublier que les déterminants sociaux de la santé étaient dépendants les uns des autres, que la santé est d’abord un fait social et que, par conséquent, à court terme comme sur le temps long, de telles mesures (autoritaires) ne pouvaient qu’être destructrices pour la santé publique elle-même ? ».
Eric Favereau remarque ainsi que « dans ce monde uniforme, un seul critère s’est imposé : le chiffre. […] C’est donc un monde vidé de tous les aspects sociaux sur lequel ont travaillé nos gouvernants, avec pour baromètre des statistiques incertaines ».
Le journaliste poursuit : « En conclusion, les auteurs se refusent à en formuler une. Constatant que la santé publique vient de connaître une régression énorme, ils appellent à en prendre acte, à sortir de la «sidération». Bref, à reprendre pied dans les réalités ».