Une mortalité moins élevée dans les pays nordiques

Covid-19 : pourquoi les pays nordiques ont un taux de mortalité inférieur à celui du reste de l’Europe

Les quatre pays du Nord, y compris la Suède et sa stratégie controversée, ont réussi à limiter la mortalité causée par le SARS-CoV-2.

Par Publié le 09 mars 2022 à 10h43

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Des Suédois profitent du printemps à Stockholm, le 22 avril 2020, pendant qu’une partie du monde était confinée.
Des Suédois profitent du printemps à Stockholm, le 22 avril 2020, pendant qu’une partie du monde était confinée.  TT NEWS AGENCY/VIA REUTERS

Dans le métro de Copenhague, les porteurs du masque se font rares. Depuis le 1er février, au Danemark, le Covid-19 n’est plus une maladie considérée comme dangereuse pour le fonctionnement de la société et, malgré un niveau encore élevé des contaminations (le taux d’incidence est supérieur à 1 800 cas pour 100 000 habitants sur sept jours), toutes les restrictions, à l’intérieur du pays, ont été levées. Même chose en Suède, en Norvège et en Finlande, où le port du masque, cependant, reste recommandé dans les transports en commun et les espaces publics clos.

Deux ans après le début de la pandémie, l’heure est donc au bilan. Et force est de constater que les pays nordiques ont des taux de mortalité très inférieurs à ceux de leurs voisins européens. En Norvège, pays de 5,4 millions d’habitants, seulement 1 664 personnes ont succombé au Covid-19 (soit 30 morts pour 100 000 habitants). De son côté, la Finlande, avec 5,5 millions d’habitants, a enregistré 2 571 décès (46 morts pour 100 000 habitants), tandis que le Danemark et ses 5,8 millions d’habitants déplore 4 948 victimes (85 morts pour 100 000 habitants).

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Un pays se distingue : la Suède (10 millions d’habitants), qui a privilégié les recommandations par rapport aux interdictions et obligations imposées ailleurs. Depuis le début de la pandémie, 17 516 personnes y sont mortes du Covid-19, soit un taux de mortalité de 171 pour 100 000 habitants. C’est plus que l’Allemagne (148 pour 100 000 habitants), mais moins que la plupart des autres pays européens, dont la France.

Si l’on considère la surmortalité, le pays, comme ses trois autres voisins nordiques, affiche un des taux les plus bas d’Europe. Un constat partagé par la commission d’enquête indépendante, nommée par le gouvernement afin d’évaluer la gestion de la crise sanitaire, qui constate dans ses conclusions, rendues le 25 février dernier, que « la Suède a relativement bien traversé la pandémie ».

Trésor de guerre

Comment expliquer ce bilan ? A Oslo comme à Helsinki, Frode Forland, haut responsable de l’institut de la santé publique norvégien, et Mika Salminen, directeur de la sécurité sanitaire à l’institut de la santé publique finlandais, affirment qu’ils n’ont pas encore toutes les réponses. Mais tous deux en sont convaincus : si le nombre de morts reste limités dans leurs pays, c’est parce que les gouvernements norvégiens et finlandais ont réagi vite.

« Dès le 12 mars [2020], la première ministre a déclaré que nous avions affaire à la crise la plus grave depuis la seconde guerre mondiale, et nous avons annoncé des mesures très fortes, qui ont eu un impact encore plus important que nous l’avions anticipé. Ce qui a permis de réduire la propagation du virus lors de la première vague », explique M. Forland. Une des grandes réussites de la Norvège, précise-t-il, a été de limiter au maximum l’introduction du virus dans les Ehpad : « Nous avions vu les dégâts qu’il causait en Espagne ou en Italie, et nous avons rapidement mis en place des tests et imposé la quarantaine au personnel. »

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En Finlande, M. Salminen concède une part de chance : « La première vague est arrivée avec un peu de retard, par rapport au reste de l’Europe et à nos voisins, ce qui nous a permis de réagir très vite, avant même que nous ayons une propagation importante du virus dans la société. » Le pays avait un trésor de guerre : ses considérables stocks de matériel, dans lesquels les autorités sanitaires ont trouvé des masques et pu rapidement les distribuer dans les hôpitaux et maisons de retraite.

Côté danois, la réaction a également été rapide et massive, avec un semi-confinement décrété à la mi-mars, incluant la fermeture des écoles et de la plupart des lieux publics, ainsi que la généralisation du travail à distance. Comme les Norvégiens et les Finlandais, les Danois n’ont jamais été contraints de rester chez eux.

Le Danemark s’est distingué de ses voisins en misant sur une politique de dépistage systématique. Aucun autre pays au monde n’a autant testé ses habitants. Selon l’épidémiologiste Lone Simonsen, les tests fréquents et la mise en place d’un passe sanitaire dès mai 2021 ont « permis de réduire de 25 % le taux d’infection et de maintenir une société plus ouverte », même si la facture s’annonce salée. Le Danemark a déboursé 8 millions d’euros par jour, au plus fort de l’épidémie.

Faible densité de population

La Suède, de con côté, a été plus lente au démarrage. Stockholm, dans les premières semaines, s’est contenté de recommander la distanciation physique, avant de prendre des mesures plus coercitives. Le masque n’a jamais été imposé, et les écoles sont toujours restées ouvertes. Si la commission d’enquête juge que la stratégie a été « correcte », elle regrette que « les mesures prises aient été trop peu nombreuses et ne soient pas intervenues plus tôt ».

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Les Nordiques concèdent quelques avantages : une faible densité de population, une distanciation physique déjà pratiquée avant la pandémie et le niveau de confiance élevé de la population à l’égard des autorités. « Quand nous avons demandé aux gens de porter le masque, 90 % l’ont fait sans que nous l’imposions », remarque M. Salminen.

Et même si la pandémie semble s’essouffler, les autorités sanitaires des pays nordiques s’attendent à un rebond de la mortalité chez les plus âgés dans les prochains mois. La grippe ayant fait moins de victimes que d’habitude, « les personnes les plus fragiles, qui seraient sans doute mortes une année normale, risquent de succomber au Covid », explique M. Forland.

Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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