Accueil des réfugiés ukrainiens : la France est-elle dans un « deux poids, deux mesures » ?
Immigration
Par Lou Fritel
Publié le 29/03/2022 à 18:28
Dans son dernier rapport, Amnesty International met à l’index la France, coupable, selon l’organisation, d’accorder un traitement de faveur aux déplacés ukrainiens quand les réfugiés afghans n’ont pas bénéficié des mêmes égards après la prise de pouvoir par les talibans, le 15 août 2021. Qu’en est-il vraiment ?
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La France est-elle dans un « deux poids, deux mesures » dans sa façon d’accueillir les réfugiés ukrainiens ? C’est ce que dénonce Amnesty International, par la voix de sa directrice de l’Action Nathalie Godard et d’un rapport rendu public mardi 29 mars. Le document pointe notamment l’allocution d’Emmanuel Macron, le 16 août, lors de la chute de Kaboul. Il avait alors « souligné la nécessité de protéger les demandeurs et demandeuses d’asile tout en luttant contre les « flux migratoires irréguliers » en provenance d’Afghanistan ».
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« Ce qu’on a vu depuis quelques semaines [avec l’Ukraine] tranche singulièrement avec la manière dont, l’année dernière, les pouvoirs publics ont parlé de l’accueil des Afghans », après la reprise du pouvoir par les talibans le 15 août, souligne devant la presse Nathalie Godard. Est-il cependant pertinent de comparer les situations afghane et ukrainienne ?
DES STATUTS DIFFÉRENTS
Tout d’abord, réfugiés afghans et ukrainiens ne bénéficient pas du même statut. Dans nos colonnes, nous expliquions début mars que les Ukrainiens jouissent d’une « protection temporaire » sur le territoire européen, décidée par les membres du Conseil de l’Europe. Le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), Didier Leschi, explique aujourd’hui à Marianne : « Le statut de protégé temporaire est une décision de l’Union européenne qui suppose l’accord de la majorité des états européens. C’est un statut temporaire avec l’idée que les personnes déplacées le sont pour une courte durée, six mois renouvelables jusqu’à trois ans. » Avec, en définitive, un retour des populations déplacées dans leur pays d’origine. Quand le statut de réfugié a été pensé, lui, en partant du principe que la personne concernée ne peut pas rentrer.
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En conférence de presse toujours, Nathalie Godard rappelait justement que cette protection temporaire avait « aussi été demandée pour les Afghans, sans succès. […] C’est une illustration du « deux poids, deux mesures » aujourd’hui dénoncé ». Pour Didier Leschi, cette position « supposerait qu’Amnesty considère que les Afghans pourront revenir facilement en Afghanistan ».
D’autant que, si le statut de protégé temporaire implique une autorisation de travail, l’accès aux systèmes de santé et d’éducation, et la perception d’une allocation financière afin de se loger et de subvenir à ses besoins, il ne permet pas, en revanche, de toucher des allocations familiales, contrairement au statut de réfugié. « Concrètement, le statut de réfugié permet d’accéder à plus de droits, constate le haut fonctionnaire. Je ne suis pas sûr que les Afghans qui ont fui au Pakistan aient cette égalité de traitement avec les nationaux. Il y a une grosse différence entre le fait de rentrer dans un pays et d’y être accueilli. »
« ABSURDE » ET « FANTASMATIQUE »
La France n’est par ailleurs pas en reste sur l’accueil des réfugiés en provenance d’Afghanistan. Depuis le 15 août, « entre 900 et 1 000 Afghans par mois » rejoignent l’Hexagone et font « presque systématiquement » une demande d’asile : « Cela fait deux ou trois ans que la nationalité afghane est la première à demander le droit d’asile. Avant la chute de Kaboul, les Afghans étaient protégés dans 80 % des cas. Aujourd’hui, on est à 100 % », détaille encore Didier Leschi.