Yannick Jadot, Fabien Roussel et Anne Hidalgo proposent de libérer l’hôpital public des exigences comptables
Les trois candidats de gauche, mais aussi Valérie Pécresse, ont détaillé leurs propositions pour la santé, mardi 1er mars, lors du « grand oral » organisé par la Mutualité française.
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Lutte contre les déserts médicaux, réforme de l’hôpital, efforts de prévention… Quatre candidats à l’Elysée – Valérie Pécresse, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Fabien Roussel – ont eu l’occasion de détailler leurs mesures pour la santé et la protection sociale, mardi 1er mars, lors du grand oral organisé par la Mutualité française à Paris. Les trois candidats de gauche ont tous demandé que l’hôpital public soit soustrait aux ambitions de rentabilité.
Yannick Jadot : d’abord, « ne pas tomber malade »
Parmi les priorités du candidat écologiste, en finir avec la conception de l’hôpital comme « variable d’ajustement de notre système de santé ». « Pendant plusieurs quinquennats, l’hôpital public a été considéré comme une entreprise qui devait être rentable : tarification à l’acte, réduction des lits, baisse de budget, Ondam [Objectif national de dépenses d’assurance-maladie] qui réduisait année après année… », dit M. Jadot. Il compte « sortir profondément de cette logique » en provoquant un « sursaut d’attractivité », avec le recrutement de 100 000 infirmiers et l’amélioration des conditions de travail et des salaires.Voir le comparateur : Comparez les programmes des principaux candidats
Au sujet de la « santé environnementale », il s’agit surtout de faire davantage contre les maladies chroniques liées aux pollutions. Le candidat a appelé à « sortir du déni », en évoquant une hausse de 40 % du nombre d’affections de longue durée en dix ans.
« La politique de santé est aujourd’hui d’abord une politique de soin ; dans notre logique, c’est d’abord de ne pas tomber malade », a dit le candidat, déplorant que la prévention ne compte que pour 1,8 % du budget de la santé. Yannick Jadot veut aussi lutter contre la « régression incontestable de la prise en compte de la pénibilité » au travail au cours du quinquennat Macron : « Les cadres partant à la retraite ont dix ans d’espérance de vie de plus que les ouvriers. C’est insupportable », a-t-il fustigé.
Anne Hidalgo : un débat sanitaire au Parlement chaque semestre
La candidate socialiste a pris la parole pendant cinq minutes pour exposer sa vision de la santé en France, mardi matin, avant de répondre aux questions du public rassemblé à la Mutualité française. Anne Hidalgo a considéré que le système de santé français présentait des « signes extrêmement forts de difficultés »avant même la crise du Covid-19. « Les soignants nous disaient déjà : on ne peut pas demander de l’hôpital la rentabilité exigée d’une entreprise privée », selon elle, ajoutant que « le service public n’est pas le service qu’on réserve à ceux qui ne pourraient pas aller se payer le privé ».
Comme Yannick Jadot, la socialiste propose de ne plus financer l’hôpital public à partir d’un Ondam (objectif national de dépenses d’assurance-maladie) et de la tarification à l’acte. Elle veut aussi augmenter les effectifs des soignants. Soucieuse de démocratie sanitaire, Mme Hidalgo compte faire tenir un débat sur la santé au Parlement deux fois par an.
Contre les déserts médicaux, elle propose pour le long terme de parvenir à la formation de 15 000 médecins par an, ainsi que davantage d’infirmiers et de sages-femmes. Mais pour parer à l’urgence, il s’agit d’« utiliser la quatrième année d’internat comme année de professionnalisation », au cours de laquelle des internes seraient envoyés dans les déserts médicaux. Ils seraient pour cela rémunérés 3 500 euros mensuels. Dès 2022, cela permettrait « de déplacer environ 4 000 jeunes internes dans les déserts médicaux », selon elle.
Fabien Roussel : « Nous ferons cotiser le capital »
Le candidat communiste à l’Elysée, Fabien Roussel, a estimé que « la protection sociale dans notre pays recule, les inégalités sociales de santé se creusent et les déserts médicaux avancent ». Comme les deux autres candidats de gauche présents, il a vilipendé la « vision comptable » de la santé, qui place les personnels soignants « en grande souffrance ». Il a déploré une « santé de plus en plus marchandisée, avec des profits immenses jusqu’aux Ehpad et aux cliniques privées très lucratives ».Lire aussi Pécresse, Roussel et Hidalgo prônent la « souveraineté alimentaire », Castex reçoit les candidats sur la guerre en Ukraine… Les infos politiques du jour
Contre la « multiplication des exonérations de cotisations patronales », il a assuré que « nous ferons cotiser le capital au même niveau que le travail ». Il a aussi regretté qu’« en vingt-cinq ans la fiscalité ait été multipliée par quinze sur les mutuelles », et que celles-ci aient été « mises en concurrence avec les assurances privées ». Résultat, selon lui : « L’accès aux soins est remis en cause. »
Le communiste entend par conséquent « reconstruire une grande sécurité sociale du XXIe siècle », avec un « vrai remboursement à 100 % pour tous les soins », y compris les affections de longue durée, et « pas seulement pour les frais d’hospitalisation ». Il a aussi appelé de ses vœux un « grand service public des personnes âgées ».
Valérie Pécresse entend « débureaucratiser » l’hôpital
La candidate des Républicains a d’abord fait le constat d’un système de santé « en grande souffrance », avec 5 millions de Français, d’après elle, qui ne disposent pas de médecin traitant. La candidate a déploré un « recul de l’accès aux soins » et des délais « beaucoup trop longs », ainsi que des déserts médicaux « dans les territoires ruraux, les quartiers populaires et les centres-villes de certaines grandes métropoles ».
En guise de solutions, la candidate de la droite a proposé de décentraliser la gestion de l’offre de santé – il s’agirait notamment de donner la présidence des agences régionales de santé aux régions. Elle veut aussi créer un statut de « docteur junior » pour les généralistes, qui consisterait à envoyer 4 000 jeunes médecins, chaque année, suivre une année d’étude supplémentaire dans les « territoires carencés ». Infirmières, sages-femmes et pharmaciens se verraient confier davantage de responsabilités. L’objectif est de « diviser par deux » le délai pour avoir accès aux soins à moins de trente minutes de chez soi.
Concernant l’hôpital, elle veut recruter 25 000 soignants et former pendant le quinquennat deux fois plus de médecins qu’aujourd’hui. Il serait aussi question de « débureaucratiser » l’hôpital, pour qu’il soit plus « ouvert et transparent ». Elle souhaite qu’une partie de la tarification dépende de l’avis des patients sur la qualité des soins reçus. Une « révolution de la prévention » doit aussi permettre à tous les Français, d’ici à dix ans, de jouir de trois années supplémentaires d’espérance de vie en bonne santé.
Le Monde
Place de la Santé – Le grand oral MUTUALITE FRANCAISE
https://www.placedelasante.fr/election-presidentielle-2022/le-grand-oral-replay/
Le 1er mars, la Mutualité Française a organisé un Grand Oral réunissant 4 candidats à l’élection présidentielle : Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Valérie Pécresse et Fabien Roussel.
L’occasion pour les candidats de présenter leur programme santé et protection sociale, des débats nourris et qui ont permis d’aborder les sujets qui tiennent à cœur les Français : déserts médicaux, santé des jeunes, remboursements des soins…
Publié le 02/03/2022
Santé : un « grand oral »…sans tête d’affiche !

Paris, le mercredi 2 mars 2022
– La santé est, toutes les enquêtes le prouvent, l’une des préoccupations majeures des Français. Cette campagne présidentielle semble pourtant s’en désintéresser. Dernier symbole en date ? Le grand oral de la santé organisé par la Mutualité française organisé hier a été boudé par Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Eric Zemmour et Emmanuel Macron (non encore candidat) (soit les 4 leaders actuels des sondages !). Ce grand oral de la santé aura donc finalement réuni quatre prétendants à la Présidence de la République : Valérie Pécresse, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Fabien Roussel. A tour de rôle, chacun disposait de cinq minutes pour s’exprimer librement et d’un quart d’heure de question/réponse.
Former davantage de médecins : le consensus
Un point qui intéressera particulièrement les futurs médecins, l’augmentation du nombre de praticiens à former chaque année fait consensus. Anne Hidalgo, la candidate socialiste et maire de Paris, souhaite « totalement » supprimer le numerus apertus, dans l’objectif que soient diplômés 15 000 médecins chaque année (contre environ 9 000 aujourd’hui). Moins ambitieux, Fabien Roussel veut compter 12 000 nouveaux médecins par an.
Mais à ce petit jeu, c’est Valérie Pécresse qui remporte les enchères, en promettant 20 000 nouveaux praticiens chaque année d’ici à la fin du quinquennat (!).
La gauche veut se débarrasser de l’Ondam à l’hôpital
Pour le candidat écologiste, il est urgent d’en finir avec la conception de l’hôpital comme « variable d’ajustement de notre système de santé ». Reprenant à son compte le langage syndical, il a martelé : « Pendant plusieurs quinquennats, l’hôpital public a été considéré comme une entreprise qui devait être rentable : tarification à l’acte, réduction des lits, baisse de budget, Ondam (Objectif national de dépenses d’assurance-maladie, ndlr) qui réduisait année après année… ». Aussi, il entend « sortir profondément de cette logique» en provoquant un « sursaut d’attractivité », avec le recrutement de 100 000 infirmiers et l’amélioration des conditions de travail et des salaires.
Anne Hidalgo également a considéré que le système de santé français présentait des « signes extrêmement forts de difficultés » avant même la crise du Covid-19.
Aussi, comme Yannick Jadot, la socialiste propose de supprimer l’Ondam et la tarification à l’activité. Elle veut également recruter 25 000 soignants et « débureaucratiser l’hôpital».
Fabien Roussel, comme les deux autres candidats de gauche présents a vilipendé la « vision comptable » de la santé. Il a déploré une « santé de plus en plus marchandisée, avec des profits immenses jusqu’aux Ehpad et aux cliniques privées très lucratives ».
Le communiste entend par conséquent « reconstruire une grande sécurité sociale du XXIe siècle », avec un « vrai remboursement à 100 % pour tous les soins », y compris les affections de longue durée, et « pas seulement pour les frais d’hospitalisation ». Il a aussi appelé de ses vœux un « grand service public des personnes âgées ».
Le scandale Orpéa plane sur les débats
Les candidats à la présidentielle se sont également emparés du scandale Orpéa pour parler de la prise en charge de la dépendance et du grand âge. « A l’horizon 2050, il y aura 4 millions de Françaises et Français en perte d’autonomie », a alerté Yannick Jadot. « On ne peut ni spéculer, ni gagner de l’argent sur le dos de nos aînés », a poursuivi le candidat écologiste assurant qu’il interdirait l’installation d’Ehpad à but lucratif. « Je souhaite augmenter de 25 % les effectifs dans les Ehpad » a, pour sa part, assuré Valérie Pécresse.
« Cela ne doit pas être une source de profits, une source de bénéfices pour des fonds d’investissement, qui gagnent de l’argent sur le dos de nos têtes grises », a défendu Fabien Roussel. Le candidat de Parti communiste a dans le même temps et la même veine plaidé pour la création d’un pôle public du médicament, notamment en nationalisant Sanofi qu’il a vertement critiqué : « ils sont champions du monde, ils distribuent des dividendes, ils licencient et ils ne trouvent rien ».
Désert : des obligations d’installation dans toutes les têtes
La question des déserts médicaux et de l’accès aux soins a également fait l’objet de nombreuses déclarations. Valérie Pécresse a remis sur l’ouvrage son idée d’une dernière année d’internat de médecine générale à exercer dans les zones sous-denses. Cette mesure serait d’abord activée à la rentrée 2022 sur la base du volontariat et à partir de 2025, cela deviendrait une obligation. Une contrainte que Valérie Pécresse voit comme une «contrepartie de la revalorisation du tarif de consultation » à 30 euros prévue dans son programme.
Pour la candidate LR, cette année de Docteur Junior serait finalement « un moyen d’éviter l’obligation d’installation » et « pourrait donner envie » aux jeunes « de s’installer » et, ainsi, de « provoquer une installation peut être plus précoce »
Anne Hidalgo suggère elle aussi de mettre en place une quatrième année qui serait « une année professionnalisante » et que les jeunes médecins effectueraient dans un désert. Ces jeunes seraient rémunérés 3 500 euros pour cette quatrième année. Cela pourrait permettre de déployer, selon elle, au moins « 4 000 jeunes médecins dans des déserts médicaux ».
De son côté, Yannick Jadot s’est déclaré favorable à « une obligation d’installation ». « S’il y a une nécessité absolue, il faudra qu’il y ait des médecins qui aillent dans des déserts médicaux pour que les Français aillent se soigner », a-t-il expliqué, en particulier lors de la dernière année d’internat et durant les deux premières années d’exercice. Ce dernier s’est positionné en faveur d’un conventionnement sélectif dans les zones surdotées, affirmant toutefois qu’il sait « que cela déplaît profondément aux médecins. C’est une réalité et je la comprends parfaitement. »
Fabien Roussel entend lui aussi conditionner l’installation d’un médecin dans une zone dense au départ d’un autre médecin à la retraite. Par ailleurs, il estime qu’ « il faut accompagner les médecins qui sortent de l’école. Après douze ans d’études, il faut leur donner envie de venir s’installer ». « Il faut partir de ce que ces jeunes médecins ont dans la tête : ils ne veulent plus travailler 70 heures par semaine […]. Ils veulent élever leurs enfants et vivre en famille, avoir une sécurité financière, des médecins qui les accompagnent dans leurs débuts. Tout ça à la fois, il faut leur permettre d’y avoir accès».
Des idées foisonnantes donc…mais qui ne représentent qu’une partie des candidats.
Xavier Bataille
Présidentielle : sur quoi s’accordent les candidats pour lutter contre les déserts médicaux ?
Par Louise Claereboudt le 01-03-2022

Ce mardi 1er mars, quatre candidats à l’élection présidentielle 2022 (Fabien Roussel, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Valérie Pécresse) ont présenté les grandes lignes de leur programme santé lors d’un Grand Oral organisé par la Mutualité française. L’accès aux soins était au cœur des propositions.
Alors que 66% des Français estiment que la santé est la grande oubliée de l’élection présidentielle, d’après les résultats d’un sondage Harris Interactive dévoilés ce jour, quatre candidats ont tenté de renverser la balance. Ce mardi 1er mars, à un peu plus d’un mois du premier tour de l’élection, Valérie Pécresse (LR), Yannick Jadot (EELV), Anne Hidalgo (PS) et Fabien Roussel (PCF) se sont prêtés au jeu d’un Grand Oral, organisé au Palais Brongniart, à Paris, par la Mutualité française.
Hôpital, protection sociale, prévention, autonomie et Ehpad… Les thèmes abordés étaient bien sûr larges, mais de nombreuses propositions se sont focalisées sur la lutte contre les déserts médicaux, dont souffrent aujourd’hui des millions de Français. Plus de la moitié (58%) d’entre eux indiquent avoir déjà dû renoncer à des soins à cause des délais d’obtention de rendez-vous trop longs, d’après le sondage Harris Interactive. L’Assurance maladie évalue par ailleurs à 6 millions le nombre de concitoyens dépourvus de médecin traitant, dont 600.000 en ALD.
Former plus de médecins
Dénonçant un « scandale en termes de promesses républicaines », le candidat écolo Yannick Jadot, premier à s’exprimer, a assuré que ces difficultés d’accès aux soins participaient « à la division des Françaises et Français », mais aussi, « très largement », à « la montée des populismes » en France. Ce dernier a ainsi plaidé pour une « montée en puissance sur la formation des médecins ». Pour limiter les « ruptures » de soins dans les années à venir, il entend notamment « doubler » les capacités d’accueil dans les facultés de médecine.
Anne Hidalgo, la candidate socialiste et maire de Paris, souhaite « totalement » supprimer le numerus clausus – aujourd’hui remplacé par un numerus apertus par le Gouvernement. Objectif : former 15.000 médecins chaque année. L’idée de former davantage de médecins est également partagée par le candidat du parti communiste Fabien Roussel. Ce dernier veut ouvrir les études de médecine à 12.000 jeunes par an, contre 8.000 à l’heure actuelle. Une mesure qu’il n’a cependant pas détaillée lors de ce Grand Oral.
Pour contrer les effets du numerus clausus, la candidate de la droite, Valérie Pécresse, entend former 20.000 nouveaux praticiens chaque année d’ici la fin du quinquennat.
Contraindre les jeunes praticiens à aller dans les déserts
Valérie Pécresse souhaite également miser sur la quatrième année de DES de médecine générale, prévue dans le cadre de la réforme du 3e cycle. Mais, dans son programme, elle prévoit que les internes en médecine générale effectuent cette dernière année dans un désert médical, « dans une maison de santé ou dans un cabinet de groupe ».
Cette mesure serait d’abord enclenchée à la rentrée 2022 sur la base du volontariat. Les jeunes intéressés pour exercer dans une zone sous-dotée verraient leurs actes bonifiés. Mais à partir de 2025, cela deviendrait une obligation. Une contrainte que Valérie Pécresse voit comme une « contrepartie de la revalorisation du tarif de consultation » prévue dans son programme. Cette dernière entend en effet monter le tarif de la consultation des généralistes à 30 euros, mais aussi démarrer une révision des prix pour toutes les consultations des spécialistes.
Pour la candidate LR, cette année de Docteur Junior serait finalement « un moyen d’éviter l’obligation d’installation » et « pourrait donner envie » aux jeunes « de s’installer » et, ainsi, de « provoquer une installation peut être plus précoce ».
Pourtant d’un bord politique opposé, Anne Hidalgo suggère elle aussi de mettre en place une quatrième année qui serait « une année professionnalisante » et que les jeunes médecins effectueraient dans un désert. Ces jeunes – qui seraient accompagnés par des médecins plus expérimentés – seraient rémunérés 3.500 euros pour cette quatrième année. Cela pourrait permettre de déployer, selon elle, au moins « 4.000 jeunes médecins dans des déserts médicaux ». Une mesure qu’elle estime « urgente » car « il faut dix ans pour former les médecins ». Durée que les Français isolés du système de santé n’ont pas.
De son côté, le candidat écolo a déclaré que « oui, il faudra mettre en place une obligation d’installation ». « S’il y a une nécessité absolue, il faudra qu’il y ait des médecins qui aillent dans des déserts médicaux pour que les Français aillent se soigner », a-t-il expliqué, en particulier lors de la dernière année d’internat et durant les deux premières années d’exercice. Ce dernier s’est positionné en faveur d’un conventionnement sélectif dans les zones surdotées, affirmant toutefois qu’il sait « que cela déplaît profondément aux médecins. C’est une réalité et je la comprends parfaitement. »
Fabien Roussel entend lui aussi conditionner l’installation d’un médecin dans une zone dense au départ d’un autre médecin à la retraite. Par ailleurs, il estime qu’« il faut accompagner les médecins qui sortent de l’école. Après douze ans d’études, il faut leur donner envie de venir s’installer », a-t-il déclaré. « Il faut partir de ce que ces jeunes médecins ont dans la tête : ils ne veulent plus travailler 70 heures par semaine […] Ils veulent élever leurs enfants et vivre en famille, avoir une sécurité financière, des médecins qui les accompagnent dans leurs débuts. Tout ça à la fois, il faut leur permettre d’y avoir accès. » Cela passe notamment par un accompagnement par les municipalités.
Décentraliser la gestion de l’offre de soins
Outre l’installation des médecins, le candidat écologiste a appelé à « construire notre système politique de santé à partir des bassins de santé, des territoires de 50.000 à 150.000 personnes ». Il suggère ainsi de mettre l’ensemble des acteurs autour d’une table (hôpitaux, cliniques, médecins de ville, mutuelles…) afin de répondre aux besoins de la population de ce bassin en trouvant des solutions adaptées : création de maison de santé, de centre pluriprofessionnel… Cette refonte du système impose par ailleurs selon Yannick Jadot de « repenser les missions des agences régionales de santé ». Celles-ci ne doivent plus être « des canaux de contrôle et d’injection de la politique pensée à Paris » mais « de vrais lieux de coordination de l’offre de santé à l’échelle des territoires ».
Infirmières, pharmaciens, kinés et sages-femmes… Leurs solutions pour libérer du temps aux médecins
Valérie Pécresse juge également nécessaire de « changer complètement de modèle ». Il faut désormais « partir de la demande de santé des territoires », soutient-elle aussi, « décentraliser la gestion de l’offre de soins dans les territoires ». Ainsi, elle entend « donner la présidence des ARS aux régions, et faire du département le pilier de la politique médico-sociale, y compris de la médecine scolaire ». « On est face à un mur qu’on doit escalader. Et quelle est la recette ? La recette, c’est la décentralisation, l’alliance territoriale de santé. »
Cette dernière a évoqué la possibilité de « déroger à la procédure », si les besoins l’imposent dans certains territoires, en permettant la validation des acquis de l’expérience (VAE), mais aussi de « faire progresser en responsabilités les professionnels de santé qui sont sur les territoires », les infirmières par exemple.
S’il manquait ce mardi de nombreux candidats qui prétendent devenir les futurs locataires de l’Elysée, ils seront amenés à s’exprimer de nouveau sur leur programme santé à l’occasion d’un grand débat organisé le 17 mars prochain par la Fédération hospitalière de France à l’occasion de la Journée d’hommage aux soignants.
Publié le 04/03/2022
Yannick Jadot : « L’obligation d’exercer dans des territoires sous-dotés est une mesure nécessaire » (Interview)

Comme lors des échéances présidentielles précédentes, le JIM a décidé d’interroger les principaux candidats* sur leur programme de santé et leurs positions sur les questions éthiques. Crise sanitaire oblige, nous souhaitons également recueillir leur point de vue sur la gestion de la pandémie. Après Marine Le Pen, c’est Yannick Jadot, candidat du parti Europe Ecologie Les Verts, qui répond à nos questions.
JIM.fr – Vous avez critiqué la mise en place du passe vaccinal mais vous êtes favorable à la vaccination obligatoire « en dernier recours ». Pourquoi pensez-vous que l’obligation serait préférable au passe ?
Yannick Jadot – En novembre 2020, nous étions encore au plus fort de l’épidémie, j’ai soutenu l’idée que l’obligation vaccinale s’imposerait si la vaccination ne progressait pas. Cette solution que j’identifiais, vous le rappelez, comme “dernier recours”, n’a pas été nécessaire. Très bien. Le gouvernement a ensuite choisi, bien plus tard, de mettre en œuvre le passe vaccinal, qui a souvent été vu comme une obligation vaccinale déguisée. Les députés écologistes se sont abstenus à l’Assemblée nationale, considérant les réponses très insuffisantes faites par le gouvernement en matière de risques pour les libertés publiques et la cohésion sociale.
Pour autant, je ne pense pas qu’une obligation soit “préférable”. Encore une fois, il ne peut s’agir que d’un dernier recours. Ce qui est préférable, toujours, c’est de convaincre, de renforcer “l’aller vers”, en particulier en direction des publics les plus éloignés de l’accès aux soins. L’obligation vaccinale est en revanche justifiée pour toutes celles et ceux (soignants, personnels travaillant auprès de personnes âgées…) qui sont au contact des plus vulnérables aux formes graves du Covid, en vue de les protéger et limiter les risques de surmortalité.
JIM.fr – Comme plusieurs candidats de gauche, vous demandez la levée des brevets sur les vaccins contre la Covid-19. Pour certains observateurs, cela aurait peu d’impact en termes d’accès aux vaccins pour les pays pauvres, du fait des difficultés de la plupart des pays en développement à produire des vaccins basés sur de nouvelles technologies comme l’ARN messager ou les virus vecteurs. Que répondez-vous à cet argument ?
Yannick Jadot – Je soutiens en effet la demande de l’Afrique du Sud et de l’Inde pour une levée temporaire de toutes les barrières de propriété intellectuelle sur les technologies de lutte contre le COVID-19, comme je soutiens les demandes de transfert de technologies visant à renforcer les capacités de production dans le monde entier, qui restent contrôlées par une poignée d’acteurs de l’industrie pharmaceutique. L’argument de “certains observateurs” consistant à dire que la levée des brevets ne favoriserait pas la production des vaccins est irrecevable : deux ans après le début de la pandémie, seule une minorité des personnes les plus exposées aux formes graves de la maladie ont été vaccinées dans les pays du Sud alors que des dizaines d’entreprises de plusieurs pays en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud, ont fait savoir de longue date qu’elles avaient la capacité de production de vaccins à ARN messager, dès lors qu’elles pourraient disposer des informations sur les modes de fabrication et les autorisations.
La gestion de la crise sanitaire à l’école a été « inadmissible »
JIM.fr – Vous avez soutenu le mouvement des enseignants contre la gestion de la crise sanitaire à l’école. Que reprochez-vous au protocole sanitaire actuellement en vigueur dans les établissements scolaires (qui a été assoupli entre la réalisation de cet interview et sa publication et qui doit encore l’être, ndlr) ?
Yannick Jadot – D’abord, et de façon évidente, le manque de concertation, parfois le mépris affiché par Jean-Michel Blanquer. La manière dont le ministre n’a cessé de renvoyer sur les personnels la responsabilité des difficultés d’exécution, la légèreté avec laquelle il a pu accueillir les témoignages remontés des écoles, des collèges ou des lycées, tout cela était inadmissible. Ensuite, le défaut d’anticipation : personne, et certainement pas moi, ne pourra dire que la gestion de la crise à l’école était un problème simple. Ce qui pouvait se comprendre dans les premiers mois de la crise (l’impératif de prendre des décisions dans l’urgence, quand on savait encore peu de choses sur les modes de transmission du virus) – ne pouvait pas être accepté plus d’un an après le début de la pandémie.
La mise en œuvre de directives désordonnées, annoncées sans tenir compte des délais nécessaires à leur application, a été déléguée de facto aux familles et au personnel d’encadrement des écoles. Encore une fois, tout cela s’ajoute à la condescendance désolante du ministre, qui s’est montré incapable aussi bien d’expliquer sa politique que d’entendre ce qu’on lui trouvait, sur le terrain, de défauts. J’ajoute que la négligence sur les moyens de protection, l’absence de masques ou de capteurs CO2, le manque d’anticipation et de concertation avec les personnels d’éducation et les parents parachèvent le – triste – tableau.
JIM.fr – Sur la question des déserts médicaux, vous souhaitez interdire l’installation dans les zones sur-dotées et obliger les jeunes médecins à effectuer leur dernière année d’études et leurs deux premières années d’exercice dans des territoires sous dotés. Comment comptez-vous faire accepter ces mesures aux jeunes médecins (qui sont déjà peu nombreux à s’installer immédiatement après la fin de leurs études) et les mettre en place concrètement ?
Yannick Jadot – Il y a trop longtemps que l’enjeu des déserts médicaux (et, au-delà, celui des inégalités territoriales d’accès à la santé)- est posé sans qu’une réponse solide lui soit apportée. L’État et le législateur, depuis de nombreuses années, se sont défaussées sur les collectivités, qui ont d’ailleurs souvent fait preuve d’engagement et d’innovation pour s’attaquer au problème. Mais ça ne suffit pas : pour garantir l’équité dans l’accès aux soins, l’obligation d’exercer dans des territoires sous-dotés est une mesure nécessaire. Elle sera temporaire, puisqu’en supprimant réellement le numérus clausus et en doublant les capacités d’accueil des universités de médecine sur le quinquennat, nous revitaliserons le vivier de médecins dont la France a besoin. Et elle sera accompagnée. Beaucoup de jeunes médecins aspirent à un rythme qui leur permette de concilier leur exercice et leur vie privée : en renforçant les systèmes de vacation, nous leur garantirons l’accès à des vacances et, comme sur tous les territoires, à des services publics (écoles, crèches, sport et culture). Enfin, ces mesures s’accompagneront d’une nouvelle articulation du rôle du médecin avec les autres acteurs de santé, à qui de plus grandes responsabilités doivent être confiées pour améliorer la coordination et le parcours de soin notamment les infirmiers-ères.
JIM.fr – Parallèlement aux mesures contraignantes, estimez-vous que la lutte contre les déserts médicaux doit passer par une amélioration de la rémunération de la médecine de ville ?
Yannick Jadot – La question de la rémunération des médecins exerçant dans les déserts médicaux fait bien entendue partie du paquet global qui permettra de rendre l’exercice dans ces territoires plus attractif, notamment pour les jeunes médecins.
« Nous stopperons les dérives de la marchandisation de la vie de nos aînés »
JIM.fr – Après le scandale Orpea, vous avez demandé la fin de l’ouverture de nouveaux Ehpad à but lucratif. Comment pensez-vous faire face au vieillissement de la population sans l’aide du secteur privé ? D’une manière générale, quel est votre regard sur l’hospitalisation privée ?
Yannick Jadot – Nous stopperons en effet les dérives de la marchandisation de la vie de nos aînés en gelant l’ouverture des EHPAD à but lucratif. Parce que le privé commercial s’est imposé du fait de l’assèchement des finances locales et de la réduction des moyens du service public, nous augmenterons les financements publics pour assurer des soins et une prise en charge de qualité mais aussi des contrôles réels dans l’ensemble du secteur. Nous donnerons les moyens du virage domiciliaire tant attendu et développerons des lieux de vie intermédiaires entre Ehpad et domicile, en favorisant l’émergence de projets coopératifs d’habitants, d’habitat partagé ou d’habitat participatif intergénérationnels. Ces projets seront portés par des structures de l’économie sociale et solidaire (ESS), et des services de soins et d’aide à domicile de mutuelles pourront s’y rattacher.
JIM.fr – Votre politique pour l’hôpital public est très ambitieuse : reprise de la dette, augmentation du nombre de lits, recrutement de 100 000 infirmiers… Comment comptez-vous financer ces propositions et accroître l’attractivité des professions hospitalières ?
Yannick Jadot – Par un plan d’investissement dans les services publics, dont l’épreuve de la pandémie nous a révélé la fragilité, qui sera financé par une fiscalité plus forte sur les hauts revenus et sur les activités polluantes (et qui concourent par-là directement aux coûts de santé). Nous renforcerons l’attractivité des professions hospitalières en veillant à l’application de ratios normés du nombre de patients par catégorie de soignants et par secteur d’activités hospitalières, afin de garantir la sécurité et la qualité des soins et améliorer les conditions de travail. Nous demanderons aux réservataires (Etat, collectivités et bailleurs) de réserver des logements sociaux pour les personnels hospitaliers, notamment en Ile de France, limitant ainsi les trajets trop longs qui épuisent les personnels avant même l’arrivée sur leur lieu de travail. Nous assurerons que l’ensemble des rémunérations des personnels soignants soit au moins égal à la moyenne de l’OCDE (soit une augmentation d’environ 10 % du salaire net des personnels infirmiers).
Le renforcement de la santé environnementale, une priorité
JIM.fr – Vous avez fait de la lutte contre les pesticides votre priorité, affirmant que ces polluants étaient responsables d’une hausse importante des cancers pédiatriques. Quels sont les éléments scientifiques qui vous permettent d’établir un lien entre pesticides et développement des cancers de l’enfant ? Quelles sont au-delà les mesures prioritaires selon vous en matière de santé publique ?
Yannick Jadot – Les données de littérature scientifique internationale publiées au cours des 30 dernières années attestent des effets délétères sur le développement de l’enfant des expositions aux pesticides intervenant au cours de la période prénatale et périnatale. Une vaste étude collaborative internationale publiée dans la revue Science en février a établi formellement la corrélation entre perturbateurs endocriniens et troubles du langage chez les enfants exposés pendant la grossesse. Si d’autres recherches d’envergure sont nécessaires, elles ne doivent pas être un frein à l’action. C’est le biologiste Jean Rostand, scientifique et l’un des pères lointains de l’écologie, qui le disait : “Attendre d’en savoir assez pour commencer à agir, c’est se condamner à l’inaction”.
Dans le cadre du renforcement de la santé environnementale, une priorité de mon programme, nous mettrons notamment en place un plan volontariste de lutte contre les perturbateurs endocriniens et dès 2022, nous bannirons de notre agriculture néonicotinoïdes, glyphosate, fongicides SDHI et tous les pesticides potentiellement cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens.
JIM.fr – Vous préconisez la mise en place de SCMR (ou « salle de shoot ») dans toutes les grandes villes françaises. On sait que ces établissements sont généralement très mal accueillis par les riverains. Comment calmer leurs réticences ?
Yannick Jadot – Il faut à la fois informer les riverains sur les objectifs des salles de consommation à moindre risque (SCMR), et les associer à leur mise en œuvre pour favoriser l’acceptabilité et l’adaptation du dispositif. Tout d’abord, rappeler que les expériences démontrent que les SCMR sont un outil de santé publique (réduction des risques de contamination ; prévention des overdoses mortelles, accompagnement psychosocial contribuant à l’intégration des personnes) et contribuent à la tranquillité publique, les riverains n’étant plus exposés aux conséquences des injections de rue (notamment l’abandon du matériel usagé dans la rue ou la délinquance associée). Ensuite, les riverains devront évidemment pouvoir participer à l’évaluation et, si nécessaire, à l’ajustement du dispositif, par exemple par la mise en œuvre de comités de voisinage associant habitants, commerçants, professionnels de santé, élus et représentants des institutions.
JIM.fr – Depuis plusieurs années, vous défendez le droit à mourir dans la dignité. Dans quelles conditions l’euthanasie et le suicide assisté seront-ils légalisés si vous êtes éluPrésident de la République ?
Yannick Jadot – Je défends avant tout le respect du choix, pour celles et ceux qui l’expriment, à une fin de vie choisie et assistée. Je pense notamment aux personnes atteintes de maladies incurables et dégénératives qui, confrontées à la perspective d’une fin de vie douloureuse, souhaitent une aide médicalisée à mourir. Je suis donc favorable à une évolution de la loi sur cette question, puisqu’en l’état elle contraint les malades à attendre les derniers jours ou les dernières heures de leur agonie pour être délivrés (ou à partir à l’étranger pour mourir loin des leurs).
La loi actuelle, par ailleurs, ne permet pas aux médecins qui le souhaiteraient d’accompagner ces patients dans leur choix. Les avancées législatives que je propose s’accompagneront du renforcement des soins palliatifs à domicile et à l’hôpital, dans une logique de partenariat de soins, et de la création de maisons de soins palliatifs.
« La légalisation du cannabis est un impératif de santé publique »
JIM.fr – Vous vous êtes affiché à côté des défendeurs du CBD et souhaitez légaliser le cannabis. Mais beaucoup de médecins se montrent réticents vis-à-vis de la dépénalisation en raison de la nocivité du cannabis notamment pour les adolescents. Que leur répondez-vous ?
Yannick Jadot – Je partage, d’abord, les inquiétudes exprimées par des médecins quant aux risques de la consommation de cannabis, notamment sur les adolescents ou les jeunes adultes. C’est un enjeu de santé publique sur lequel je ne veux pas transiger. Mais, nous le savons toutes et tous, l’alcool ou le tabac ne sont pas moins dangereux (et peuvent même l’être davantage). L’enjeu de ces produits, c’est celui de leur usage et de la réduction des risques associés à leur consommation. Ce que je constate (et que constatent aussi des policiers, des médecins ou des magistrats) c’est que la situation actuelle est la pire de toutes : le cannabis est un produit légalement prohibé, mais sa consommation est banalisée et les messages de prévention qui pourraient permettre une consommation raisonnable (les mêmes que pour l’alcool ou le tabac) sont au mieux inaudibles, au pire combattus. Ce n’est pas sérieux.
La légalisation du cannabis est un impératif de santé publique, à l’intérieur d’une politique de santé publique plus globale, qui permette d’encadrer la consommation, de contrôler la qualité des produits et d’assurer une information large du public (en particulier des jeunes) sur les différentes drogues et leurs effets.
* Nous avons retenu pour ces interviews les candidats régulièrement crédités d’au moins 5 % des voix dans les sondages (Eric Zemmour, Marine Le Pen, Valérie Pécresse, Emmanuel Macron, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon)
Propos recueillis par Quentin Haroche
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Voir aussi:
https://environnementsantepolitique.fr/2022/02/27/le-rassemblement-national-et-la-sante/
Interview de Marine Le Pen à propos de la santé par le JIM
https://environnementsantepolitique.fr/2022/02/20/les-candidats-et-les-deserts-medicaux/