Une levée des masques prématurée et politique

« Allègement des mesures sanitaires : « Il aurait été plus sage d’attendre le mois de mai » »

Date de publication : 14 mars 2022

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Libération publie un entretien avec Yves Buisson, épidémiologiste et président de la cellule Covid-19 de l’Académie nationale de médecine, selon qui « la levée des restrictions prévue ce lundi – fin du port du masque obligatoire, sauf dans les transports et les hôpitaux, ainsi que la suspension du pass vaccinal – est prématurée, même s’il ne s’attend pas à une reprise épidémique »
« Pour l’épidémiologiste, le scénario de la reprise épidémique n’est pas sur la table, mais il appelle tout de même à la vigilance », 
indique le quotidien.
Yves Buisson déclare ainsi : « Je pense qu’il aurait été beaucoup plus sage d’attendre le mois de mai et le retour des beaux jours pour lever les restrictions. Cela aurait permis aussi de s’assurer d’ici là qu’il n’y a pas, dans le monde, une nouvelle émergence d’un variant qui puisse rebattre les cartes. Ce qui me dérange un peu, c’est la précipitation avec laquelle les restrictions ont été levées. C’est un signal que les Français reçoivent comme l’annonce de la fin de la pandémie. Donc tout le monde est très content, mais je crains que ce petit rebond auquel on assiste actuellement soit en grande partie lié au fait qu’un grand nombre de nos concitoyens considère que la partie est gagnée ».
« Mais on voit quand même que le taux de reproduction est en train de remonter de façon très significative. On est à plus de 0,8 [0,81 au 5 mars, représentant alors une hausse de 20% en sept jours, ndlr]. On est toujours à moins de 1, ce qui veut dire que ce n’est pas une recrudescence épidémique, mais la circulation est en train de s’intensifier »,
 relève l’épidémiologiste.
Libération interroge : « Ce rebond est-il le début d’une reprise épidémique ? ».
Yves Buisson indique que « tant qu’on ne détecte pas de nouveaux variants, je ne crois pas. Ce rebond est d’ailleurs très hétérogène. […] Avec la rentrée scolaire, ça peut se généraliser dans l’ensemble du pays, car c’est un facteur qui favorise la dissémination du virus. Mais avec l’arrivée des beaux jours dans quelques semaines, on peut espérer que ça se limitera à un rebond ».
Il poursuit : « Le scénario optimiste est un arrêt progressif de la circulation du virus avec l’arrivée des beaux jours. Mais même dans ce scénario optimiste, on aura toujours une circulation virale, peut-être très minime, qui connaîtra une recrudescence dès le retour de la saison froide. Le scénario pessimiste serait lié à l’éruption d’un nouveau variant, qui mettrait en difficulté toute notre immunité collective, même si c’est de moins en moins probable ».
« On voit bien que quelques sous-variants circulent, comme le BA.2. Même s’il est sans doute plus transmissible que ne l’était le BA.1, qui l’était déjà beaucoup, il va rencontrer une population relativement immunisée. Et de toute façon, il n’est pas plus virulent : c’est ce qui importe. Pour l’instant, on n’a aucun élément permettant de soupçonner le sous-variant BA.2 de dangerosité. Par ailleurs, le variant deltacron, recombinaison entre le variant delta et le variant omicron, semble rester très modeste »,
 précise Yves Buisson.
Il ajoute qu’« il faut rester extrêmement vigilant. Tout autour de nous, on voit très bien que les gens ont commencé à se resserrer la main, et que la distanciation n’existe plus. […] Je crois qu’il faut poursuivre les gestes barrières, surtout quand on vit dans l’entourage de personnes âgées ou vulnérables, atteintes de comorbidité. Le virus circule toujours, donc on risque encore d’avoir des infections graves. Et il ne faut pas laisser tomber la vaccination ».

Covid-19 : la France lève l’essentiel des restrictions sanitaires

Le passe vaccinal disparaît à partir de lundi, ainsi que l’obligation du port du masque. Et pourtant, l’épidémie montre des signes de reprise. 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 03h38, mis à jour à 09h40  

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Temps de Lecture 3 min.

JOEL SAGET / AFP

Deux ans après le premier confinement, le gouvernement français s’apprête à lever, lundi 14 mars, l’essentiel des restrictions mises en place pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, suivant l’exemple d’autres pays européens.

« Ces avancées nous les attendions depuis très longtemps, les Français les attendaient, elles marquent un pas décisif », avait déclaré, mercredi, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.

L’étape de lundi se résume à deux grandes mesures :

  • Le passe vaccinal, qui impose d’être vacciné contre le Covid-19 pour accéder à de nombreux lieux, sera levé même si sa version « sanitaire », qui fonctionne aussi avec un test négatif au virus, sera maintenue dans les établissements de santé au sens large : hôpitaux, Ehpad…
  • Le masque, lui, ne sera plus obligatoire, à l’exception des transports et, là encore, des établissements de santé. Cet allégement concerne notamment les écoles, les commerces et les entreprises, qui garderont le choix de l’imposer ou non à leurs employés. Les cinémas, restaurants ou musées n’étaient déjà plus soumis à cette obligation depuis la fin de février.

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Un contexte pourtant moins favorable qu’annoncé

Avec ce vaste allégement, la France suit l’exemple de plusieurs pays européens, à commencer par le Danemark, qui a lancé le mouvement au début de janvier. Mais la date choisie apparaît paradoxale au moment même où « le nombre de cas (…) semble ne plus diminuer », selon les termes de M. Attal ; un euphémisme alors que l’épidémie enregistre un rebond depuis plusieurs jours.

Celui-ci est en partie lié à une moindre vigilance des Français, à qui l’on annonce la fin des restrictions depuis plusieurs semaines, et à l’essor de « BA.2 », une version particulièrement transmissible du variant Omicron, déjà très contagieux dans sa précédente incarnation. Le gouvernement avait pourtant dit qu’il ne mettrait fin au passe vaccinal que si l’épidémie cessait sa progression.

Une autre condition, évoquée voici plusieurs semaines par le ministre de la santé, Olivier Véran, n’est pas non plus remplie pour l’heure. La fin du passe était censée survenir à moins de 1 500 personnes hospitalisées en réanimation avec le Covid-19. Plus de 1 800 patients étaient encore dans ce cas en fin de semaine.

Certes, M. Véran a tempéré vendredi l’enthousiasme du gouvernement, promettant de rester « extrêmement vigilants ». Cela ne suffit pas à rassurer certains médecins et chercheurs, qui regrettent un allégement qu’ils jugent illisible, trop précoce et suspect de démagogie à un mois de l’élection présidentielle lors de laquelle le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, est candidat à un nouveau mandat.

Ces chercheurs sont moins inquiets de la fin du passe vaccinal, dont l’effet sur l’épidémie reste très incertain, que de la levée de l’obligation du port du masque. Ils se préoccupent surtout du sort des personnes immunodéprimées, à qui la vaccination fait peu d’effet.

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Le monde politique à l’unisson

Dans le monde politique, en revanche, le retour à la normale fait largement consensus. Aucun adversaire de M. Macron, à gauche comme à droite, n’a jugé trop rapide l’allégement des mesures, dans un contexte surtout dominé par la guerre en Ukraine et, dans une moindre mesure, des considérations économiques, comme les retraites ou le pouvoir d’achat.

Au-delà du consensus politique, le gouvernement peut aussi s’appuyer sur des prévisions relativement optimistes de l’Institut Pasteur, dont les modélisations servent de base au conseil scientifique, qui, en retour, conseille l’Etat dans la crise sanitaire.

Même dans le pire des cas, l’Institut estime que la vague sera loin du pic observé en début d’année à plus de 300 000 cas par jour. Quant aux effets sur les hospitalisations, l’enjeu le plus crucial, ils seraient limités par le fait qu’Omicron – dans sa version BA.2 comme dans sa précédente incarnation – apparaît nettement moins dangereux que son prédécesseur, Delta, qu’il a désormais presque totalement supplanté.

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Le Monde avec AFP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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