Hôpital : Véran défend son bilan
Par P.M. le 25-02-2022
https://www.egora.fr/actus-pro/hopitaux-cliniques/72224-hopital-veran-defend-son-bilan

Auditionné en dernier jeudi 24 février dans le cadre de la commission d’enquête sénatoriale sur la situation de l’hôpital et du système de santé, le ministre de la Santé s’est exprimé sur l’ampleur du problème et les moyens d’y répondre. Extraits.
Sur la question des lits, Olivier Véran a réfuté une nouvelle fois le chiffre avancé en octobre 2021 de 20% de lits fermés dans les établissements de santé, faute de soignants en nombre suffisant, relate Public Sénat. Alors que son ministère a déjà rendu les conclusions d’une enquête à ce sujet en décembre, Olivier Véran a répété que le recul des lits n’était “certainement pas à ce niveau”. Il a de nouveau mis en avant le chiffre de -2% par rapport à 2019.
Sur le corollaire : le manque de soignants, le ministre a pointé que, hors absences liées au Covid-19, l’absentéisme avait “légèrement” augmenté en 2021, par rapport à 2019, “de l’ordre d’un point” (5% chez les médecins, 10% pour les infirmiers, 15% chez les aides-soignants). Il a aussi réfuté que les lits aient été “intentionnellement laissés fermés par la volonté des pouvoirs publics de faire des économies”, relaie le média.
Hôpital : Véran promet « mille lits de réanimation » supplémentaires
Examen des solutions
Quant aux solutions, le ministre a d’abord mis en avant les revalorisations salariales et les investissements permis par le Ségur de la santé. “Nous avons pu libérer des budgets, 30 milliards sur une année, quand même, ce qui n’avait jamais été fait dans notre histoire […] On a amélioré l’attractivité : les choses vont aller en s’améliorant. Mais il était largement temps.” Mais si, pour le Dr Bernard Jomier, qui préside la commission, “tout le monde convient que les mesures du Ségur sont significatives, en termes de revalorisations […] les soignants ne reviennent quand même pas à l’hôpital. Il y a évidemment d’autres sujets”, a-t-il fait valoir, soulevant les questions de la “crise de sens” et de la “différence de langage entre les soignants et les institutions”.
Sur les mesures mises en place pour y remédier, Olivier Véran rappelle qu’il “y a des choses qui sont visibles tout de suite – la fiche de paye -, des choses qui prennent un peu plus de temps”, citant comme exemple la réfection d’une unité de soins, qui prend 3-4 ans de travaux. “Il y a un temps incompressible pour que les organisations internes aux hôpitaux (…) soient visibles”, a notifié le ministre de la Santé, qui souligne en outre avoir “lancé un énorme chantier”, en ce qui concerne la qualité de vie au travail.
“Ce qui change la donne à très court terme, c’est déjà de mettre plus de personnel, donc d’en former davantage. Avec le Ségur, nous avons proposé d’embaucher 15.000 soignants supplémentaires”, a-t-il rappelé. Le ministre a aussi réfuté toute crise des vocations, citant les données de Parcoursup : “La formation la plus demandée dans notre pays, c’est infirmière : 687.000 demandes. La deuxième la plus demandée, médecin : 660.000 […] En revanche, il y a des sorties et des gens qui vont faire autre chose parce que le métier est trop dur”, a-t-il concédé. “Il faut pouvoir le reconnaître ce travail-là. Evidemment faire en sorte qu’il ne soit pas excessif. Il y a des choses qui sont complètement déconnantes par exemple – je travaille avec les internes où il y a des heures qui sont beaucoup trop excessives et de la permanence des soins qui est trop forte – les gens peuvent s’épuiser. C’est des situations qu’on ne souhaite plus, et avec Frédérique Vidal, nous avons pris l’engagement total de la tolérance zéro sur toutes les dérives rencontrées par les étudiants en santé, l’amélioration de l’accueil etc, tout ce qui va permettre de donner envie”, a-t-il notamment appuyé.
[Avec Public Sénat]
Départs de soignants : Olivier Véran s’explique devant la commission d’enquête du Sénat
Le ministre de la Santé a été auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur la situation de l’hôpital ce 24 février. Olivier Véran a évoqué un recul du nombre de lits de 2 % sur deux ans. « Certainement pas les 20 % dont on entendait parler », a-t-il démenti, en référence à l’estimation du Conseil scientifique.
LE 24 FÉV 2022
Par Guillaume Jacquot @Algdelest
5mn
La commission d’enquête sénatoriale sur la situation de l’hôpital et du système de santé est arrivée au terme de ses auditions plénières. Après deux mois d’échanges avec les acteurs du monde de la santé, les élus, ou encore la haute administration, les sénateurs ont réservé la dernière au ministre de la Santé Olivier Véran. L’une des interrogations centrales de la commission, dont la présidence est assurée par Bernard Jomier (apparenté PS) et la rédaction du rapport par Catherine Deroche (LR), se résume assez simplement. Quelle est l’ampleur du manque de soignants dans les hôpitaux ? Et comment y répondre ?
Tout était parti d’une enquête « flash » du Conseil scientifique présidé par Jean-François Delfraissy fin octobre, qui avait estimé à 20 % le nombre de lits fermés dans les établissements de santé, faute de soignants en nombre suffisant. L’estimation avait été rapidement contestée par le ministère de la Santé, qui a décidé de mener sa propre enquête auprès de 1 100 établissements. Ses résultats avaient été présentés mi-décembre..
« Les choses vont aller en s’améliorant »
Ce 24 février, Olivier Véran a répété que le recul du nombre de lits n’était « certainement pas » à ce niveau. « Nous observons une légère diminution du nombre de lits par rapport à 2019. On est à 2 %, ce qui est plus marqué en chirurgie, mais contrebalancé par un développement important de la chirurgie ambulatoire, en hausse de 8 %, et une hausse très importante de l’hospitalisation à domicile (+ 26 %). » Hors absence « liées au covid-19 », le ministre a également indiqué que l’absentéisme avait « légèrement » augmenté en 2021 par rapport à 2019, « de l’ordre d’un point » (5 % chez les médecins, 10 % chez les infirmiers, 15 % chez les aides-soignants). « Sur les mois d’octobre à novembre 2021, nous avons constaté une baisse des effectifs d’environ 1 000 équivalents temps sur le panel d’établissements. »
Pour le ministre, il ne faut voir aucune logique comptable dans cette hémorragie. « Ce n’est pas parce que vous n’avez pas des lits qui ne sont pas ouverts, qu’ils ont été intentionnellement laissés fermés par la volonté des pouvoirs publics de faire des économies », a répondu le ministre. Et de rappeler les revalorisations salariales et les investissements dans les hôpitaux mis en œuvre à partir du Ségur de la Santé, signé à l’été 2020. « Dans le contexte de crise, nous avons pu libérer des budgets, 30 milliards sur une année, quand même, ce qui n’avait jamais été fait dans notre histoire […] On a amélioré l’attractivité : les choses vont aller en s’améliorant. Mais il était largement temps. »
« Une crise de sens de leur métier » : Bernard Jomier évoque le ressenti des soignants
D’où ce paradoxe face à ce budget inédit : pourquoi les démissions ou les problèmes de recrutement se maintiennent ? « Tout le monde convient que les mesures du Ségur sont significatives, mais de fait, les soignants ne reviennent quand même pas à l’hôpital. Il y a évidemment d’autres sujets », a relevé le sénateur Bernard Jomier, encore marqué par ses discussions avec les personnels des hôpitaux de Strasbourg. Le médecin a mis l’accent sur la souffrance au travail. « Il y a un mot que vous n’avez pas prononcé : la crise de sens de leur métier […] Il y a une différence de langage entre les soignants et les institutions qui est absolument marquante […] un fossé qui est en train de se creuser », a estimé Bernard Jomier.
Un décalage que partage Olivier Véran. « Il se trouve que je suis les deux », a rappelé le ministre neurologue de profession. Il a admis que certains changements, comme des aménagements dans les hôpitaux ou les changements de gouvernance, pouvaient mettre du temps à se matérialiser. « Il y a des choses qui sont visibles tout de suite, la feuille de paye oui, et il y a des choses qui prennent un peu plus de temps. » La formation de nouveaux soignants prendra elle aussi du temps avant de se ressentir dans les services. 6 000 nouvelles places ont été ouvertes dans les instituts de formation d’infirmiers et d’aides-soignants. Quant aux formes d’organisation des équipes nées pendant la crise sanitaire, le ministre veut donner une chance à ce fonctionnement de perdurer. « Ce qui est possible en période de crise doit être possible en dehors des périodes de crise », a-t-il estimé.
Sur la « qualité de vie » au travail, le ministre a indiqué avoir lancé un « énorme chantier » en faveur des soignants, qu’il surnomme les « hussards blancs » de la République. Olivier Véran a expliqué être conscient du « sentiment de violence institutionnelle », en citant par exemple le cas des soignants rappelés à domicile pour « boucler un planning ». Ou encore les gardes à rallonge des internes. « Les gens peuvent s’épuiser. Ce sont des situations qu’on ne souhaite plus. »
Parallèlement, le ministre a précisé que des « départs différés » après les vagues violentes de la pandémie en France expliquaient en partie la situation paradoxale d’un métier désaffecté après le Ségur. Il a ajouté que la France n’était d’ailleurs pas la seule confrontée à ces difficultés. « Sommes-nous face à une situation franco-française ? Personne ne peut dire cela. »
« Je regarde sur Parcoursup : la formation la plus demandée, c’est infirmier »
Que dire de la masse d’étudiants qui abandonne avant même son entrée dans le métier ? Laurence Cohen (communiste) a insisté sur « les 30 % d’étudiants infirmiers qui ne finissent pas leurs études. » Olivier Véran a refusé de voir une crise des vocations. « Je regarde sur Parcoursup : la formation la plus demandée, c’est infirmier, 687 000 demandes. La deuxième : médecine, 660 000 personnes. » Comme les sénateurs, le ministre reconnaît que le défaut actuel de sélection avec un algorithme pose quelques problèmes. « Il faut un entretien motivationnel », a-t-il admis. « On y travaille avec Frédérique Vidal », la ministre de l’Enseignement supérieur. Olivier Véran a aussi reconnu que l’accueil des stagiaires devait être amélioré.
De la souplesse, Olivier Véran n’en imagine pas seulement pour l’organisation des équipes ou la gouvernance, mais aussi sur les formations ou les évolutions de carrière. « Je souhaite qu’on arrive à un système où il n’y aurait plus de retour à l’institut », a-t-il fait savoir, en référence à ces aides-soignantes ou infirmières qui souhaitent valoriser leurs nouvelles acquisitions de compétences et progresser professionnellement. « Dans les prochains mois, dans les prochaines années, si l’occasion nous en est donnée, c’est vraiment un axe prioritaire. »
Le ministre a également dénoncé le « corporatisme » et l’organisation « en silos » dans le monde de la santé, avant d’évoquer son ambition de créer une profession médicale intermédiaire, entre le BAC + 3 de l’infirmer et le BAC + 10 du médecin.
Interrogé sur notre antenne à l’issue de l’audition, Bernard Jomier a partagé son scepticisme sur les chiffres du ministre, affirmant que le nombre de lits fermés tournait « probablement autour de 10 % » et que le nombre total de personnels manquants pouvait atteindre « 15 000 ». Malgré le Ségur, le sénateur de Paris considère qu’il y a « des réponses qui restent au fond extrêmement technocratiques » et bien du « chemin reste à faire » sur l’amélioration des conditions de travail.
Crise de l’hôpital : « Des réponses qui restent au fond extrêmement technocratiques »
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