Un peu d’histoire à propos de l’Ukraine

mercredi 2 mars 2022 

INTERNATIONAL 

Ukraine : un peu d’histoire (en lieu et place des mythes)

Par  Timothy Snyder. HISTORIEN 

https://aoc.media/analyse/2022/03/01/ukraine-un-peu-dhistoire-en-lieu-et-place-des-mythes/?loggedin=true

De l’intérieur comme à l’extérieur, on a souvent tendance à présenter l’histoire de l’Ukraine comme exceptionnelle. Elle ne l’est pourtant que dans la mesure où elle épouse les principales évolutions avec une intensité inhabituelle. C’est la thèse qu’a défendue le grand historien Timothy Snyder lors de la Petryshyn Lecture qu’il a donné il y a quelques jours au département d’études ukrainiennes d’Harvard.

Il y a plus de mille ans, des esclavagistes vikings trouvèrent le passage qu’ils cherchaient vers le sud. Celui-ci suivait le fleuve Dniepr, passait par un comptoir commercial appelé Kiev, puis menait à des rapides que même ces Vikings ne pouvaient franchir. Les bateaux étaient alors transportés par les esclaves et des inscriptions furent laissées sur les rives du fleuve qui honoraient les morts. Ces Vikings se faisaient appeler les Rus.

L’ancien territoire de la Khazarie se désagrégeait alors. Les Khazars avaient stoppé l’avancée de l’Islam dans le Caucase au VIIIe siècle, à peu près à la même époque que la bataille de Poitiers. Une partie, voire la totalité de l’élite khazare s’était convertie au judaïsme. Les Vikings supplantèrent les Khazars en tant que percepteurs des impôts de Kiev, tandis que coutumes et vocabulaires fusionnèrent. Leurs chefs s’appelaient les « khagans ».

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Les Vikings avaient compris que la conversion à une religion monothéiste facilitait le contrôle d’un territoire. Les Rus païens envisagèrent, semble-t-il, le judaïsme et l’islam avant de se convertir au christianisme. Leur chef qui, le premier, se serait converti, Valdemar (ou Volodymyr, que les Russes ont appelé Vladimir bien plus tard), avait d’abord régné sur Kiev en tant que païen. Selon des sources arabes, il avait auparavant gouverné une autre ville en tant que musulman.

C’est assez curieux, mais somme toute normal. Les Vikings ont contribué à la formation d’États dans toute l’Europe, au moment des conversions millénaires. La Rus de Kiev était conforme à la tradition en matière de politique matrimoniale, envoyant une princesse épouser le roi de France. Ses conflits de succession étaient typiques de la région, tout comme son incapacité à résister aux Mongols au début des années 1240.

Par la suite, la plupart des terres des Rus furent récupérées par le Grand-Duché de Lituanie. D’une certaine manière, c’était également normal : la Lituanie était le plus grand pays d’Europe. Kiev transmit ainsi un ensemble de traditions culturelles à Vilnius. Le christianisme avait introduit le Slavon d’église à Kiev. Créé à Byzance pour convertir les Slaves de Moravie, le Slavon d’église fut par la suite introduit en Bulgarie et dans la Rus de Kiev où il a fourni la base d’une langue officielle qui sera adoptée par la Lituanie.

La Lituanie fusionna avec la Pologne. Gouvernée depuis Vilnius puis Varsovie aux XIVe, XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Kiev demeura un foyer de rayonnement européen. Elle fut confrontée à la question linguistique de la Renaissance : ancien ou moderne ? En Europe occidentale, les langues vernaculaires triomphèrent du latin. À Kiev, les choses étaient, comme d’habitude, plus compliquées : le latin en vint à rivaliser avec le slavon liturgique en tant que langue ancienne, et la langue vernaculaire polonaise éclipsa son équivalent ukrainien parmi les élites. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le polonais trancha la question linguistique. Il fut par la suite remplacé par le russe, en tant que langue des élites, aux XIXe et XXe siècles. Au XXIe siècle, le russe cède sa place à l’ukrainien dans la politique et la littérature. La question de la langue a été tranchée de manière assez logique.

Kiev et les territoires environnants furent affectées par la Réforme : l’Ukraine fut en ce sens représentative, mais de manière originale. Ailleurs, la Réforme opposait le protestantisme à un catholicisme romain renaissant. En Ukraine, la religion dominante était le christianisme oriental, ou l’orthodoxie. Mais les riches magnats ukrainiens invitèrent des protestants à construire des églises, et les nobles polonais qui affluaient étaient des catholiques romains. En 1596, il y eut une tentative de fusion de l’orthodoxie et du catholicisme, ce qui donna naissance à une nouvelle Église, appelée Uniate, ou Église gréco-catholique.

Les guerres de religion qui suivirent furent typiques, même si elles furent aggravées par une accumulation de facteurs. La paysannerie ukrainophone fut opprimée afin de générer un surplus agricole pour les propriétaires terriens polonophones. L’élite du pays parlait une autre langue et pratiquait une autre religion que la majeure partie de la population. Les Cosaques, des hommes libres qui avaient servi comme efficaces cavaliers dans l’extraordinaire armée polono-lituanienne de l’époque, se rebellèrent en 1648. Ils adoptèrent l’ensemble des causes ukrainiennes.

Une nouvelle entité, la Moscovie, affirma son indépendance à mesure que l’empire mongol occidental se fragmentait.

Certains territoires du nord-est de l’ancienne Rus suivirent une autre voie après l’invasion mongole. À partir d’une ville qui était nouvelle, Moscou (qui n’existait pas sous les Rus), des princes acquirent de l’autorité en percevant des impôts pour les Mongols. Une nouvelle entité, la Moscovie, affirma son indépendance à mesure que l’empire mongol occidental se fragmentait. Elle se déploya d’abord vers le sud, puis vers l’est, à travers une extraordinaire campagne de conquête. En 1648, un explorateur russe atteignit le Pacifique, alors que débutait la rébellion cosaque, à quelque sept mille kilomètres de là. La situation de blocage entre la Pologne-Lituanie et les Cosaques permit à la Moscovie de tourner sa puissance vers l’ouest et de conquérir des territoires.

Lorsque la Pologne-Lituanie et la Moscovie firent la paix, à la fin du XVIIe siècle, Kiev se trouvait du côté moscovite. Son académie était le seul établissement d’enseignement supérieur de Russie, et ses diplômés y étaient appréciés. Les ecclésiastiques kiéviens expliquèrent à leurs nouveaux souverains que l’Ukraine et la Russie partageaient une histoire commune, ce qui semblait leur donner le droit de la raconter. La Moscovie fut rebaptisée « Empire russe » en 1721 en référence à l’ancienne Rus, qui avait disparu depuis un demi-millénaire à cette époque. De 1772 à 1795, la Pologne-Lituanie fut découpée jusqu’à ne plus exister, et l’impératrice russe (elle-même allemande) proclama qu’elle avait restauré ce qui avait été perdu : là encore, le mythe d’une Rus restaurée. À la fin du XIXe siècle, les historiens russes proposèrent un récit similaire, qui minimisait le côté asiatique de l’histoire russe et les sept cents ans d’existence de Kiev hors de la Russie. C’est plus ou moins le récit raconté par Poutine aujourd’hui.

Dans l’histoire réelle, l’Ukraine n’a jamais cessé d’être une question. Un regain national commença dans l’Empire russe peu de temps après la dissolution des vestiges des institutions cosaques. Au XIXe siècle, son centre était Kiev. L’interdiction de l’utilisation de la langue ukrainienne dans l’Empire russe a poussé ce mouvement national vers la monarchie des Habsbourg, où il a bénéficié d’une presse et d’élections libres. La vie ukrainienne s’est poursuivie en Pologne après la dissolution de la monarchie des Habsbourg en 1918.

Après la Première Guerre mondiale, les Ukrainiens tentèrent de créer un État sur les ruines des deux empires. La tentative était typique de l’époque et du lieu, mais les difficultés étaient considérables. Les Ukrainiens se retrouvèrent sous le feu croisé peu enviable des Russes blancs, de l’Armée rouge et de l’armée polonaise. Une grande partie de la « guerre civile russe » se déroula en Ukraine ; à son difficile terme, les bolcheviks eurent besoin d’une réponse à la question ukrainienne. C’est pourquoi, en 1922, l’URSS prit la forme qui fut la sienne, une fédération théorique de républiques nationales. Lorsque Boris Eltsine retira la Russie de l’URSS en 1991, il signa un accord avec les dirigeants soviétiques ukrainiens et biélorusses, lesquels représentaient les entités fondatrices officielles de l’URSS.

L’Ukraine était l’endroit le plus dangereux au monde à l’époque où Hitler et Staline étaient au pouvoir, entre 1933 et 1945. Elle était considérée comme le grenier à blé de Moscou comme de Berlin. La collectivisation de l’agriculture entraîna une famine politique qui provoqua la mort d’environ quatre millions de personnes en Ukraine soviétique en 1932-1933. Un désir similaire de réorienter les réserves alimentaires ukrainiennes anima les plans de guerre d’Hitler. La première grande exécution massive de Juifs par les Allemands, à Kamianats’ Podils’kyi, eut lieu en Ukraine. Le plus important épisode de la Shoah par balles, à Babyn Iar, fut le massacre des Juifs de Kiev.

Staline et Hitler débutèrent la Seconde Guerre mondiale en tant qu’alliés de facto contre la Pologne. En 1939, ils s’accordèrent pour que la Pologne soit divisée et que sa moitié orientale soit contrôlée par l’URSS. Pour finir, ces mêmes territoires anciennement polonais (ukrainiens de l’ouest) furent rattachés à l’Ukraine soviétique en 1945, tout comme certaines terres de la Tchécoslovaquie. La Crimée fut intégrée à l’Ukraine neuf ans plus tard. De cette manière, l’Union soviétique définit les frontières de l’Ukraine, tout comme elle définit celles de la Russie et de toutes les républiques qui la composent.

L’histoire de Kiev et des territoires environnants embrasse certaines tendances européennes moins prononcées en Russie.

Les histoires de l’Ukraine et de la Russie sont bien sûr liées, via l’Union soviétique et l’Empire russe, la religion orthodoxe et bien d’autres choses encore. Les nations ukrainienne et russe modernes sont toutes deux toujours en cours de formation, et il faut s’attendre à ce qu’il y ait des enchevêtrements, aujourd’hui et à l’avenir. Mais la Russie est, dans son expansion initiale et sa géographie contemporaine, un pays profondément lié à l’Asie ; ce n’est pas le cas de l’Ukraine. L’histoire de Kiev et des territoires environnants embrasse certaines tendances européennes moins prononcées en Russie. La Pologne, la Lituanie et les Juifs sont des référents indispensables pour tout récit du passé ukrainien. L’Ukraine ne peut être comprise sans prendre en compte les facteurs européens suivants : les mouvements d’expansion de la Lituanie et de la Pologne, la Renaissance, la Réforme, le renouveau national, les tentatives d’établissement d’un État national. Les points de repères des deux guerres mondiales sont profondément ancrés dans les deux pays, mais surtout en Ukraine.

L’histoire de Kiev est, pour ainsi dire, extraordinairement normale. Elle s’inscrit parfaitement dans la périodisation européenne classique. La complexité et l’intensité accrues de ces expériences caractéristiques peuvent toutefois nous aider à mieux appréhender l’ensemble de l’histoire européenne. Certaines de ces références sont différentes, voire absentes, en Russie. Cela peut rendre difficile pour les Russes (même de bonne foi) l’interprétation de l’histoire ukrainienne, ou de l’histoire « partagée » : le « même » événement, par exemple la révolution bolchévique ou le stalinisme, peut sembler différent selon le point de vue.

Le mythe de la fraternité éternelle, proposé aujourd’hui de mauvaise foi par le président russe, doit être compris comme relevant de la politique et non de l’histoire. Mais un peu d’histoire peut nous aider à déceler la mauvaise foi, et à comprendre la politique.

traduit de l’anglais par Hélène Borraz

NDLR : Ce texte est la retranscription traduite de l’anglais de la Petryshyn Lecture donnée le 18 février à au département d’études ukrainiennes de l’université Harvard. Il n’a pas été relu par le prof. Snyder, et la version orginale en anglais est accessible ici.

Timothy Snyder

HISTORIEN, PROFESSEUR À L’UNIVERSITÉ DE YALE 

Chronique «Historiques»

«Dénazification» de l’Ukraine, «Russie éternelle»… Poutine ou la grande manipulation de l’histoire

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/poutine-ou-la-grande-manipulation-de-lhistoire-20220301_L7MRRRZTBVFVVJNHKWQ74IKGDE/

L’invasion ukrainienne ressuscite les spectres du nazisme, de la «Russie patriotique» et de la guerre froide. Pourtant l’histoire ne se répète que rarement. Muré dans sa paranoïa, obsédé par sa «mission» historique, l’autocrate vieillissant est de plus en plus coupé de tous.

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par Johann Chapoutot, Historien, professeur d’histoire contemporaine à Paris-Sorbonne

publié le 1er mars 2022 à 16h09

L’agression contre l’Ukraine est tout droit sortie d’une géopolitique que l’on pensait révolue. Le magazine Time vient de titrer sur «Le retour de l’histoire», sur fond de char d’assaut en noir et blanc. Pire, les rodomontades nucléaires du «maître du Kremlin» ressuscitent une paléontologie de guerre froide : revoilà les titans balistiques et Docteur Folamour, l’apocalypse atomique et l’atoll de Bikini.

Retour de l’histoire ? Vraiment ? Pauvre «histoire»… Il serait bon de s’entendre sur le mot.

Etre historienne ou historien peut être dangereux, comme le montre le sort de certains de nos collègues russes. Pour éviter les visites matinales de la police et les simulacres grotesques d’une «justice» qui n’en est pas une, il vaut mieux travailler sur Ivan le Terrible ou Catherine II que sur les crimes de Staline. La dissolution récente, par une «justice» qui n’en est pas une – car elle est inféodée au pouvoir exécutif – de l’association Memorial, dont la branche française est présidée par Nicolas Werth, a fait suite à la condamnation à quinze ans de camp de Iouri Dmitriev, spécialiste du goulag, sous des motifs absurdes et fabriqués de toutes pièces. Les historiennes et historiens ne peuvent travailler que dans un Etat de droit, sous la protection des lois et de tribunaux indépendants.

A Moscou, dans l’entourage – apeuré et humilié – du président de la Fédération de Russie, on aime l’histoire telle qu’elle est pratiquée, chez nous, par certains animateurs de radio et de télévision : princes et capitaines, gentes dames, robes et costumes, décors féeriques – l’histoire faite par les «grands hommes» et destinée aux contes pour enfants, tissée de balivernes psychologisantes et de bluettes édifiantes. Une histoire critique, qui tend au vrai, qui démythifie ou (pardon) déconstruit apparaît sans doute trop woke et parfaitement inacceptable à un homme qui s’est donné pour mission de ressusciter l’Empire des tsars. L’Urss, c’était bien, certes, un ex-officier du KGB vous dira rarement le contraire, mais cette «union» des «Républiques socialistes» avait le tort de reconnaître l’existence desdites «Républiques» – comme l’Ukraine, par exemple, à qui Khrouchtchev avait concédé la Crimée en 1954. Les tsars, c’était autre chose : l’autocratie, la Russie éternelle, la troisième Rome, sous le patronage de Dieu et de tous ses saints. Poutine, autocrate vieillissant qui, comme tout homme qui se sent partir, veut rester un peu et laisser une œuvre, songe à son héritage : son legs, ce sera l’Empire, celui de Pierre le Grand, par exemple, dont il a apprécié la célébration, à Versailles, lors d’une exposition dont son hôte français lui fit les honneurs en 2017.

Restaurer les enluminures du passé

L’histoire, ce sont donc ces enluminures du passé que l’on restaure ou ces icônes que l’on polit. Ce sont également des références et des mots que l’on brandit : le pouvoir ukrainien, selon Poutine, est un ramassis de «nazis». Notons que le président Zelensky est juif, ce qui le rend peu suspect de sympathie pour le IIIe Reich. Mais l’argumentation, martelée par la télévision et la presse inféodées au pouvoir russe, est habile : elle rappelle que, pendant la Seconde Guerre mondiale, les collaborateurs furent nombreux dans cette région, comme dans les pays baltes, par anti-stalinisme (s’allier aux Allemands, c’est chasser les bolcheviks), mais aussi par antisémitisme. L’extrême droite néonazie existe en Ukraine, et des milliers d’imbéciles au crâne rasé aiment arborer runes et croix gammées – contre les Russes et les Juifs, là encore.

Habileté supplémentaire : Poutine en appelle à la mémoire commune de la «Grande Guerre patriotique» (1941-1945) contre les «fascistes allemands», pour convaincre les soldats ukrainiens de déposer les armes – avec un succès tout relatif quand on constate les prouesses de la résistance militaire ukrainienne et les difficultés de l’armée russe. La guerre contre les Allemands, aussi désastreuse et meurtrière fut elle, a été une providence pour Staline, qui a pu tenter de faire oublier, par l’épopée commune et l’exaltation de la mère patrie, l’horreur de la famine dont il avait frappé l’Ukraine dans les années 30, cet Holodomor qui a fait des millions de morts. Affamer les Ukrainiens permettait, en exportant leur blé, d’acquérir des devises bien utiles pour industrialiser l’URSS tout en brisant cette nation toujours tentée par l’indépendance.

Poutine et ses médias visent juste en rappelant des faits historiques incontestables. Il reste que traiter les Ukrainiens contemporains de «nazis» est tout aussi absurde que d’affubler de vert-de-gris les Allemands ou les Autrichiens d’aujourd’hui.

Par ailleurs, c’est bien Poutine qui emprunte des chemins balisés par Hitler dans sa pratique toute particulière des «relations internationales» entre 1933 et 1941 : l’intervention de l’armée allemande, en Tchécoslovaquie comme en Pologne, puis à l’Ouest, s’est toujours faite au nom de la «défense» des «Allemands ethniques», «opprimés», voire «exterminés» par tel ou tel pays. C’est exactement ce que fait Poutine en dénonçant un «génocide» des Russes par les Ukrainiens et en considérant que toute terre où résident des Russes (c’est le cas de l’Ukraine) est par nature irrédente. Les nazis ne disaient pas autre chose : tout «Germain» restait sous la juridiction du Reich, où qu’il se trouve dans le monde, et la «concentration ethnique» autorisait l’intervention de la Wehrmacht. Enfin, toute guerre allemande était, par définition, «défensive» ou «préventive».

Face à des démocraties résolues

Ce bégaiement des propagandes et des «éléments de langage» est édifiant, mais l’«histoire», elle, se répète rarement. Contrairement à Hitler, Poutine fait face à une communauté internationale qui le condamne et à des démocraties résolues : la Grande-Bretagne et la France avaient abandonné leur allié tchécoslovaque en 1938 et n’avaient rien fait, absolument rien, contre Hitler jusqu’en septembre 1939. Par ailleurs, le régime nazi bénéficiait du soutien des industriels et des financiers, allemands comme étrangers, car le réarmement, les spoliations dont étaient victimes les Juifs, et les prédations envisagées dans les pays vaincus étaient des sources de devises et de profits considérables.

A l’heure actuelle, les sanctions économiques qui frappent la Russie font s’effondrer le rouble, croître l’inflation et s’interrompre les chaînes d’approvisionnement (pièces détachées d’avions de ligne, qui vont être cloués au sol, aliments et biens de première nécessité, etc.) tandis que l’augmentation des taux de la Banque centrale russe, fixés à 20% lundi, interdit tout emprunt de consommation ou immobilier. Les puissances d’argent vont peut-être abandonner Poutine en chemin, le poussant au moins au compromis, tandis que la société civile russe se manifeste déjà, avec un courage qui force l’admiration.

Il reste que, dans les deux cas, on constate l’enfermement mental de deux dictateurs murés dans leur paranoïa, mus par une rationalité, un conséquentialisme implacables, mais à partir de prémisses fausses, prisonniers d’eux-mêmes, obsédés par leur «mission» historique et, de plus en plus, coupés de tous. «Sic semper tyrannis», aurait dit Brutus : il en est ainsi de tous les tyrans, et c’est ainsi que, généralement, ils finissent.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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