On espère ! la dernière provocation de Didier Raoult.

Les membres fondateurs de l’IHU demandent la délocalisation d’un congrès accueillant des figures antivax

L’institut du professeur Didier Raoult doit accueillir fin mars, à Marseille, un colloque rassemblant des personnalités mettant en cause le consensus scientifique sur le Covid-19 et la gestion de la crise sanitaire. 

Par Publié hier à 20h33, mis à jour à 11h30 

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L’IHU de Marseille, en juin 2021.
L’IHU de Marseille, en juin 2021.  NICOLAS TUCAT / AFP

C’est la dernière provocation de Didier Raoult, dont le bilan est déjà bien lourd dans le domaine. L’institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection qu’il dirige toujours, a prévu d’accueillir dans son auditorium à Marseille, les 30 et 31 mars, un congrès réunissant de nombreuses figures du mouvement antivax.

Intitulé « Covid-19, premier bilan des connaissances et controverses scientifiques », ce colloque est organisé par l’association Réinfo Liberté, structure de support du collectif Réinfo Covid de l’anesthésiste marseillais Louis Fouché et par le syndicat Enseignement, recherche, libertés ! Une structure moins connue dont les statuts ont été déposés en juillet 2021 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), et dont l’objet est de « dénoncer la politique dite sanitaire d’un gouvernement et d’une majorité présidentielle qui ont depuis deux ans perdu toute mesure, tout repère et toute éthique ».

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Parmi les intervenants du congrès, outre des membres de l’IHU, on retrouve le biologiste américain Robert Malone, auteur de messages alarmistes sur la sûreté des vaccins à ARN messager, le médecin Pierre Kory, apôtre de l’utilisation de l’ivermectine dans le traitement du Covid-19, ou l’épidémiologiste français Laurent Toubiana, auteur d’une étude sur la surmortalité en 2020 récusée par le milieu scientifique. Le casting a été réuni sous la houlette de Laurent Mucchielli, sociologue au CNRS, un temps réputé pour ses travaux sur la délinquance et qui, depuis le début de la pandémie, publie des analyses sur la crise sanitaire qui lui ont valu des rappels à l’ordre de sa tutelle.

« Délocalisation » du congrès demandée

L’international Covid Summit sera ouvert par un discours de Didier Raoult, puissance invitante. Comme à son habitude, le microbiologiste marseillais se range derrière l’argument du débat scientifique pour promouvoir un événement dont il connaît parfaitement le positionnement. Si l’IHU reçoit ce congrès pendant deux jours, c’est, explique le professeur marseillais sur Twitter, « par souci de liberté d’expression, sans le censurer ni le cautionner ». C’est pourtant bien d’une caution qu’il s’agit et elle ne passe pas auprès des représentants des six membres fondateurs de la fondation IHU, dont certains, au plus fort de la vague antivax, ont été visés par des menaces de mort et ont vu leurs adresses personnelles mises en ligne.

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Après avoir hésité à réagir pour ne pas donner plus d’écho à l’événement, cinq des six membres fondateurs Aix-Marseille Université, les hôpitaux universitaires de Marseille, l’Institut de recherche pour le développement, l’Etablissement français du sang et le service de santé des armées ont finalisé mercredi 23 mars un communiqué commun. Ils y demandent à la direction de l’IHU de « renoncer à la tenue de cette rencontre » et une « délocalisation » du congrès. « L’intitulé et la nature des participants et des associations partenaires ne laissent aucun doute sur les objectifs », écrivent les signataires. « Nul manquement à l’exigence de rigueur et d’excellence que nos institutions respectives poursuivent ne saurait être toléré », poursuit le communiqué qui précise que les « membres fondateurs n’ont pas été concertés et ne sont en rien associés à cette réunion ».

L’événement n’est qu’un épisode supplémentaire dans le long bras de fer auquel se livrent Didier Raoult et les structures qui financent en grande partie l’IHU. C’est sous la pression de ces dernières qu’un appel d’offres a été lancé officiellement en janvier pour remplacer le professeur marseillais, déjà retraité depuis août 2021 de ses fonctions de professeur d’université et de praticien hospitalier. Un processus dont les membres fondateurs espèrent toujours qu’il aboutira en septembre. Plusieurs scientifiques français et internationaux ont fait acte de candidature auprès du jury piloté par Louis Schweitzer, nommé pour mettre en place la sélection. Des auditions doivent se tenir au printemps.

Fin janvier, un rapport préliminaire d’inspection de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, révélé par Mediapart, a également pointé des « dysfonctionnements majeurs » au sein de l’IHU, notamment en matière de recherches impliquant la personne humaine.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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