Covid-19 : les raisons d’espérer et de s’inquiéter alors que les restrictions sont levées
L’allègement des principales mesures contre le Covid au moment où le nombre de cas rebondit inquiète une partie des observateurs. Le gouvernement se dit « extrêmement vigilant » mais a exclu de changer de cap.
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Fin du port du masque et du protocole sanitaire à l’école, suspension du passe vaccinal… Depuis lundi 14 mars, en France, l’essentiel des mesures de lutte contre le Covid-19 a été allégé. Pourtant, le nombre de contaminations remonte légèrement. Concédant une « reprise des cas », le premier ministre, Jean Castex, a cependant exclu, samedi 12 mars, de « changer de stratégie ».
« Le fait de retirer nos masques aujourd’hui, de ne plus présenter le passe, ne signifie pas que nous devons cesser d’être vigilants, pour nous-mêmes ou pour les autres, a rappelé le ministre de la santé, Olivier Véran, lors d’un déplacement en Vendée. Est-ce que le fait de pouvoir retirer aujourd’hui le masque est une mauvaise décision au regard du rebond ? La réponse est non (…). Ce rebond n’est pas une vague. »
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Cette affirmation arrive un peu tôt, tant la situation est aujourd’hui incertaine.
Sur les contaminations
Après avoir atteint un pic le 24 janvier avec 567 851 prélèvements positifs en un jour (et une moyenne hebdomadaire de 365 000 cas quotidiens), les contaminations ont rapidement décru. Mais le rythme de la baisse a ralenti depuis la fin février et le point le plus bas a été atteint le 3 mars, avec une moyenne sur sept jours de 51 700 cas quotidiens. Depuis, le nombre de contaminations remonte progressivement, passant de 51 700 à 62 900 par jour en moyenne entre le 3 et le 10 mars.
Le nombre de contaminations repart lentement
Nombre de cas de Covid-19 détectés quotidiennement, par date de prélèvement (moyenne mobile de sept jours).

« Il faut encore attendre un petit peu pour voir si cette tendance se confirme, mais effectivement, au niveau de l’Europe, on voit la même chose », a jugé, dimanche, sur France Inter, Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Bichat, à Paris. Le Royaume-Uni, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande se trouvent dans la même situation de plateau ascendant après la dernière vague hivernale. Mais il est difficile de savoir jusqu’où ira cette potentielle nouvelle vague de contaminations, ou combien de temps elle pourrait durer.
Dans ses modélisations publiées jeudi 10 mars, l’Institut Pasteur rappelle que le rebond épidémique dépendra en grande partie du degré de relâchement des gestes barrières et de la multiplication des contacts sociaux des Français. Lesquels ont été observés dès fin février, plus tôt qu’anticipé par les chercheurs. La fin du port obligatoire du masque en intérieur (sauf transports et hôpitaux) et du passe vaccinal à partir du 14 mars risquent de précipiter l’arrivée d’une nouvelle vague.
Dans ses scénarios les plus pessimistes, où « les taux de transmission augmentent de façon très importante », l’Institut Pasteur estime que le pic des contaminations « pourrait dépasser 100 000 cas quotidiens en mars ». Ce chiffre élevé reste « très inférieur au pic de janvier », qui avait atteint, à son apogée, 365 000 cas quotidiens en moyenne glissante.
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Pourquoi une telle différence ? Parce que le haut niveau de circulation du virus pendant l’hiver 2021-2022 a provoqué, du 19 novembre 2021 au 3 mars, environ 16,15 millions d’infections au Covid-19, ce qui a réduit le nombre d’individus n’ayant aucune protection immunitaire contre le virus. Désormais « 80 % des gens » sont vaccinés et « une proportion non négligeable de la population a déjà été touchée par l’infection », a souligné Yazdan Yazdanpanah. « Cette immunité, probablement, nous protège. En tout cas en termes d’hospitalisations. »
Dans les hôpitaux
Pour le moment, les nouvelles hospitalisations et les admissions en soins critiques continuent leur décrue. Entre le 5 et le 13 mars, un peu moins de 1 000 personnes ont en moyenne été admises quotidiennement à l’hôpital, un niveau qui demeure stable. Au 10 mars, 1 646 patients se trouvaient en soins critiques pour Covid-19.

« Effectivement, l’épidémie repart (…) mais la variable observée, ce sont les formes graves de la maladie, c’est-à-dire celles qui peuvent conduire à des hospitalisations », a déclaré, lundi, le premier ministre, Jean Castex, lors d’un déplacement dans le Sud-Ouest.
Le niveau d’hospitalisation repartira certainement à la hausse en suivant en décalé les contaminations, comme il le fait depuis le début de l’épidémie, mais il devrait rester limité si le nombre de nouveaux cas n’explose pas. « Notre modèle ne quantifie pas l’impact sur l’hôpital à anticiper en mars, mais il restera probablement absorbable », a estimé Simon Cauchemez, chercheur à l’Institut Pasteur, au Monde, jeudi 10 mars.
Si l’hôpital public peut encore absorber une nouvelle vague d’hospitalisations dues au Covid-19, la lassitude pèse sur le personnel hospitalier, après deux ans et cinq vagues épidémiques qui ont drainé ses ressources et repoussé nombre d’activités de soins pendant des mois.
Sans même décompter les pertes de chances pour des patients atteints de maladies graves, le Covid-19 se traduit aussi par un lourd bilan humain. Entre le 19 novembre 2021, date où la circulation du virus s’est nettement intensifiée, et le 14 mars 2022, 21 939 personnes sont mortes du Covid-19, soit en moyenne près de 190 par jour. Le fait que le variant Omicron, moins virulent, ait remplacé le variant Delta, en janvier 2022, a fait baisser le nombre de décès, mais très lentement. Le nombre de morts quotidiens (en moyenne glissante) n’est pas redescendu sous le seuil de la centaine depuis le 6 décembre 2021.
Sur les effets et la prédominance du variant BA.2
Selon Yazdan Yazdanpanah, la hausse du nombre de cas serait liée à la « réouverture des écoles » après les vacances, à un probable « relâchement de la population », mais aussi à la prédominance de BA.2, un des sous-variants d’Omicron. Selon le dernier point épidémiologique de Santé publique France, ce dernier est devenu majoritaire sur tout le territoire métropolitain début mars, avec 52 % des cas détectés.
BA.2 est 30 % plus contagieux que BA.1, un autre sous-lignage d’Omicron qui dominait auparavant, selon une étude danoise. « L’étude montre que si un ménage est infecté par le BA.2, il existe un risque global de 39 % qu’un autre membre du foyer soit infecté au cours de la première semaine. Ce risque est de 29 % si le foyer est infecté par le BA.1 », a souligné l’Autorité danoise de contrôle des maladies infectieuses.
Ce raccourcissement pourrait rendre plus « soudaines » les futures vagues de contamination
Autre point d’inquiétude lié à BA.2 : son « intervalle sériel », c’est-à-dire le nombre de jours entre une infection et une autre dans la chaîne de contamination, paraît plus court que chez son cousin Omicron. Selon des données préliminaires publiées par Public Health England dans son rapport du 22 février, il serait de 3,27 jours contre 3,72 jours pour Omicron. Ce raccourcissement pourrait rendre plus « soudaines » les futures vagues de contamination. A titre d’illustration, le virus de la grippe n’est pas très contagieux (son taux de reproduction est de 1,5 en moyenne), mais son intervalle sériel de 3,6 jours rend les épidémies assez « explosives » : elles montent très vite mais retombent aussi rapidement.
La protection vaccinale n’est pas amoindrie par ce nouveau sous-variant, selon une étude de l’Agence sanitaire britannique. Avec deux doses de vaccin, l’efficacité est de 10 % pour BA.1 et de 18 % pour BA.2. Avec trois doses, l’efficacité passe à 69 % pour BA.1 et à 74 % pour BA.2 puis elle tombe à près de 50 % deux mois et demi après pour les deux. Les personnes qui n’ont reçu aucune dose de vaccin seraient en revanche plus susceptibles d’être infectées par ce nouveau variant, par rapport au BA.1.
Autre point rassurant : BA.2 ne provoquerait pas de cas plus graves qu’Omicron, toujours selon l’agence britannique. Des données ajustées en fonction de l’âge, des précédentes infections, du sexe, ou encore de l’origine ethnique, suggèrent même un risque plus faible d’hospitalisation et de développement d’une forme grave de la maladie. Il s’agit toutefois de premières estimations qui peuvent changer à mesure que les données s’accumulent.
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Le groupe consultatif technique de l’Organisation mondiale de la sante (OMS) sur l’évolution du virus SARS-CoV-2 a également examiné des données sur la gravité clinique recueillies en Afrique du Sud, au Royaume-Uni et au Danemark. Il conclut qu’il n’y avait aucune différence de gravité signalée entre BA.2 et BA.1. S’il est possible d’être infecté par BA.2 après avoir contracté BA.1, une personne infectée préalablement par Omicron demeure « fortement protégée » contre BA.2.
Santé publique France a informé que des travaux étaient en cours pour estimer plus précisément la transmissibilité, la sévérité et l’échappement à la réponse immunitaire de BA.2 par rapport à BA.1.