Coercition à l’installation, ratios patients-soignants, prévention… Le programme de Yannick Jadot pour la santé
Par Marion Jort le 25-03-2022

“Vivre bien, vivre mieux”, promet Yannick Jadot qui, s’il est élu le 24 avril, entend “reconstruire un service public de la santé”. Coercition, augmentations des salaires, système plus démocratique… Egora vous propose un décryptage du programme santé du candidat Europe Ecologie Les Verts.
“Notre système de santé est à bout de souffle”, écrit le candidat Europe Ecologie Les Verts à l’élection présidentielle qui promet d’en faire un “bien commun” à “protéger dans sa globalité”. Yannick Jadot propose plusieurs priorités dans cette optique : l’hôpital public, la santé environnementale, la lutte contre les déserts médicaux, la santé mentale notamment.
L’écologiste s’engage d’abord à mettre en place une “politique volontariste de prévention et de gestion des risques” liés aux diverses expositions environnementales qui “favorisent l’apparition des maladies chroniques”. Cela passe par la lutte contre la pollution de l’air comme une priorité nationale mais aussi par la lutte contre les perturbateurs endocriniens et les substances toxiques. Yannick Jadot entend aussi s’attaquer au problème de l’obésité, dont la prévalence a doublé en 20 ans, qu’il reconnaîtra en ALD par l’Assurance maladie.
“Nous lancerons un plan d’urgence pour l’hôpital public”, promet-il, estimant qu’il faut le “préserver d’une logique marchande en lui donnant les moyens de ses missions”. Ainsi, la dette des hôpitaux sera intégralement reprise et le nombre de lits adaptés “aux besoins réels de la population”. “Nous veillerons à l’application de ratios normés du nombre de patients par catégorie de soignants et par secteur d’activités hospitalières, avec l’objectif de garantir la sécurité et la qualité des soins et d’améliorer les conditions de travail”, assure le candidat écologiste. Il mise aussi sur l’embauche de 100 000 infirmières en trois ans et compte lancer un appel à la réserve de 180 000 soignants réservistes. Enfin, il garantira un salaire au moins égal à la moyenne de l’’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), ce qui représente par exemple une augmentation du salaire net de 10% des infirmières.
Yannick Jadot pour l’installation contrainte des médecins
Constatant qu’une commune sur trois se trouve dans un désert médical, Yannick Jadot estime que la mauvaise répartition des médecins représente un surcoût de 1 à 5 milliards d’euros par an pour le système de santé et que le “numerus clausus en hausse n’y remédiera pas s’il n’y a pas de mesures pour rééquilibrer l’offre de soin territorialement ». C’est donc logiquement que le candidat compte sur des mesures restrictives pour assurer un accès aux soins de qualité. “Un médecin ne pourra s’y installer en étant conventionné que lorsqu’un médecin libéral du territoire cessera son activité”, précise-t-il.
En complément, il souhaite imposer aux internes d’effectuer leur dernière année d’internat leurs et les deux premières années d’exercice dans une zone sous-dotée.
Yannick Jadot donne ensuite les garanties d’un système de santé “plus démocratique”. “Notre système de santé est asphyxié par une gestion centralisée et cloisonnée, imposant à tous les niveaux des indicateurs de rigueur budgétaire”, écrit-il. Il propose donc de baser les financements à la fois sur les besoins des populations à l’échelle du territoire, mais aussi sur une tarification à l’activité, réservée « aux seuls actes techniques, programmables et standardisés, avec une nomenclature commune au privé et au public”. En parallèle, des collectivités de santé seront créées, qui regrouperont entre 50 000 et 150 000 habitants avec des médecins libéraux, hospitaliers, des professionnels du médico-social et des représentants d’usagers qui seront chargés de mettre en place la politique de santé à l’échelle des territoires.
La santé mentale au coeur des priorités des écologistes
“Nous reconstruirons un système de soins psychiques préventif et curatif alliant une véritable psychiatrie de secteur bien-traitante », qui “prend le temps qu’il faut pour soigner”, assure le candidat. Dans le secteur psychiatrique, 10 000 lits seront ouverts sur cinq ans et les pratiques de contention seront plus encadrées. L’élargissement du remboursement de la psychologie en ville est aussi prévu, ainsi qu’une augmentation du budget de la recherche en psychiatrie et santé mentale.
Encadrement de l’industrie du médicament
La transparence sur toute la chaîne du médicament sera garantie et les entreprises pharmaceutiques devront divulguer toutes les informations à propos de leurs produits mis sur le marché : remboursement, prix à l’étranger, statuts des brevets par exemple. “Ces exigences de transparence permettront à la France de disposer d’informations éclairées pour mieux négocier avec les entreprises pharmaceutiques, et piloter enfin une stratégie industrielle du médicament”, précise-t-il.
Enfin, parmi ses autres mesures, Yannick Jadot souhaite légaliser le cannabis, donner de vrais moyens à la lutte contre le Sida et mettre le sport au cœur de la politique sociale et de santé publique.
Commentaires Dr Jean SCHEFFER:
Son programme est proche de mes idées, comme celui de Fabien Roussel, mais lui aussi passe à coté d’une solution pour pallier au manque de médecins, toutes spécialités confondues et dans tous les lieux de soins. Dommage qu’il ne propose pas ma solution de Clinicat-Assistanat pour tous de 3 ans, obligatoire en fin d’internat.
Les déserts médicaux ne sont pas exclusivement des les zones rurales et dans les quartiers. Il sont aussi dans les Hôpitaux avec 30 % des postes vacants (40% dans les hôpitaux généraux), dans les hôpitaux psychiatriques, les CMP, les PMI, la médecins scolaire, médecins du travail, santé publique, médecine pénitentiaire…
Le manque des médecins est partout, dans toutes les disciplines, dans toutes les formes d’activité, salariées et libérales. Il s’agit donc à mon sens de voir l’ensemble des problèmes et de les solutionner en même temps, ce qui est possible.
La solution c’est un Clinicat-Assistanat pour tous, en fin d’internat, obligatoire pour tous les futurs généralistes et les futurs spécialistes, d’une durée de 3 ans. L’activité serait partagée entre divers établissements à l’image des assistants partagés actuels entre CHG et CHU: entre CHU et CHG pour les futurs spécialistes; entre CHG-CHU et PMI, CMP, santé publique, santé scolaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail… ; entre CHG et centres de santé et maisons de santé… Il s’agit donc par un seul et même dispositif de solutionner en quelques années l’ensemble des manques criants et urgents de médecins dans tous les domaines, dans toutes spécialités, sans pénaliser une catégorie, les futurs généralistes par exemple, ou les étudiants en médecine peu fortunés, obligés de s’installer dans un désert pour se payer ses études. Il faudra définir par région, département et territoire, les manques les plus urgents en généralistes et spécialistes, et en tirer les conséquences sur la répartition par spécialité pour la première année d’internat.
La motivation de ma proposition et le contexte actuel sont plus amplement explicités sur le lien:
« Vision Globale -Solution globale « : https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=C9jccc