« La pollution de l’air affecte le fonctionnement du cerveau »
Date de publication : 14 mars 2022
Pauline Fréour note en effet dans Le Figaro que « deux études, publiées cette année et en 2021, montrent que l’exposition accrue aux particules fines PM2,5 augmente de 20% le risque de démence et accélère le déclin cognitif chez des personnes âgées de 65 ans et plus ».
La journaliste explique qu’« une étude conduite sur un très grand nombre de Français vient de confirmer que les polluants de l’air impactent négativement les performances cognitives, faisant écho en cela à d’autres recherches associant pollution et risque de démence ».
Elle précise que « c’est la cohorte Constances qui a fourni à Bénédicte Jacquemin et à son équipe de l’Inserm des données sur plus de 61.000 personnes de 45 ans et plus. Les chercheurs en épidémiologie ont pris en compte les résultats des participants à des tests cognitifs, et leur exposition, selon leur lieu de résidence, à trois polluants liés au trafic routier (particules fines inférieures à 2,5 microns – PM2,5, dioxyde d’azote, carbone suie) ».
« Ils ont calculé que le score des performances cognitives chez les volontaires les plus exposés baissait de 1 à près de 5% par rapport aux individus moins exposés », note Pauline Fréour, selon des travaux qui viennent de paraître dansThe Lancet Planetary Health.
Bénédicte Jacquemin indique que « les capacités les plus impactées sont la fluence verbale et les fonctions exécutives, c’est-à-dire la capacité de prendre des décisions. […] Le dioxyde d’azote et les particules PM2,5 impactent d’avantage la fluence verbale, tandis que le carbone suie a un plus grand effet sur les fonctions exécutives ».
Claudine Berr, épidémiologiste à l’Institut des neurosciences de Montpellier et co-auteur, explique que « selon leur taille, les polluants inhalés s’introduisent plus ou moins loin dans les poumons, induisant une inflammation locale et systémique pouvant s’étendre jusqu’au cerveau, car les cytokines, vectrices du signal inflammatoire, peuvent passer la barrière hématoencéphalique qui le protège ».
« Pour les particules fines, on estime qu’il pourrait aussi exister une voie directe : les PM2,5 entrant dans l’organisme par le nez se déplaceraient via le nerf olfactif jusqu’au bulbe olfactif, situé dans le cerveau. On s’interroge aussi sur un passage des particules par le sang, puisque l’on retrouve des polluants jusque dans les petits vaisseaux cérébraux », note la spécialiste.
Claudine Berr ajoute : « Ces recherches montrent une production accrue de marqueurs du stress oxydant et de médiateurs de l’inflammation dans les cellules du système nerveux central. Ce contexte peut être à l’origine de dommages cérébraux, comme l’agrégation de protéines – que l’on observe d’ailleurs chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer – des atteintes vasculaires, voire la mort de neurones ».
Pauline Fréour relève que « Claudine Berr et son équipe de Montpellier ont par ailleurs publié cette année et en 2021 deux études montrant que l’exposition accrue aux particules fines PM2,5 augmentait de 20% le risque de démence et accélère le déclin cognitif chez des personnes âgées de 65 ans et plus. […] Bénédicte Jacquemin prévoit de poursuivre son travail sur Constances en suivant l’évolution dans le temps des fonctions cognitives des participants ».
Comment la pollution de l’air affecte le fonctionnement du cerveau
Par Pauline Fréour Le Figaro
Publié il y a 37 minutes, mis à jour il y a 37 minutes

DÉCRYPTAGE – Une vaste étude française montre une baisse des performances cognitives, liée au trafic routier.
Ce n’est pas un scoop: la pollution atmosphérique, notamment celle causée par le trafic routier, est néfaste pour la santé. Elle affecte les poumons, bien sûr, ainsi que le système cardiovasculaire. Ce qui est moins connu, en revanche, c’est qu’elle endommage aussi le cerveau. Une étude conduite sur un très grand nombre de Français vient de confirmer que les polluants de l’air impactent négativement les performances cognitives, faisant écho en cela à d’autres recherches associant pollution et risque de démence.
C’est la cohorte Constances qui a fourni à Bénédicte Jacquemin et à son équipe de l’Inserm des données sur plus de 61.000 personnes de 45 ans et plus. Les chercheurs en épidémiologie ont pris en compte les résultats des participants à des tests cognitifs, et leur exposition, selon leur lieu de résidence, à trois polluants liés au trafic routier (particules fines inférieures à 2,5 microns – PM2,5, dioxyde d’azote, carbone suie). Ils ont calculé que le score des performances cognitives…
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L’exposition à un air pollué altère les fonctions mentales
Les polluants issus du trafic routier seraient associés à des problèmes de mémoire, d’expression orale ou de prise de décision, selon une étude française.
Temps de Lecture 5 min.
Alzheimer, démence, difficulté d’élocution… Une étude publiée dans The Lancet Planetary Health, jeudi 10 mars, associe la pollution de l’air à la diminution des performances cognitives : plus une personne est exposée à un air pollué, plus ses fonctions mentales seront affectées.
Pour en arriver à ce résultat, des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), de l’université de Rennes et de l’Ecole des hautes études en santé publique ont analysé les données de plus de 61 000 Français âgés de plus de 45 ans. Ces participants font partie de la cohorte épidémiologique française Constances et ont été recrutés aléatoirement à partir des listes de l’Assurance-maladie. Les chercheurs ont établi un score de leurs performances cognitives à partir de tests mesurant la mémoire, la fluidité d’expression orale (fluence verbale) et la capacité à prendre des décisions (fonctions exécutives).
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Puis les chercheurs ont superposé ces résultats avec des cartes dites « d’exposition » qui estiment la concentration de polluants à l’adresse du domicile de chaque participant. Dans cette étude, trois polluants ont été pris en compte : les particules fines (PM2,5), le dioxyde d’azote (NO2) et le carbone suie. « Nous nous sommes concentrés sur ces trois polluants car ils sont associés ou issus du trafic automobile, explique Bénédicte Jacquemin, chargée de recherche à l’Inserm et coauteure de l’étude. Les évidences scientifiques dans tous les domaines de la santé montrent que ces polluants sont probablement les plus nocifs pour la santé. »
Un facteur de risque « modifiable »
Selon l’étude, non seulement l’exposition à de plus grandes concentrations de polluants serait associée significativement à un plus bas niveau de performances cognitives mais chaque polluant agirait différemment sur ces performances. « Les capacités les plus impactées sont la fluence verbale et les fonctions exécutives, précise Bénédicte Jacquemin. Le dioxyde d’azote et les particules PM2,5 agissent d’avantage sur la fluence verbale, tandis que le carbone suie a un plus grand impact sur les fonctions exécutives. »
Pour les participants les plus exposés, les chercheurs ont constaté une différence allant de 1 à près de 5 % du score des performances cognitives par rapport aux participants moins exposés. « Cinq pour cent à niveau individuel, cela n’a pas un impact fort, explique la chercheuse. Mais nos résultats sont très importants au niveau de la population parce que tout le monde, ou presque, est exposé à un niveau de pollution atmosphérique plus élevé que ce qui est recommandé par l’OMS. »
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Aujourd’hui, plus de 50 millions de personnes sont atteintes de démence dans le monde, et ce chiffre devrait tripler d’ici 2050, selon le rapport mondial Alzheimer 2019. En plus des facteurs de risque non modifiables, par exemple l’âge ou la génétique, il existe plusieurs facteurs appelés « modifiables » qui, s’ils étaient évités, pourraient prévenir ou retarder le déclin cognitif et les cas de démence.
Depuis quelques années, la pollution de l’air est ainsi reconnue comme un facteur de risque « modifiable » de la démence. Cependant, aucune étude ne s’était jusqu’alors intéressée simultanément à plusieurs types de polluants et à leurs potentiels effets respectifs sur les différents domaines de la cognition. « Cette étude est très importante, soutient Kyle Steenland, professeur d’épidémiologie à l’université Emory aux Etats-Unis, qui n’a pas participé à l’étude, car elle est représentative de la population française. Il est nécessaire d’avoir plusieurs études sur ce sujet, sur des population différentes, et de voir que nous obtenons à chaque fois les mêmes réponses est assez significatif. »
Un QI diminué
Cependant les recherches ne sont pas terminées. « Cette étude est transversale, c’est-à-dire que nous avons pris une photo de la situation à un moment donné, explique l’auteure de l’étude. On montre une association. Pour établir une causalité, il faut une étude longitudinale c’est-à-dire avec un suivi sur le long terme, que nous prévoyons de faire par la suite. » Ce que confirme Kyle Steenland : « Les auteurs ont fait du très bon travail en essayant d’éliminer tous les biais, tels que l’âge, le sexe, le niveau socio-économique et les autres maladies. Cependant il est nécessaire de poursuivre les recherches en suivant des personnes plusieurs années pour voir si une exposition à la pollution entraîne un déclin des performances cognitives plus rapide. »
« Ces changements sont suffisants pour faire passer les personnes ayant des capacités cognitives inférieures à la moyenne dans la catégorie de déficience intellectuelle »
Dans la base de données de la cohorte Constances, aucune mention n’est faite, par exemple, de la durée depuis laquelle les participants vivent à leur domicile. « Ceci est une des limites de notre étude,confirme Bénédicte Jacquemin, nous n’avions pas l’historique complet de participants. Cependant, pour notre future étude longitudinale, nous avons des participants qui ont répondu à des questionnaires sur leur historique, nous prendrons alors en compte ce biais-là. »
Cette étude n’est pas la première à démontrer les effets néfastes de la pollution automobile sur les performances cognitives. Un autre rapport, publié le 7 mars dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences, a démontré que le QI de la moitié des Américains avait diminué suite à l’exposition à l’essence au plomb au XXe siècle. Pour parvenir à un tel résultat, les auteurs ont corrélé la concentration de plomb dans le sang des enfants 1 à 5 ans entre 1976 et 2016 avec les données sur leur QI.
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Alors que ce carburant est aujourd’hui interdit, l’exposition aux gaz d’échappement des voitures à l’essence au plomb aurait ainsi retiré en moyenne 2,6 de points de QI à plus de 170 millions d’Américains. « La baisse de quelques points de QI peut sembler négligeable, expliquent les auteurs de l’étude, mais ces changements sont suffisants pour faire passer les personnes ayant des capacités cognitives inférieures à la moyenne (score de QI inférieur à 85) dans la catégorie de déficience intellectuelle (score de QI inférieur à 70). »
Les chercheurs se rejoignent sur un point : les réglementations sont indispensables pour aider à diminuer l’exposition aux polluants. En 2020, des scientifiques estimaient, dans la revue The Lancet, qu’en agissant par des changements dans la réglementation qui encadre les niveaux de pollution, près de 40 % des cas de démences pourraient être évités, qu’ils tiennent au mode de vie ou à l’environnement.
Clémentine Thiberge