Le Doyen des doyens et deux autres collègues s’opposent à la faculté étrangère du Maire d’Orléans et avancent leurs solutions pour les déserts médicaux

« L’augmentation du nombre de médecins formés ne peut être l’unique réponse à l’urgence du déficit d’offre de soins »

TRIBUNE

Collectif

Jugeant simpliste la proposition du maire d’Orléans de recourir à l’université de Zagreb pour former des médecins français, Didier Samuel, président de la Conférence des doyens de médecine, Bruno Riou et Benoît Veber, doyens de la faculté de médecine, esquissent, dans une tribune au « Monde », quelques pistes de réflexion.

Publié le 23 février 2022 à 07h00 – Mis à jour le 23 février 2022 à 14h43    Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/02/23/l-augmentation-du-nombre-de-medecins-formes-ne-peut-etre-l-unique-reponse-a-l-urgence-du-deficit-d-offre-de-soins_6114890_3232.html

Tribune. Comme à l’accoutumée, les campagnes électorales sont l’occasion de surenchères. La proposition du maire d’Orléans de recourir à l’université de Zagreb pour créer une faculté de médecine à Orléans, assortie d’une scolarité très onéreuse, en fait partie [Le Monde du 10 février]. Au-delà des difficultés à mettre en place une telle formation délivrant un diplôme croate, de l’absence de garantie sur sa qualité et de son coût élevé pour les étudiants, il convient de souligner l’incohérence de cette proposition.

En effet, on ne peut pas proposer une augmentation du nombre de médecins formés comme une réponse unique à l’urgence du déficit d’offres de soins dans les territoires. Les facultés de médecine ont déjà augmenté de plus de 50 % sur les quinze dernières années et de près de 20 % en 2021 le nombre d’étudiants en médecine formés, à moyens constants.

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Or, le « quoi qu’il en coûte » ne s’applique pas à l’université. Cette augmentation importante du nombre de lycéens entrant dans les études médicales correspond actuellement au maximum des capacités de formation dans notre pays. Sauf à ce que les dotations de moyens suivent !

Eviter les solutions de contournement

Mais, sachons-le, les augmentations récentes n’auront des effets que dans dix ans au moins. Un tel délai est inacceptable pour nos concitoyens, qui demandent des réponses à court terme. Notons cependant que, progressivement et à échéance de dix à quinze ans, le faible nombre de départs à la retraite, correspondant à l’étiage le plus bas du numerus clausus dans le passé (3 500 en 1993), conjugué à l’arrivée d’un nombre de nouveaux médecins en fin de formation élevé (plus de 9 300 en 2020, auxquels il faut rajouter les quelque 2 000 médecins à diplôme européen ou extracommunautaire) fait que la question du nombre de médecins devrait être résolue.

Quelles sont les solutions plus rapides pour lutter contre les « déserts médicaux » qui touchent tous les territoires, y compris l’Ile-de-France, qui vient de gagner une première place en métropole comme zone médicale sous-dense ? Si on prend en compte les multiples expériences tentées dans d’autres pays, on constate qu’il n’y a pas de solution unique

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Le rapport sur le sujet de la Drees du 9 décembre 2021 devrait être lu attentivement par nos élus. Les mesures coercitives, surtout lorsqu’elles ne s’appliquent qu’à une sous-catégorie professionnelle, par exemple les plus jeunes, sont souvent peu efficaces et aboutissent à des solutions de contournement.

Etablir des régulations par spécialités

Les mesures incitatives doivent l’être vraiment pour avoir une efficacité et celle-ci est souvent transitoire. Par ailleurs, il semble illusoire d’inciter des médecins à s’installer dans un « désert médical » s’il est abandonné de tous les services publics. La profession de médecin devrait être mieux régulée sur un plan territorial. Cette régulation devrait prendre en compte les secteurs conventionnés par la Sécurité sociale.

Car il n’est pas acceptable que l’accès au secteur 1 ait disparu de certains territoires. Raisonner uniquement en termes de démographie globale est un leurre si la régulation de certaines spécialités médicales, en grand danger, n’est pas prise en compte. Le problème ne porte pas uniquement sur la spécialité de médecine générale. Nous devons donc établir des régulations par spécialités pour faire face aux enjeux de santé publique.

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Enfin, l’analyse de l’accès aux soins doit prendre en compte le développement, par la formation universitaire, des nouveaux métiers de la santé. Comme celui des infirmiers de pratiques avancées (IPA), dont le déploiement est encore trop timoré. Il faudrait rapidement des IPA de pédiatrie, de gériatrie, de coordination de prélèvement d’organes et de transplantation et de médecine de premier recours.

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Leur durée de formation étant plus courte (deux ans), ils seraient rapidement opérationnels. Les IPA constituent une progression de la carrière des infirmiers qui permettra de les valoriser et, peut-être, d’éviter la sortie de plus en plus rapide du système de santé, de professionnels formés.

L’intégration des IPA dans l’offre de soins permettra sa réorganisation autour des médecins dans une approche pluriprofessionnelle. Ceci suppose une réflexion sérieuse, au sein de chaque spécialité, pour définir ce qui relève ou non du médecin et pour favoriser la mise en place de véritables équipes du prendre soin des patients partout en France.

Bruno Riou, doyen de la Faculté de médecine de Sorbonne Université, président de la Conférence des doyens de santé d’Ile-de-France ; Didier Samuel, doyen de la Faculté de médecine de l’université Paris-Saclay, président de la Conférence nationale des doyens de médecine ; Benoît Veber, doyen de l’UFR santé de l’université de Rouen Normandie, vice-président de la Conférence nationale des doyens de médecine.

Collectif

Commentaires Dr jean Scheffer

Je suis stupéfait de constater que l’hôpital public est en train de disparaitre par manque de praticiens hospitaliers (40% de postes vacants dans les Hôpitaux Généraux qui font la majorité de actes et hospitalisations dans notre pays) et que les Doyens ne proposent rien pour augmenter l’attractivité de nos hôpitaux publics . J’ai cru comprendre qu’il y avait aussi des départs en CHU de praticiens hospitaliers mono-appartenants mais aussi de professeurs vers des Hôpitaux privés lucratifs, alors que la majorité des nouveaux chefs de clinique issus de leurs CHU optaient pour le secteur lucratif.

L’absence de praticiens est la principale cause de fermeture de service dans nos hôpitaux. Mais les déserts hospitaliers ne sont pas les seuls.

Les déserts médicaux ne sont pas exclusivement des les zones rurales et dans les quartiers. Il sont en plus des Hôpitaux avec 30 % des postes vacants (40% dans les hôpitaux généraux), dans les hôpitaux psychiatriques, les CMP, les PMI, la médecins scolaire, médecins du travail, santé publique, médecine pénitentiaire…

Le manque des médecins est partout, dans toutes les disciplines, dans toutes les formes d’activité, salariées et libérales. Il s’agit donc à mon sens de voir l’ensemble des problèmes et de les solutionner en même temps, ce qui est possible.

La solution c’est un Clinicat-Assistanat pour tous, en fin d’internat, obligatoire pour tous les futurs généralistes et les futurs spécialistes, d’une durée de 3 ans.  L’activité serait partagée entre divers établissements à l’image des assistants partagés actuels entre CHG et CHU: entre CHU et CHG pour les futurs spécialistes; entre CHG-CHU et PMI, CMP, santé publique, santé scolaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail… ; entre CHG et centres de santé et maisons de santé… Il  s’agit donc par un seul et même dispositif de solutionner en quelques années l’ensemble des manques criants et urgents de médecins dans tous les domaines, dans toutes spécialités, sans pénaliser une catégorie, les futurs  généralistes par exemple, ou les étudiants en médecine peu fortunés, obligés de s’installer dans un désert pour se payer ses études. Il faudra définir par région, département et territoire, les manques les plus urgents en généralistes et spécialistes, et en tirer les conséquences sur la répartition par spécialité pour la première année d’internat.

La motivation de ma proposition est sur le lien:

« Vision Globale -Solution globale »: https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj

Dr Jean Scheffer

 jscheffer81@gmail.

0612242146

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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