Un site militaire (Yaroviv) associé à l’OTAN bombardé par les russes

Le bombardement de la base de Yaroviv, sévère avertissement pour les Occidentaux

Le site visé par des frappes russes dans la nuit de samedi à dimanche n’a pas été choisi par hasard. Associé à l’OTAN jusqu’au déclenchement de la guerre, il servait depuis de plate-forme de livraison d’équipements militaires à l’Ukraine. 

Par Elise Vincent et Philippe RicardPublié aujourd’hui à 04h29, mis à jour à 09h03  

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Une victime de l’attaque de la base de Yaroviv est évacuée dans un hôpital de Novoïavorivsk (Ukraine), le 13 mars 2022.
Une victime de l’attaque de la base de Yaroviv est évacuée dans un hôpital de Novoïavorivsk (Ukraine), le 13 mars 2022.  THOMAS MOREL-FORT / HANS LUCAS

Le bombardement de la base militaire ukrainienne de Yavoriv s’apparente à une sérieuse mise en garde adressée par la Russie aux Occidentaux, soucieux de ne pas entrer en guerre contre Moscou tout en soutenant autant que possible Kiev. Les frappes survenues à l’aube dimanche 13 mars ont fait au moins 35 morts, d’après les autorités ukrainiennes, sur ce site situé à une vingtaine de kilomètres de la Pologne, pays membre de l’OTAN. Le moment choisi et le lieu ciblé ne doivent rien au hasard.

Le bombardement est survenu peu après que les Etats-Unis et l’Europe ont indiqué réfléchir à de nouvelles sanctions et vouloir renforcer leurs livraisons d’armes, afin d’aider la résistance ukrainienne à affronter l’armée russe. Samedi, Washington a décidé d’abonder de 200 millions de dollars (183 millions d’euros) son assistance militaire. La veille, réunis à Versailles, les Vingt-Sept avaient quant à eux convenu de doubler – pour la porter à un milliard d’euros , l’enveloppe consacrée au financement d’armes létales fournies par les Etats membres de l’Union européenne à l’Ukraine.

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Ces livraisons, qui ne font en principe pas des Occidentaux des cobelligérants, ont été dénoncées à plusieurs reprises ces jours derniers par Moscou. Dans une interview à la chaîne télévisée Perviy Kanal, le vice-ministre russe des affaires étrangères avait ainsi déclaré, quelques heures avant les frappes : « Nous avons averti les Etats-Unis que la livraison d’armes qu’ils orchestrent depuis un certain nombre de pays n’est pas seulement un geste dangereux, c’est un acte qui fait des convois mentionnés des cibles légitimes. » Il avait alors notamment cité les systèmes de défense aérienne portables et les systèmes de missiles antichars.

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Le 10 mars, le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, avait déjà prévenu : « Ceux qui gorgent d’armes l’Ukraine doivent bien sûr comprendre qu’ils porteront la responsabilité de leurs actes. » M. Lavrov avait au passage dénoncé ces livraisons comme « dangereuses » et fustigé le recrutement de « mercenaires » étrangers. Des volontaires qui pourraient faire aujourd’hui partie des principales victimes du bombardement de la base de Yavoriv, celle-ci ayant manifestement servi à regrouper certains d’entre eux. Le ministère russe de la Défense a assuré que « jusqu’à 180 mercenaires étrangers et une importante quantité d’armes étrangères ont été éliminés » lors des frappes. Un responsable ukrainien local a au contraire affirmé que seuls des Ukrainiens avaient été tués.

Un outil pour l’OTAN

Le site bombardé est d’autant plus sensible qu’il abritait, du moins jusqu’au déclenchement du conflit, un centre de formation et d’entraînement de l’OTAN. Un des seize que l’Alliance atlantique a développés dans des pays dits « partenaires » comme la Moldavie, la Serbie ou la Suède. C’était aussi un des plus importants.

Appelé « Centre international pour le maintien de la paix et de la sécurité », il servait depuis sa création en 2007, de centre de formation à des opérations de « maintien de la paix ». Des instructeurs de différents pays, en particuliers américains, ont pu y enseigner, mais aucun n’était présent lors du bombardement, a assuré le Pentagone, dimanche. L’OTAN a également certifié qu’aucun membre de ses effectifs n’était actif sur le site, comme ailleurs en Ukraine. Aucun Français non plus n’était présent sur cette base, assure au Mondeune source proche du dossier.

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La base de Yavoriv constituait néanmoins ce qui était considéré par l’OTAN comme l’un de ses principaux outils pour « aider les pays partenaires à se doter d’institutions de défense efficaces et résilientes »« Son bombardement a eu lieu dans le cadre d’une opération aérienne de grande ampleur qui a consisté à saturer les défenses aériennes ukrainiennes », décrypte cette même source. Même si des systèmes avaient sans doute été déployés pour protéger cette base importante, il était impossible pour l’armée ukrainienne d’empêcher ce type d’attaque, selon elle.

Les Russes en passe de prendre Dnipro

L’avertissement est d’autant plus rude que cette base servait aussi, pour certains pays, de plate-forme de livraison d’équipements militaires à l’Ukraine. Le site est d’ailleurs situé à quelques dizaines de kilomètres de l’aéroport polonais, où atterrissent les appareils occidentaux acheminant de l’assistance à l’Ukraine, et sur la route vers Lviv, la principale ville de l’ouest du pays, encore relativement épargnée par les combats. « Différents modes d’action » sont aujourd’hui utilisés par les Occidentaux pour envoyer de l’armement aux Ukrainiens, « tout ne passe pas par une base unique », précise toujours la même source. Mais le fait qu’il s’agisse d’un site associé à l’OTAN en a fait une cible de choix pour la Russie. « C’est un gros signal envoyé », abonde un expert très au fait.

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De manière plus large, relève ce dernier, le bombardement de la base de Yavoriv s’inscrit dans une avancée russe qui, si elle s’avère plus lente que prévu, continue de progresser. Selon lui, les Russes seraient désormais bientôt en mesure de prendre Dnipro, une ville à l’emplacement stratégique sur le fleuve Dniepr, qui est l’un de ses principaux points de franchissement. Ainsi Moscou pourrait commencer à fermer la tenaille sur les quelque 40 000 soldats ukrainiens massés près du Donbass. « On perçoit un mouvement d’unités russe vers le Dniepr », décrit-il.

Alors que la logique générale, aujourd’hui, pour les Ukrainiens, est de « s’économiser pour durer », celle des Russes est de « gêner pour entraver », résume le même interlocuteur. Les livraisons d’armes sont donc au cœur de cette guerre partie pour durer. « Être entièrement aux côtés de l’Ukraine, ça veut dire renforcer le soutien militaire à l’Ukraine. C’est aussi renforcer les sanctions », résumait l’Elysée samedi après un nouvel appel infructueux entre Vladimir Poutine, le chancelier allemand, Olaf Scholz, et Emmanuel Macron. Le président russe est paru toujours aussi « déterminé » à ses interlocuteurs, qui le pressaient, en vain, d’accepter un cessez-le-feu.

Elise Vincent et  Philippe Ricard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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