Oiseaux et éoliennes: la mortalité dépend largement de l’endroit où sont implantées les éoliennes. 

Les éoliennes sont-elles un danger pour les oiseaux ?

Chez les opposants à l’éolien, la menace pour les oiseaux est un argument récurrent. L’argument est plutôt justifié, mais la mortalité dépend largement de l’endroit où sont implantées les éoliennes. 

Par Pascaline DavidPublié hier à 15h57, mis à jour à 09h35  https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/03/28/les-eoliennes-sont-elles-un-danger-pour-les-oiseaux_6119502_4355770.html

Les éoliennes sont-elles un danger pour les oiseaux ?

Temps de Lecture 5 min. 

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle, parmi lesquels Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour, se sont prononcés contre le développement des parcs éoliens.

Lors du « grand oral » organisé par la Fédération nationale des chasseurs, le 22 mars, Eric Zemmour a notamment déclaré que les éoliennes « défigurent nos paysages » et « constituent une menace » pour les oiseaux. Ce n’était pas la première fois qu’il invoquait cet argument, qu’il convient pourtant de nuancer.

POURQUOI C’EST À NUANCER

Un vrai danger, difficile à mesurer

Certains parcs éoliens représentent un danger pour les chauves-souris et des espèces d’oiseaux, notamment les passereaux et les rapaces. En France, une éolienne tuerait en moyenne sept volatiles par an, selon une étude de suivi de mortalité publiée en 2017 par la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Cela représenterait au moins 56 000 oiseaux, mais les pertes totales sont difficiles à quantifier précisément, notamment parce qu’une partie des cadavres sont récupérés par les prédateurs naturels.

D’après une récente synthèse des connaissances réalisée par la LPO, l’éolien peut générer des impacts directs, comme la collision, ou indirects, liés à la perte d’habitats ainsi que la modification de comportements.

« La mortalité des oiseaux liée aux éoliennes installées en mer est particulièrement difficile à quantifier, puisque les oiseaux blessés ou morts qui tombent dans l’eau ne sont jamais retrouvés », souligne Frédéric Jiguet, ornithologue au Muséum national d’histoire naturelle.

Quelques implantations problématiques

« Tous les projets éoliens ne sont pas problématiques. Il y a une très grande hétérogénéité avec des parcs éoliens qui tuent très peu d’oiseaux et d’autres, qui sont plus problématiques, tranche Geoffroy Marx, responsable du programme énergies renouvelables et biodiversité à la LPO. Un parc implanté dans un endroit peu favorable aux oiseaux n’aura quasiment aucun impact sur eux. » L’éolien constitue un danger particulier lorsque les projets sont construits dans des endroits comme les zones Natura 2000, un réseau européen de préservation de la biodiversité.

Si moins de 5 % des éoliennes sont implantées sur ces sites, le taux de mortalité des espèces menacées y est très élevé. La moitié des machines y a été construite avant même la désignation des zones Natura 2000, selon Geoffroy Marx :

« La surmortalité d’oiseaux est souvent liée à des phénomènes migratoires, essentiellement la nuit où la visibilité est réduite (…) Il faut à tout prix éviter les zones où sont présents les grands rapaces et les haltes migratoires ».

Or, la course au développement de nouveaux parcs se fait parfois au détriment de ces recommandations. « L’exemple flagrant est le développement des parcs en mer Méditerranée, dans le golfe du Lion, où l’on démarre des études d’impact sur la faune en même temps que l’ouverture de l’appel d’offres », illustre Frédéric Jiguet. L’enjeu n’est donc pas d’interdire l’éolien, selon l’ornithologue, mais de mieux planifier et prendre en compte la préservation des espèces en amont.

Une évaluation à la charge des exploitants

Selon un protocole validé par le ministère de la transition écologique en 2018, les exploitants doivent effectuer un suivi des incidences de leurs parcs éoliens sur la faune volante, puis les évaluer et prendre les mesures nécessaires.

« Dans les faits, il n’existe pas d’interdiction stricte de développer des parcs éoliens dans certaines zones, déplore Geoffrey Marx. Le développeur doit juste démontrer que son projet n’aura pas d’impact important sur l’état de conservation du site. »

Les projets les plus problématiques pour la biodiversité et les espèces menacées font donc souvent l’objet de recours par des associations et des collectifs. C’est par exemple le cas à Oléron, où le parc éolien marin est contesté, notamment parce qu’il se situe dans une zone Natura 2000.

Des solutions techniques pour réduire l’impact

Lorsque les oiseaux sont les plus susceptibles de s’approcher des tours, il est possible d’arrêter ou de ralentir les machines. Des systèmes de détection de la faune et d’effarouchement sont également à l’étude.

Des chercheurs de l’Institut norvégien de recherche sur la nature ont également suggéré de repeindre en noir une des pales de chaque éolienne, après avoir observé une baisse de 70 % de la mortalité des oiseaux – surtout chez les rapaces – grâce à ce procédé. L’alternance entre le noir et le blanc permettrait aux volatiles de mieux percevoir les machines.

Grâce à des baguages, des radars et divers récepteurs acoustiques, les axes préférentiels de passage, les flux d’individus et les comportements de vol sont notamment analysés afin de comprendre les menaces qui pèsent sur les populations d’oiseaux et de chauves-souris. D’autres projets sont en cours pour tenter de réduire la mortalité de ces animaux.

Quelles sont les causes majeures de mortalité des oiseaux ?

Selon une récente étude de la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB), un oiseau sur six aurait disparu en Europe depuis 1980, soit près de 600 millions d’oiseaux nicheurs.

Des constats similaires sont faits en Amérique du nord, où un rapport de l’American Bird Conservancy et du Centre de recherches national de la faune du Canada fait état d’un déclin d’environ 3 milliards d’oiseaux en Amérique du Nord depuis les années 1970.

Les principales causes d’effondrement des espèces d’oiseaux sont notamment l’utilisation des pesticides et la destruction des habitats

Les causes de mortalité sont diverses. Par exemple, les chats domestiques sont un prédateur pour les oiseaux des jardins. En s’appuyant sur plusieurs études, la LPO a réalisé une extrapolation, calculant que les chats tueraient environ 75 millions d’oiseaux par an. Outre les chats, les collisions avec des lignes électriques, des véhicules et des vitres, les principales causes d’effondrement des espèces d’oiseaux sont aujourd’hui l’utilisation des pesticides dans l’agriculture intensive, couplée à la destruction des habitats et l’artificialisation des sols.

En outre, près de 80 % des espèces d’oiseaux migrateurs seront menacées par le changement climatique d’ici à 2050, d’après une étude publiée dans la revueNature Climate Change. Certains oiseaux migrateurs devront parcourir 10 % de distance supplémentaire, multipliant la fatigue et le risque d’être tués par des chasseurs.

« Demain, les changements climatiques seront la première cause d’effondrement de la biodiversité », conclut Geoffroy Marx. Pour le membre de la LPO, il ne s’agit donc pas « d’accepter n’importe quoi avec les énergies renouvelables », mais il serait « criminel » de s’y opposer complètement.

Pascaline David

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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