Bordeaux : des policiers lancent un SOS aux médecins
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Par Florence Moreau
Publié le 20/02/2022 à 11h03
Mis à jour le 20/02/2022 à 17h14
https://www.sudouest.fr/sante/bordeaux-des-policiers-lancent-un-sos-aux-medecins-9171835.php
La grève des visites à domicile en semaine de SOS Médecins a des répercussions inattendues sur le fonctionnement des patrouilles de police
Le corps d’une femme de 49 ans a été repêché jeudi 17 février dernier quai des Queyries, à Bordeaux. Il aura fallu deux heures, plus de 40 appels téléphoniques à des cabinets médicaux et finalement la réquisition d’un médecin pour qu’un certificat de décès soit établi, condition sine qua non au déplacement du cadavre. En attendant, pompiers et policiers ont dû rester près de la dépouille exposée à la vue de tous.
C’est l’une des conséquences inattendues de la grève de SOS Médecins, commencée en septembre dernier et durcie en janvier. « Nous demandons une revalorisation du montant des visites à domicile en jour de semaine », pose le Dr Karl Moliexe, porte-parole bordelais de SOS Médecins. Cet acte n’a pas été revalorisé depuis quinze ans.
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« L’ADN de SOS Médecins »
« Or, à Bordeaux, entre les conditions de circulation, les patients qui nous appellent pour des cas de plus en plus lourds et le fait que beaucoup n’ont pas de médecin traitant ni dossier médical auxquels se référer, c’est devenu de plus en plus chronophage. Ce n’est pas un caprice, car c’est l’ADN de SOS Médecins. C’est vraiment que la situation n’est plus viable. »
« Cela complique la tâche des policiers. Dans une journée, cela se chiffre en dizaines d’heures »
La grève des visites à domicile a des répercussions que n’ignore pas Karl Moliexe, « pour les particuliers, pour les transports vers les hôpitaux, pour les pompiers, pour nos confrères de ville et pour les forces de l’ordre ». Sans remettre en cause la grève de SOS Médecins, le syndicat Alternative Police a pris le taureau par les cornes et décidé de médiatiser son impact sur le travail quotidien des policiers à chaque garde à vue ou enquête après décès.
🩺 En #grève depuis décembre dernier, @SOSBordeaux n’assure plus les visites médicales des gardés à vus dans les #commissariats.
💬 D’après le syndicat @NouvellePolice, cette absence de #consultations commence à devenir de plus en plus contraignante pour les forces de l’ordre ⬇️ pic.twitter.com/zC9Csgcnji— TV7 (@tv7_sudouest) February 16, 2022
L’examen médical en garde à vue constitue un droit pour la personne mise en cause et vise notamment à établir si son état est compatible avec cette mesure privative de liberté. « Pour les décès, tant que la personne n’a pas été examinée par un médecin, qui seul peut délivrer ce certificat avec ou sans obstacle médico-légal, elle est présumée vivante », explique le praticien de SOS Médecins. Il ajoute qu’à la faveur d’une réforme de la médecine légale du vivant, l’Agence régionale de la santé (ARS) avait octroyé ces missions au CHU. « Mais, dans les faits, on continuait à nous appeler, cela faisait partie du job, de notre mission de service public. » Facturé 57,50 € de jour comme de nuit.
« Cette grève complique la tâche des policiers », fait valoir Bruno Vincendon, le responsable zonal d’Alternative Police. « Cela oblige à de multiples rotations pour faire examiner les gardés à vue, avec parfois des temps d’attente rallongés aux urgences. Dans une journée, cela se chiffre en dizaines d’heures. Pendant ce temps-là, nos collègues ne peuvent être présents pour assurer les autres missions liées à la sécurité publique. De plus, cela ralentit considérablement le travail d’enquête. »
Mais, avec la grève des visites à domicile en semaine – elles sont toujours assurées la nuit et les week-ends –, les effectifs de l’association ont été concentrés dans les six cabinets de consultation. « Il n’y a plus de médecin qui tourne sur le terrain en journée, c’est aussi simple que cela », résume Karl Moliexe. Le déblocage passera nécessairement par l’ARS. SOS Médecins a proposé que l’aide médicale urgente soit payée à l’heure et non à l’acte. Refus. « Nous aurions intégré les visites aux gardés à vue et les décès. »
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Forts de plus de 1000 praticiens sur le territoire français, SOS médecins attire de nombreux jeunes médecins ou remplaçants. Comment rejoindre le réseau et quel est son fonctionnement ? Notre partenaire RemplaFrance vous explique tout !
Il y a maintenant 55 ans le Docteur Lascar, médecin généraliste à Paris, créait SOS Médecins, à la suite d’un fait tragique. Un de ses patients est décédé d’une crise cardiaque, faute d’avoir pu joindre un médecin un samedi après-midi. Paradoxalement, relate le Docteur Lascar : « le week-end précédent, en butte à une fuite d’eau dans ma baignoire, j’avais été dépanné dans le quart d’heure par SOS Dépannage ».
Jugeant que la santé de l’homme valait mieux qu’un simple tuyau de plomb, il créa SOS Médecins. À une époque où le SAMU n’existait pas, le concept est révolutionnaire.
SOS Médecins c’est quoi ?
SOS Médecins est une fédération d’associations autofinancées. Sur l’ensemble du territoire français, plus de 1000 médecins interviennent 7 jours sur 7 et 24h sur 24 pour assurer une permanence des soins urgents en médecine générale des patients. En collaboration avec les services publics d’urgence (SAMU, pompiers, hôpital), ils permettent, ensemble, une régulation médicale efficace.
Chaque structure de SOS Médecins dispose d’un plateau technique multifonctions : applicatif informatique à métier spécifique, standard téléphonique, traçabilité et enregistrements d’appels. D’autres possèdent des services complémentaires : cardiologie, doppler, urgences dentaires, conseils et vaccinations.
Les médecins généralistes d’urgence utilisent une voiture blanche banalisée avec gyrophare, mallette d’urgence et sont tracés sur leurs téléphones.
Aujourd’hui, SOS Médecins a influencé plusieurs pays et villes qui ont repris le concept comme à Londres, Los Angeles, en Belgique ou en Suisse.
SOS Médecins en quelques chiffres :
- 6,3 millions d’appels traités par an
- 2,6 millions visites à domicile par an
- 1,1 millions de consultations par an
- Plus de 1 300 médecins libéraux spécialistes en médecine générale, préparés aux situations d’urgence
- 63 associations réparties sur le territoire (métropole et outre-mer)
- 70% de la couverture libérale de permanence de soins en milieu urbain et péri-urbain
- Disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7
- 60 % des actes réalisés la nuit, le samedi après-midi, le dimanche et les jours fériés
SOS Médecins recrute aussi bien des internes titulaires d’une licence de remplacement et ayant effectué au moins 5 semestres d’internat de médecine générale que des médecins déjà thésés.
En tant que médecin urgentiste SOS Médecins, deux modes d’exercices sont possibles. Tout d’abord, vous pourrez intervenir régulièrement dans l’association de votre département en remplacement pour des visites médicales à domicile les vendredis, les samedis et les dimanches. Vous exercerez au minimum deux week-ends par mois et des jours de vacances scolaires. Ensuite, vous pouvez vous installer au sein d’un Centre médical SOS Médecins dans le cadre d’un emploi temporaire.
Pour en savoir plus, Anaïs, médecin titulaire, s’est confiée à RemplaFrance pour parler de son quotidien chez SOS Médecins :