Publié le 15/02/2022
La vaccination ne suffit pas pour effacer complétement les facteurs de risque de Covid grave

Paris, le mardi 15 février 2022
– On ne le dira sans doute jamais assez, mais les vaccins à ARN messager sont particulièrement efficaces contre les formes graves de la Covid-19, offrant une protection de l’ordre de 90 % avec des risques quasiment inexistants. Comme de nombreuses études statistiques ont pu le démontrer, les sujets non vaccinés sont ainsi surreprésentés parmi les personnes hospitalisées ou décédées à la suite d’une Covid-19. Mais 90 % n’est pas 100 % et il existe donc des individus qui passent entre les mailles du filet et qui développent des formes graves de la Covid-19 malgré un schéma vaccinal complet.
Le groupe d’intérêt scientifique Epi-Phare, qui réunit l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) et la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), a donc tenté d’identifier quels étaient les caractéristiques associées à ce risque résiduel de 10 % de forme grave de la Covid-19 chez les vaccinés. Pour cela, Epi-Phare a « suivi » les 28 millions de Français qui avaient un schéma vaccinal complet au 31 juillet 2021 (deux doses ou une dose et une contamination depuis au moins 14 jours) et a dénombré combien d’entre eux avaient été hospitalisés à la suite d’une infection par la Covid-19 ou emportés par la maladie au cours du mois d’août 2021.
Des facteurs de risque peu surprenants
Sur ces 28 millions d’individus, seulement 5 345 ont été hospitalisés et 996 sont décédés (sur 2 598 morts par Covid au total sur cette période), ce qui démontre encore une fois la grande efficacité de la vaccination. Sans grande surprise, l’étude d’Epi-Phare constate que les caractéristiques liées au risque résiduel de forme sévère de la Covid-19 chez les personnes vaccinées sont l’âge, les comorbidités et le fait d’être immunodéprimé, soit les mêmes facteurs de risque de forme grave de la Covid-19 qu’en population générale.
Ainsi, les vaccinés âgés de 85 à 89 ans ont 4 fois plus de risque d’être hospitalisés et 38 fois plus de risque de décéder en cas de contamination par la Covid-19 que ceux âgés de 45 à 54 ans. L’âge moyen des vaccinés en général est ainsi de 57 ans, tandis que celui des vaccinés décédés est de 84 ans.
Parmi les 47 comorbidités étudiées par Epi-Phare, celles qui sont le plus associées à un surrisque de décès ou d’hospitalisation (pour les vaccinés) sont la trisomie 21 (45 fois plus de risque de décéder), la transplantation rénale (34 fois plus de risque de mourir) et la transplantation du poumon (risque 11 fois plus élevé). Les sujets vaccinés et traités par immunodépresseurs ou par corticoïdes oraux voient également leur risque d’être hospitalisés ou de décéder en cas de contamination fortement augmenter.
Quasiment aucun risque pour les vaccinés sans comorbidités
Plus une personne présente de comorbidités, plus son risque de développer une forme grave malgré la vaccination augmente. Le risque d’hospitalisation est ainsi multiplié par 2 avec une seule comorbidité, par 3 avec deux comorbidités, par 5 avec trois comorbidités, par 7 avec quatre comorbidités, par 13 avec cinq comorbidités. Sur 13,8 millions de vaccinés sans comorbidités, seulement 24 sont décédés du Covid-19 en août 2021.
Si la vaccination de masse et le recul la Covid à l’hôpital permettent actuellement, pour beaucoup d’observateurs, d’envisager un abandon progressif des mesures sanitaires et un retour à « la vie d’avant », sans doute sera-t-il nécessaire de maintenir des mesures particulières (masque et distanciation physique notamment) pour protéger les personnes très âgées ou immunodéprimés vaccinés de ce risque résiduel.
Quentin Haroche