L’électorat des classes populaires est « la population qui est la moins acquise » à Emmanuel Macron : Jérôme Fourquet répond à vos questions
Avant le début de l’unique meeting de campagne du chef de l’Etat à la Défense Arena, le politologue répond à vos questions sur le rapport d’Emmanuel Macron à l’électorat des classes populaires de 13 à 14 heures.
14:15
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Fin de ce tchat avec Jérôme Fourquet
C’est la fin de ce tchat avec Jérôme Fourquet ! Merci pour vos nombreuses questions sur le rapport d’Emmanuel Macron à l’électorat des classes populaires.
Merci également au directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’Institut français d’opinion publique (IFOP), coauteur de La France sous nos yeux. Economie, paysages, nouveaux modes de vie (Seuil), d’avoir répondu à vos interrogations.
14:12 TCHAT
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Bonjour M. Fourquet, revenez-nous voir à Bordeaux! Je me pose la question du vote des habitants des classes populaires dans les quartiers dits »sensibles ». J’ai souvent observé qu’ils n’étaient quasiment jamais présents à des rassemblements sur des thèmes tels que le problème climatique, les questions liées au harcèlement des femmes, ou encore des thèmes d’actualité comme le soutien à l’Ukraine qui fédère pourtant le plupart des partis. Pas concernés semble-t-il … Merci de votre réponse
Petite feuille
Comme on vient de le dire, la population issue de l’immigration et résidant dans les quartiers populaires s’abstient généralement massivement. Jean-Luc Mélenchon essaie de la mobiliser à son profit, notamment avec une campagne de porte à porte menée par ses militants, mais c’est difficile.
On avait noté un sursaut de participation dans ces quartiers entre les deux tours de la présidentielle de 2017, où la perspective d’une victoire du « candidat du Kärcher » (Nicolas Sarkozy) avait mobilisé une part significative de ces électeurs. Mais il s’agissait plus d’une réaction que d’une réelle adhésion. On peut penser qu’il en sera de même cette année.
Jérôme Fourquet
14:05 TCHAT
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Pensez-vous que le chiffon rouge agité par Macron concernant l’extrême droite soit un message audible et efficace auprès des électeurs de l’électorat populaire qui penchent vers Zemmour ou Le Pen ?
Tal974
Ce « chiffon rouge » comme vous dites n’est pas destiné à l’électorat qui penche aujourd’hui vers Zemmour ou Le Pen. Cette menace d’une victoire de l’extrême droite est brandie et invoquée en direction des très nombreux électeurs de gauche qui n’envisageraient pas aujourd’hui de pratiquer le fameux « front républicain » et qui préféreraient s’abstenir plutôt que de voter Macron.
La perspective d’une victoire de Le Pen, hypothèse qui s’appuie sur les scores actuels de second tour, qui placent la candidate frontiste à 46-47 % – ce qui est très haut –, vise à « dégeler » les réserves de voix à gauche en faveur d’Emmanuel Macron, réserves qui semblent cette année plus difficiles à mobiliser.
Jérôme Fourquet
14:01 TCHAT
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Bonjour, Dans le cadre d’un second tour face à Mme Le Pen ou M.Melenchon, M.Macron pourrait-il parvenir à mobiliser 1 électorat populaire qui s’est abstenu au 1er tour ? Qu’est-ce qui pourrait motiver cet électorat abstentionniste à voter pour lui au 2bd tour ? Ce vote est-il déterminant pour sa réélection ?
X
D’après nos sondages (qui ne sont, on le rappelle, pas prédictifs), en cas de duel Macron-Le Pen, seulement 45 % des employés et 33 % des ouvriers voteraient pour le président sortant.
Pour s’imposer dans ces milieux, il faudra donc qu’il essaie de mobiliser des abstentionnistes. L’argument d’une victoire de l’extrême droite sera sans doute employé par essayer d’aller chercher des voix, notamment dans les milieux populaires issus de l’immigration, qui s’abstiennent beaucoup.
Jérôme Fourquet
13:51 TCHAT
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(Re)bonjour. Si Emmanuel Macron est élu, le risque vous paraît-il fort que nous retrouvions les gilets jaunes en septembre prochain ? Merci.
Pascal
Il est difficile et présomptueux de faire de la politique fiction ! Mais s’il est réélu, Emmanuel Macron a indiqué qu’il souhaitait présenter au Parlement au début de l’été sa réforme des retraites, sujet hautement inflammable. On rappellera que sa précédente tentative de réforme s’était traduite par une grève de 55 jours à la SNCF et à la Ratp, et que ce conflit n’avait vraiment pris fin qu’avec l’arrivée du Covid en mars 2020…Les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets sachant qu’en plus la situation est extrêmement tendue sur le front du pouvoir d’achat avec notamment une flambée des prix des carburants. Le litre d’essence était à 1,4 euro au moment du déclenchement de la crise de gilets jaunes. il tutoie aujourd’hui la barre des 2 euros…
Jérôme Fourquet
13:46 TCHAT
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Bonjour, Quelle est votre definition de “classes populaires”? Combien d’electeurs font partis des classes populaire? Les classes populaire se mobilisent t elle pour lelection presidentielle (abstention?) Comment se repartissent les votes des classes populaires entre les differents candidats? Theoriquement, quel candidat supporte des propositions favorables aux classes populaire?
Brujanyc
La définition habituelle des classes populaires recouvre le groupe social composé par les employés et les ouvriers (+ les retraités qui exerçaient ces professions). Les ouvriers et employés représentent un peu moins de 30% du corps électoral auquel il faut ajouter 15% correspondant aux retraités issus de ces métiers. Donc, ces classes populaires pèsent lourds si tant est qu’elles participent au scrutin, car comme on l’a dit, elles ont tendance à s’abstenir bien davantage que les autres groupes sociaux.
Parmi ceux qui ont l’intention de voter, Marine Le Pen est en tête (33%), suivie par Jean-Luc Mélenchon (18%) et Emmanuel Macron (19%).
Jérôme Fourquet
13:38 TCHAT
Bonjour, comment expliquez vous le rapprochement nouveau ,en tous cas plus dynamique, des électeurs de l’extrême gauche avec ceux de l’extrême droite? Quel item a rendue poreuse la frontière entre ces deux groupes ?
Annso
Attention avec cette idée, souvent répétée selon laquelle « les extrêmes se rejoignent ou fusionnent ». Quand on regarde les chiffres des intentions de vote, ce phénomène doit être relativisé. En cas de duel Macron/ Le Pen au second tour, seuls 23% des électeurs mélenchonistes voteraient pour Le Pen et en cas de duel Macron/ Mélenchon, 19% des électeurs de Zemmour et 32% de ceux de Le Pen voteraient pour le candidat Insoumis. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas une tendance majoritaire.
On peut penser que ces reports « contre-nature » seraient motivés par un réflexe anti-sytème et par une très forte hostilité à Macron. Dans le cas des électeurs lepenistes, le niveau non négligeable de reports sur Mélenchon pourrait de surcroît aussi s’expliquer par le fait que les chances de Mélenchon de l’emporter étant faibles, ces électeurs pourraient envoyer un carton rouge à Macron sans prendre trop de risques.
Jérôme Fourquet
13:31 TCHAT
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Les classes populaires votent-elles proportionnellement moins que les classes moyennes ?
Scipion
Oui, l’abstention est traditionnellement plus élevée dans les milieux populaires que parmi les classes moyennes et a fortiori que chez les CSP+. La mobilisation des classes populaires est de ce fait un enjeu majeur pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, dont beaucoup des soutiens proviennent justement de ces milieux.
Le leader de la France insoumise ne s’y est pas trompé et il martèle un slogan de mai 1968, qu’il a détourné : « Abstention, piège à cons ! »… la candidate frontiste, quant à elle, privilégie dans ses déplacements de terrain les zones populaires où elle est électoralement forte pour mobiliser le plus possible ses soutiens et les convaincre de se rendre aux urnes.
Jérôme Fourquet
13:25
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TCHAT Bonjour, sait-on comment la classe populaire perçoit monsieur Macron, notamment avec ses mots et son attitude envers elle?
Barbecue enneigé
Si on a dit qu’une frange des classes populaires s’apprêtait à voter pour lui, cela ne doit pas masquer le fait que cette population est celle qui lui est la moins acquise. Beaucoup, à tort ou à raison, perçoivent chez lui et certains de ses lieutenants, une forme de mépris de classe et de distance. Ce ressenti s’est clairement exprimé lors de la crise des « gilets jaunes » par exemple.
Certains lui reprochent également une politique au service des « puissants »(c’est la critique visant le « président des riches »), mais, quand on creuse un peu les choses, on voit apparaître une fracture culturelle. Emmanuel Macron et ses partisans sont perçus dans toute une partie des milieux populaires comme « le parti des bons élèves, de ceux qui ont réussi » et qui regardent avec beaucoup de condescendance « ceux qui ne sont rien » ou les « illettrés » pour reprendre des termes employés par le président. L’expression d’anglicismes (« start-up nation », « benchmarker », etc.) entretient ce fossé culturel et ce ressentiment.
Jérôme Fourquet
13:19 TCHAT
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[TCHAT] Pourquoi Emmanuel Macron, au programme économique plutôt libéral et dont le cœur de l’électorat se situe parmi les CSP+ diplômées et urbaines, reste-t-il malgré tout assez populaire chez une partie des CSP- ?
Chablinov
Comme on l’a dit, on peut penser que le réflexe légitimiste joue en faveur d’un président sortant qui a affronté la crise du Covid et maintenant le conflit ukrainien.
A cela s’ajoute le fait que le gouvernement a déployé beaucoup de mesures comme la suppression de la taxe d’habitation, la « prime Macron », le chômage partiel pendant la crise du Covid (qui a concerné près de 10 millions de salariés), mesures qui ont sans doute été reçues positivement dans une partie des milieux populaires.
Enfin, une frange, certes minoritaire, de cet électorat populaire se retrouve sans doute idéologiquement dans le macronisme (poursuite de l’intégration européenne, progressisme sociétal, etc.).
Jérôme Fourquet
13:12 TCHAT
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TCHAT Devoir travailler jusqu’à 65 ans pour les classes populaires cela veut dire pour beaucoup que le départ en retraite passera obligatoirement par la case chômage voir du RSA (et sera donc soumis à des conditions d’activité). Mme Le Pen en annonçant le non recule du départ à la retraite, parait la mieux placer pour conquérir d’avantage parmi les classes populaire. Est-ce qu’il n’y a pas une crainte de former un bloc tout sauf Macron ?
zedd
L’annonce par Macron du projet de reculer l’âge de la retraite à 65 ans est assurément un mauvais signal envoyé à cet électorat, qui est, comme le montrent toutes nos enquêtes, le plus opposé au recul de l’âge de départ.
Marine Le Pen, bien qu’ayant évolué sur cette question, s’est engouffrée dans cette brèche en se posant en représentante de la « France d’en bas » et des catégories populaires. Ce positionnement « social » (avec une attention particulière au pouvoir d’achat et à la baisse de la TVA), combiné à son discours traditionnel sur l’immigration et l’insécurité, la place en situation très favorable dans ces milieux avec des intentions de vote de 28 % parmi les employés et de 38 % parmi les ouvriers.
Jérôme Fourquet
13:06 TCHAT
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TCHAT Bonjour, Quelle est la part de l’électorat de M. Macron représentée par la classe populaire? Quels sont ses arguments pour la faire voter pour lui?
Rillette
Dans nos intentions de vote, Emmanuel Macron se situe actuellement à 16 % parmi les ouvriers (contre 15 % en 2017) et à 23 % (contre 18 % en 2017) chez les employés. Ce n’est pas dans l’électorat populaire qu’il est le plus soutenu (il pointe à 38 % parmi les cadres par exemple), mais il y a conservé un socle non négligeable.
On peut penser que sa gestion du Covid avec le « quoi qu’il en coûte » a rencontré un écho dans une partie des milieux populaires, dont certains des membres votent sans doute aussi pour lui par un réflexe légitimiste, amplifié par la crise ukrainienne.
Jérôme Fourquet
13:01 TCHAT
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[TCHAT] Bonjour M. Fourquet, on entend pas mal d’appels au « vote utile » en ce moment, que ce soit à gauche ou à l’extrême droite pour être sûr de qualifier pour le second tour son candidat face à Emmanuel Macron. Quel impact pensez-vous que les sondages ont sur le vote (et donc sur l’efficacité de ces appels) ?
Princesse
Bonjour,
Une grande majorité des électeurs se déterminent en fonction de leur affiliation partisane et de leurs convictions qui orientent leur choix vers tel ou tel candidat. Mais une frange de l’électorat adopte également une attitude plus « stratégique » et peut modifier son choix initial au regard des rapports de forces et des dynamiques de campagne.
Dans ce cadre, les sondages constituent pour cette frange de l’électorat un indicateur utile qui va parfois les conduire à se prononcer pour un candidat qui est porté par une dynamique et qui peut avoir des chances de se qualifier pour le second tour. Les sondages viennent alors entretenir la dynamique. C’est ce qui se passe à gauche autour de Jean-Luc Mélenchon et dans le camp de la droite nationale au profit de Marine Le Pen en cette fin de campagne.
Jérôme Fourquet
13:00 TCHAT
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Début du tchat avec le politologue Jérôme Fourquet
Le directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’Institut français d’opinion publique (IFOP), coauteur de La France sous nos yeux. Economie, paysages, nouveaux modes de vie (Seuil), répond à vos interrogations sur le rapport du président candidat Emmanuel Macron avec l’électorat des classes populaires.
A vos questions !