Des projets de récupération de chaleur en site industriel, conversion de réseaux de chaleur à la biomasse, moyen très efficace de réduire notre demande en gaz naturel 

La chaleur renouvelable, grande oubliée des débats sur l’énergie

La décarbonation de ce secteur, qui représente la moitié de la consommation d’énergie française, est un enjeu majeur et souvent négligé. 

Par Perrine Mouterde(Charleville-Mézières, Ardennes)

Publié le 28 mars 2022 à 15h00  

Temps de Lecture 4 min. 

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A l’intérieur du four numéro sept, la température frise les 780 °C. L’aluminium en train de fondre servira à la production de pièces automobiles. Trente mètres plus haut, à la sortie de la cheminée, les fumées issues du processus de fusion affichent encore entre 140 °C et 300 °C au thermomètre. Depuis janvier 2019, cette chaleur n’est plus perdue : récupérée dans un collecteur installé sur le toit de l’usine Stellantis (ex-PSA) de Charleville-Mézières (Ardennes), avec celle de dix autres fours, elle alimente un réseau de chaleur urbain.

Récupération de chaleur sur le toit de l’usine Stellantis de Charleville-Mézières (Ardennes).
Récupération de chaleur sur le toit de l’usine Stellantis de Charleville-Mézières (Ardennes).  STELLANTIS

Etendu sur 11 kilomètres, celui-ci couvre l’équivalent de 3 290 logements autrefois raccordés à un réseau de gaz, du quartier de la Citadelle jusqu’à l’hôpital Manchester. La chaleur générée par la plus grande fonderie d’Europe évite l’émission de 7 000 tonnes de CO2 chaque année.

La décarbonation de la chaleur est un enjeu majeur : elle représente près de la moitié de la consommation d’énergie française et constitue l’un des principaux secteurs d’émission de gaz à effet de serre. Surtout, à la différence du système électrique, elle repose encore à près de 75 % sur les énergies fossiles. « La chaleur renouvelable est l’oubliée du débat énergétique, alors qu’elle représente un champ de consommation d’énergie très important et extrêmement carboné », regrette Pierre de Montlivault, le président de la Fédération des services énergie environnement (Fedene).

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« Le sujet de la chaleur est sous-traité par rapport à la hauteur des enjeux, renchérit Alexandre Roesch, le délégué général du Syndicat des énergies renouvelables. On en parle beaucoup moins que de l’électricité, alors que c’est là que les efforts de décarbonation à faire sont les plus importants. C’était déjà un point d’étonnement avant, ça l’est encore plus depuis la crise gazière. » Déjà en forte hausse depuis l’été 2021, les cours du gaz ont encore augmenté depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, premier fournisseur de ce combustible fossile à l’Union européenne.

D’importants travaux

Lorsqu’elle est d’origine renouvelable, la chaleur peut être produite par différentes sources : bois domestique ou bois-énergie, pompes à chaleur, géothermie, valorisation énergétique des déchets, gaz renouvelables ou encore chaleur solaire. Comme pour les autres filières, la France est en retard sur ses objectifs : les sources renouvelables représentent moins de 23 % de la consommation finale de chaleur, alors que l’objectif était d’atteindre 33 % en 2020. Pour 2030, l’ambition est de parvenir à 38 %.

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Pour accélérer, les acteurs du secteur estiment notamment devoir multiplier par trois le rythme de développement des réseaux de distribution. Aujourd’hui, 833 réseaux sont déployés en France, auxquels sont raccordés quelque 44 000 bâtiments. A Charleville-Mézières, la mise en place des infrastructures qui relient l’usine Stellantis au centre-ville a nécessité d’importants travaux. Sur le site industriel, d’abord, où il a fallu fermer pendant une semaine le poste de garde. « Ça n’était pas arrivé depuis 1973 ! », souligne Vincent Jauniaux, pilote énergie de Stellantis.

Il a ensuite fallu ouvrir des tranchées dans plusieurs rues de la commune pour installer des tuyaux, les faire passer sous l’autoroute… « Tout cela n’a pu se faire que parce que la collectivité et l’industriel ont compris l’intérêt environnemental et territorial de ce projet, insiste Julien Virmoux, chargé d’affaires industrie Champagne-Ardenne pour Dalkia, filiale du groupe EDF, qui exploite le réseau. Ils ont joué le jeu à une période où le prix du gaz était relativement bas. »

Le maire (Les Républicains) Boris Ravignon ne regrette pas son choix. « Ce projet réconcilie les logiques écologique, économique et sociale, se félicite-t-il. On récupère de l’énergie qui est déjà produite. En la vendant, Stellantis valorise ce qui était auparavant perdu, et on fournit aux usagers de la chaleur qu’ils paient moins cher. » « Sans accompagnement de l’Etat pour participer aux investissements d’infrastructures, ce type de projets ne pourraient pas se faire », précise Emmanuel Tami, directeur marketing de Dalkia Grand-Est.

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6 500 installations soutenues

Depuis sa création en 2009, le fonds chaleur géré par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a soutenu quelque 6 500 installations. En réaction à la guerre en Ukraine, la ministre de la transition écologique a annoncé, le 16 mars, une hausse de 40 % du budget du fonds en 2022. « Ces 150 millions d’euros supplémentaires permettront de soutenir très rapidement des projets de conversion de réseaux de chaleur à la biomasse, moyen très efficace de réduire notre demande en gaz naturel », a expliqué Barbara Pompili. Plusieurs candidats à la présidentielle (Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse ou Eric Zemmour) proposent également d’accroître les crédits du fonds.

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Dans un vaste hangar du quartier de Ronde Couture, à Charleville-Mézières, un camion déverse des copeaux de bois à l’intérieur d’une chaufferie biomasse. En plein hiver, jusqu’à sept véhicules par jour viennent approvisionner l’installation, qui consomme environ 15 000 tonnes de plaquettes de bois par an. « Avec les forêts juste à côté, nous n’avons pas de problème de ressource », assure Ricardo Rodriguez, directeur du centre opérationnel Champagne-Ardenne de Dalkia. Cette chaufferie alimente un autre réseau de chaleur de la ville, et notamment des logements sociaux. Ici, environ 4 000 équivalents logements ont abandonné un mix 100 % gaz fossile pour un mix à 72 % décarboné.

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Perrine Mouterde(Charleville-Mézières, Ardennes)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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