Du rififi au sein des équipes qui entourent Zemmour.

Des militants de Reconquête lèvent le voile sur les dérives autoritaires et radicales du parti

Interdictions d’assister à des meetings, exclusions sans explication… Plusieurs militants dénoncent les pratiques du parti d’Éric Zemmour. À Nice, le coordinateur de Reconquête, Benoît Kandel, vient d’annoncer sa démission, refusant l’arrivée, imposée par les instances parisiennes, d’un dirigeant RN proche des identitaires.

Pascale Pascariello

26 mars 2022 à 11h02

https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=TpoTme7lD52AjckjTyoStw7cqpV0TEw5zvf2hkNxyJsTDjz9LXhiMMy%2BRG4ZLbUFmr43Iq4F_oD7oggkSq4umokNkc3v_

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Après avoir participé activement à la naissance du parti d’Éric Zemmour sur le terrain, plusieurs militants de Reconquête ont été remerciés, interdits de meeting, voire parfois menacés. Le coordinateur départemental pour les Alpes-Maritimes, Benoît Kandel, a annoncé dans un communiqué repris par Nice-Matin, le 22 mars, sa démission de son poste, ne souhaitant pas « se voir imposer pas les instances parisiennes Philippe Vardon, responsable RN proche des milieux identitaires les plus radicaux ».

« Le parti Reconquête a été noyauté à des postes clefs par des cadres frontistes durs qui ont des méthodes brutales », déplore Benoît Kandel auprès de Mediapart.

Depuis le début du mois, l’ancien premier adjoint de Christian Estrosi alerte l’instance de direction du parti. Le chef des fédérations, Thibaut Monnier, la directrice de la stratégie, Sarah Knafo, et le directeur de campagne, Bertrand de La Chesnais, ont tous été informés du refus de Benoît Kandel de voir débarquer Philippe Vardon au sein du parti à Nice. 

« Les instances de direction me répondaient : “Mets de l’eau dans ton vin”, “tu n’auras pas le choix” » jusqu’à des coups de téléphone de proches de Marion Maréchal, les 17 et 21 mars, qui lui demandent « d’évoluer sur sa position »

L’ancien gendarme n’en démord pas : « Ce ne sont pas des valeurs que je partage. Son passé est sulfureux, ses positions extrêmes. Et politiquement ce n’est pas une bonne stratégie. »

Éric Zemmour en meeting à Metz, le 18 mars. © Photo Emile Kemmel / Hans Lucas via AFP

Conseiller régional et chef de file du Rassemblement national à la mairie de Nice, Philippe Vardon a, de longues années durant, été à la tête des identitaires niçois de Nissa Rebela. Comme Mediapart l’avait évoqué, il s’est très tôt engagé dans des groupuscules d’extrême droite, de l’Union des étudiants nationalistes, dérivée du Groupe union défense (GUD) à Nice, à l’Unité radicale, ancêtre du Bloc Identitaire.

Depuis le début des années 2000, il tente de polir son image afin de pouvoir s’assurer un avenir au sein du FN. Mais ses mauvais réflexes le rattrapent. En 2016, il est condamné à six mois de prison ferme pour une rixe. Peine réduite, en appel, à 750 euros d’amende. 

Néanmoins, « Philippe Vardon est soutenu par Grégoire Dupont-Tingaud [idéologue identitaire, à la tête des fédérations de Reconquête, ancien délégué général de Bruno Mégret au MNR – ndlr]. Il a été le témoin de mariage de Marion Maréchal. Ça a été un proche collaborateur de l’ex-porte-parole du RN, Nicolas Bay [qui soutient, depuis février Éric Zemmour]»,rappelle Benoît Kandel.

C’est des cinglés. Ils font n’importe quoi.

Benoît Kandel, ancien coordinateur de Reconquête pour les Alpes-Maritimes

L’ancien gendarme restant inflexible, « ils ont alors monté une histoire pour mettre en cause [son] plus proche collaborateur en l’accusant d’avoir utilisé des fichiers d’adhérents et de leur avoir envoyé une vidéo contre Philippe Vardon ».

Dans ce court enregistrement, Philippe Vardon apparaît au sein d’un groupe de rock identitaireFraction Hexagone, sur la scène d’un concert privé, entouré des crânes rasés, faisant le salut nazi. Ces images proviennent d’un documentaire diffusé par Arte, en 1998. Un texte clôt cette vidéo : « Reconquête ! Philippe Vardon et ses amis ne sont pas les bienvenus. Ils n’y ont pas leur place. »

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« Qui a fait cette vidéo et l’a diffusée aux adhérents des Alpes-Maritimes ? Je n’en ai pas la moindre idée. Comme d’ailleurs les instances parisiennes, commente Benoît Kandel. Ils suspendent mon proche collaborateur et le convoquent à un conseil de discipline, sans même me prévenir. J’ai eu Dupont-Tingaud [en charge de coordonner les référents des fédérations – ndlr] au téléphone, qui m’a lui-même affirmé qu’ils n’avaient pas de preuves. C’est des cinglés », conclut-il avant d’ajouter : « Ils font n’importe quoi. Ces fichiers tout le monde les a. Je les ai également. Ils voulaient se débarrasser de moi parce que j’étais un obstacle pour faire venir les plus extrémistes comme Vardon. »À LIRE AUSSIAu meeting de Eric Zemmour à Villepinte, le 5 décembre 2021.Les « VIP » de Zemmour : l’extrême droite et la droite dure en rangs serrés

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Contacté par Mediapart, le chef des fédérations Grégoire Dupont-Tingaud confirme qu’« il n’y a pas de preuves,  à ce stade,  de l’utilisation frauduleuse de fichiers par le collaborateur de Benoît Kandel ». Il a demandé à ce que les fichiers des adhérents soient extraits. « Mais nous ne savons ni pour quoi ni ce qu’il en a fait. Il devra s’en expliquer. » Quant à l’arrivée potentielle du frontiste radical Philippe Vardon au sein de Reconquête, il rappelle qu’« Éric Zemmour veut rassembler toutes les droites ».

Interrogé, le proche collaborateur de Benoît Kandel, qui a préféré garder l’anonymat, « trouve cette situation consternante » : « Tout d’abord, on me convoque selon des statuts qui ne sont même pas connus des adhérents. Et deuxièmement, si j’ai demandé des fichiers, en toute transparence, par mail, avec Benoît Kandel en copie, c’est pour travailler et faire notamment du phoning. Je n’en ai rien à faire de leur conseil de discipline. Je suis bénévole. Et je suis venu pour aider Benoît Kandel. »

Aujourd’hui, cet ancien secrétaire général quitte « volontiers ce parti. D’autant que les identitaires sont trop présents et l’idée d’un ministère de la remigration, c’est bien trop extrémiste ». Philippe Vardon n’a pas souhaité nous répondre. Dans une interview accordée à Nice-Presse, il n’a pas, à ce jour, évoqué son ralliement à Reconquête.

Dans le Loiret, un militant néonazi à la sécurité d’un meeting

Ces pratiques autoritaires au sein du parti d’Éric Zemmour se retrouvent également dans le Loiret, dont le coordinateur du parti, Franck Martin, ancien policier, est aussi un proche de Charles Gave, l’un des principaux donateurs d’Éric Zemmour. À LIRE AUSSILe 17 septembre, au palais des congrès de Toulon, Eric Zemmour entame la tournée de promotion de son nouveau livre.Candidature d’Éric Zemmour : l’enjeu de l’argent

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Ce financier de 78 ans, qui soutient Génération identitaire, a apporté 300 000 euros au polémiste avant de quitter sa campagne. Sa fille, Emmanuelle Gave, se serait fait escroquer par deux membres de l’équipe d’Éric Zemmour. 

Franck Martin, le coordinateur de Reconquête dans le Loiret, a travaillé plusieurs années pour Charles Gave, notamment au sein de l’Institut des libertés, un think tankcréé par le financier, dans lequel il diffuse ses idées ultralibérales, sans cacher son admiration pour Donald Trump.  

Cet ancien policier a également orchestré la campagne d’Emmanuelle Gave, sous l’étiquette Debout la France, lors des élections européennes de 2019. Mais Nicolas Dupont-Aignan avait finalement retiré la fille du financier de sa liste, en raison de messages à connotations racistes qu’elle diffusait sur les réseaux sociaux.

Dans le Loiret et désormais pour Reconquête, le même Franck Martin compte au sein de son équipe Alexandre Capy, un conseiller municipal, militant d’extrême droite d’Ouzouer-sur-Trézée, condamné à six mois de prison avec sursis en 2017 pour avoir dégradé à Gien plusieurs bâtiments, dont un local du Parti communiste, un de la CGT et un autre d’un journal. Sur certains, des injures racistes y avaient été taguées.

Plus embarrassant, le 16 mars dernier, à Saint-Jean-le-Blanc, dans un quartier résidentiel de la banlieue sud-orléanaise, un militant néonazi participait à la sécurité du meeting de Reconquête organisé, avec Marion Maréchal et Guillaume Peltier en têtes d’affiche. 

Interrogé sur ces faits, Franck Martin est catégorique : « Il n’y a pas de néonazi qui participait à la sécurité. » La réalité est pourtant difficile à tordre, ainsi que l’atteste l’un des clichés que nous avons pu prendre lors du meeting. Membre du Renouveau français, Christopher D. F. arbore un tatouage nazi sur le coude du bras gauche (voir en Boîte noire). Contacté par Mediapart, il n’a pas souhaité nous répondre.

À gauche, Christophe D.F. participe à la sécurité du meeting de Reconquête, le 16 mars, à Saint-Jean-Le-Blanc (Loiret). À droite, une photo extraite de son profil Facebook. © Photo Pascale Pascariello / Mediapart et capture d’écran Facebook

L’ancien policier fait savoir en revanche qu’une procédure d’exclusion serait en cours à l’encontre de l’élu Alexandre Capy qui aurait menacé plusieurs membres du parti. Contacté, ce dernier fait valoir qu’il n’a « pas encore été exclu à ce jour. Il y a une procédure mais pas plus tard que ce matin, je tractais à Briare ».

Un autre membre du parti , Valentin Blelly, est menacé d’exclusion. Ancien responsable des jeunes LR du Loiret, passé par le RN, il a rejoint Éric Zemmour depuis octobre 2021 en ayant participé à la création à Orléans de Génération Z. Contacté par Mediapart, il explique avoir soulevé « la question de la présence de certains radicaux mais en réponse je vais être exclu du parti et interdit de meeting »

Plus grave, « Franck Martin m’a menacé physiquement le 23 janvier en me disant : “ Je vais te péter la gueule. Tu ne sais pas qui je suis” ».

Aujourd’hui, une procédure est en cours à l’encontre de Valentin Blelly. « Il m’accuse de tout sans preuve. “Usurpation, malversation, dissimulation”. Sans aucune précision. C’est monté de toutes pièces pour me dégager. Chacun se place déjà pour les législatives », déplore-t-il.

Interrogé sur la situation dans le Loiret, le chef des référents départementaux et régionaux de Reconquête, Grégoire Dupont-Tingaud, explique qu’il s’agit « d’incompatibilités d’humeur entre individus et que cela va se régler, par des exclusions si cela est nécessaire ».

C’est un parti qui privilégie les enfants de la bourgeoisie.

Olivier K.

Olivier K., 25 ans, consultant dans la finance, a également été renvoyé du parti qu’il avait rejoint, en octobre 2021, via le mouvement Génération Zemmour des Yvelines. Après avoir voté, en 2017, pour François Fillon au premier tour de la présidentielle, puis Marine Le Pen, au second, Olivier « s’engage pour la première fois en écoutant Éric Zemmour. Même si je ne suis pas vraiment d’accord avec toutes ses idées sur l’immigration, je trouvais son programme original. Il prône la méritocratie et ça m’a plu. Même si je me suis rendu compte que c’était un leurre »

En « fidèle soldat », Olivier participe aux collages, « parfois même dans des circonscriptions voisines de sa ville, parfois à Paris » et parcourt « des centaines de kilomètres ». Il participe « à l’organisation de soirées ».

« J’ai eu le tort, peut-être, de me déguiser sur certains collages pour rendre ces moments plus joyeux », explique-t-il, avant de préciser que « d’autres venaient avec des poings américains, sans pour autant être exclus du parti ».

Olivier ne compte pas ses heures. Il réalise plusieurs permanences de nuit, de 20 heures à 8 heures, au QG. « Je l’ai fait plusieurs fois, une quarantaine. Je dormais sur place. Pour nous remercier, on nous proposait des plateaux-repas. Pour ma part, j’ai pu avoir des autographes plus rapidement d’Éric Zemmour. Et certains ont pu avoir une conversation téléphonique avec lui. »

Olivier K. lors d’une permanence de nuit au QG de Reconquête, à Paris. © Document remis

Pour assurer ces permanences de nuit, « ils n’ont jamais vérifié qui j’étais », s’étonne-t-il. Mais les griefs contre lui s’accumulent. « Ils me reprochaient de trop en faire. D’être présent partout. Ce qui était considéré comme suspect. J’ai pris des initiatives pour organiser une soirée, en contactant plusieurs adhérents parce qu’ils tardaient à le faire au sein de Génération Z. Si je ne le faisais pas, personne ne l’aurait fait à temps », raconte-t-il.

Ces six mois de militantisme pour Éric Zemmour ont eu raison de son engagement. Olivier, dont le père travaillait dans une entreprise et la mère était fonctionnaire, avant de prendre leur retraite, n’est pas « un “fils de”. Donc forcément, je n’ai pas de traitement de faveur. Car c’est un parti qui privilégie les enfants de la bourgeoisie ».

Au bout du compte, il est même interdit de meeting, le 5 février à Lille. Et reçoit le message d’un responsable de sécurité du QG du parti Reconquête, Victor M. : « Toi, si tu continues à faire le malin, il va t’arriver des problèmes. » Ce message, reçu le 5 février, Olivier l’a fait depuis constater par huissier, par peur d’être « agressé physiquement ».

Contacté Victor M. précise qu’« il ne s’agit pas de menaces mais d’avertissements sur des procédures juridiques engagées contre ce militant ». Selon lui, Olivier aurait eu un « comportement inapproprié en se déguisant lors des collages et aurait volé plus de 4 000 affiches ».

« C’est n’importe quoi. Mon travail, c’était de les coller, je n’en ai jamais volé, réplique Olivier. Ils mentent pour justifier de mon exclusion. Et on a vu les violences dont ils sont capables au meeting de Villepinte. Depuis mon exclusion, le 7 février, plus aucun jeune du parti ne me parle. Ils sont aux ordres. C’est effrayant. » 

Pascale Pascariello


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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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