Macron minore le recours aux cabinets de conseil privé

Emmanuel Macron minimise le recours aux cabinets de conseil privés

Interrogé sur la forte hausse des missions confiées aux consultants, le candidat à la présidentielle a affirmé que ces dépenses auraient déjà baissé. Un argument trompeur qui minore le problème. 

Par Maxime VaudanoAdrien SénécatManon Romain et Luc MartinonPublié aujourd’hui à 14h29, mis à jour à 14h43  

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/03/21/emmanuel-macron-minimise-le-recours-aux-cabinets-de-conseil-prives_6118463_4355770.html

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Il « assume », mais cherche en même temps à éluder le sujet ; Emmanuel Macron a été interrogé, jeudi 17 mars, sur le recours récurrent de son gouvernement à des cabinets de conseil privés pour mener à bien ses réformes. Ces dépenses ont fortement augmenté au cours du quinquennat, jusqu’à dépasser le milliard d’euros en 2021, selon le rapport d’une commission d’enquête du Sénat consacré à cette question.

https://www.senat.fr/rap/r21-578-1/r21-578-11.pdf

C’est presque trois fois plus qu’en 2018, aux débuts du quinquennat, relèvent les sénateurs, qui s’inquiètent de voir la facture s’envoler année après année. Pourtant, le chef de l’Etat sortant, candidat à un deuxième mandat, a prétendu que les sommes dépensées ont déjà diminué.

Ce qu’il a dit

Lors de sa conférence de presse, Pauline de Saint-Rémy, journaliste à Politico, a interpellé le candidat à la présidentielle sur la hausse considérable du recours aux cabinets de conseil privés au cours de son quinquennat : « Est-ce que c’est quelque chose que vous assumez ? » Emmanuel Macron a alors relativisé le phénomène :

« Il y a eu une augmentation dans les phases de crise, je crois que c’est ce que décrit le Sénat, mais il y a aussi une baisse ensuite de plus de 15 % sur l’année qui a suivi sous ce quinquennat, ce qui montre aussi une procédure de refroidissement ou de normalisation. (…)  Donc je l’assume et je pense que ce n’est pas une fatalité d’augmenter. »

POURQUOI C’EST TROMPEUR

L’argumentaire d’Emmanuel Macron repose sur deux points :

  • La hausse des dépenses de conseil au cours de son mandat serait avant tout liée à la crise sanitaire ;
  • Ces dépenses auraient déjà été maîtrisées, avec une baisse de plus de 15 % « sur l’année qui a suivi ».

Or, l’un comme l’autre sont erronés.

D’abord, la recrudescence du recours aux consultants est antérieure à la pandémie. Sur la base des données comptables de l’Etat, la commission d’enquête sénatoriale a évalué qu’elles avaient déjà augmenté de 40 % entre 2018 et 2019, avant même le début de la crise sanitaire.

Les dépenses de conseil à forte dimension stratégique ont presque triplé depuis 2018

Les dépenses de conseil des ministères n’ont cessé d’augmenter, et ce même avant le début de la crise sanitaire. En 2019, l’augmentation était déjà de 48,2% pour les missions à forte dimension stratégique. La baisse de 15% annoncée le 19 janvier, indexée sur 2021, ne ramènerait pas les dépenses au niveau de 2020. 

2019
● Missions à forte dimension stratégique : 226 millions d’euros


Source : Sénat (à partir des données du ministère du budget)


Ensuite, on ne peut pas dire que ces dépenses ont déjà baissé au cours du mandat d’Emmanuel Macron. Elles ont, jusqu’à présent, augmenté, année après année, de 2018 à 2021. La baisse de 15 % évoquée par le candidat est, en fait, une directive du gouvernement pour 2022.

2021, record des dépenses du quinquennat

En effet, le premier ministre, Jean Castex, avait signé, le 19 janvier, une circulaire encadrant le recours aux prestations des cabinets de conseil – une probable anticipation de l’exécutif alors qu’allait être publié ce rapport au vitriol. Le texte fixe pour objectif de réduire de « 15 % au moins » par rapport à 2021 les « prestations intellectuelles engagées en stratégie et organisation ».

Contrairement à ce qu’affirme Emmanuel Macron, cette baisse des dépenses n’est donc pas encore effective et n’est même pas certaine pour l’année 2022, car la circulaire n’est pas contraignante. Il faudra attendre la fin de l’exercice budgétaire pour vérifier si le cadre fixé par le premier ministre a été respecté ou pas. Sans compter que la circulaire exclut du calcul les dépenses de conseil liées aux projets informatiques, qui représentent environ la moitié du total.

Le choix de prendre comme référence l’année 2021, record des dépenses du quinquennat, est également peu ambitieux : une baisse de 15 % ramènerait le coût pour l’Etat à environ 380 millions d’euros en 2022, ce qui serait encore bien supérieur à celui de 2020 (348 millions) et surtout 2018 (227 millions).

« Consultocratie » : un quinquennat de conseils

Invisibles, mais omniprésents, quelle est l’influence réelle des consultants privés dans la conduite des affaires de l’Etat ? C’est la question que s’est posée la commission sénatoriale sur l’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques, qui rend son rapport le 17 mars. Parallèlement, Le Monde a mené sa propre enquête, fondée sur des témoignages, des sources ouvertes et des demandes d’accès à des documents, pour tenter de mesurer l’impact de ces cabinets sur le quinquennat d’Emmanuel Macron.

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Maxime Vaudano,  Adrien Sénécat,  Manon Romain et  Luc Martinon

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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